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Solidarité et fraternité : les principes républicains à l'épreuve de la cohésion sociale

Fraternité, solidarité nationale et protection sociale, inégalités et cohésion de la société (EMC de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d'EMC en première sur « Solidarité et fraternité : les principes républicains à l'épreuve de la cohésion sociale » suit le programme officiel d'EMC de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La fraternité : de la devise révolutionnaire au principe constitutionnel, De la charité à la solidarité : le solidarisme (1893-1914), La solidarité nationale : 1945-1946, un tournant, Les instruments de la solidarité aujourd'hui. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en EMC.

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — La solidarité inscrite dans la Constitution

Facile

Texte juridique · extrait de préambule constitutionnel · Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 (IVe République), alinéas 5, 10, 11 et 12 ; repris par le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958.

Le préambule est adopté par l'Assemblée constituante élue en 1946, dominée par les partis issus de la Résistance (communistes, socialistes, démocrates-chrétiens du MRP). Il complète la Déclaration de 1789 par des « principes particulièrement nécessaires à notre temps », au lendemain de la création de la Sécurité sociale (octobre 1945).

« 5. Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.

[…]

10. La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.

11. Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.

12. La Nation proclame la solidarité et l'égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales. »

Analysez ce document en montrant comment il fait de la solidarité un principe de la République.

  1. Présentez le document : nature, date, auteur, portée juridique actuelle.
  2. Relevez les droits sociaux garantis par les alinéas 10 et 11 et les personnes qu'ils protègent en priorité.
  3. Qui est le débiteur de ces droits ? Expliquez l'importance des mots « la Nation » et « la collectivité ».
  4. En quoi l'alinéa 12 exprime-t-il l'idée de fraternité ? Donnez un exemple d'application.
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'un extrait du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, texte juridique adopté par l'Assemblée constituante et approuvé par référendum. Il ouvre la Constitution de la IVe République. Sa portée dépasse ce régime : le préambule de la Constitution de 1958 y renvoie, et le Conseil constitutionnel l'intègre depuis 1971 au bloc de constitutionnalité. Ces droits s'imposent donc encore aujourd'hui au législateur.

2. L'alinéa 10 garantit les « conditions nécessaires » au développement de l'individu et de la famille ; l'alinéa 11 la « protection de la santé », la « sécurité matérielle », « le repos et les loisirs ». Il vise en priorité « l'enfant », « la mère » et « les vieux travailleurs », puis toute personne « dans l'incapacité de travailler » en raison de son âge, de son état de santé ou de la « situation économique ». Ce dernier terme est essentiel : le chômage n'est plus une faute individuelle mais un risque que la collectivité couvre.

3. Le débiteur n'est ni la famille ni la charité privée, mais « la Nation » et « la collectivité ». C'est la définition même de la solidarité nationale : l'aide devient un droit (« a le droit d'obtenir ») opposable à la puissance publique, financé par tous. Le texte donne une base constitutionnelle à la Sécurité sociale créée en 1945 et, plus tard, aux minima sociaux comme le RMI (1988).

4. L'alinéa 12 « proclame la solidarité et l'égalité de tous les Français devant les charges » des « calamités nationales » : les dommages subis par quelques-uns sont supportés par tous. C'est la fraternité traduite en règle : on ne laisse pas seules les victimes d'une catastrophe. L'indemnisation des dommages de guerre en est l'application immédiate en 1946 ; aujourd'hui, le régime des catastrophes naturelles, créé par une loi de 1982, en prolonge l'esprit.

Bilan : le préambule fait passer la solidarité du rang de vertu à celui de principe constitutionnel, que la loi doit mettre en œuvre.

Ce que cette analyse apprend — Identifier la portée juridique d'un texte, puis montrer qui doit quoi à qui : c'est la clé de toute analyse d'un texte de droit.

Document 2 — Mesurer la pauvreté en France

Moyen

Tableau statistique · D'après INSEE, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), publications « Les niveaux de vie » de 2021 à 2025 ; valeurs arrondies, seuil à 60 % du niveau de vie médian, France métropolitaine.

L'INSEE mesure chaque année la pauvreté monétaire en rapprochant données fiscales et prestations sociales. Les chiffres de 2023, publiés en 2025, ont été présentés comme les plus élevés depuis le milieu des années 1990.

AnnéeSeuil de pauvreté (personne seule, euros par mois)Taux de pauvretéNombre de personnes pauvres
20191 10214,6 %9,2 millions
20211 15814,5 %9,1 millions
20221 21614,4 %9,1 millions
20231 28815,4 %9,8 millions

Lecture : en 2023, 15,4 % des personnes vivant en France métropolitaine ont un niveau de vie inférieur à 1 288 euros par mois pour une personne seule. Le niveau de vie est calculé après impôts et prestations sociales.

Analysez ce document afin de montrer ce qu'il révèle des limites de la solidarité nationale.

