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Philosophie · Classe de Terminale

Le temps et la mémoire

L'existence humaine face à la temporalité : permanence, changement et identité personnelle (Terminale, L'existence humaine et la culture)

À propos de cette page
Ces exercices corrigés sur « Le temps et la mémoire » en terminale permettent de s'entraîner et de vérifier ses acquis en philosophie. Ils suivent le programme officiel de terminale et sont classés par difficulté (facile, moyen, difficile). Au programme : L'énigme du temps : peut-on le définir ?, Le temps objectif et le temps vécu : la durée selon Bergson, La conscience du temps : Husserl et la rétention, Mémoire, souvenir et imagination. Écris ta réponse puis clique sur « Vérifier » : la correction est immédiate et tolère majuscules, espaces et ponctuation. Cet entraînement aide à mémoriser les méthodes, repérer ses erreurs et gagner en confiance avant un contrôle. Exercices gratuits proposés par un professeur particulier à Marseille pour réviser philosophie en terminale.

Exercices corrigés, classés du plus simple au plus complexe. Cherche d'abord seul au brouillon, puis déplie la correction détaillée pour vérifier ta méthode et tes raisonnements.

Exercice 1 — Vrai ou faux justifié

Indiquez si chaque affirmation est vraie ou fausse, puis justifiez votre réponse en une phrase précise.

  1. « Pour Bergson, le temps de l'horloge mesure fidèlement le temps tel que la conscience le vit. »
  2. « Selon Husserl, la rétention est un acte volontaire de rappel d'un souvenir lointain. »
  3. « Pour Locke, l'identité personnelle repose sur la permanence d'une substance immatérielle, l'âme. »
  4. « Pour Heidegger, la conscience de la mort détourne l'existence de l'authenticité. »

Méthode. Pour chaque énoncé, on repère le concept en jeu, on confronte l'affirmation à la thèse réelle de l'auteur, puis on tranche.

1. Faux. Bergson oppose au contraire le temps spatialisé de la science (homogène, divisible) et la durée vécue (continue, qualitative) : l'horloge ne mesure pas la durée, elle la trahit en la projetant sur une ligne d'instants juxtaposés.

2. Faux. La rétention est une conscience passive et immédiate du « venant-de-passer », encore collée au présent vivant ; elle ne requiert aucun acte volontaire. C'est le souvenir (réminiscence) qui est un acte de rappel actif et intentionnel.

3. Faux. Locke fonde précisément l'identité personnelle non sur une substance (âme ou corps) mais sur la continuité de la conscience et de la mémoire : je suis la même personne que celle dont je me souviens.

4. Faux. Pour Heidegger, c'est l'inverse : l'être-vers-la-mort, c'est-à-dire l'assomption résolue de la finitude, est la condition de l'existence authentique ; c'est la fuite devant la mort dans le « on » qui définit l'inauthenticité.

Exercice 2 — Définir avec précision

Donnez une définition rigoureuse de chaque notion, en mentionnant l'auteur de référence quand il y en a un.

  1. Qu'est-ce que la mémoire-habitude et en quoi diffère-t-elle de la mémoire pure ?
  2. Qu'appelle-t-on la protention ?
  3. Qu'est-ce que le souci (Sorge) ?

Méthode. Une bonne définition donne le genre prochain (à quelle catégorie la notion appartient) et la différence spécifique (ce qui la distingue des notions voisines).

1. La mémoire-habitude (Bergson, Matière et Mémoire) est la conservation d'un schème moteur acquis par la répétition : elle se rejoue dans l'action présente (faire du vélo, réciter une leçon) sans représenter un événement passé daté. Elle est du corps. La mémoire pure, au contraire, conserve les images singulières du passé avec leur date et leur couleur affective ; elle est de l'esprit. La première répète, la seconde se souvient.

2. La protention (Husserl) est l'anticipation immédiate et passive de ce qui est sur le point d'advenir ; symétrique de la rétention, elle « épaissit » le présent vivant en l'orientant vers le futur proche, sans être pour autant une prévision réfléchie.

