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La domestication des plantes
Sélection par l'être humain (téosinte et maïs, blé), traits de domestication, techniques d'amélioration (hybridation, sélection, génie génétique), enjeux de biodiversité cultivée (programme de Terminale spécialité SVT)
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Exercices corrigés, classés du plus simple au plus complexe. Cherche d'abord seul au brouillon, puis déplie la correction détaillée pour vérifier ta méthode et tes raisonnements.
Exercice 1 — Le pois, du sauvage au cultivé
FacileOn compare une population de pois sauvage (Pisum sativum subsp. elatius) du Proche-Orient et une variété de pois cultivé.
| Caractère | Pois sauvage | Pois cultivé |
|---|---|---|
| Gousse à maturité | s'ouvre brusquement et projette les graines | reste fermée sur la plante |
| Tégument de la graine | épais, imperméable | fin |
| Graines germées 10 jours après le semis | 12 % | 94 % |
| Masse de 100 graines | 7,5 g | 21 g |
- a) Pour chacun des trois premiers caractères, expliquer l'intérêt qu'il présente pour le pois sauvage.
- b) Calculer combien de fois une graine de pois cultivé est, en moyenne, plus lourde qu'une graine de pois sauvage.
- c) Expliquer pourquoi, pour chaque caractère, c'est la forme observée chez le pois cultivé qui a été retenue par les agriculteurs.
- d) Nommer l'ensemble de ces différences et expliquer pourquoi le pois cultivé se maintiendrait difficilement seul dans la nature.
a) Gousse qui s'ouvre brusquement : les graines sont projetées loin de la plante mère ; la plante dissémine seule sa descendance et colonise de nouveaux emplacements. Tégument épais et imperméable : il protège la graine et retarde l'entrée d'eau, donc la germination (dormance). Faible germination à 10 jours (12 %) : c'est la traduction de cette dormance ; les graines d'une même année germent de façon échelonnée, si bien qu'une sécheresse ou un gel ne détruit pas toute la descendance.
b) Masse moyenne d'une graine : g chez le pois sauvage et g chez le pois cultivé. Rapport : . Une graine de pois cultivé est en moyenne 2,8 fois plus lourde.
c) Gousse fermée : les graines restent sur la plante jusqu'à la récolte, qui peut être complète ; avec des gousses qui s'ouvrent, une grande partie de la production tomberait au sol. Tégument fin et germination de 94 % : presque toutes les graines lèvent vite et en même temps après le semis, la culture est homogène et la récolte groupée. Graines plus lourdes : davantage de réserves par graine, donc un meilleur rendement. À chaque génération, l'agriculteur ressemait surtout des graines présentant ces caractères (les seules récoltées, ou les seules qui avaient levé), ce qui a augmenté la fréquence des allèles correspondants.
d) Ces différences héréditaires forment le syndrome de domestication. Sans intervention humaine, les gousses du pois cultivé restent fermées : les graines ne sont pas dispersées et germent (ou pourrissent) au pied de la plante ; elles germent en outre toutes à la fois, même si les conditions sont mauvaises. Le pois cultivé dépend de l'agriculteur pour être récolté, décortiqué et semé.
Exercice 2 — Six légumes, une seule espèce
FacileLe chou pommé, le chou frisé, le chou-fleur, le brocoli, le chou de Bruxelles et le chou-rave appartiennent tous à l'espèce Brassica oleracea, dont l'ancêtre sauvage pousse sur les falaises littorales d'Europe de l'Ouest et de Méditerranée. Chez le chou-pommé, les feuilles serrées forment une « pomme » autour du bourgeon terminal ; chez le chou-rave, la base de la tige est renflée en boule.
- a) Définir une variété, puis rappeler le critère qui permet d'affirmer que ces six légumes appartiennent à une seule espèce.
- b) Pour chaque légume, indiquer l'organe de la plante qui a été développé par la sélection.
