Permanences et mutations de la société française jusqu'en 1914
Société rurale, monde ouvrier, syndicalisme (CGT), Le Creusot, place des femmes, immigration, Belle Époque (programme d'histoire de 1re)
À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Permanences et mutations de la société française jusqu'en 1914 » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une France qui reste rurale, Industrialisation et urbanisation, Point de passage : Le Creusot et la famille Schneider, Le monde ouvrier : conditions, grèves, syndicats. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Les étrangers en France de 1851 à 1911
Facile
Tableau statistique · D'après les recensements de la population, Statistique générale de la France, 1851-1911 (valeurs arrondies).
Depuis 1851, les recensements quinquennaux distinguent les Français des étrangers. Ces chiffres sont suivis de près par les élus, qui s'inquiètent de la faible natalité française et de la concurrence sur le marché du travail.
Recensement
Étrangers recensés
Part dans la population totale
1851
380 000
1,1 %
1872
740 000
2,0 %
1881
1 001 000
2,7 %
1886
1 127 000
3,0 %
1901
1 034 000
2,7 %
1911
1 160 000
2,9 %
Principales nationalités en 1911 (ordres de grandeur) : Italiens, environ 420 000 ; Belges, environ 290 000 ; Espagnols, environ 105 000 ; Allemands, environ 100 000 ; Suisses, environ 75 000.
Analysez ce document en montrant l'importance et l'évolution de l'immigration en France avant 1914.
Présentez le document : nature, source, informations fournies.
Décrivez l'évolution du nombre et de la part des étrangers entre 1851 et 1911.
Expliquez pourquoi la France fait appel à des travailleurs étrangers et d'où ils viennent.
Expliquez le recul du nombre d'étrangers entre 1886 et 1901, puis montrez ce que ce chiffre ne dit pas.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un tableau statistique construit d'après les recensements de la population réalisés par la Statistique générale de la France entre 1851 et 1911. Il donne, pour six recensements, le nombre d'étrangers et leur part dans la population totale, puis la répartition des principales nationalités en 1911. C'est une source officielle, mais elle ne saisit qu'une photographie à une date donnée : elle ignore les saisonniers repartis et les étrangers devenus français.
2. Le nombre d'étrangers triple presque en trente ans, de 380 000 en 1851 (1,1 % de la population) à 1 001 000 en 1881. Il atteint un premier maximum en 1886 avec 1 127 000 étrangers, soit 3,0 %. Il recule ensuite légèrement (1 034 000 en 1901, 2,7 %) avant de remonter à 1 160 000 en 1911 (2,9 %). La présence étrangère se stabilise donc autour de 3 % de la population à la fin de la période.
3. La France manque de bras : sa natalité est la plus faible d'Europe (la population ne gagne qu'environ 3,5 millions d'habitants de 1872 à 1911) et l'exode rural reste lent. Les mines du Nord, la sidérurgie lorraine, le bâtiment et les grandes exploitations agricoles recrutent donc des étrangers, souvent pour les tâches les plus pénibles. Ce sont surtout des voisins : les Belges, installés dans le Nord industriel et agricole, et les Italiens, les plus nombreux en 1911 (environ 420 000), présents dans le Sud-Est, à Marseille et en Lorraine ; suivent Espagnols, Allemands et Suisses. Il s'agit d'une immigration de proximité et de travail.
4. Le recul de 1886-1901 ne signifie pas que les étrangers partent en masse. La loi du 26 juin 1889 renforce le droit du sol : les enfants nés en France de parents étrangers deviennent français et disparaissent de la colonne « étrangers ». La crise économique de la fin du siècle et le climat xénophobe (Aigues-Mortes, 1893) freinent aussi les arrivées. Le tableau sous-estime donc le poids réel des familles d'origine étrangère dans la société française : il mesure un statut juridique, non une origine.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau statistique en décrivant d'abord l'évolution chiffrée, puis en l'expliquant, et enfin en montrant ce que la catégorie statistique cache.
