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Spécialité SES · Classe de Terminale

Quels sont les processus qui conduisent à la domination et à la discrimination ?

Domination, discrimination, stigmatisation : mécanismes sociologiques au programme de Terminale SES

À propos de cette page
Ces exercices corrigés sur « Quels sont les processus qui conduisent à la domination et à la discrimination ? » en terminale permettent de s'entraîner et de vérifier ses acquis en spécialité ses. Ils suivent le programme officiel de terminale et sont classés par difficulté (facile, moyen, difficile). Au programme : Domination et rapports sociaux inégaux, Stéréotypes et préjugés : origines et effets, Le stigmate et l'identité abîmée (Goffman), La violence symbolique (Bourdieu). Écris ta réponse puis clique sur « Vérifier » : la correction est immédiate et tolère majuscules, espaces et ponctuation. Cet entraînement aide à mémoriser les méthodes, repérer ses erreurs et gagner en confiance avant un contrôle. Exercices gratuits proposés par un professeur particulier à Marseille pour réviser spécialité ses en terminale.

Exercices corrigés, classés du plus simple au plus complexe. Cherche d'abord seul au brouillon, puis déplie la correction détaillée pour vérifier ta méthode et tes raisonnements.

Exercice 1 — Distinguer les notions voisines

Pour chaque couple, indiquez ce qui distingue les deux notions et donnez un exemple permettant de les opposer.

  1. Stéréotype et préjugé : qu'est-ce qui les sépare ?
  2. Préjugé et discrimination : où se situe la frontière ?
  3. Inégalité de fait et discrimination : pourquoi ne pas les confondre ?
  4. Sexe et genre : pourquoi cette distinction est-elle centrale en sociologie ?
Méthode. Pour distinguer deux notions, demandez-vous toujours si l'on parle d'une représentation (croyance), d'une attitude (jugement) ou d'un acte (comportement), et si la réalité décrite est biologique ou socialement construite.

Stéréotype / préjugé. Le stéréotype est une croyance cognitive (une représentation simplifiée d'un groupe : « les seniors sont moins productifs »), neutre dans sa forme. Le préjugé est un jugement affectif, généralement défavorable, appliqué à une personne au seul motif de son groupe (« je n'aime pas travailler avec des seniors »). Le stéréotype décrit, le préjugé évalue.

Préjugé / discrimination. Le préjugé reste une attitude intérieure ; la discrimination est le passage à l'acte qui produit un traitement défavorable (refuser une embauche). On peut avoir des préjugés sans discriminer (par crainte de la loi), et la discrimination peut exister sans préjugé conscient (discrimination systémique). La frontière est le comportement effectif et ses conséquences.

Inégalité de fait / discrimination. Une inégalité de fait est un écart statistique observé (les femmes gagnent moins) qui peut résulter de multiples causes (temps partiel, secteurs, interruptions de carrière). La discrimination est un traitement inégal illégal, fondé sur un critère prohibé, « toutes choses égales par ailleurs ». Toute inégalité n'est donc pas une discrimination ; il faut neutraliser les autres facteurs pour l'établir.

Sexe / genre. Le sexe renvoie aux différences biologiques ; le genre désigne la construction sociale et culturelle des rôles attribués aux hommes et aux femmes. Distinguer les deux permet de montrer que les hiérarchies de genre ne découlent pas de la nature mais d'une socialisation différenciée, donc qu'elles sont modifiables.

Exercice 2 — Identifier la forme de discrimination

Pour chaque situation, qualifiez la discrimination (directe, indirecte, systémique) et justifiez en repérant le mécanisme à l'œuvre.

  1. Une agence immobilière indique à un candidat locataire que « le propriétaire ne loue pas aux personnes de votre origine ».
  2. Une entreprise réserve ses promotions aux salariés disponibles le soir et le week-end, ce qui écarte de fait les parents isolés, majoritairement des femmes.
  3. Dans tout un secteur, les recruteurs privilégient inconsciemment les candidats issus des mêmes grandes écoles, reproduisant d'année en année la même homogénéité sociale.
  4. Un club sportif fixe une limite d'âge à 35 ans pour ses entraîneurs bénévoles, sans nécessité liée au poste.
Méthode. Posez trois questions : le critère prohibé est-il explicite (directe) ? La règle est-elle neutre en apparence mais discriminante dans ses effets (indirecte) ? L'effet résulte-t-il de l'accumulation de pratiques sans décision individuelle isolée (systémique) ?

• Agence refusant un locataire « de votre origine » → discrimination directe : le critère prohibé (l'origine) est explicitement invoqué pour traiter défavorablement la personne.

