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Histoire du roman du XIXe au XXIe siècle : réalisme, naturalisme, roman du XXe-XXIe siècle

Objet d'étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle — programme officiel de Français 1re (lycée général)

À propos de cette page
Ce lexique sur « Histoire du roman du XIXe au XXIe siècle : réalisme, naturalisme, roman du XXe-XXIe siècle » en première donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : L'objet d'étude et la place du XIXe siècle dans l'histoire du roman, Le réalisme (1830-1860) : peindre la société, refuser l'idéalisation, Le naturalisme (1865-1893) : le roman comme expérience, La fabrique du réel : description, personnage, point de vue, discours indirect libre. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de première.

Réalisme

Esthétique romanesque qui se donne pour tâche de représenter la société contemporaine et la vie ordinaire, sans idéalisation ni leçon de morale. Le mot s'impose en France dans les années 1850.

Synonymes

  • Roman de mœurs — désigne le sujet (les usages d'un milieu) et non la doctrine : un roman de mœurs peut être satirique ou moralisateur, ce que le réalisme refuse
  • Vraisemblance — la vraisemblance est une exigence ancienne, valable même dans un roman de chevalerie ; le réalisme y ajoute l'ancrage dans une société datée

Antonymes

  • Idéalisme littéraire — peint les êtres tels qu'ils devraient être ; le réalisme les peint tels qu'ils sont, argent et laideur compris
  • Merveilleux — admet le surnaturel comme allant de soi, quand le réalisme exclut toute cause inexplicable

À ne pas confondre

  • Naturalisme — le naturalisme est un réalisme qui prétend en outre expliquer scientifiquement le personnage par l'hérédité et le milieu
  • Romantisme — le romantisme met au premier plan le moi et l'exception ; le réalisme, la société et l'homme moyen

Selon l'époque et le point de vue — Le programme précède le mot : Stendhal (1830) et Balzac (1829-1850) l'appliquent avant que Champfleury, dans Le Réalisme (1857), n'en fasse une bannière, après le scandale de la peinture de Courbet (Un enterrement à Ornans, 1850). Flaubert le porte à son point d'exigence maximal, puis Zola le radicalise en naturalisme.

Ce que le mot permet d'écrire — Ne dites pas qu'un texte « est réaliste parce qu'il décrit la réalité » : montrez le dispositif — lieu nommé, date, questions d'argent, refus de récompenser la vertu. L'effet à nommer est la reconnaissance : le lecteur croit avoir affaire à un monde vérifiable.

Naturalisme

Prolongement du réalisme qui applique au roman une méthode d'inspiration scientifique : le romancier observe un milieu et montre comment l'hérédité, le milieu et le moment déterminent la conduite des personnages.

Synonymes

  • Roman expérimental — c'est le nom que Zola donne à sa méthode en 1880 ; il insiste sur le protocole, là où « naturalisme » désigne le mouvement dans son ensemble

Antonymes

  • Idéalisme — refuse la laideur et la fatalité biologique que le naturalisme place au centre
  • Symbolisme — cherche derrière le monde sensible un sens caché, quand le naturalisme s'en tient aux causes matérielles — même si Zola use lui-même de symboles

À ne pas confondre

  • Réalisme — Flaubert décrit sans expliquer, Zola explique : c'est la présence d'une causalité héréditaire et sociale qui fait le naturalisme
  • Documentaire — le dossier préparatoire (Zola descend dans les mines d'Anzin) sert une construction romanesque, souvent épique : ce n'est pas un reportage

Selon l'époque et le point de vue — Ouvert par la préface de Germinie Lacerteux des Goncourt (1865), théorisé par Zola (Le Roman expérimental, 1880) d'après Taine et Claude Bernard, incarné par les vingt volumes des Rougon-Macquart (1871-1893). Le mouvement se disloque après le « Manifeste des Cinq » de 1887 et le tournant de Huysmans avec À rebours (1884).

Ce que le mot permet d'écrire — En copie, appuyez le mot sur une preuve textuelle : lexique technique d'un métier, mention d'une tare familiale, description d'un milieu qui agit comme une force. Sans cela, « naturaliste » n'est qu'une étiquette collée.