Document 2 — Le statut juridique de la femme mariée, du Code civil à la loi de 1907
Moyen
Textes juridiques (code et loi) · Code civil des Français, 1804, articles 213, 215 et 217 (en vigueur jusqu'en 1938) ; loi du 13 juillet 1907 relative au libre salaire de la femme mariée, article 1er.
Rédigé sous Napoléon Bonaparte, le Code civil de 1804 reste la loi de la famille sous la IIIe République. La loi de 1907 est votée sous la pression des associations féministes, à un moment où de nombreuses femmes mariées travaillent comme ouvrières ou employées.
Code civil (1804)
« Art. 213. Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari.
Art. 215. La femme ne peut ester en jugement sans l'autorisation de son mari, quand même elle serait marchande publique, ou non commune, ou séparée de biens.
Art. 217. La femme, même non commune ou séparée de biens, ne peut donner, aliéner, hypothéquer, acquérir, à titre gratuit ou onéreux, sans le concours du mari dans l'acte, ou son consentement par écrit. »
Loi du 13 juillet 1907, article 1er
« Sous tous les régimes, et à peine de nullité de toute clause contraire portée au contrat de mariage, la femme a, sur les produits de son travail personnel et les économies en provenant, les mêmes droits d'administration que l'article 1449 du Code civil donne à la femme séparée de biens. […] »
Vocabulaire : ester en jugement = agir en justice ; aliéner = vendre ou céder ; non commune = mariée sans régime de communauté des biens.
Analysez ces textes en montrant la place des femmes dans la société française avant 1914 et ses évolutions.
Présentez les deux textes (nature, date, portée).
Quelle situation le Code civil fait-il à la femme mariée ?
Qu'apporte la loi de 1907 et pourquoi est-elle votée à ce moment ?
Montrez les limites de cette évolution avant 1914.
Voir la réponse rédigée
1. Le document rassemble deux textes juridiques. Le premier est extrait du Code civil promulgué en 1804, qui fixe le droit de la famille et reste en vigueur sous la IIIe République. Le second est l'article 1er de la loi du 13 juillet 1907, votée par le Parlement républicain pour modifier ce code sur un point précis : le salaire de la femme mariée. Ces textes ont une portée générale : ils s'appliquent à toutes les Françaises mariées.
2. Le Code civil fait de l'épouse une mineure juridique. L'article 213 pose une hiérarchie : le mari « doit protection », la femme doit « obéissance ». L'article 215 lui interdit d'agir en justice sans l'autorisation de son mari, même lorsqu'elle est commerçante (« marchande publique »). L'article 217 l'empêche de vendre, de donner ou d'acheter un bien sans « le concours du mari » ou son « consentement par écrit ». La femme mariée ne peut donc disposer ni de sa personne devant la justice ni de ses biens : c'est l'incapacité juridique.
3. La loi de 1907 accorde à toute femme mariée, quel que soit son contrat de mariage (« sous tous les régimes »), l'administration des « produits de son travail personnel » et de ses économies. Concrètement, une ouvrière ou une employée peut toucher et gérer elle-même son salaire, que son mari ne peut plus saisir. La loi répond à une réalité sociale : les femmes forment plus d'un tiers de la population active, et bien des maris dilapidaient le salaire de leur épouse. Elle est aussi le fruit de la pression des féministes, actives depuis les années 1880 (Hubertine Auclert, Marguerite Durand et La Fronde).
4. L'évolution reste très limitée. La loi de 1907 ne touche qu'au salaire : les articles 213 à 217 restent en vigueur, et l'incapacité juridique de l'épouse n'est supprimée qu'en 1938. Les femmes ne votent pas et ne l'obtiendront qu'en 1944, malgré la création de l'Union française pour le suffrage des femmes en 1909. Enfin, le modèle de la « femme au foyer » domine toujours les représentations, y compris dans une partie du mouvement ouvrier. Avant 1914, la place des femmes change donc davantage dans le travail que dans le droit.
Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte juridique en citant ses articles, en expliquant leurs conséquences concrètes, puis en mesurant l'écart entre la loi et la réalité sociale.
