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Solidarité et fraternité : les principes républicains à l'épreuve de la cohésion sociale

Fraternité, solidarité nationale et protection sociale, inégalités et cohésion de la société (EMC de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d'EMC en première sur « Solidarité et fraternité : les principes républicains à l'épreuve de la cohésion sociale » suit le programme officiel d'EMC de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La fraternité : de la devise révolutionnaire au principe constitutionnel, De la charité à la solidarité : le solidarisme (1893-1914), La solidarité nationale : 1945-1946, un tournant, Les instruments de la solidarité aujourd'hui. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en EMC.

2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.

Sujet 1 — La fraternité est-elle seulement une valeur morale ?

Analyse des termes — La fraternité est le troisième terme de la devise républicaine ; une « valeur morale » oriente les conduites sans les contraindre, par opposition à un principe juridique ou à des institutions. Le sujet couvre la période qui va de la Révolution (1790-1793) à la décision du Conseil constitutionnel de 2018, en France.

Problématique — Comment la fraternité, longtemps simple idéal moral de la devise, est-elle devenue un principe qui fonde des institutions et s'impose au législateur, sans pour autant cesser de dépendre de l'engagement des citoyens ?

Introduction rédigéeDepuis 1880, les mots « Liberté, Égalité, Fraternité » sont gravés aux frontons des mairies et des écoles. Pourtant, le troisième a longtemps paru le plus vague : on peut garantir une liberté ou exiger l'égalité devant la loi, mais peut-on obliger quelqu'un à se conduire en frère ? La fraternité désigne le lien d'obligation mutuelle entre des personnes reconnues comme égales. Une valeur morale oriente les conduites sans les contraindre ; un principe juridique, lui, s'impose à la loi et peut être invoqué devant un juge. De la Révolution à la décision du Conseil constitutionnel du 6 juillet 2018, la fraternité a changé de statut. Comment cet idéal moral de la devise est-il devenu un principe qui fonde des institutions et s'impose au législateur, sans cesser de dépendre de l'engagement des citoyens ? Nous verrons d'abord que la fraternité naît comme un idéal moral et politique de la Révolution à la IIIe République, puis qu'elle se traduit, de la fin du XIXe siècle à 1946, en institutions de solidarité, enfin qu'elle est devenue un principe juridique qui a néanmoins besoin de l'engagement de chacun.

I. Un idéal moral et politique né de la Révolution

  • La fraternité apparaît pendant la Révolution comme un idéal d'union des citoyens.Proposition de Robespierre d'inscrire la devise sur les uniformes des gardes nationaux (décembre 1790) ; article 21 de la Déclaration de 1793 : « les secours publics sont une dette sacrée ».
  • La IIe République en fait un principe officiel mais surtout déclaratif.Constitution du 4 novembre 1848 : devise officielle et promesse d'une « assistance fraternelle » ; esquisse de Daumier, La République (1848).
  • La IIIe République en fait un symbole civique, transmis par l'école.Inscription aux frontons des édifices publics à partir de 1880 ; suppression par Vichy (1940-1944) au profit de « Travail, Famille, Patrie ».

II. Une valeur traduite en institutions de solidarité

  • Le solidarisme donne un fondement rationnel et laïque aux devoirs sociaux.Durkheim, De la division du travail social (1893) ; Léon Bourgeois, Solidarité (1896) et l'idée de dette sociale.
  • Des lois transforment l'entraide en obligation collective.Loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail ; loi du 14 juillet 1905 sur l'assistance aux vieillards ; retraites ouvrières et paysannes (1910).
  • La solidarité nationale devient un principe constitutionnel.Ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 ; préambule de 1946, alinéas 10 à 12 ; RMI (1988), RSA (2009).

III. Un principe juridique qui a besoin de l'engagement de chacun

  • La fraternité est reconnue comme principe à valeur constitutionnelle.Décision du Conseil constitutionnel du 6 juillet 2018 : « liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire ».
  • Ce principe reste limité et doit être concilié avec d'autres exigences.Conciliation avec l'ordre public dans la même décision ; loi du 10 septembre 2018 qui redéfinit l'exemption humanitaire.
  • La fraternité se vit d'abord dans l'engagement volontaire, que le droit encourage sans pouvoir l'imposer.Loi de 1901 sur les associations ; appel de l'abbé Pierre (1er février 1954) ; Restos du cœur (1985) ; service civique (loi du 10 mars 2010).
Conclusion rédigéeLa fraternité n'est donc pas seulement une valeur morale. Idéal révolutionnaire devenu devise officielle en 1848, elle a été traduite en institutions par le solidarisme puis par la solidarité nationale de 1945-1946, avant d'être reconnue en 2018 comme principe à valeur constitutionnelle. Mais le droit ne peut pas tout : il protège la liberté d'aider, il organise la redistribution, il ne crée pas à lui seul le souci d'autrui, qui se vit dans la famille, les associations, l'engagement bénévole. La fraternité reste ainsi à la fois une règle et une exigence adressée à chaque citoyen. Reste à savoir si cette exigence peut s'étendre au-delà des frontières nationales, à l'heure où les grandes questions sociales et climatiques sont mondiales.