- c) Expliquer comment des agriculteurs ont pu obtenir des formes aussi différentes à partir d'une même espèce sauvage.
- d) Un jardinier laisse fleurir côte à côte un brocoli et un chou-rave, puis ressème les graines récoltées. Prévoir, en justifiant, les plantes qu'il obtiendra.
a) Une variété est un ensemble d'individus d'une même espèce, distinct des autres variétés, homogène et stable, obtenu par sélection. Deux individus appartiennent à la même espèce s'ils peuvent se croiser et donner des descendants fertiles. C'est le cas de ces six choux : ce sont six variétés de l'espèce Brassica oleracea.
b) Chou pommé : bourgeon terminal et feuilles serrées autour de lui. Chou frisé : feuilles. Chou-fleur : inflorescence, formée de ramifications florales charnues. Brocoli : inflorescence, formée de boutons floraux. Chou de Bruxelles : bourgeons latéraux (axillaires) le long de la tige. Chou-rave : tige renflée.
c) La population sauvage présentait une variabilité génétique (taille des feuilles, développement des bourgeons, des inflorescences, épaisseur de la tige). Dans des régions et à des époques différentes, les agriculteurs ont choisi comme reproducteurs les individus dont un organe particulier était le plus développé. Répétée sur de nombreuses générations, cette sélection a accumulé les allèles favorisant ce caractère : chaque lignée a divergé et est devenue une variété. Une même espèce, mais des organes sélectionnés différents.
d) Le chou se reproduit surtout par pollinisation croisée, assurée par les insectes. Le brocoli et le chou-rave, interfécondables, vont donc s'hybrider. Les graines récoltées donneront des plantes hybrides, fertiles, de formes intermédiaires et variables, qui ne seront ni des brocolis ni des choux-raves typiques. Pour conserver une variété, il faut isoler ses porte-graines des autres variétés.
Exercice 3 — Reconnaître une technique d'amélioration
FacileSituation 1 : chaque automne, un agriculteur garde pour le semis les graines des 50 plus beaux pieds de sorgho de son champ.
Situation 2 : un semencier croise chaque année deux lignées pures de tournesol et vend les graines obtenues.
Situation 3 : des chercheurs introduisent dans le génome du papayer un gène provenant d'un virus, ce qui rend la plante résistante à ce virus.
Situation 4 : un sélectionneur croise deux espèces de graminées, puis traite l'hybride stérile obtenu à la colchicine ; il obtient une plante fertile.
Situation 5 : des chercheurs modifient, à un endroit précis, un gène de la tomate intervenant dans la maturation du fruit, sans introduire d'ADN étranger.
- a) Nommer la technique utilisée dans chaque situation.
- b) Indiquer les situations dans lesquelles la barrière entre espèces est franchie, en justifiant.
- c) Identifier la technique qui ne nécessite aucune connaissance des gènes et expliquer pourquoi elle a pu être pratiquée dès le Néolithique.
- d) Expliquer pourquoi le semencier de la situation 2 doit refaire le croisement chaque année.
a) Situation 1 : sélection massale. Situation 2 : hybridation entre lignées pures, production de semences hybrides F1. Situation 3 : transgénèse (génie génétique). Situation 4 : hybridation interspécifique suivie d'une polyploïdisation (doublement des chromosomes). Situation 5 : édition du génome (génie génétique, par exemple CRISPR-Cas9).
b) Situation 3 : le gène provient d'un virus, organisme très éloigné du papayer ; aucun croisement ne permettrait ce transfert. Situation 4 : on croise deux espèces différentes et l'on obtient une espèce nouvelle. En revanche, les situations 1 et 2 restent à l'intérieur d'une espèce, et la situation 5 modifie un gène propre à la tomate : seules les situations 3 et 4 franchissent la barrière entre espèces.