  1. Définissez le seuil de pauvreté utilisé par l'INSEE. Pourquoi parle-t-on d'une pauvreté « relative » ?
  2. Décrivez l'évolution du taux de pauvreté entre 2019 et 2023.
  3. Le niveau de vie est mesuré « après impôts et prestations sociales ». Qu'en déduire sur le rôle de la redistribution ?
  4. Montrez que ce tableau ne suffit pas à mesurer l'exclusion.
Voir la réponse rédigée

1. Le seuil de pauvreté est fixé à 60 % du niveau de vie médian, c'est-à-dire du niveau de vie qui partage la population en deux moitiés égales. En 2023, il s'élève à 1 288 euros par mois pour une personne seule. On parle de pauvreté relative parce que le seuil dépend de la richesse de la société : il augmente quand le niveau de vie médian augmente (de 1 102 euros en 2019 à 1 288 euros en 2023). Est pauvre celui qui est trop loin du niveau de vie ordinaire de ses concitoyens, et non seulement celui qui manque du strict nécessaire.

2. Le taux de pauvreté est d'abord stable, légèrement décroissant : 14,6 % en 2019, 14,5 % en 2021, 14,4 % en 2022, soit environ 9,1 à 9,2 millions de personnes. Il augmente nettement en 2023 : 15,4 %, soit un point de plus en un an et environ 700 000 personnes pauvres supplémentaires (9,8 millions). Près d'une personne sur sept vit sous le seuil.

3. Ces chiffres sont calculés après redistribution : ils mesurent la pauvreté qui subsiste malgré les impôts, les prestations familiales, les aides au logement et les minima sociaux. Sans ces transferts, le taux serait nettement plus élevé (l'INSEE estime l'effet de la redistribution à plusieurs points de taux de pauvreté). La solidarité nationale réduit donc la pauvreté ; mais le tableau montre qu'elle ne la supprime pas et qu'elle n'a pas empêché sa hausse en 2023, année marquée par l'inflation.

4. La pauvreté monétaire ne mesure qu'un revenu. Elle ignore les personnes sans domicile, mal couvertes par l'enquête, ainsi que les ruptures qui définissent l'exclusion : isolement, perte de logement, difficulté d'accès aux soins ou aux droits (non-recours). Pour mesurer la cohésion sociale, il faudrait d'autres indicateurs, comme la privation matérielle et sociale, que l'INSEE calcule aussi.

Bilan : le document prouve l'utilité de la solidarité nationale et, en même temps, ses limites face à une pauvreté persistante.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau en commençant par la définition de l'indicateur, puis en citant des valeurs précises et en calculant des écarts.

Document 3 — La République, mère nourricière

Moyen

Peinture · esquisse pour un concours officiel · Honoré Daumier, La République (dite aussi La République nourrit ses enfants et les instruit), esquisse peinte à l'huile sur toile, 1848, Paris, musée d'Orsay.

En 1848, la IIe République proclame le suffrage universel masculin, abolit l'esclavage et promet, dans le préambule de sa Constitution du 4 novembre, une « assistance fraternelle » aux citoyens nécessiteux. Le concours de 1848 cherche une allégorie qui exprime ce nouveau régime.

Description. Au centre de la toile, une femme monumentale, assise de face sur un siège massif, occupe presque toute la hauteur du tableau. Elle tient de la main droite un drapeau tricolore dont la hampe s'élève verticalement. Deux enfants nus sont pressés contre sa poitrine et tètent son sein. À ses pieds, un troisième enfant, assis, lit un livre. Le fond est sombre et peu détaillé ; le visage de la femme est grave, le regard fixé droit devant elle. La touche est large et rapide : c'est une esquisse, non un tableau achevé.

Circonstances. Après la révolution de février 1848, le Gouvernement provisoire de la IIe République organise un concours pour fixer l'image officielle de la République. Daumier, connu surtout comme caricaturiste, présente cette esquisse ; elle est retenue parmi les esquisses sélectionnées, mais il n'en tire jamais de version définitive.

Analysez ce document pour montrer comment il représente la fraternité républicaine.

  1. Présentez le document et son contexte de production.
  2. Identifiez les symboles de l'image et leur signification.
  3. Quelle conception des devoirs de la République cette allégorie exprime-t-elle ? Mettez-la en relation avec la Constitution de 1848.
  4. Quelles limites de cette vision peut-on relever ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'une esquisse peinte par Honoré Daumier en 1848, aujourd'hui conservée au musée d'Orsay. Elle répond au concours ouvert par le Gouvernement provisoire après la révolution de février 1848 pour donner un visage officiel à la République. L'œuvre est donc à la fois un document artistique et un document politique : elle propose une définition du nouveau régime.

2. La femme assise est une allégorie de la République, comme Marianne. Le drapeau tricolore l'identifie à la Nation. Les deux enfants qu'elle allaite symbolisent les citoyens qu'elle nourrit : la République assure la subsistance. L'enfant qui lit représente l'instruction. Sa position assise, stable, et sa taille monumentale expriment la solidité et la protection, loin de la Liberté combattante de Delacroix (1830).

