À propos de cette page
Ce cours de spécialité ses en terminale sur « Comment les inégalités économiques et sociales se sont-elles transformées ? » suit le programme officiel de spécialité ses de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Définir et distinguer les inégalités économiques et sociales, Mesurer les inégalités : indicateurs et outils statistiques, L'évolution des inégalités de revenus en France et dans le monde, Les inégalités de patrimoine : une concentration persistante. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité ses.
Au programme
1 · Définir et distinguer les inégalités économiques et sociales
2 · Mesurer les inégalités : indicateurs et outils statistiques
3 · L'évolution des inégalités de revenus en France et dans le monde
4 · Les inégalités de patrimoine : une concentration persistante
5 · Les inégalités de conditions de vie : santé, logement, éducation
6 · Les facteurs explicatifs des inégalités
7 · Inégalités, pauvreté et exclusion sociale
8 · Les débats autour des politiques de réduction des inégalités
1Définir et distinguer les inégalités économiques et sociales
Les inégalités désignent des différences entre individus ou groupes qui sont perçues comme injustes ou illégitimes par la société. Elles se distinguent des simples différences (biologiques, de goût) par leur caractère hiérarchisant : elles placent les individus à des positions avantageuses ou désavantageuses.
Définition. Une inégalité économique porte sur l'accès inégal aux ressources monétaires : revenus, patrimoine, niveau de vie. Une inégalité sociale porte sur les conditions de vie, le statut social, l'accès à l'éducation, à la santé, au prestige.
Les deux formes sont souvent liées : un faible revenu (inégalité économique) entraîne un moindre accès aux soins (inégalité sociale), qui lui-même réduit les capacités de travail et les revenus futurs. On parle alors d'inégalités cumulées ou de cercle vicieux de la pauvreté.
Astuce. Distinguer inégalités de résultat (différences observées dans les revenus, la santé, etc.) et inégalités des chances (inégal accès aux ressources permettant de réussir, indépendant du mérite).
On distingue aussi :
- Inégalités quantitatives : mesurables (revenus, espérance de vie)
- Inégalités qualitatives : différences de traitement, de reconnaissance (genre, origine ethnique)
Attention ! Une différence n'est pas forcément une inégalité. Si deux personnes choisissent librement des modes de vie différents sans contrainte, cela ne constitue pas une inégalité au sens sociologique.
2Mesurer les inégalités : indicateurs et outils statistiques
La mesure des inégalités est un préalable à toute analyse. Les économistes et sociologues disposent de plusieurs indicateurs complémentaires.
Rapport interdécile D9/D1. On classe la population par ordre croissant de revenus et on divise en 10 groupes égaux (déciles). D1 = revenu maximal des 10 % les plus pauvres ; D9 = revenu minimal des 10 % les plus riches. Le rapport D9/D1 mesure l'écart entre le haut et le bas de la distribution.
En France (2022), D9/D1 ≈ 3,4 pour les niveaux de vie : le neuvième décile a un niveau de vie 3,4 fois supérieur au premier décile.
Coefficient de Gini. L'indice de Gini est compris entre 0 (égalité parfaite : tout le monde a le même revenu) et 1 (inégalité maximale : une seule personne détient tout). Il est dérivé de la courbe de Lorenz, qui représente la part cumulée du revenu en fonction de la part cumulée de la population.
Formule : $G = \frac{A}{A+B}$ où A est l'aire entre la courbe de Lorenz et la diagonale d'égalité parfaite, et B l'aire sous la courbe de Lorenz.
Exemple. En France (2022), le Gini des niveaux de vie après redistribution est d'environ 0,29. Il est de 0,41 aux États-Unis et de 0,63 en Afrique du Sud (parmi les plus élevés au monde).
D'autres indicateurs complètent le tableau :
| Indicateur | Ce qu'il mesure | Limite |
|---|
| D9/D1 | Écart entre extrêmes de la distribution | Ne capture pas les inégalités au sein des déciles |
| Gini | Inégalité globale de la distribution | Sensible aux changements au milieu, moins aux extrêmes |
| Part du 1 % le plus riche | Concentration au sommet | Données fiscales souvent insuffisantes |
| IDH | Développement humain multidimensionnel | Cache les inégalités internes aux pays |
Astuce. L'IDH (Indice de Développement Humain, PNUD) combine trois dimensions : espérance de vie, niveau d'éducation (alphabétisation, scolarisation) et revenu national brut par habitant. Il dépasse la seule dimension économique.
