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La métropolisation : un processus mondial différencié

Poids des métropoles mondiales, villes mondiales, fragmentation, gentrification, bidonvilles, mutations urbaines (programme de géographie de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « La métropolisation : un processus mondial différencié » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les villes à l'échelle mondiale : un monde devenu urbain, Le poids croissant des métropoles : mégapoles et villes mondiales, Un réseau hiérarchisé : l'archipel des métropoles, Des métropoles inégales : un processus mondial différencié. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — La croissance des grandes agglomérations du monde (1950-2030)

Facile

Tableau statistique · D'après ONU, Département des affaires économiques et sociales, World Urbanization Prospects: The 2018 Revision, 2018 (population des agglomérations, arrondie au million ; 2030 = projection).

Les World Urbanization Prospects sont publiés par la Division de la population des Nations unies ; la révision de 2018 couvre la période 1950-2050. Ils servent de référence aux États, aux chercheurs et aux manuels pour comparer les villes du monde.

Agglomération (pays)195020182030 (projection)
Tokyo (Japon)113737
New York (États-Unis)121920
Delhi (Inde)12939
Shanghai (Chine)42633
Dacca (Bangladesh)moins de 12028
Lagos (Nigeria)moins de 11321
Kinshasa (RD Congo)moins de 11322
Part des citadins dans la population mondiale30 %55 %60 %

Population en millions d'habitants. Une agglomération est l'ensemble du bâti continu formé par une ville et ses banlieues.

En analysant le document, montrez que la croissance urbaine mondiale est un processus différencié. Vous préciserez les limites du document.

  1. Présentez le document et définissez la notion d'agglomération.
  2. Décrivez l'évolution de la part des citadins et de la population des agglomérations entre 1950 et 2030.
  3. Comparez l'évolution des agglomérations des pays riches et celle des agglomérations d'Asie du Sud et d'Afrique : qu'en concluez-vous ?
  4. Montrez que ce document ne suffit pas à mesurer la métropolisation.
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'un tableau statistique établi d'après les World Urbanization Prospects publiés en 2018 par la Division de la population de l'ONU : une source officielle et internationale, qui harmonise les données nationales. Les chiffres de 2030 sont des projections, non des constats. Une agglomération désigne l'ensemble du bâti continu autour d'une ville-centre, banlieues comprises : elle est bien plus vaste que la commune. Ainsi, les 37 millions d'habitants de Tokyo ne sont pas ceux de la seule ville de Tokyo, mais de toute son agglomération.

2. Le monde s'urbanise massivement : la part des citadins passe de 30 % en 1950 à 55 % en 2018 et devrait atteindre 60 % en 2030. Toutes les agglomérations du tableau grandissent. En 1950, seules Tokyo (11 millions d'habitants) et New York (12 millions) dépassaient 10 millions d'habitants ; en 2018, les sept agglomérations du tableau sont des mégapoles, et Delhi devrait approcher 39 millions d'habitants en 2030. La population urbaine se concentre donc de plus en plus dans de très grandes agglomérations.

3. Les rythmes sont très différents. New York ne gagne qu'environ 7 millions d'habitants entre 1950 et 2018, et Tokyo, après avoir plus que triplé, stagne (37 millions en 2018 comme en 2030) : ce sont des métropoles de pays riches, déjà très urbanisés, où la population vieillit, surtout au Japon. À l'inverse, Lagos et Kinshasa passent de moins d'un million d'habitants à 13 millions, et devraient dépasser 20 millions en 2030 : leur population est multipliée par plus de dix. Delhi devrait dépasser Tokyo avant 2030. La croissance urbaine se déplace vers l'Asie du Sud et l'Afrique subsaharienne, sous l'effet de l'exode rural et d'un fort accroissement naturel : c'est un processus mondial, mais différencié selon le niveau de développement.