• Promotions réservées aux disponibles soir et week-end → discrimination indirecte : la règle paraît neutre (la disponibilité) mais désavantage un groupe protégé (les femmes, surreprésentées parmi les parents isolés) sans justification objective liée au poste.

• Recrutement homogène reproduit d'année en année dans tout un secteur → discrimination systémique : aucun acteur ne décide isolément d'exclure ; c'est l'addition de pratiques (cooptation, réseaux, biais inconscients) qui produit structurellement l'exclusion des autres profils.

• Limite d'âge à 35 ans sans nécessité → discrimination directe fondée sur l'âge : critère prohibé invoqué explicitement, sans justification objective et proportionnée.

Exercice 3 — Mécanismes : compléter le raisonnement

Complétez chaque chaîne de raisonnement en explicitant le mécanisme sociologique manquant, en une à deux phrases.

  1. Une élève entend régulièrement que « les filles sont moins faites pour les sciences » ; au moment d'une évaluation de maths, son anxiété fait chuter sa performance, ce qui « confirme » le stéréotype. Quel mécanisme nommé en cours décrit ce processus ?
  2. Un salarié homosexuel dissimule son orientation au travail par crainte d'être dévalorisé. Selon Goffman, comment qualifie-t-on cet individu et cette stratégie ?
  3. Des ouvriers en échec scolaire attribuent cet échec à leur « manque de dons » plutôt qu'aux inégalités sociales, et acceptent ainsi leur position. Quel concept de Bourdieu rend compte de ce consentement à la domination ?
  4. Une femme cadre, racisée et issue d'un milieu populaire, subit des obstacles qui ne se réduisent ni au sexisme seul, ni au racisme seul. Quel concept éclaire le cumul et l'imbrication de ces dominations ?
Méthode. Reliez chaque situation au concept qui en désigne précisément le mécanisme, puis explicitez en quoi le mécanisme produit l'effet décrit.

• Élève anxieuse en maths → menace du stéréotype (C. Steele) : la conscience d'un stéréotype négatif visant son groupe crée une anxiété de performance qui dégrade le résultat et « valide » involontairement le stéréotype, créant une prophétie autoréalisatrice.

• Salarié dissimulant son orientation → c'est un discréditable (stigmate dissimulable, non révélé) qui adopte une stratégie de dissimulation (passing) : il gère l'information sur lui-même pour passer pour « normal » et éviter le discrédit.

• Ouvriers attribuant leur échec à un manque de dons → violence symbolique et habitus (Bourdieu) : les dominés intériorisent les catégories de jugement des dominants et perçoivent leur position comme méritée et naturelle, ce qui légitime la domination sans recours à la force.

• Femme cadre racisée d'origine populaire → intersectionnalité (K. Crenshaw) : les rapports de domination (genre, race, classe) se croisent et s'imbriquent, produisant une expérience spécifique irréductible à la somme de chaque domination prise isolément.

Exercice 4 — Lecture de graphique — écart salarial femmes-hommes

Observez le graphique, puis répondez en prélevant des données chiffrées précises et en raisonnant prudemment.

  1. Quel est l'écart brut total de salaire entre femmes et hommes selon ce graphique ?
  2. Quelle part de cet écart s'explique par des différences de temps de travail et de secteur/métier ?
  3. Quelle part de l'écart reste « inexpliquée » une fois ces facteurs neutralisés, et pourquoi parle-t-on alors de discrimination ?
  4. Pourquoi l'écart brut total ne peut-il pas, à lui seul, être assimilé à de la discrimination directe ?
Méthode. Distinguez toujours l'écart brut (constat statistique global) de l'écart résiduel obtenu « toutes choses égales par ailleurs » : seul ce dernier approche une mesure de la discrimination.

Écart brut total : 24 % (les femmes gagnent en moyenne 24 % de moins que les hommes dans cette décomposition illustrative).

• Part expliquée par les facteurs observables : temps de travail 9 points + secteur/métier 7 points = 16 points, soit les deux tiers de l'écart. Ces écarts traduisent surtout des inégalités de fait (temps partiel subi, ségrégation professionnelle) plutôt qu'une discrimination salariale directe.

• Part inexpliquée : 8 points : à poste, qualification, temps de travail et secteur comparables, un écart subsiste. On l'attribue à la discrimination (salariale, dans les promotions) car les variables « légitimes » ont été neutralisées ; c'est un majorant de la discrimination, qui peut aussi inclure des facteurs non mesurés.