Illusion référentielle

Impression, produite par le texte, que les personnages et les lieux existent en dehors du livre. Elle résulte de procédés (noms, dates, cartes, détails), non d'une ressemblance réelle avec le monde.

Synonymes

  • Illusion réaliste — même idée, formulée du côté du mouvement plutôt que du côté de la théorie du récit

Antonymes

  • Métalepse — la rupture affichée du cadre (le narrateur s'adresse au lecteur, l'auteur entre dans l'histoire) détruit l'illusion au lieu de l'entretenir

À ne pas confondre

  • Vraisemblance — la vraisemblance concerne la cohérence interne, l'illusion référentielle l'impression d'un renvoi au monde réel

Selon l'époque et le point de vue — Le XIXe siècle la porte à son comble (Balzac fournit des adresses parisiennes exactes) ; le Nouveau Roman la démonte à partir des années 1950, et le récit contemporain la réutilise en la signalant comme reconstruction.

Ce que le mot permet d'écrire — Écrivez « le texte construit une illusion référentielle » plutôt que « le texte est vrai ». Repérez toujours le mélange : dans Germinal, Marchiennes existe, Montsou est inventé — c'est ce voisinage qui fait croire au second.

Effet de réel

Détail concret qui ne sert ni l'intrigue ni la caractérisation, et dont la seule fonction est d'attester : « ce monde est réel ». Un chiffre, un objet, un nom de rue suffisent.

Synonymes

  • Détail référentiel — formulation descriptive et neutre, sans l'idée d'effet produit sur le lecteur

Antonymes

  • Détail symbolique — le détail symbolique veut signifier quelque chose, l'effet de réel veut précisément ne rien signifier d'autre que la présence du monde

À ne pas confondre

  • Description expressive — la description expressive traduit une émotion ou un jugement ; l'effet de réel reste apparemment gratuit

Selon l'époque et le point de vue — Roland Barthes analyse ce mécanisme dans un article de 1968, « L'Effet de réel », à propos de Flaubert : le détail inutile est le signe même du réalisme.

Ce que le mot permet d'écrire — Formule efficace au commentaire : « ce détail, inutile à l'action, ne sert qu'à certifier le monde raconté ». Ne l'utilisez pas pour un détail qui annonce la suite : celui-là a une fonction narrative.

Focalisation

Point de vue par lequel l'histoire est perçue. Zéro : le récit sait plus que les personnages. Interne : il ne sait que ce qu'un personnage perçoit. Externe : il n'enregistre que ce qui est visible du dehors.

Synonymes

  • Point de vue — terme scolaire équivalent, mais plus vague : « focalisation » nomme une restriction mesurable de l'information

Antonymes

  • Omniscience — c'est un cas de focalisation, la focalisation zéro, et non son contraire absolu : ne les opposez pas terme à terme

À ne pas confondre

  • Voix narrative — la voix répond à « qui parle ? », la focalisation à « qui perçoit ? » : un narrateur adulte peut raconter avec les yeux de l'enfant qu'il était

Selon l'époque et le point de vue — Stendhal invente la focalisation interne moderne avec Fabrice à Waterloo (La Chartreuse de Parme, 1839) ; Flaubert la généralise ; Robbe-Grillet, dans les années 1950, pousse la focalisation externe jusqu'à ne plus décrire que des surfaces.

Ce que le mot permet d'écrire — Nommer la focalisation ne suffit pas : dites ce qu'elle produit — sympathie, ignorance partagée, suspense, ou distance ironique. C'est le procédé le plus rentable au commentaire de roman.

Discours indirect libre

Discours rapporté sans verbe introducteur ni subordonnant : les mots, le ton et le vocabulaire du personnage passent dans la phrase du narrateur, aux temps du récit et à la troisième personne.