3. Daumier représente une République maternelle : elle ne se contente pas de garantir des libertés, elle doit nourrir et instruire ses enfants, c'est-à-dire tous les citoyens. C'est l'idée de fraternité : les citoyens sont frères parce qu'ils ont une même mère, la République. Le préambule de la Constitution du 4 novembre 1848 dit la même chose : la République doit « mettre à la portée de chacun l'instruction » et, « par une assistance fraternelle, assurer l'existence des citoyens nécessiteux ». L'image anticipe les deux piliers de la solidarité républicaine : l'école (gratuite en 1881) et l'aide sociale.

4. La vision reste une promesse : la IIe République ferme les Ateliers nationaux en juin 1848, ce qui provoque une insurrection ouvrière durement réprimée, et l'assistance fraternelle n'est pas organisée en droit. L'image est aussi paternaliste : les citoyens y sont des enfants qui reçoivent, non des adultes qui contribuent. Le solidarisme de la fin du siècle insistera au contraire sur la réciprocité des devoirs.

Ce que cette analyse apprend — Décrire avant d'interpréter : chaque symbole relevé doit être relié à une idée, puis à un texte de la même époque.

Document 4 — La fraternité, principe à valeur constitutionnelle

Difficile

Décision de justice · extrait d'une décision du Conseil constitutionnel · Conseil constitutionnel, décision n° 2018-717/718 QPC du 6 juillet 2018, M. Cédric H. et autre [Délit d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger], extraits.

Le Conseil est saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) par deux personnes poursuivies pour avoir aidé des migrants à la frontière franco-italienne, dans la vallée de la Roya. La loi punissait l'aide au séjour irrégulier et n'exemptait l'aide humanitaire que dans des cas limités.

« Aux termes de l'article 2 de la Constitution : “La devise de la République est ‘Liberté, Égalité, Fraternité’”. La Constitution se réfère également, dans son préambule et dans son article 72-3, à l'“idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité”. Il en ressort que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle.

Il découle du principe de fraternité la liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national.

[…] Toutefois, aucun principe non plus qu'aucune règle de valeur constitutionnelle n'assure aux étrangers des droits de caractère général et absolu d'accès et de séjour sur le territoire national. En outre, l'objectif de lutte contre l'immigration irrégulière participe de la sauvegarde de l'ordre public, qui constitue un objectif de valeur constitutionnelle. Dès lors, il appartient au législateur d'assurer la conciliation entre le principe de fraternité et la sauvegarde de l'ordre public. »

Analysez ce document en montrant comment la fraternité passe du statut de valeur à celui de principe juridique, et quelles limites le Conseil lui fixe.

  1. Présentez le document : qu'est-ce qu'une QPC et quel est le rôle du Conseil constitutionnel ?
  2. Sur quels textes le Conseil s'appuie-t-il pour faire de la fraternité un principe constitutionnel ?
  3. Quelle conséquence concrète tire-t-il de ce principe ?
  4. Quelle limite fixe-t-il ? Pourquoi parle-t-on de « conciliation » ?
  5. Pourquoi cette décision a-t-elle suscité des réactions opposées ?
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'un extrait d'une décision du Conseil constitutionnel du 6 juillet 2018. La question prioritaire de constitutionnalité, créée par la révision constitutionnelle de 2008 et appliquée depuis 2010, permet à toute personne partie à un procès de soutenir qu'une loi déjà en vigueur porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. Le Conseil, gardien de la Constitution, peut alors abroger tout ou partie de la loi.

2. Le Conseil cite l'article 2 de la Constitution de 1958, qui fixe la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », puis le préambule et l'article 72-3, qui évoquent un « idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité ». Il en déduit (« il en ressort ») que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle. C'est une première : ce mot de la devise, longtemps jugé purement symbolique, devient une norme.

3. Du principe de fraternité découle « la liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour ». Concrètement, un citoyen qui héberge, nourrit ou soigne une personne en situation irrégulière, de façon désintéressée, exerce une liberté constitutionnelle. Le Conseil censure donc en partie la loi, qui ne protégeait pas l'aide humanitaire à la circulation ; le législateur l'a modifiée par la loi du 10 septembre 2018.

4. La fraternité n'est pas absolue : les étrangers n'ont pas un droit « général et absolu » d'entrée et de séjour, et la lutte contre l'immigration irrégulière participe de l'« ordre public », lui aussi protégé par la Constitution. Deux exigences constitutionnelles se rencontrent ; aucune n'efface l'autre. Le législateur doit les concilier : l'aide humanitaire au séjour est protégée, mais l'aide à l'entrée irrégulière sur le territoire reste punissable, tout comme l'aide intéressée (passeurs).

5. Les associations d'aide aux migrants ont salué la reconnaissance d'un « délit de solidarité » limité et la portée nouvelle de la fraternité. D'autres ont craint qu'elle ne complique le contrôle des frontières, ou jugé que le Conseil créait un principe que le texte ne formulait pas expressément. Le débat porte sur une question vive, l'immigration : en EMC, on expose ces arguments sans trancher. Retenons que la décision fait de la fraternité un principe juridique, applicable bien au-delà de ce cas.

Ce que cette analyse apprend — Dans une décision de justice, repérer le raisonnement en trois temps : textes invoqués, principe dégagé, limites posées.

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