c) La sélection massale repose uniquement sur l'observation du phénotype : on choisit les plus beaux pieds. Il suffit que le caractère soit en partie héréditaire pour qu'elle soit efficace. Les premiers agriculteurs ignoraient les gènes, mais constataient que les descendants ressemblent à leurs parents : ressemer les graines des meilleures plantes suffisait.
d) Les graines vendues sont des hybrides F1, homogènes car issus de deux lignées pures. Si l'agriculteur les ressème, il obtient une F2 : à la méiose des plantes F1, hétérozygotes, les allèles se séparent et se recombinent ; la F2 est hétérogène et perd une partie de la vigueur hybride. Pour obtenir de nouveau des graines F1, il faut recroiser les deux lignées parentales, que seul le semencier possède.
Exercice 4 — Le gène tb1 et l'architecture du maïs
MoyenDocument 1.
| Plante | Ramifications latérales | Extrémité des ramifications |
|---|---|---|
| Téosinte | 8 à 11, longues | une inflorescence mâle |
| Maïs | très courtes | un épi femelle |
Document 3. Un maïs mutant dont le gène tb1 est non fonctionnel développe de longues ramifications latérales terminées par des inflorescences mâles.
Document 4. Les allèles de tb1 du maïs et de la téosinte codent des protéines TB1 identiques ; ils diffèrent par une séquence régulatrice située en amont du gène (données simplifiées).
- a) Comparer l'architecture de la téosinte et celle du maïs.
- b) Montrer, à l'aide du document 3, que le gène tb1 intervient dans le contrôle de l'architecture de la plante.
- c) À partir des documents 2 et 4, expliquer comment les allèles de tb1 du maïs et de la téosinte conduisent à des architectures différentes.
- d) Expliquer pourquoi les premiers cultivateurs ont retenu l'allèle du maïs alors qu'ils ignoraient l'existence des gènes.
a) La téosinte est une plante buissonnante : 8 à 11 longues ramifications latérales, terminées chacune par une inflorescence mâle. Le maïs est une plante compacte : une tige principale portant des ramifications très courtes, terminées chacune par un épi femelle, groupé contre la tige.
b) Le mutant ne diffère du maïs normal que par son gène tb1, non fonctionnel ; or il présente l'architecture de la téosinte (longues ramifications, inflorescences mâles). Une protéine TB1 fonctionnelle est donc nécessaire pour limiter la croissance des ramifications latérales. Le gène tb1 contrôle l'architecture : sa protéine freine le développement des bourgeons latéraux.
c) Document 4 : les deux protéines TB1 sont identiques ; la différence d'architecture ne vient donc pas d'une différence de fonction de la protéine. Document 2 : l'ARNm de tb1 est 2,3 fois plus abondant dans les bourgeons latéraux du maïs ; ces bourgeons produisent donc davantage de protéine TB1, dont l'effet inhibiteur est plus fort : les ramifications restent courtes. Cette différence d'expression s'explique par la séquence régulatrice propre à chaque allèle. La domestication a sélectionné un allèle de tb1 plus exprimé, qui rend la plante compacte.
d) Les cultivateurs voyaient les plantes, pas les gènes. Ils ont conservé les graines des plantes compactes, aux épis plus gros et groupés, plus faciles à récolter et plus productives en grains ; or ces plantes portaient l'allèle « maïs » de tb1. En ressemant leurs grains, ils ont augmenté la fréquence de cet allèle génération après génération : la sélection porte sur le phénotype, mais elle modifie les fréquences alléliques.
Exercice 5 — Introduire une résistance par rétrocroisements
MoyenUne variété de tomate V, très productive, est sensible à un champignon parasite ; elle est de génotype rr. Une espèce sauvage apparentée S, aux fruits minuscules, porte à l'état homozygote un allèle R de résistance, dominant. Les deux espèces donnent des hybrides fertiles. Le sélectionneur croise V et S, puis croise à chaque génération les plantes obtenues avec la variété V (rétrocroisements BC1, BC2…), en ne gardant que les plantes résistantes.