Synonymes

  • Style indirect libre — même procédé ; « style » est l'appellation traditionnelle, « discours » celle de la grammaire du récit, à préférer à l'oral du bac

Antonymes

  • Discours direct — isole la parole par des guillemets et la garde extérieure à la voix narrative, ce qui interdit l'ambiguïté ironique
  • Discours indirect — subordonne la parole (« elle dit qu'elle... »), ce qui la filtre entièrement par le narrateur et efface le ton du personnage

À ne pas confondre

  • Monologue intérieur — le monologue intérieur donne la pensée à la première personne et au présent, sans médiation ; l'indirect libre garde la troisième personne et l'imparfait

Selon l'époque et le point de vue — Présent chez Jane Austen et Stendhal, il devient l'outil central de Flaubert dans Madame Bovary (1857), puis de Zola pour faire entendre la langue populaire sans la mettre entre guillemets, notamment dans L'Assommoir (1877).

Ce que le mot permet d'écrire — Signalez d'abord l'indice grammatical (absence de guillemets, imparfait, mot familier ou exclamation qui n'appartient pas au narrateur), puis l'effet : le lecteur est dans la tête du personnage et, en même temps, à distance de lui.

Description documentaire

Description longue qui fait connaître un milieu, un métier ou un intérieur, et qui explique souvent le personnage par le décor qui l'entoure.

Synonymes

  • Tableau — insiste sur l'organisation picturale de l'ensemble, moins sur la fonction d'information

Antonymes

  • Ellipse descriptive — l'absence de décor, fréquente dans le conte, laisse l'action seule et supprime tout ancrage social

À ne pas confondre

  • Portrait — le portrait décrit un être, la description documentaire un cadre ; chez Balzac, le second sert à faire le premier

Selon l'époque et le point de vue — Balzac en fait une clé du roman avec la pension Vauquer (Le Père Goriot, 1835) ; Zola l'augmente du dossier d'enquête ; le premier Manifeste du surréalisme (1924) s'en moque, et le Nouveau Roman la vide de sa fonction explicative.

Ce que le mot permet d'écrire — Montrez toujours le lien décor-personnage ou décor-destin : « la description ne meuble pas, elle condamne d'avance ». Une description citée sans ce lien ne prouve rien.

Personnage-type

Personnage construit de façon à représenter une classe, un métier ou une passion dominante, tout en gardant une individualité suffisante pour qu'on y croie.

Synonymes

  • Figure représentative — formule neutre, sans la connotation de réduction à un trait unique

Antonymes

  • Personnage sans qualités — figure du XXe siècle, définie par l'absence de caractère assignable, parfois réduite à une initiale

À ne pas confondre

  • Stéréotype — le stéréotype est un cliché paresseux ; le type balzacien est une construction qui vise à faire comprendre un mécanisme social
  • Héros — le héros se définit par sa valeur ou sa place centrale, le type par sa représentativité

Selon l'époque et le point de vue — Le XIXe siècle multiplie les types (Grandet l'avare, Eugénie Grandet, 1833 ; Vautrin le hors-la-loi). Le XXe siècle les conteste : Nathalie Sarraute, en 1956, refuse le personnage doté d'un nom, d'un état civil et d'un caractère.

Ce que le mot permet d'écrire — Écrivez « le personnage vaut pour toute une classe », en citant le trait qui généralise. Évitez de traiter un personnage complexe comme un type : Emma Bovary n'est pas « la femme adultère », elle est ce que la lecture a fait d'elle.

Déterminisme

Idée que la conduite d'un personnage est produite par des causes qui lui échappent : l'hérédité, le milieu social et professionnel, le moment historique.

Synonymes

  • Fatalité sociale — insiste sur la seule cause collective et garde une coloration tragique que le naturalisme veut remplacer par une explication scientifique

Antonymes

  • Libre arbitre — suppose un personnage capable de choisir contre son milieu, ce que le roman naturaliste tend à refuser

À ne pas confondre

  • Fatalité tragique — la fatalité vient des dieux ou du destin, le déterminisme de causes observables : hérédité, alcool, misère

Selon l'époque et le point de vue — Zola l'emprunte à Taine et à la physiologie de son temps, et l'inscrit dans le sous-titre des Rougon-Macquart : « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire » (1871-1893). La Bête humaine (1890) en donne la version extrême avec la pulsion héritée de Jacques Lantier.

Ce que le mot permet d'écrire — Dites toujours quelle cause agit et par quel détail on le voit : « le milieu agit ici par le vocabulaire du métier, qui envahit la parole du personnage ». Ne parlez de déterminisme chez Flaubert que pour noter qu'il s'en abstient.