Document 3 — Des ouvriers au travail dans le Paris haussmannien
Moyen
Peinture (huile sur toile) · Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, 1875, huile sur toile, 102 × 146,5 cm, Paris, musée d'Orsay.
Gustave Caillebotte (1848-1894), héritier d'une riche famille parisienne, peintre et collectionneur, soutient le groupe des impressionnistes. Refusé au Salon officiel de 1875, dont le jury juge le sujet vulgaire, le tableau est exposé en 1876 à la deuxième exposition impressionniste.
Description du tableau. Dans une pièce vide d'un appartement parisien, trois ouvriers torse nu, à genoux, raclent un vieux parquet à l'aide de rabots et de racloirs pour le remettre à neuf ; des copeaux clairs s'enroulent sur le sol autour d'eux. Deux d'entre eux, côte à côte, semblent échanger quelques mots ; le troisième travaille un peu à l'écart. Une bouteille de vin et un verre sont posés à même le sol. La lumière entre par une fenêtre au fond, dont on devine la ferronnerie du balcon, et fait briller les dos et les bras. La vue est plongeante : le parquet occupe presque toute la surface de la toile et ses lattes fuient vers la fenêtre. Aucun bourgeois n'apparaît, mais le décor (boiseries, haute fenêtre, balcon) est celui d'un immeuble cossu.
Analysez ce tableau en montrant ce qu'il révèle du monde du travail urbain dans les premières années de la IIIe République.
Présentez le document : auteur, date, nature, contexte.
Décrivez le travail et les travailleurs représentés.
Quelle facette du monde ouvrier ce tableau montre-t-il ? Qu'est-ce qu'il ne montre pas ?
Pourquoi ce tableau fait-il scandale en 1875, et quelles précautions l'historien doit-il prendre pour l'utiliser ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une peinture à l'huile de Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, réalisée en 1875 et conservée au musée d'Orsay. Son auteur est un riche bourgeois parisien, proche des impressionnistes. L'œuvre est peinte au début de la IIIe République, dans un Paris profondément transformé par les travaux d'Haussmann (1853-1870), où les immeubles neufs réclament une foule d'ouvriers du bâtiment.
2. Trois ouvriers, torse nu et à genoux, raclent un parquet pour le rénover. Le travail est manuel, physique, répétitif : les copeaux au sol, les dos courbés et la lumière qui souligne les muscles montrent l'effort. La bouteille de vin posée par terre rappelle la dureté de la journée et les habitudes des ouvriers. Les deux hommes qui se parlent donnent une dimension humaine et collective à la scène.
3. Le tableau montre une facette souvent oubliée du monde ouvrier : les ouvriers de métier du bâtiment, qui travaillent en petite équipe, avec leurs outils, chez des particuliers. On est loin de la grande usine ou de la mine : cela rappelle qu'avant 1914, une part importante des ouvriers travaille dans de petites structures. Le tableau met aussi en contact deux mondes : des ouvriers dans un appartement bourgeois. Il ne montre ni les salaires, ni le logement ouvrier, ni les conflits sociaux ; il ignore la grande industrie et le travail des femmes.
4. Le jury du Salon de 1875 refuse l'œuvre, jugeant vulgaire un sujet aussi trivial : l'art officiel réserve alors la grande peinture à l'histoire, à la mythologie ou au portrait. Représenter des corps d'ouvriers au travail, sans les idéaliser, est une audace réaliste. Mais l'historien doit se souvenir que le regard est celui d'un bourgeois : la scène est esthétisée, apaisée, sans revendication. Le tableau renseigne autant sur la manière dont la bourgeoisie regarde les ouvriers que sur leur vie réelle.
Ce que cette analyse apprend — Analyser une œuvre d'art en distinguant ce qu'elle montre, ce qu'elle tait, et le point de vue de son auteur.
Document 4 — La Charte d'Amiens (1906) : l'identité du syndicalisme français
Difficile
Motion d'un congrès syndical (texte d'époque cité en extraits et résumé) · Motion adoptée par le congrès confédéral de la CGT réuni à Amiens, octobre 1906, dite « Charte d'Amiens » (courts extraits et résumé).