- a) Expliquer pourquoi la F1 ne peut pas être commercialisée telle quelle.
- b) Montrer que, à chaque rétrocroisement, la moitié seulement des descendants est résistante, puis justifier la nécessité d'un test de résistance à chaque génération.
- c) Calculer la part moyenne du génome de S dans les plantes issues du cinquième rétrocroisement (BC5).
- d) Déterminer le nombre minimal de rétrocroisements pour que cette part moyenne devienne inférieure à 1 %.
- e) Un élève affirme : « Après ces rétrocroisements, la plante obtenue est identique à la variété V, à l'allèle R près. » Expliquer ce qui est inexact.
a) La F1 (Rr) est résistante, mais la moitié de son génome provient de l'espèce sauvage S : elle porte de nombreux allèles défavorables (petits fruits, faible productivité). Elle n'a pas les qualités agronomiques de la variété V.
b) Une plante résistante Rr est croisée avec V (rr). Ses gamètes sont R ou r avec la probabilité chacun ; ceux de V sont tous r. Les descendants sont donc Rr (résistants) pour et rr (sensibles) pour : la moitié seulement est résistante. Les plantes rr ont perdu l'allèle R : les rétrocroiser ferait échouer le programme. Comme R est dominant, un test d'infection (ou un marqueur moléculaire) permet de repérer les plantes Rr et de ne rétrocroiser qu'elles.
c) En F1, la part moyenne du génome de S est ; chaque rétrocroisement avec V la divise par 2. Après rétrocroisements, elle vaut . Pour BC5 : , soit environ 1,6 %.
d) BC5 : 1,56 % > 1 %. BC6 : , soit 0,78 % < 1 %. Il faut au minimum 6 rétrocroisements.
e) D'abord, 0,78 % est une moyenne : certaines plantes conservent davantage de génome sauvage. Ensuite, R est porté par un fragment de chromosome issu de S : les gènes situés près de R sur ce chromosome sont transmis avec lui (liaison génétique) et peuvent apporter des caractères sauvages indésirables. Enfin, la plante est hétérozygote Rr : il faut encore l'autoféconder et retenir le quart de descendants RR pour fixer la résistance. La plante est très proche de V, mais pas identique.
Exercice 6 — Vigueur hybride chez le maïs
MoyenRendements obtenus dans un essai (données simplifiées) :
| Plantes | Rendement moyen (t/ha) | Observation |
|---|---|---|
| Lignée pure L1 | 4,7 | plantes identiques |
| Lignée pure L2 | 5,3 | plantes identiques |
| Hybride F1 (L1 × L2) | 11,9 | plantes identiques |
| F2 (graines récoltées sur la F1 et ressemées) | 8,4 | plantes de tailles très variables |
- a) Calculer, en pourcentage, le gain de rendement de la F1 par rapport au meilleur des deux parents. Nommer le phénomène observé.
- b) Expliquer pourquoi toutes les plantes de la F1 sont identiques.
- c) Calculer la baisse de rendement de la F2 par rapport à la F1, en pourcentage, puis expliquer l'hétérogénéité de la F2.
- d) En déduire la conséquence pour l'agriculteur, ainsi qu'un inconvénient de ce système pour la biodiversité cultivée.
a) Le meilleur parent est L2 (5,3 t/ha). Gain relatif : . La F1 rapporte environ 125 % de plus que le meilleur parent : son rendement fait plus que doubler. C'est l'hétérosis, ou vigueur hybride.
b) Une lignée pure est homozygote pour tous ses gènes : L1 ne produit qu'un seul type de gamète, L2 aussi. Chaque plante F1 reçoit donc le même gamète de L1 et le même gamète de L2 : toutes ont le même génotype, hétérozygote pour tous les gènes où les deux lignées diffèrent. La F1 est homogène.