3L'évolution des inégalités de revenus en France et dans le monde
L'évolution des inégalités de revenus est un sujet central des débats économiques contemporains. Les données, notamment celles du World Inequality Database (WID), permettent d'en retracer les grandes tendances.
La courbe en « U ». Au niveau mondial, les inégalités inter-pays ont longtemps crû (XIXe–XXe s.), puis la convergence des pays émergents (Chine, Inde) a réduit les inégalités mondiales depuis les années 1990, mais les inégalités intra-pays ont souvent augmenté dans les pays développés.
En France : après la réduction des inégalités des Trente Glorieuses (1945–1975), les inégalités de revenus disponibles ont globalement stagné depuis les années 1980 grâce aux mécanismes de redistribution. Toutefois :
- La part des revenus du capital a progressé au détriment des revenus du travail
- Les très hauts revenus (top 1 %) ont connu une progression plus rapide
- La précarisation du marché du travail (CDD, temps partiel subi) creuse l'écart au bas de la distribution
Exemple. Selon l'INSEE (2022), le niveau de vie médian en France est d'environ 22 000 €/an. Le seuil de pauvreté est fixé à 60 % de ce médian, soit environ 13 200 €/an. 14,4 % de la population vit sous ce seuil.
Attention ! Les inégalités de revenus avant redistribution (revenus primaires) sont bien plus fortes qu'après redistribution fiscale et sociale. L'État-providence français joue un rôle décisif de compression des inégalités.
La comparaison internationale révèle de fortes disparités : les pays nordiques (Gini ≈ 0,28) sont les plus égalitaires, les États-Unis connaissent une hausse marquée depuis les années 1980 (Gini ≈ 0,41), et les économies émergentes comme le Brésil ou l'Afrique du Sud restent très inégalitaires.
4Les inégalités de patrimoine : une concentration persistante
Les inégalités de patrimoine (richesse nette = actifs moins dettes) sont systématiquement plus fortes que les inégalités de revenus. Elles tendent à se reproduire et à s'amplifier au fil du temps.
Patrimoine. Ensemble des actifs détenus par un ménage : patrimoine immobilier (résidence principale, investissements locatifs), patrimoine financier (actions, épargne, assurance-vie), patrimoine professionnel, diminué des dettes.
En France :
- Les 10 % les plus riches possèdent environ 50 % du patrimoine total
- Les 50 % les moins riches ne possèdent qu'environ 7 % du patrimoine total
- Le Gini du patrimoine (≈ 0,65) est bien supérieur au Gini des revenus (≈ 0,29)
Exemple. Selon l'INSEE (enquête Patrimoine 2021), le patrimoine médian d'un ménage français est d'environ 117 000 €, mais la moyenne est de 276 000 €, écart révélateur d'une forte concentration au sommet.
Les mécanismes de reproduction du patrimoine sont puissants :
- Héritage et donations : environ la moitié du patrimoine détenu par les ménages proviendrait de transferts intergénérationnels
- Rendement du capital (Thomas Piketty) : si le rendement du capital $r$ est supérieur au taux de croissance $g$ ($r > g$), les patrimoines croissent plus vite que les revenus du travail, accentuant les inégalités
- Effet de levier : les plus riches peuvent emprunter pour investir à des taux avantageux
Thèse de Piketty ($r > g$). Dans Le Capital au XXIe siècle (2013), Thomas Piketty montre que, sur le long terme, le taux de rendement du capital ($r$) tend à dépasser le taux de croissance économique ($g$). Conséquence : les détenteurs de patrimoine s'enrichissent plus vite que les revenus du travail ne progressent, ce qui creuse les inégalités.
Attention ! Les inégalités de patrimoine sont difficiles à mesurer précisément car les grandes fortunes sont souvent sous-estimées dans les enquêtes (refus de répondre, patrimoine offshore). Les données fiscales donnent une image plus complète mais restent imparfaites.