Le piège — Réciter l'histoire de la Sécurité sociale en oubliant la fraternité elle-même, ou au contraire ignorer la décision du Conseil constitutionnel de 2018, qui est la réponse la plus directe à la question posée.

Sujet 2 — La solidarité nationale suffit-elle à garantir la cohésion sociale ?

Analyse des termes — La solidarité nationale est la prise en charge par la Nation entière des risques de l'existence, par des prélèvements obligatoires ; la cohésion sociale est la capacité d'une société à assurer le bien-être de tous et à éviter que certains ne décrochent. Le sujet porte sur la France depuis 1945, en remontant si besoin à ses origines, et invite à mesurer à la fois l'efficacité et les limites de l'action publique.

Problématique — Si la solidarité nationale est depuis 1945 le principal ciment de la société française, ses limites face à la pauvreté, au non-recours et aux débats qu'elle suscite ne montrent-elles pas que la cohésion sociale repose aussi sur d'autres formes de solidarité ?

Introduction rédigéeEn 2023, selon l'INSEE, 15,4 % de la population française vivait sous le seuil de pauvreté, soit près de 9,8 millions de personnes, alors même que la France consacre environ un tiers de sa richesse annuelle à la protection sociale. Ce paradoxe interroge l'efficacité de la solidarité nationale, c'est-à-dire la prise en charge par la Nation entière des risques de l'existence, organisée depuis les ordonnances d'octobre 1945 et proclamée par le préambule de 1946. La cohésion sociale désigne, elle, la capacité d'une société à assurer le bien-être de tous ses membres et à empêcher que certains ne décrochent. Si la solidarité nationale est depuis 1945 le principal ciment de la société française, ses limites face à la pauvreté, au non-recours et aux débats qu'elle suscite ne montrent-elles pas que la cohésion repose aussi sur d'autres solidarités ? Nous montrerons d'abord que la solidarité nationale est un pilier de la cohésion, puis qu'elle ne suffit pas à empêcher les fractures, enfin que la cohésion repose sur une pluralité de solidarités, familiales, associatives et civiques.

I. La solidarité nationale, ciment de la société depuis 1945

  • Elle fonde un pacte : chacun contribue selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.Ordonnances d'octobre 1945 créant la Sécurité sociale ; préambule de 1946, alinéa 11 : droit à des « moyens convenables d'existence ».
  • Elle réduit la pauvreté par la redistribution horizontale et verticale.Le taux de pauvreté est mesuré après redistribution : 14,4 % en 2022 selon l'INSEE, un taux qui serait nettement plus élevé sans les transferts sociaux.
  • Elle protège contre les grands risques collectifs.Alinéa 12 du préambule de 1946 (calamités nationales) ; journée de solidarité (loi du 30 juin 2004) et cinquième branche autonomie (loi du 7 août 2020).

II. Une solidarité qui ne suffit pas à empêcher les fractures

  • La pauvreté persiste et progresse récemment.15,4 % de la population sous le seuil de pauvreté en 2023, soit environ 9,8 millions de personnes (INSEE, 2025).
  • Une partie des ayants droit n'est pas atteinte.Non-recours au RSA d'environ un tiers des foyers éligibles (DREES, 2022) ; loi du 29 juillet 1998 contre les exclusions, qui insiste sur l'accès aux droits.
  • La solidarité nationale est elle-même objet de débats qui peuvent affaiblir l'adhésion.Débats sur l'universalité ou le ciblage, sur les contreparties au RSA (heures d'activité depuis 2024), sur le financement des retraites.

III. Une cohésion qui repose sur une pluralité de solidarités

  • Les solidarités familiales complètent l'action publique.Plusieurs millions de proches aidants selon la DREES ; aide des parents aux jeunes adultes, qui ne peuvent toucher le RSA avant 25 ans sauf exceptions.
  • Les associations atteignent ceux que l'État ne voit pas.Loi de 1901 ; Emmaüs (1949), ATD Quart Monde (1957), Restos du cœur (1985) ; « loi Coluche » (1988) qui encourage les dons.
  • La cohésion suppose aussi un sentiment d'appartenance, que l'engagement civique entretient.Service civique (loi du 10 mars 2010) ; reconnaissance de la fraternité par le Conseil constitutionnel (6 juillet 2018).
Conclusion rédigéeLa solidarité nationale est indispensable à la cohésion sociale : depuis 1945, elle couvre les grands risques et réduit fortement la pauvreté. Elle ne suffit pourtant pas : la pauvreté persiste et progresse en 2023, une partie des ayants droit ne recourt pas à ses droits, et ses modalités font débat. La cohésion repose donc sur l'articulation entre une solidarité « froide », obligatoire et anonyme, et des solidarités « chaudes », familiales et associatives, que la loi encourage. C'est au fond l'idée de Léon Bourgeois : chacun est à la fois débiteur et créancier de la société. Reste une question que posent aujourd'hui le vieillissement et la transition écologique : comment organiser la solidarité entre les générations, y compris celles qui ne sont pas encore nées ?

Le piège — Répondre « non » dès l'introduction et consacrer tout le devoir aux défauts de la protection sociale, ou dériver vers un exposé technique des branches de la Sécurité sociale qui relève du chapitre suivant.

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