c) Baisse relative : , soit une baisse d'environ 29 %. Les plantes F1 sont hétérozygotes pour de nombreux gènes : à la méiose, le brassage interchromosomique et le brassage intrachromosomique produisent des gamètes très variés. Les plantes F2 ont donc des génotypes différents : la F2 est hétérogène. De plus, une partie des gènes redevient homozygote en F2, ce qui fait perdre une partie de la vigueur hybride.
d) L'agriculteur n'a pas intérêt à ressemer sa récolte : il doit racheter chaque année des semences F1 au semencier, seul détenteur des lignées parentales. Inconvénient pour la biodiversité : ces variétés homogènes, cultivées sur de grandes surfaces, remplacent les variétés locales que les agriculteurs ressemaient et faisaient évoluer ; la diversité génétique cultivée diminue et les cultures deviennent plus vulnérables à une même maladie.
Exercice 7 — Le maïs Bt et ses ravageurs
MoyenDocument 1. La bactérie du sol Bacillus thuringiensis produit une protéine Cry, toxique pour les chenilles de certains papillons comme la pyrale du maïs, mais inoffensive pour les mammifères. Le gène cry a été introduit dans le génome du maïs (maïs Bt).
Document 2 (données simplifiées). Pertes de récolte dues à la pyrale : maïs non transgénique non traité 13,4 % ; maïs Bt 1,8 %.
Document 3 (données simplifiées). Fréquence des pyrales résistantes à la toxine après 8 années de culture de maïs Bt : sans zone refuge, elle passe de 0,1 % à 34 % ; avec une zone refuge (20 % de la surface cultivée en maïs non Bt, à proximité), elle passe de 0,1 % à 0,6 %. L'allèle de résistance des pyrales est récessif.
- a) Présenter les grandes étapes permettant d'obtenir un maïs Bt.
- b) Calculer la réduction relative des pertes permise par le maïs Bt.
- c) Expliquer l'évolution de la fréquence des pyrales résistantes en l'absence de zone refuge.
- d) Expliquer comment la zone refuge ralentit cette évolution.
- e) Indiquer en quoi cette technique diffère d'une sélection classique.
a) On identifie et isole le gène cry chez la bactérie ; on l'associe à une séquence régulatrice (promoteur) active dans les cellules végétales ; on introduit cette construction dans des cellules de maïs, par exemple grâce à Agrobacterium tumefaciens ; on régénère des plantes entières à partir des cellules transformées, par culture in vitro ; on sélectionne les plantes qui produisent la protéine Cry et résistent à la pyrale, puis on transfère le transgène dans des variétés performantes par croisements.
b) . Le maïs Bt réduit les pertes d'environ 87 %.
c) La toxine exerce une pression de sélection sur les pyrales. Quelques pyrales résistantes (0,1 %) existaient déjà, grâce à des mutations apparues au hasard. Sur le maïs Bt, les chenilles sensibles meurent, tandis que les résistantes survivent, se reproduisent et transmettent l'allèle de résistance. Génération après génération, sa fréquence augmente : 34 % de pyrales résistantes après 8 ans, par sélection naturelle.
d) Dans la zone refuge, sans toxine, de nombreuses pyrales sensibles survivent. Les rares résistantes (homozygotes, puisque l'allèle est récessif) issues du maïs Bt s'accouplent donc surtout avec ces pyrales sensibles, très nombreuses. Leurs descendants sont hétérozygotes, donc sensibles, et meurent sur le maïs Bt. L'allèle de résistance reste rare : 0,6 % seulement après 8 ans.
e) La transgénèse introduit un gène provenant d'une autre espèce (une bactérie) : elle franchit la barrière des espèces, ce qu'aucun croisement ne permet. Elle agit sur un gène connu et ciblé, en quelques années. La sélection classique, elle, brasse des génomes entiers d'une même espèce (ou d'espèces apparentées), en choisissant sur le phénotype pendant de nombreuses générations.