5Les inégalités de conditions de vie : santé, logement, éducation
Au-delà des revenus et du patrimoine, les inégalités se manifestent dans des domaines essentiels de la vie quotidienne. Ces inégalités de conditions de vie sont souvent cumulatives : elles se renforcent mutuellement.
Inégalités de santé :
- Espérance de vie à 35 ans : un cadre vit en moyenne 6 à 7 ans de plus qu'un ouvrier (INSEE)
- Les inégalités sociales de santé s'expliquent par les conditions de travail (pénibilité), les comportements (alimentation, tabac liés aux revenus), et l'accès aux soins (déserts médicaux)
- Le gradient social de santé : plus le statut social est élevé, meilleur est l'état de santé, à tous les niveaux de la hiérarchie
Inégalités éducatives :
- Le niveau d'études est fortement corrélé à l'origine sociale : un enfant de cadre a environ 3 fois plus de chances d'obtenir un diplôme du supérieur qu'un enfant d'ouvrier
- Le système éducatif reproduit partiellement les inégalités (Pierre Bourdieu : capital culturel, habitus)
- Mais l'école joue aussi un rôle d'ascension sociale (mobilité sociale ascendante)
Inégalités de logement :
- Les ménages modestes consacrent une part bien plus grande de leur revenu au logement (taux d'effort)
- Surpopulation, mal-logement, exclusion géographique (éloignement des centres d'emploi)
- Le logement est aussi un vecteur d'accumulation du patrimoine (accession à la propriété)
Astuce. Penser les inégalités de conditions de vie comme un système : logement dégradé → problèmes de santé → absentéisme scolaire → faible diplôme → revenu modeste → logement dégradé. Cette circularité explique la persistance des situations de pauvreté.
6Les facteurs explicatifs des inégalités
Plusieurs théories expliquent l'origine et la persistance des inégalités. Elles sont complémentaires et non exclusives.
Facteurs économiques :
- Progrès technique biaisé : le changement technologique (automatisation, numérisation) augmente la demande de travailleurs qualifiés et réduit celle de travailleurs peu qualifiés, creusant l'écart de salaires
- Mondialisation : la concurrence des pays à bas salaires comprime les salaires des travailleurs peu qualifiés dans les pays développés (mais profite aux consommateurs et aux actionnaires)
- Déréglementation financière : la libéralisation des marchés financiers a favorisé l'essor des revenus du capital
Facteurs sociologiques :
- Capital culturel (Bourdieu) : la maîtrise de la culture légitime (langage, codes culturels) transmise par les familles favorisées donne un avantage décisif dans le système scolaire et professionnel
- Capital social (Bourdieu) : les réseaux de relations sociales donnent accès à des ressources et des opportunités inégalement distribuées
- Discriminations : fondées sur le genre, l'origine ethnique, le handicap — elles perpétuent des inégalités injustifiées par des différences de productivité
Exemple. Les femmes gagnent en France en moyenne 16,8 % de moins que les hommes à temps complet (INSEE, 2022). Une partie s'explique par la concentration des femmes dans des secteurs moins rémunérés (ségrégation professionnelle), une autre par des discriminations directes à poste et qualification équivalents.
Facteurs institutionnels :
- Politiques fiscales (progressivité de l'impôt, niches fiscales)
- Politique salariale (SMIC, négociations collectives)
- État-providence (transferts sociaux, services publics)
Théorie du capital humain (Becker). Les inégalités de salaires reflètent des différences de productivité liées aux investissements en éducation et formation. Cette théorie libérale justifie les inégalités comme résultat de choix individuels rationnels, mais elle est critiquée pour négliger les déterminismes sociaux.
7Inégalités, pauvreté et exclusion sociale
La pauvreté et l'exclusion sociale sont les formes les plus aiguës des inégalités. Leur mesure et leur compréhension sont essentielles pour les politiques publiques.
Pauvreté absolue. Impossibilité de satisfaire les besoins fondamentaux (alimentation, logement, soins). La Banque mondiale fixe le seuil international à 2,15 $ par jour et par personne (parité de pouvoir d'achat, 2022). Environ 700 millions de personnes vivent sous ce seuil dans le monde.