4. Le tableau mesure la taille des villes, pas leur pouvoir. Il ne dit pas que New York et Tokyo concentrent des fonctions de commandement mondiales (bourses, sièges sociaux, services avancés) que Kinshasa ne possède pas : une mégapole n'est pas forcément une ville mondiale, et la métropolisation est d'abord une concentration de fonctions. De plus, les limites des agglomérations varient selon les méthodes : dans sa révision de 2025, qui harmonise ces limites, l'ONU classe Jakarta en tête. Il faudrait compléter ce document par des indicateurs de fonctions (sièges sociaux, trafic aérien international, classement des villes mondiales) et de conditions de vie (part de la population vivant dans des bidonvilles).

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau en calculant des évolutions, en comparant des groupes de villes, puis en montrant ce que les chiffres ne disent pas.

Document 2 — La hiérarchie des villes mondiales

Moyen

Carte (planisphère), décrite · Carte construite pour l'exercice d'après la classification du réseau GaWC (Globalization and World Cities Research Network, université de Loughborough), « The World According to GaWC 2020 », 2020.

Depuis 1998, le réseau de chercheurs GaWC mesure la place des villes dans l'économie mondialisée à partir des réseaux de bureaux des firmes de services, dans la lignée des travaux de Saskia Sassen. Son classement, actualisé régulièrement, est très utilisé par les géographes et par les villes elles-mêmes dans leur communication.

Description de la carte. Sur un planisphère, chaque ville classée est figurée par un cercle ; la taille et la couleur du cercle traduisent son niveau d'intégration dans le réseau mondial des services aux entreprises. Le classement ne tient pas compte du nombre d'habitants.

  • Niveau Alpha++ (les deux plus gros cercles) : Londres et New York.
  • Niveau Alpha+ (entre autres) : Hong Kong, Singapour, Shanghai, Pékin, Tokyo, Dubaï, Paris.
  • Niveau Alpha (sélection) : Los Angeles, Chicago, Toronto, São Paulo, Mexico, Mumbai, Séoul, Milan, Francfort.
  • Niveaux Beta et Gamma : plusieurs centaines d'autres villes, dont la plupart des grandes villes africaines (Le Caire, Lagos, Nairobi…).

Légende. Le niveau de chaque ville est calculé à partir de la présence et de l'importance des bureaux de 175 grandes firmes de services avancés (banque, assurance, audit, droit des affaires, publicité, conseil) dans plus de 700 villes.

Lecture d'ensemble. Les plus gros cercles se concentrent dans trois ensembles : l'Amérique du Nord, l'Europe occidentale, l'Asie orientale et du Sud-Est. L'Afrique subsaharienne ne compte qu'une ville parmi les niveaux Alpha, Johannesburg ; l'Asie centrale et l'Afrique centrale sont presque vides.

En analysant le document, montrez que les villes mondiales forment un réseau hiérarchisé, inégal et en recomposition.

  1. Présentez le document : qu'est-ce qui est classé, selon quel critère, et en quoi ce classement diffère-t-il d'un classement par la population ?
  2. Relevez les grands ensembles régionaux où se concentrent les villes les mieux classées.
  3. Montrez que ce classement révèle un basculement du réseau vers l'Asie.
  4. Quels espaces restent en marge de ce réseau ? Nuancez à l'aide de vos connaissances.
Voir la réponse rédigée

1. Le document est une carte construite d'après le classement 2020 du réseau GaWC, groupe de chercheurs fondé en 1998 à l'université de Loughborough, au Royaume-Uni. Elle ne classe pas les villes par leur population mais par leur connectivité : la présence des bureaux de 175 grandes firmes de services avancés (banque, audit, droit, publicité, conseil) dans plus de 700 villes. Elle mesure donc les fonctions de commandement et l'intégration à la mondialisation, c'est-à-dire le degré de métropolisation, et non la taille. C'est pourquoi Tokyo, la plus peuplée des agglomérations en 2018, n'est pas au sommet, alors que Londres, qui compte moins de 10 millions d'habitants, y figure.

2. Les villes les mieux classées se concentrent dans les trois pôles majeurs de la mondialisation. En Amérique du Nord : New York (Alpha++), puis Los Angeles, Chicago et Toronto. En Europe occidentale : Londres (Alpha++), Paris (Alpha+), Milan, Francfort. En Asie orientale et du Sud-Est : Tokyo, Pékin, Shanghai, Hong Kong et Singapour (tous Alpha+), puis Séoul. Ce sont les espaces qui concentrent la richesse, les échanges et les sièges des firmes transnationales : la carte des villes mondiales épouse celle des centres d'impulsion de l'économie mondiale.