Exercice 8 — Le rachis non fragile : une sélection inconsciente
DifficileDocument 1. Chez les céréales sauvages, l'épi mûr se désarticule : chaque épillet se détache seul en laissant une cicatrice lisse. Chez les formes domestiquées, l'épi reste entier ; au battage, l'épillet est arraché et sa cicatrice est rugueuse.
Document 2 (données simplifiées, sites archéologiques du Proche-Orient).
| Âge des restes (années avant le présent) | 10 700 | 10 000 | 9 300 | 8 600 | 7 900 |
|---|---|---|---|---|---|
| Épillets de blé à cicatrice rugueuse | 6 % | 22 % | 41 % | 72 % | 93 % |
- 1. Expliquer pourquoi le type de cicatrice permet de savoir si un épillet provient d'une plante à rachis fragile ou non fragile.
- 2. Décrire l'évolution présentée par le document 2 et estimer la durée nécessaire pour que les épis non fragiles deviennent très largement majoritaires.
- 3. Montrer qu'une récolte à la faucille d'épis mûrs, suivie du semis d'une partie des grains récoltés, sélectionne le rachis non fragile sans que les agriculteurs le recherchent.
- 4. À l'aide du document 3, proposer deux explications à la lenteur de cette évolution.
- 5. Expliquer pourquoi un caractère aussi avantageux pour l'agriculteur était rare dans les populations sauvages.
1. Chez une plante à rachis fragile, l'épillet se détache naturellement à maturité, au niveau d'une zone de rupture préparée : la cicatrice est lisse. Chez une plante à rachis non fragile, l'épillet reste attaché et n'est séparé que par une action mécanique, le battage, qui l'arrache : la cicatrice est rugueuse. Une cicatrice rugueuse signale donc un épillet de plante domestiquée, une cicatrice lisse un épillet de plante sauvage.
2. La proportion d'épillets à cicatrice rugueuse augmente de façon continue et progressive : 6 % il y a 10 700 ans, 41 % il y a 9 300 ans, 72 % il y a 8 600 ans, 93 % il y a 7 900 ans. Les épis non fragiles deviennent majoritaires entre 9 300 et 8 600 ans avant le présent. Durée totale : ans. Il a fallu environ 2 800 ans : la domestication du blé est un processus lent, qui se compte en millénaires.
3. Dans un champ où coexistent les deux types de plantes, les plantes à rachis fragile ont déjà perdu une grande partie de leurs grains au sol au moment de la récolte des épis mûrs, alors que les plantes à rachis non fragile ont gardé leurs épis entiers. La récolte à la faucille recueille donc proportionnellement plus de grains de plantes non fragiles que le champ n'en contenait. Si une partie de cette récolte sert de semence, la génération suivante compte une proportion plus élevée de plantes non fragiles. Répété chaque année, ce tri fait augmenter la fréquence des allèles « non fragile ». Il s'agit d'une conséquence mécanique de la façon de récolter et de ressemer : une sélection inconsciente.
4. Première explication : lorsque la récolte a lieu avant la pleine maturité, les épis fragiles ne se sont pas encore désarticulés et sont récoltés comme les autres ; lorsque l'on ramasse les épillets tombés au sol, on récolte même surtout des plantes fragiles. Dans ces cas, la sélection ne s'exerce pas, ou s'inverse. Deuxième explication : les grains cueillis dans les peuplements sauvages voisins réintroduisent chaque année des allèles « fragile » dans les semences. On peut ajouter que l'allèle muté ne s'exprime qu'à l'état homozygote : un mutant rare, hétérozygote, n'est pas visible et échappe à la sélection.
5. À l'état sauvage, une plante à rachis non fragile ne disperse pas ses grains : ils restent sur l'épi, tombent groupés au pied de la plante ou sont consommés, et la descendance est très réduite. Ce caractère est donc éliminé par la sélection naturelle ; les allèles correspondants ne se maintiennent qu'à très faible fréquence, par de nouvelles mutations. Seule la culture l'a rendu avantageux.