La CGT, fondée à Limoges en 1895, a absorbé la Fédération des Bourses du travail en 1902. En 1905, les socialistes se sont unis dans la SFIO ; en 1906, année de Courrières et d'une grande campagne pour la journée de huit heures, les grèves se multiplient et le gouvernement Clemenceau les réprime.
Réuni à Amiens en octobre 1906, le congrès de la CGT adopte à une écrasante majorité une motion préparée sous l'impulsion de son secrétaire général, Victor Griffuelhes. Elle rappelle d'abord que la CGT « groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat ».
Le texte assigne ensuite au syndicalisme une double tâche. Dans l'action quotidienne, il poursuit « l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires ». Mais ce n'est qu'un côté de son œuvre : « il prépare l'émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d'action la grève générale ». Le syndicat, « aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale ».
Enfin, la motion laisse chaque syndiqué libre de participer, en dehors du syndicat, aux formes de lutte correspondant à ses opinions. Mais elle affirme que l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations de la CGT n'ayant pas, « en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes ».
Analysez ce document en montrant ce qu'il révèle des objectifs et des méthodes du syndicalisme français avant 1914, puis ses limites.
Présentez le document et son contexte.
Quels objectifs la motion fixe-t-elle au syndicalisme ?
Quels moyens d'action et quelle relation aux partis politiques défend-elle ? Pourquoi ?
Montrez la portée et les limites de ce texte dans la société française d'avant 1914.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une motion adoptée par le congrès de la Confédération générale du travail réuni à Amiens en octobre 1906, connue sous le nom de « Charte d'Amiens ». Elle est inspirée par la direction de la CGT, dominée par les syndicalistes révolutionnaires autour de Victor Griffuelhes. Elle s'adresse aux syndiqués, mais aussi aux socialistes de la SFIO, fondée l'année précédente, qui voudraient rapprocher parti et syndicat. Elle intervient dans une année de fortes tensions sociales : catastrophe de Courrières en mars, campagne pour la journée de huit heures au 1er mai, envoi de la troupe par Clemenceau.
2. La motion fixe au syndicalisme une « double » tâche. À court terme, il doit obtenir des « améliorations immédiates » : réduire la durée du travail, augmenter les salaires. À long terme, il vise « l'émancipation intégrale » des travailleurs, c'est-à-dire la « disparition du salariat et du patronat » par « l'expropriation capitaliste ». Le syndicat est même présenté comme la base de la société future, où il organisera « la production et la répartition ». C'est un projet révolutionnaire, qui refuse de séparer la défense quotidienne et la transformation de la société.
3. Le moyen d'action privilégié est la « grève générale », prolongement de l'action directe contre le patronat. La motion affirme surtout l'indépendance du syndicat : la CGT se place « en dehors de toute école politique » et n'a pas « à se préoccuper des partis ». Chaque syndiqué reste libre de voter ou de militer ailleurs, mais le syndicat ne s'allie à aucun parti, pas même à la SFIO. Cette position s'explique par la méfiance d'une partie des ouvriers envers le jeu parlementaire, par l'héritage anarchiste et celui des Bourses du travail de Pelloutier, et par la volonté d'unir des ouvriers d'opinions différentes.
4. La Charte d'Amiens fonde durablement l'identité du syndicalisme français, attaché à son indépendance envers les partis ; elle est encore invoquée aujourd'hui. Mais elle a des limites. La CGT ne rassemble que quelques centaines de milliers d'adhérents, une minorité du monde ouvrier ; la grève générale n'est jamais réalisée, et le mouvement de 1906 pour les huit heures échoue face à la répression. Le réformisme progresse, et les lois sociales (1906, 1910) montrent que la voie législative obtient aussi des résultats. En août 1914 enfin, la CGT se rallie à l'Union sacrée : le texte révolutionnaire cède devant la guerre.
Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte militant en distinguant ses objectifs, ses moyens et son contexte, puis en confrontant ses ambitions à la réalité du mouvement ouvrier.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.