3. Le souci (Heidegger, Être et Temps) est la structure fondamentale du Dasein : l'être humain est toujours déjà jeté dans un monde (passé), en train de se projeter vers des possibilités (futur) et aux prises avec ce qui se présente (présent). Le temps est ainsi la trame même de l'existence.

Exercice 3 — Distinguer deux concepts voisins

Explicitez en quelques lignes la distinction demandée, en montrant ce qui se jouerait si on les confondait.

  1. Distinguez le temps cosmologique et le temps phénoménologique.
  2. Distinguez se souvenir et imaginer.
  3. Distinguez oubli et perte du passé (au sens de Bergson).

Méthode. Distinguer, c'est tracer une ligne de partage nette puis montrer l'enjeu de cette frontière.

1. Le temps cosmologique est le temps de la physique : objectif, mesurable, indépendant de toute conscience (le temps des horloges et des astres). Le temps phénoménologique est le temps tel qu'il apparaît à une conscience qui le vit (durée, rétention, attente). Les confondre, c'est croire à tort que l'horloge livre l'expérience même du temps, alors qu'elle n'en donne qu'une représentation extérieure.

2. Se souvenir vise un passé réel et prétend lui être fidèle ; imaginer produit une image sans cette prétention de réalité passée. La frontière est fragile (faux souvenirs, suggestion) : c'est précisément cette fragilité qui pose le problème de la vérité de la mémoire.

3. L'oubli est, pour le sujet, l'impossibilité actuelle de rappeler un souvenir ; mais selon Bergson le passé se conserve intégralement (« notre passé tout entier subsiste »). Oublier n'est donc pas perdre le passé lui-même, mais en perdre l'accès. Confondre les deux reviendrait à croire que ce dont on ne se souvient pas a cessé d'être.

Exercice 4 — Identifier la thèse d'un auteur

Pour chaque énoncé, nommez l'auteur, reformulez sa thèse et indiquez l'œuvre de référence.

  1. « L'identité d'une personne se compose de la mêmeté (idem) et de l'ipséité (ipse), et se déploie comme récit. »
  2. « Le temps n'est pas une propriété des choses en soi mais une forme a priori de notre sensibilité. »
  3. « Connaître, c'est en réalité se ressouvenir de ce que l'âme a contemplé avant de s'incarner. »

Méthode. On reconnaît l'auteur à un concept-signature, puis on restitue la thèse sans la caricaturer.

1. Ricœur (Soi-même comme un autre, 1990). L'identité-idem est la permanence du même (caractère, traits stables) ; l'identité-ipse est le maintien de soi par la promesse et la fidélité, même quand le caractère change. L'unité des deux est assurée par l'identité narrative : le récit que je fais de ma vie.

2. Kant (Critique de la raison pure, 1781). Le temps est une forme a priori de la sensibilité interne : il structure toute perception possible, mais ne caractérise pas les choses en soi (noumènes). Il est donc à la fois subjectif (propre à notre faculté de percevoir) et universellement nécessaire.

3. Platon (Ménon, Phédon). C'est la théorie de la réminiscence (anamnèse) : apprendre n'est pas acquérir du nouveau mais retrouver une connaissance des Idées que l'âme possédait déjà. La mémoire y a une portée métaphysique, et non seulement psychologique.

Exercice 5 — Problématiser un sujet

Transformez chacune de ces questions en un véritable problème philosophique : dégagez la tension entre deux réponses opposées et l'enjeu du débat.

  1. Le présent existe-t-il vraiment ?
  2. Faut-il chercher à tout retenir ?

Méthode. Problématiser, c'est montrer que la réponse spontanée (thèse 1) se heurte à une objection forte (thèse 2), de sorte que la question devient un dilemme dont l'enjeu doit être nommé.