Exercice 9 — Uniformité des variétés et épidémie
DifficileDocument 1 (données fictives). Part de la surface de blé d'un pays occupée par les cinq variétés les plus cultivées : 27 % en 1965, 54 % en 1990, 81 % en 2015.
Document 2. Les cinq variétés en 2015 :
| Variété | V1 | V2 | V3 | V4 | V5 |
|---|---|---|---|---|---|
| Part de la surface nationale de blé | 24 % | 19 % | 14 % | 13 % | 11 % |
| Gène de résistance à la rouille jaune | R1 | R1 | R1 | R7 | R1 |
Document 3. 340 échantillons de la banque de graines nationale sont testés face à cette souche : 29 sont résistants, dont 17 variétés locales anciennes et 12 espèces sauvages apparentées au blé.
- 1. Décrire l'évolution présentée par le document 1 et proposer une explication.
- 2. Calculer la part de la surface nationale de blé menacée par la nouvelle souche, puis montrer que l'uniformisation des variétés accroît la vulnérabilité des cultures.
- 3. Calculer le pourcentage d'échantillons résistants dans le document 3.
- 4. Expliquer comment les sélectionneurs peuvent utiliser une espèce sauvage résistante, au rendement très faible, pour créer une variété résistante et productive.
- 5. Un responsable propose de ne conserver dans la banque de graines que les dix variétés les plus productives du moment. Expliquer l'erreur de raisonnement.
1. La part de la surface occupée par les cinq premières variétés passe de 27 % à 81 % en 50 ans : elle est multipliée par 3. La culture du blé se concentre sur un petit nombre de variétés. Explication : la sélection moderne produit des variétés élites très productives, homogènes, adaptées à la mécanisation ; les agriculteurs achètent leurs semences et abandonnent les variétés locales.
2. Les variétés portant R1 sont V1, V2, V3 et V5 : . 68 % de la surface nationale de blé est menacée. Seule V4 (13 %), protégée par R7, échappe à coup sûr à la nouvelle souche parmi les cinq variétés. Lorsqu'un même gène de résistance est porté par des variétés couvrant une grande surface, une seule modification du parasite suffit pour que presque toute la culture devienne sensible ; en outre, ces grandes surfaces uniformes permettent à la souche de se propager très vite de parcelle en parcelle. Une diversité de variétés et de gènes de résistance aurait limité les pertes.
3. . Environ 8,5 % des échantillons sont résistants (on vérifie que ).
4. On croise l'espèce sauvage résistante avec la variété productive (en cultivant si besoin in vitro les embryons hybrides, fragiles), puis on réalise plusieurs rétrocroisements successifs avec la variété productive, en ne gardant à chaque génération que les descendants résistants, repérés par un test d'infection ou par des marqueurs moléculaires. La part moyenne du génome sauvage est divisée par 2 à chaque rétrocroisement : on récupère la productivité de la variété tout en conservant l'allèle de résistance. On peut aussi isoler le gène de résistance et le transférer par génie génétique.
5. La productivité actuelle ne dit rien de la valeur future d'une ressource génétique. Les dix variétés les plus productives sont génétiquement proches et partagent souvent les mêmes allèles (ici R1, contourné). Le document 3 montre que les allèles de résistance utiles se trouvent dans des variétés locales et des espèces sauvages peu productives. Ne conserver que les variétés élites reviendrait à perdre le réservoir d'allèles qui permettra de faire face aux nouveaux parasites et au changement climatique : une banque de graines conserve la diversité, pas la performance.
Exercice 10 — Le triticale, une céréale créée par l'humain
DifficileDocument 1. Blé dur (Triticum durum) : génomes AABB, . Seigle (Secale cereale) : génome RR, . Chaque génome correspond à un lot de 7 chromosomes.