3. Le basculement vers l'Asie est net. En 1991, Saskia Sassen retenait trois villes globales, New York, Londres et Tokyo, dont une seule asiatique. Sur le document, cinq des sept villes Alpha+ citées sont en Asie orientale et du Sud-Est, et Dubaï, au Moyen-Orient, s'y ajoute. Shanghai et Pékin, qui n'étaient pas des places internationales au début des années 1990, rivalisent désormais avec Paris : c'est l'effet de l'ouverture de la Chine (zones économiques spéciales dès 1980, Pudong en 1990) et de la croissance des économies asiatiques. Le réseau des villes mondiales suit le déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale vers l'Asie-Pacifique.

4. L'Afrique subsaharienne, l'Asie centrale et une large part de l'Amérique du Sud restent en marge : Johannesburg est la seule ville d'Afrique subsaharienne parmi les niveaux Alpha, et Lagos ou Kinshasa, pourtant plus peuplées que Londres, n'apparaissent qu'aux niveaux inférieurs. Il faut cependant nuancer. Ces marges ne sont pas coupées du monde : Lagos est le cœur économique du Nigeria et un grand port, Nairobi un pôle du numérique africain. Surtout, le classement ne retient qu'un type de fonction, les services aux entreprises : il ignore le poids politique (Washington, Bruxelles, Genève), la culture, le tourisme, et il ne dit rien des inégalités internes. Une ville Alpha++ comme New York compte aussi des dizaines de milliers de sans-abri.

Ce que cette analyse apprend — Identifier ce qu'une carte mesure réellement avant de la commenter, puis confronter sa lecture aux connaissances pour la nuancer.

Document 3 — Paraisópolis et le Morumbi : une frontière dans la ville

Moyen

Photographie, décrite · Tuca Vieira, photographie de la limite entre la favela de Paraisópolis et le quartier du Morumbi, São Paulo (Brésil), 2004.

São Paulo, première métropole économique du Brésil (environ 22 millions d'habitants dans l'agglomération en 2018 selon l'ONU), est une des métropoles les plus inégalitaires du monde. Le Morumbi, quartier aisé du sud-ouest de la ville, s'est développé au contact de Paraisópolis, l'une des plus grandes favelas de la ville, installée sur des terrains occupés sans titre de propriété.

Description de la photographie (vue prise en hauteur, cadrage horizontal).

À gauche, la favela de Paraisópolis occupe la moitié de l'image : un tissu très dense de petites maisons de brique, souvent laissées sans enduit, collées les unes aux autres et élevées sur plusieurs niveaux, aux toits plats. On n'y distingue ni arbre, ni jardin, ni espace public ouvert.

À droite, une haute tour résidentielle de luxe du quartier du Morumbi : chaque étage s'ouvre sur un large balcon équipé de sa propre piscine. Au pied de l'immeuble s'étendent des espaces verts arborés et entretenus.

Au centre, un mur sépare nettement les deux espaces ; aucune ouverture visible ne les relie.

La photographie a été largement reproduite dans le monde pour illustrer les inégalités urbaines ; l'élève la travaille ici à partir de cette description.

En analysant le document, montrez que les métropoles sont des espaces inégaux et fragmentés. Vous préciserez les limites du document.

  1. Décrivez les deux espaces que montre la photographie en relevant trois contrastes.
  2. Quelles notions de géographie urbaine cette image illustre-t-elle ? Définissez-les.
  3. Expliquez pourquoi des groupes sociaux si différents vivent si près les uns des autres.
  4. Quelles sont les limites de ce document pour étudier les inégalités dans une métropole ?
Voir la réponse rédigée

1. La photographie, prise par Tuca Vieira en 2004 à São Paulo, oppose deux espaces séparés par un mur. À gauche, la favela de Paraisópolis : de petites maisons de brique souvent inachevées, entassées, sans arbres ni espace public. À droite, une tour résidentielle du Morumbi, dont chaque balcon porte une piscine privée, entourée de verdure. Trois contrastes ressortent : la densité (entassement d'un côté, espace et verdure de l'autre), la construction (auto-construction en brique nue contre architecture de standing), l'accès aux aménités (aucun équipement visible d'un côté, piscines et jardins de l'autre).