1. Réponse spontanée : seul le présent existe, puisque le passé n'est plus et le futur pas encore. Mais (objection) le présent, réduit à un instant ponctuel, n'a aucune épaisseur : il s'évanouit aussitôt qu'on le saisit. Augustin et Husserl montrent que le présent vécu n'existe qu'élargi par la mémoire et l'attente. Problème : le présent est-il le seul temps réel, ou n'a-t-il de réalité que porté par le passé et le futur dans la conscience ? Enjeu : la nature même du temps (objectif vs vécu) et la place de la conscience dans sa constitution.

2. Réponse spontanée : retenir est un bien, l'oubli est une défaillance, et une mémoire parfaite serait idéale. Mais (objection) une mémoire totale empêcherait d'agir, de généraliser, de pardonner (cf. le personnage de Borges, Funes, écrasé par l'exhaustivité de ses souvenirs) ; l'oubli a une fonction vitale et morale. Problème : l'oubli est-il seulement une faiblesse de la mémoire, ou une condition de la pensée et de l'existence libre ? Enjeu : le rapport entre mémoire, identité, action et bonheur.

Exercice 6 — Explication de texte guidée

Lisez l'extrait suivant puis répondez aux questions d'analyse.

  1. Augustin, Les Confessions, Livre XI (IVe s.).
    « Ce qui est maintenant manifeste et clair, c'est qu'il n'existe ni futur ni passé, et que c'est improprement qu'on dit : il y a trois temps, le passé, le présent et le futur. Mais peut-être dirait-on proprement : il y a trois temps, le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur. Ces trois sortes de temps existent en quelque manière dans l'âme, et je ne les vois pas ailleurs : le présent du passé, c'est la mémoire ; le présent du présent, c'est l'attention directe ; le présent du futur, c'est l'attente. »
  2. Quelle thèse Augustin soutient-il sur le mode d'existence du passé et du futur ? Formulez-la en une phrase.
  3. Pourquoi Augustin juge-t-il « impropre » la formule courante « il y a trois temps : passé, présent, futur » ?
  4. Expliquez la triade « mémoire / attention / attente » : à quoi chaque terme correspond-il ?
  5. Quel rôle la conscience (« l'âme ») joue-t-elle dans cette analyse du temps ? Quelle objection pourrait-on adresser à cette thèse ?

Méthode. On dégage la thèse, on suit le mouvement de l'argumentation phrase par phrase, on explicite les concepts, puis on évalue.

1. Thèse. Le passé et le futur n'ont pas d'existence en eux-mêmes : ils n'existent que dans l'âme, sous la forme présente de la mémoire et de l'attente. Le temps est une affaire de conscience, non une réalité extérieure faite de trois régions.

2. La formule courante est « impropre » parce qu'elle suppose que le passé « est » encore et que le futur « est » déjà, alors que le passé n'est plus et le futur pas encore : leur attribuer l'existence au présent (« il y a ») est contradictoire. Augustin corrige donc en ramenant les trois temps à trois modalités d'un unique présent.

3. Le « présent du passé » est la mémoire : le passé n'est conservé que comme trace actuelle dans l'esprit. Le « présent du présent » est l'attention : la saisie directe de ce qui se donne maintenant. Le « présent du futur » est l'attente : l'anticipation présente de ce qui n'est pas encore. Les trois sont des actes présents de l'âme.

4. La conscience (« l'âme ») est le lieu unique où le temps a une réalité : « je ne les vois pas ailleurs ». Le temps est intériorisé, il devient une « distension » de l'âme. Objection : cette thèse risque de dissoudre le temps objectif — or les événements physiques se succèdent et durent indépendamment de toute conscience (un astre vieillit sans témoin). On pourrait, avec Kant, maintenir que le temps est forme a priori du sujet ; avec Newton ou la physique, qu'il existe un temps réel mesurable hors de l'âme. L'analyse d'Augustin éclaire admirablement le temps vécu, mais ne suffit peut-être pas à fonder le temps cosmologique.

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