Document 2 (données simplifiées). Les embryons issus du croisement blé dur × seigle, qui avortent souvent, sont cultivés in vitro. Les plantes obtenues ont 21 chromosomes et ne produisent aucun grain. Traitées à la colchicine, substance qui empêche la formation du fuseau de division, certaines donnent des plantes à 42 chromosomes, qui produisent en moyenne 31 grains par épi. Ces plantes, le triticale, croisées avec le blé dur ou avec le seigle, donnent des descendants très peu fertiles.
Document 3.
| Plante | Principaux caractères |
|---|---|
| Blé dur | grain riche en protéines ; exigeant en sol et en climat |
| Seigle | rustique : résiste au froid, tolère les sols pauvres et acides |
| Triticale | grain proche de celui du blé ; rusticité proche de celle du seigle ; utilisé surtout pour l'alimentation animale |
- 1. Déterminer la composition des gamètes de chaque parent et celle de l'hybride (formule génomique et nombre de chromosomes).
- 2. Expliquer pourquoi cet hybride est stérile.
- 3. Montrer que le traitement à la colchicine permet d'obtenir une plante fertile, et donner sa formule génomique.
- 4. Un élève affirme : « Le triticale est un OGM, puisqu'il n'existe pas dans la nature. » Expliquer l'erreur.
- 5. Justifier que le triticale constitue une espèce nouvelle, puis discuter son intérêt agronomique.
1. Le blé dur (AABB, ) produit des gamètes AB contenant chromosomes (7 du génome A et 7 du génome B). Le seigle (RR, ) produit des gamètes R contenant chromosomes. L'hybride reçoit un gamète de chaque parent : formule ABR, chromosomes.
2. Dans l'hybride ABR, chacun des 21 chromosomes est présent en un seul exemplaire : aucun ne possède d'homologue. À la prophase I de méiose, les chromosomes ne peuvent pas s'apparier ; ils se répartissent au hasard entre les deux pôles de la cellule. Les gamètes formés ont un nombre et une composition de chromosomes déséquilibrés et ne sont pas viables. L'hybride est stérile, d'où l'absence de grains.
3. La colchicine empêche la formation du fuseau : les chromosomes, déjà dupliqués, ne sont pas répartis entre deux cellules, et la cellule obtenue possède chromosomes. La plante issue de ces cellules a pour formule AABBRR, (six lots de 7 chromosomes : elle est hexaploïde). Chaque chromosome possède désormais un homologue : à la méiose, ils s'apparient normalement et forment des gamètes équilibrés ABR de 21 chromosomes. La plante est fertile, comme le montrent les 31 grains produits en moyenne par épi.
4. Un OGM est un organisme dont le génome a été modifié par génie génétique, c'est-à-dire par introduction ou modification directe d'une séquence d'ADN. Le triticale est obtenu par croisement (pollinisation), culture d'embryons et doublement des chromosomes : aucune séquence d'ADN n'est modifiée ni introduite artificiellement, il réunit des génomes entiers. Quant à l'argument « il n'existe pas dans la nature », il vaut pour la plupart des plantes cultivées, qui ne sont pas des OGM. Le triticale n'est donc pas un OGM.
5. Les plantes de triticale sont fertiles entre elles et transmettent leurs caractères ; leurs croisements avec le blé dur ou le seigle donnent des descendants très peu fertiles : elles sont isolées de leurs espèces parentes sur le plan reproductif. Le triticale est donc une espèce nouvelle. Son intérêt : il associe un grain proche de celui du blé et la rusticité du seigle, ce qui permet de le cultiver sur des sols pauvres ou acides et dans des régions froides où le blé réussit mal, avec moins d'intrants. Limite : sa qualité boulangère est inférieure à celle du blé, d'où un usage surtout fourrager. Il enrichit néanmoins la diversité des espèces cultivées.
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.
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