2. L'image illustre la ségrégation socio-spatiale, c'est-à-dire la séparation des groupes sociaux dans l'espace, et plus encore la fragmentation urbaine : le mur matérialise une rupture entre deux morceaux de ville qui se tournent le dos et ne communiquent pas. Elle montre aussi l'habitat informel : la favela s'est construite sur des terrains occupés sans titre de propriété, par l'auto-construction de ses habitants. Côté Morumbi, la tour sécurisée relève de la même logique que les quartiers fermés : les plus riches se protègent derrière des murs et des gardes. L'image montre donc, à grande échelle, des métropoles profondément inégales.

3. Cette proximité s'explique d'abord par l'histoire : la favela et le quartier aisé se sont développés sur des terrains voisins, au fil de l'expansion de la métropole vers le sud-ouest. Elle s'explique aussi par l'économie : les habitants de Paraisópolis trouvent à proximité des emplois peu qualifiés au service des ménages aisés (gardiennage, ménage, travaux, commerce), sans les longs trajets imposés aux habitants des périphéries lointaines. La métropole attire à la fois des très riches et des très pauvres, que le marché foncier sépare ici par des murs plutôt que par des kilomètres : la proximité spatiale n'efface pas la distance sociale.

4. Une photographie est un cadrage : le photographe a choisi l'angle qui rend le contraste le plus saisissant, et l'image est devenue un symbole mondial des inégalités. Elle ne montre ni l'organisation interne de la favela (commerces, associations, équipements obtenus au fil des années), ni l'échelle de la métropole entière, où la plupart des pauvres vivent loin des quartiers riches, dans les périphéries. Enfin, elle date de 2004 : il faudrait la compléter par des données statistiques récentes (revenus, accès aux réseaux d'eau et d'assainissement, temps de transport) et par une carte de la métropole.

Ce que cette analyse apprend — Décrire une image avant de l'interpréter, mobiliser les notions exactes, puis rappeler qu'un cadrage est un choix.

Document 4 — Manchester en 1845 : la ville ségréguée de la première industrialisation

Difficile

Extrait d'essai, document d'époque · Friedrich Engels, La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, Leipzig, 1845, chapitre « Les grandes villes » ; extrait traduit de l'allemand pour l'exercice.

Friedrich Engels (1820-1895), fils d'un industriel du textile rhénan, travaille de 1842 à 1844 à Manchester, dans une filature de coton dont son père est associé. Il publie ce livre en allemand en 1845 pour faire connaître au public allemand la condition ouvrière anglaise, trois ans avant de rédiger avec Karl Marx le Manifeste du parti communiste (1848).

« Manchester renferme en son centre un quartier commerçant assez étendu, long et large d'environ un demi-mille, composé presque uniquement de bureaux et d'entrepôts. Presque tout ce quartier est dépourvu d'habitants ; la nuit, il est désert et vide […]. Il est traversé par quelques rues principales où se concentre une circulation énorme et dont les rez-de-chaussée sont occupés par de brillantes boutiques […].

En dehors de ce quartier commerçant, tout Manchester proprement dit, tout Salford et Hulme […] ne sont que des quartiers ouvriers, qui entourent le quartier commerçant comme une ceinture d'un mille et demi de large en moyenne. Au-delà de cette ceinture habitent la moyenne et la grande bourgeoisie : la moyenne dans des rues régulières, à proximité des quartiers ouvriers […] ; la grande, dans des villas avec jardins plus éloignées, à Chorlton et Ardwick, ou sur les hauteurs aérées de Cheetham Hill, Broughton et Pendleton, à l'air libre et sain de la campagne, dans de belles et confortables demeures, que desservent toutes les demi-heures ou tous les quarts d'heure des omnibus allant en ville.