• L'écart brut mêle inégalités de fait (choix de métiers, temps partiel liés à la socialisation et au partage des tâches) et discrimination ; l'assimiler entièrement à une discrimination directe serait une erreur de lecture. La discrimination ne se mesure qu'après avoir isolé l'effet propre du sexe.

Exercice 5 — Évaluer une politique de lutte contre les discriminations

Pour chaque dispositif, indiquez à quel type de discrimination il répond et formulez une limite ou un débat qu'il soulève.

  1. Le testing organisé par l'État, qui envoie des candidatures fictives pour repérer les entreprises discriminantes.
  2. Les chartes de la diversité et la formation des recruteurs aux biais inconscients.
  3. La discrimination positive, qui réserve des places ou des quotas à des groupes sous-représentés.
  4. La loi sur la parité et l'index de l'égalité professionnelle femmes-hommes.
Méthode. Reliez chaque dispositif au mécanisme qu'il vise (discrimination directe, indirecte, systémique, inégalité de fait) puis identifiez sa limite d'efficacité ou la tension de principe qu'il soulève.

Testing d'État → cible les discriminations directes à l'embauche : il les objective et permet la sanction. Limite : il ne mesure qu'une étape (le rappel) et ne dit rien des discriminations dans la carrière, le salaire ou hors emploi ; sa portée dépend des suites judiciaires données.

Chartes et formation aux biais → visent surtout les discriminations systémiques et inconscientes. Limite : démarches volontaires, sans contrainte ni contrôle ; effet réel difficile à évaluer, risque d'affichage (« diversity washing »).

Discrimination positive → corrige des inégalités structurelles en agissant sur les résultats. Débat majeur en France : tension avec le modèle républicain universaliste (refus de traiter les individus selon leur appartenance) ; risque de stigmatisation des bénéficiaires. D'où des dispositifs « neutres » (ZEP, conventions éducation prioritaire) plutôt que des quotas ethniques.

Parité et index égalité → s'attaquent aux inégalités de fait et discriminations de genre (sous-représentation, écart salarial). Limite : la parité numérique n'efface pas le plafond de verre ni la division sexuelle du travail domestique ; un index peut être respecté formellement sans transformation réelle des pratiques (égalité formelle vs égalité réelle).

Exercice 6 — Étude de document — La domination intériorisée

Lisez le document, puis répondez aux questions en mobilisant le texte ET vos connaissances.

  1. Quelle notion centrale de Bourdieu permet d'expliquer que les dominés perçoivent l'ordre social comme « naturel » ? Définissez-la.
  2. Relevez dans le texte deux exemples d'auto-exclusion par les dominés et expliquez le mécanisme commun.
  3. En quoi cette analyse complète-t-elle l'idée d'une domination fondée uniquement sur la contrainte ou la loi ?
  4. Une critique reproche à Bourdieu de présenter les dominés comme passifs : à l'aide de vos connaissances, comment nuancer ce point ?
Méthode. Mobiliser un document, c'est prélever les passages utiles (citations à l'appui) puis les éclairer par les notions du cours, sans paraphraser.

1. Notion centrale. C'est l'habitus, support de la violence symbolique : ensemble de dispositions durables, intériorisées par la socialisation, qui structurent les perceptions et les pratiques. Parce que les dominés pensent l'ordre social avec des catégories qui sont elles-mêmes le produit de cet ordre (« catégories de pensée qui en sont le produit »), ils le perçoivent comme allant de soi.

2. Deux exemples d'auto-exclusion. Des femmes qui jugent « petits » les métiers que la société leur a assignés ; un élève d'origine populaire qui renonce de lui-même à une filière prestigieuse (« ce n'est pas pour moi »). Mécanisme commun : les dominés anticipent et intériorisent leur place, et restreignent eux-mêmes leurs aspirations — la domination opère « de l'intérieur », sans contrainte explicite.

3. Apport par rapport à la contrainte. Le texte montre que « l'ordre social ne s'impose pas seulement par la contrainte » : au-delà des lois et de la force, la domination se reproduit parce qu'elle est devenue une évidence inscrite dans les corps et les esprits. Cela explique sa stabilité et la difficulté à la contester : elle ne suppose ni surveillance ni répression permanentes.

4. Nuance à la critique. On peut objecter que les dominés ne sont pas passifs : l'existence de mouvements sociaux (féminisme, antiracisme, mobilisations LGBTQ+, luttes ouvrières) montre une capacité de prise de conscience et de résistance (agentivité). Les stratégies de Goffman (revendication du stigmate, affirmation identitaire) illustrent aussi que les individus stigmatisés agissent sur leur situation. La domination symbolique n'est donc jamais totale ni définitive.
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