Roman expérimental

Conception du roman, formulée par Zola en 1880, où le romancier se comporte en savant : il observe des faits, puis place ses personnages dans une situation dont il laisse jouer les conséquences.

Synonymes

  • Méthode naturaliste — désigne la pratique d'un groupe ; « roman expérimental » désigne la théorie et son modèle médical

Antonymes

  • Roman d'imagination — revendique l'invention libre, que Zola présente comme une démission de l'observation

À ne pas confondre

  • Roman à thèse — le roman à thèse démontre une opinion posée d'avance ; le roman expérimental prétend, lui, découvrir un résultat — même si en pratique la frontière est mince

Selon l'époque et le point de vue — Zola s'appuie sur l'Introduction à l'étude de la médecine expérimentale de Claude Bernard (1865) et écrit : « Le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur » (Le Roman expérimental, 1880). La science invoquée a vieilli ; l'ambition d'enquête, non.

Ce que le mot permet d'écrire — Employez le terme pour une dissertation sur la vérité du roman, et signalez sa limite : l'expérience de Zola n'est pas vérifiable, parce que le romancier écrit lui-même les résultats. C'est une nuance qui vaut des points.

Cycle romanesque

Ensemble de romans reliés par des personnages, une famille ou une époque communes, chaque volume se lisant seul mais prenant un sens supplémentaire dans la série.

Synonymes

  • Roman-fleuve — insiste sur la longueur continue d'une même histoire, quand le cycle peut être fait de récits autonomes

Antonymes

  • Récit bref autonome — la nouvelle vise la concentration et l'effet unique, à l'opposé de l'accumulation cyclique

À ne pas confondre

  • Suite — une suite prolonge une intrigue ; un cycle construit un monde, souvent avec retour des personnages

Selon l'époque et le point de vue — Balzac invente le procédé du retour des personnages et réunit son œuvre sous le titre La Comédie humaine (1842) ; Zola lui donne une armature généalogique avec les vingt Rougon-Macquart (1871-1893) ; Proust en fait, avec À la recherche du temps perdu (1913-1927), l'espace d'une mémoire.

Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour montrer l'ambition totalisante du roman du XIXe siècle : « le cycle transforme des destins particuliers en histoire d'une société ». Vérifiez vos dates de publication avant de l'invoquer.

Roman d'apprentissage

Récit de la formation d'un jeune personnage qui entre dans le monde, se heurte à lui et en sort transformé, instruit ou désillusionné.

Synonymes

  • Roman de formation — traduction de l'allemand Bildungsroman ; insiste sur la construction de soi plus que sur l'épreuve de la société

Antonymes

  • Roman de la répétition — montre un personnage qui n'évolue pas, forme fréquente au XXe siècle et qui prend à contre-pied l'idée d'apprentissage

À ne pas confondre

  • Autobiographie — l'autobiographie engage un pacte de vérité sur la vie de l'auteur ; le roman d'apprentissage reste une fiction, même nourrie d'expérience

Selon l'époque et le point de vue — Le XIXe siècle en fait sa forme reine, du Rouge et le Noir (1830) au Père Goriot (1835), puis en retourne le modèle : L'Éducation sentimentale de Flaubert (1869) raconte un apprentissage qui n'apprend rien et une ambition qui s'éteint.

Ce que le mot permet d'écrire — Précisez toujours le résultat de l'apprentissage — réussite, échec, désillusion — car c'est là que se joue le jugement du romancier sur sa société. « Roman d'apprentissage » sans cette précision est une case vide.

Monologue intérieur

Restitution directe du flux de pensée d'un personnage, à la première personne et au présent, sans médiation du narrateur ni souci d'ordre logique.

