Une marchandise est un bien échangeable dont la valeur se fixe sur un marché, tandis que le travail est inséparable de la personne qui l'exerce. Le sujet interroge la légitimité d'un traitement du travail par les seules lois de l'offre et de la demande.
Le travail, parce qu'il s'échange contre un salaire, est-il une marchandise ordinaire, ou son inséparabilité d'avec la personne du travailleur lui interdit-elle ce statut ?
Le plan en trois parties
Le travail s'échange comme une marchandise
- Sa valeur se mesure sur un marché, et la division du travail en fait un facteur de production.Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations
- Le salarié vend sa force de travail comme un bien, selon un contrat formellement libre.Marx, Le Capital, I
- Le travail fonde la propriété en incorporant la personne à la chose produite, qui s'échange ensuite.Locke, Second Traité du gouvernement civil
Mais ce qui s'échange n'est pas séparable de la personne
- L'ouvrier aliène son activité même : dans son travail il ne s'affirme pas, il se nie.Marx, Manuscrits de 1844
- La condition ouvrière montre que c'est l'attention et la pensée qui sont vendues avec les gestes.Simone Weil, La Condition ouvrière
- Traiter l'homme seulement comme moyen contredit la dignité qui lui interdit d'avoir un prix.Kant, Réflexions sur l'éducation
Le travail est une institution sociale, que le marché ne peut régler seul
- La division du travail est d'abord un fait de solidarité, non un simple échange de valeurs.Durkheim, De la division du travail social
- La valeur accordée au travail est une construction historique, liée à une éthique déterminée.Max Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme
- Sortir du salariat intégral suppose de dissocier revenu et emploi : une décision politique, non marchande.Gorz, Métamorphoses du travail
Le droit du travail protège-t-il la personne ou seulement le contrat ?