Et le plus beau de l'affaire, c'est que les membres de cette aristocratie de l'argent peuvent traverser par le plus court chemin tous les quartiers ouvriers pour se rendre à leurs bureaux sans jamais s'apercevoir qu'ils se trouvent au milieu de la plus sordide misère, tapie à droite et à gauche. »

En confrontant ce document de 1845 à vos connaissances sur les métropoles actuelles, montrez que la ségrégation urbaine est ancienne, mais qu'elle a changé d'échelle et de forme.

  1. Présentez le document : auteur, date, contexte, intention.
  2. Décrivez l'organisation de l'espace urbain de Manchester telle qu'Engels la présente.
  3. Expliquez comment cette organisation permet à la bourgeoisie de ne pas voir la misère ouvrière.
  4. En quoi ce texte éclaire-t-il la fragmentation des métropoles actuelles ? Montrez aussi ce qui a changé.
Voir la réponse rédigée

1. Ce texte est extrait de La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, publié à Leipzig en 1845 par Friedrich Engels. Fils d'un industriel du textile, il a travaillé à Manchester de 1842 à 1844 et observe de l'intérieur la première grande ville industrielle du monde, capitale du coton. C'est un document d'époque et un témoignage engagé : Engels écrit pour le public allemand afin de dénoncer la condition ouvrière, trois ans avant de rédiger avec Karl Marx le Manifeste du parti communiste. Son regard est donc hostile à la bourgeoisie, ce qui oblige à le lire avec prudence ; mais ses descriptions précises, nourries d'observations et d'enquêtes de son temps, en font une source majeure sur la ville industrielle.

2. Engels décrit une ville organisée en auréoles. Au centre, un quartier commerçant d'environ un demi-mille de côté, composé « presque uniquement de bureaux et d'entrepôts », « désert et vide » la nuit : c'est déjà un quartier d'affaires spécialisé, l'ancêtre du CBD. Autour, une « ceinture » de quartiers ouvriers d'un mille et demi de large en moyenne. Au-delà, la bourgeoisie : la moyenne dans des rues régulières proches des quartiers ouvriers, la grande dans des « villas avec jardins », sur les hauteurs de Cheetham Hill, Broughton ou Pendleton, reliées au centre par des omnibus. L'espace est découpé selon la fonction (travail au centre, résidence autour) et selon la classe sociale : c'est une ségrégation socio-spatiale nette, et plus on s'éloigne du centre, plus on s'élève dans la société.

3. Trois mécanismes permettent de ne pas voir. La distance, d'abord : la grande bourgeoisie vit loin, « à l'air libre et sain de la campagne ». Les transports, ensuite : les omnibus, toutes les demi-heures ou tous les quarts d'heure, relient directement villas et bureaux. Les rues-écrans, enfin : les grandes artères, bordées de « brillantes boutiques », traversent les quartiers ouvriers sans les montrer, si bien que les riches passent « par le plus court chemin » au milieu de la misère « sans jamais s'apercevoir » qu'ils la côtoient. L'ironie d'Engels (« le plus beau de l'affaire ») dénonce une organisation qui rend l'inégalité invisible à ceux qui en profitent.

4. Le texte montre que la ségrégation est aussi ancienne que la grande ville industrielle, et les métropoles actuelles la prolongent. On retrouve le quartier d'affaires vide la nuit (la City, Canary Wharf, Pudong), la fuite des plus riches vers des espaces protégés (les quartiers fermés comme Alphaville, près de São Paulo, depuis 1973) et les axes rapides qui permettent de traverser les quartiers pauvres sans s'y arrêter. Mais trois choses ont changé. L'échelle : Manchester comptait quelques centaines de milliers d'habitants, les métropoles actuelles en comptent des dizaines de millions, et les inégalités se jouent désormais aussi entre métropoles, à l'échelle mondiale. La forme : on passe de la séparation par la distance à la fragmentation, avec des murs, des gardes et des enclaves, jusqu'à la juxtaposition immédiate de Paraisópolis et du Morumbi. Le sens des mouvements, enfin : par la gentrification, les classes aisées reviennent dans les centres anciens et repoussent les plus modestes vers les périphéries, à l'inverse du schéma décrit par Engels.

Ce que cette analyse apprend — Faire parler un document ancien sur une question actuelle : critiquer la source, puis dégager continuités et ruptures.

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Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

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