Synonymes

  • Flux de conscience — terme venu de la critique anglophone, qui souligne le désordre associatif plus que la forme du monologue

Antonymes

  • Récit rétrospectif ordonné — réorganise après coup ce que le monologue intérieur donne à l'état brut

À ne pas confondre

  • Discours indirect libre — l'indirect libre garde la troisième personne et les temps du récit ; le monologue intérieur passe au « je » et au présent
  • Soliloque théâtral — le soliloque est prononcé et construit pour être entendu ; le monologue intérieur n'est pas énoncé

Selon l'époque et le point de vue — Amorcé par Édouard Dujardin dans Les Lauriers sont coupés (1887), il devient au XXe siècle un instrument majeur, du roman européen des années 1920 aux « tropismes » que Nathalie Sarraute explore à partir de 1939.

Ce que le mot permet d'écrire — Citez les marques : phrases nominales, ruptures, associations libres, présent. Dites l'effet : la suppression de la distance, donc l'impossibilité pour le lecteur de juger de l'extérieur.

Mise en abyme

Procédé par lequel une œuvre contient en son sein une image réduite d'elle-même : un roman où l'on écrit un roman, un récit qui redouble sa propre structure.

Synonymes

  • Récit enchâssé — tout récit enchâssé n'est pas une mise en abyme : il faut que le récit intérieur reflète le récit qui le contient

Antonymes

  • Récit transparent — fait oublier sa propre fabrication, là où la mise en abyme l'exhibe

À ne pas confondre

  • Métalepse — la métalepse franchit la frontière entre les niveaux du récit ; la mise en abyme les superpose sans les mélanger

Selon l'époque et le point de vue — Le mot est emprunté au vocabulaire du blason par Gide, qui applique le procédé dans Les Faux-Monnayeurs (1925) : Édouard tient le journal du roman qu'il veut écrire. Le Nouveau Roman en fait un outil courant.

Ce que le mot permet d'écrire — L'effet à écrire : le lecteur ne peut plus croire naïvement à l'histoire, il voit les coutures. Reliez toujours le procédé à une réflexion sur le roman lui-même, sinon la remarque reste décorative.

Nouveau Roman

Ensemble d'écrivains publiant surtout aux Éditions de Minuit dans les années 1950-1960, qui refusent l'intrigue causale, la psychologie et le personnage traditionnel hérités du XIXe siècle.

Synonymes

  • École du regard — désigne surtout la tendance de Robbe-Grillet à la description neutre des surfaces, non l'ensemble du groupe

Antonymes

  • Roman balzacien — désigne, dans les textes de ces auteurs, le modèle à dépasser : personnage nommé, intrigue causale, narrateur omniscient

À ne pas confondre

  • Avant-garde surréaliste — les surréalistes rejettent le roman comme genre ; les nouveaux romanciers le gardent pour le transformer de l'intérieur

Selon l'époque et le point de vue — Nathalie Sarraute publie L'Ère du soupçon en 1956, Michel Butor La Modification en 1957, Alain Robbe-Grillet Pour un nouveau roman en 1963 ; Claude Simon reçoit le prix Nobel en 1985. Le mouvement s'épuise dans les années 1970, avant le retour du récit.

Ce que le mot permet d'écrire — Ne l'employez pas comme synonyme de « roman difficile ». Nommez précisément ce qui est refusé — la psychologie, la chronologie, le nom du personnage — et ce que ce refus fait apparaître : le travail du langage et de la perception.

Autofiction

Récit où l'auteur, le narrateur et le personnage portent le même nom, mais où la matière vécue est assumée comme travaillée par la fiction et par l'écriture.

Synonymes

  • Écriture de soi — expression large, qui englobe journal et autobiographie, sans la part revendiquée de fiction

Antonymes

  • Roman impersonnel — l'idéal flaubertien d'un auteur invisible s'oppose exactement à l'exposition du je

À ne pas confondre

  • Autobiographie — l'autobiographie promet la vérité des faits ; l'autofiction ne promet que la vérité d'une écriture
  • Roman autobiographique — celui-ci change les noms et se présente comme fiction, alors que l'autofiction garde le nom propre de l'auteur

Selon l'époque et le point de vue — Le terme est forgé par Serge Doubrovsky pour Fils (1977). Annie Ernaux, à partir de La Place (1983), en déplace l'enjeu vers l'enquête sociale sur son propre milieu ; elle reçoit le prix Nobel de littérature en 2022.