Pauvreté relative. Définition adoptée en France et en Europe : est pauvre tout individu dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian. Elle mesure le décalage par rapport aux standards de vie de la société.
Attention ! La pauvreté relative peut augmenter même si les conditions de vie s'améliorent en valeur absolue, si le revenu médian augmente plus vite. Inversement, une crise qui touche tout le monde peut faire baisser la pauvreté relative sans améliorer les conditions réelles des plus pauvres.
Exemple. Pendant la crise Covid de 2020, le chômage partiel a maintenu les revenus de nombreux salariés, mais le revenu médian a peu bougé. Le taux de pauvreté relative n'a pas explosé alors que les conditions de vie se dégradaient pour beaucoup.
L'exclusion sociale va au-delà de la pauvreté monétaire : elle désigne une rupture des liens sociaux (travail, famille, logement, participation citoyenne). Robert Castel distingue :
- Zone d'intégration : emploi stable + liens familiaux solides
- Zone de vulnérabilité : emploi précaire ET/OU liens fragilisés
- Zone de désaffiliation (exclusion) : absence d'emploi ET isolement social
L'indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) du PNUD dépasse la seule dimension monétaire en combinant des privations en matière de santé, d'éducation et de conditions de vie (eau, électricité, logement). Il permet de mieux cibler les populations les plus vulnérables.
8Les débats autour des politiques de réduction des inégalités
Face aux inégalités, les sociétés démocratiques débattent des moyens d'intervention et de leurs effets. Plusieurs types de politiques sont en discussion.
La redistribution fiscale :
- Redistribution verticale : prélever davantage aux ménages aisés pour financer des transferts vers les ménages modestes (impôt sur le revenu progressif, prestations sociales)
- Redistribution horizontale : compenser des risques (maladie, vieillesse, chômage) sans nécessairement modifier la hiérarchie des revenus
Arbitrage équité-efficacité. Un argument libéral classique soutient que trop de redistribution réduit les incitations à travailler et à investir (inefficacité économique). Les économistes keynésiens et institutionnalistes répondent qu'une trop forte inégalité réduit la demande globale et l'investissement dans le capital humain, freinant la croissance.
Les services publics comme réducteurs d'inégalités :
- L'éducation publique gratuite, les soins de santé universels, les transports publics subventionnés réduisent les inégalités de conditions de vie sans passer par des transferts monétaires
- On parle de revenu indirect ou de salaire socialisé
Les politiques de lutte contre les discriminations :
- Lois anti-discrimination, testing (audit), quotas ou objectifs de parité
- Politiques d'égalité des chances : bourses, éducation prioritaire (REP/REP+), discrimination positive
Exemple. Le débat sur la flat tax (impôt à taux unique) vs l'impôt progressif illustre la tension entre deux conceptions : la justice commutative (chacun paie la même proportion) et la justice distributive (chacun contribue selon ses capacités).
Astuce. Pour le bac, soyez capable de mobiliser à la fois des arguments en faveur d'une réduction des inégalités (cohésion sociale, investissement en capital humain, demande globale) et des arguments soulignant les limites ou les effets pervers de certaines politiques redistributives.
★À retenir
En bref :
• Les inégalités sont des différences hiérarchisantes, illégitimes, entre revenus, patrimoines ou conditions de vie.
• Le coefficient de Gini (0→1) mesure l'inégalité globale ; le rapport D9/D1 mesure l'écart entre déciles extrêmes.
• En France, les inégalités de revenus disponibles sont modérées (Gini ≈ 0,29) grâce à la redistribution, mais les inégalités de patrimoine sont fortes (Gini ≈ 0,65).
• Thomas Piketty : si $r > g$, les inégalités de patrimoine tendent à s'accroître durablement.
• Les inégalités se cumulent (revenu, santé, logement, éducation) créant des cercles vicieux.
• La pauvreté relative = vivre sous 60 % du niveau de vie médian ; l'exclusion sociale = rupture des liens sociaux (Castel).
• Les politiques de réduction : redistribution fiscale, services publics, lutte contre les discriminations — avec débat sur l'arbitrage équité/efficacité.