Ce que le mot permet d'écrire — Rappelez que le « je » reste une construction : « le récit met en scène un je écrit, non une confidence ». C'est ce qui vous évite de confondre l'auteur et le narrateur, faute la plus lourdement sanctionnée.

Récit de filiation

Récit contemporain dans lequel un narrateur enquête sur ses ascendants — parents, grands-parents — à partir d'archives lacunaires, et fait de cette incertitude même son sujet.

Synonymes

  • Roman d'enquête familiale — formule descriptive ; « filiation » souligne en plus la question de l'héritage et de la transmission

Antonymes

  • Saga familiale — la saga raconte plusieurs générations avec assurance et continuité, quand le récit de filiation avance par trous et hypothèses

À ne pas confondre

  • Roman naturaliste — tous deux s'intéressent à l'hérédité, mais le naturaliste explique par elle, le récit de filiation constate qu'il ne sait pas

Selon l'époque et le point de vue — La forme s'impose après 1980 : Jean Rouaud obtient le prix Goncourt 1990 pour Les Champs d'honneur ; la critique, avec Dominique Viart, parle de « récits de filiation ». Patrick Modiano, prix Nobel 2014, en fournit une variante tournée vers l'Occupation.

Ce que le mot permet d'écrire — L'effet à nommer : l'enquête remplace l'intrigue, et le doute du narrateur devient une garantie d'honnêteté. Signalez les marques — conditionnel, modalisateurs, « peut-être », questions sans réponse.

Les repères du programme

Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.

Réalisme / naturalisme

Le réalisme peint la société sans l'idéaliser ; le naturalisme y ajoute une explication causale (hérédité, milieu, moment).

Ce qu'il débloque — Permet de classer un texte sans se tromper : cherchez s'il y a une cause donnée au comportement du personnage.

Exemple — Dans Madame Bovary (1857), aucune tare n'explique Emma ; dans L'Assommoir (1877), l'alcool et le quartier expliquent Coupeau : le premier est réaliste, le second naturaliste.

Montrer / expliquer

Un récit peut exposer des faits et laisser le lecteur conclure, ou fournir lui-même la cause et le jugement.

Ce qu'il débloque — Permet de mesurer la présence du narrateur, donc de trancher entre impersonnalité flaubertienne et démonstration zolienne.

Exemple — Flaubert veut l'auteur « présent partout, et visible nulle part » (lettre du 9 décembre 1852) ; Zola, dans Le Roman expérimental (1880), assume au contraire de conduire une démonstration.

Raconter / décrire

La narration fait avancer le temps, la description le suspend pour donner à voir un espace.

Ce qu'il débloque — Permet d'analyser le rythme d'un passage et la fonction d'une pause descriptive : information, symbole ou pur effet de réel.

Exemple — L'ouverture du Père Goriot (1835) retarde l'action de plusieurs pages pour que la pension Vauquer explique d'avance ses habitants.

Héros / personnage quelconque

Le roman peut prendre pour centre un être supérieur ou représentatif, ou au contraire une existence sans relief.

Ce qu'il débloque — Permet de mesurer la démocratisation du genre au XIXe siècle et sa contestation au XXe.

Exemple — Germinie, servante des Goncourt (1865), puis les personnages réduits à une initiale du Nouveau Roman dans les années 1950-1960 marquent les deux étapes de ce déplacement.

Narrateur / auteur

La voix qui raconte est une construction du texte ; l'auteur est une personne qui a écrit le texte.

Ce qu'il débloque — Permet d'éviter la faute la plus coûteuse au commentaire et de parler correctement de l'ironie ou de l'autofiction.

Exemple — Dans une autofiction, le narrateur porte le nom de l'auteur sans lui être identique : c'est précisément ce que Doubrovsky met en jeu dans Fils (1977).

Vérité / vraisemblance

La vérité renvoie aux faits du monde, la vraisemblance à la cohérence interne qui rend le récit croyable.

Ce qu'il débloque — Permet de traiter la question classique « le roman doit-il dire le vrai ? » sans confondre les deux exigences.

Exemple — Maupassant tranche dans la préface de Pierre et Jean (1888) : le romancier ne donne pas le vrai mais « l'illusion complète du vrai », choisie et composée.

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