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Théorèmes de Bézout et de Gauss
Identité de Bézout démontrée et algorithme d’Euclide étendu, théorème de Bézout et entiers premiers entre eux, théorème de Gauss et son corollaire, équations diophantiennes ax + by = c, inverse modulo n et systèmes de deux congruences.
À propos de cette page
Identité de Bézout et algorithme d’Euclide étendu
Rappels (chapitre Divisibilité, division euclidienne et PGCD). L’algorithme d’Euclide enchaîne les divisions euclidiennes ( par , puis par le reste, et ainsi de suite) : le PGCD est le dernier reste non nul. Deux entiers sont premiers entre eux lorsque leur PGCD vaut . Dans tout le chapitre, les lettres désignent des entiers relatifs.
Identité de Bézout. Soit et deux entiers relatifs non tous deux nuls et . Il existe des entiers relatifs et tels que Un tel couple est un couple de coefficients de Bézout de et . C’est une démonstration exigible du programme (ci-dessous).
Algorithme d’Euclide étendu. Pour obtenir et , on écrit l’algorithme d’Euclide, on isole chaque reste, puis on remonte : on part du dernier reste non nul et on remplace, ligne après ligne, chaque reste par son expression, jusqu’à n’avoir plus que et .
Pas d’unicité. Si , alors pour tout entier , le couple convient aussi : il y a une infinité de couples de Bézout. On démontrera au cas 4 qu’il n’y en a pas d’autres.
Un peu d’histoire. La première démonstration connue est due à Claude-Gaspard Bachet de Méziriac, dans ses Problèmes plaisants et délectables (édition de 1624) ; Étienne Bézout (1730-1783) a ensuite étendu le résultat, notamment aux polynômes.
Démonstration de l’identité de Bézout (exigible). Soit l’ensemble des entiers strictement positifs de la forme , avec et entiers. n’est pas vide : il contient . Toute partie non vide de ayant un plus petit élément, a un plus petit élément .
• divise . Écrivons la division euclidienne avec . Alors est de la forme . Si l’on avait , serait un élément de strictement plus petit que : impossible. Donc et divise . De même, divise .
• . est un diviseur commun positif de et , donc . Et divise et , donc il divise la combinaison ; comme , . Ainsi : il existe bien et tels que .
Euclide étendu avec et .
| Division euclidienne | Reste isolé |
|---|---|
| dernier reste non nul : |
Remontée, en partant de la dernière ligne utile : . Vérification : . Le couple est un couple de Bézout de et .
D’autres couples. Ici et : les couples conviennent, car . Pour : , et .
Réflexe — J’écris l’algorithme d’Euclide en isolant chaque reste, puis je remonte depuis le dernier reste non nul en gardant et visibles : je ne regroupe que leurs coefficients. Je termine toujours par une vérification numérique.
Attention — Pendant la remontée, on n’effectue pas les produits : écrire fait perdre la trace de , donc de et . Et on ne parle pas « du » couple de Bézout : deux copies peuvent donner des couples différents et justes.
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Théorème de Bézout : entiers premiers entre eux
Théorème de Bézout. Deux entiers relatifs et sont premiers entre eux si et seulement s’il existe des entiers relatifs et tels que C’est une équivalence : pour prouver que deux entiers sont premiers entre eux, il suffit d’exhiber une combinaison qui vaut , sans calculer le PGCD.
Une combinaison qui ne vaut pas 1. Si avec et entiers, alors divise , mais il n’est pas forcément égal à . Seuls et permettent de conclure (pour , on change les signes de et ).
Conséquences.
- Si , et , alors et sont premiers entre eux.
- Si est premier avec et premier avec , alors est premier avec le produit . Par récurrence, si est premier avec , il est premier avec toute puissance ().
Démonstration du théorème. Si , l’identité de Bézout donne et tels que . Réciproquement, si , tout diviseur commun positif de et divise la combinaison : il vaut , donc .
Sans calculer le PGCD. : d’après le théorème de Bézout, et sont premiers entre eux.
Pour tout entier . . Cette égalité est de la forme avec et entiers : d’après le théorème de Bézout, et sont premiers entre eux pour tout entier .
Démonstration de la première conséquence. L’identité de Bézout donne , soit ; en divisant par : , et le théorème de Bézout conclut.
Démonstration de la deuxième. On écrit et , puis on multiplie membre à membre : , soit . C’est une relation de Bézout entre et . Pour les puissances : si est premier avec et avec , il l’est avec .
Réflexe — Pour montrer que deux entiers (ou deux expressions en ) sont premiers entre eux, je cherche des coefficients entiers qui donnent une combinaison égale à ou (pour éliminer , je croise les coefficients de ), puis je cite le théorème de Bézout.
Attention — « , donc » est faux en général : , alors que . Une combinaison donne seulement un multiple du PGCD ; seul le cas est une équivalence.
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Théorème de Gauss et corollaire
Théorème de Gauss. Si divise et si et sont premiers entre eux, alors divise . C’est une démonstration exigible du programme.
Corollaire. Si et divisent et si et sont premiers entre eux, alors divise .
Écriture irréductible. Si avec , , et , alors et : un rationnel a une seule écriture sous forme de fraction irréductible à dénominateur positif.
Hypothèse indispensable. Sans « premiers entre eux », les deux résultats sont faux : on vérifie donc toujours que le PGCD vaut (par l’algorithme d’Euclide, une relation de Bézout ou les décompositions).
Démonstration du théorème de Gauss (exigible). On suppose que divise et que . D’après le théorème de Bézout, il existe des entiers et tels que . En multipliant par : . Or divise , et divise , donc . Comme divise les deux termes, il divise leur somme .
Démonstration du corollaire. Comme divise , avec entier. Alors divise et est premier avec : par le théorème de Gauss, divise , soit . Donc : divise .
Démonstration de l’unicité de l’écriture irréductible. De on tire . Donc divise , et est premier avec : par Gauss, divise . De même divise . Deux entiers strictement positifs qui se divisent mutuellement sont égaux : , puis .
Appliquer Gauss. Si divise , comme (car ), le théorème de Gauss donne : divise .
Appliquer le corollaire. Un entier divisible par et par est divisible par , car : et sont premiers entre eux.
Deux contre-exemples. divise , mais ne divise ni ni : ici . De même, et divisent , mais ne divise pas : .
Réflexe — Avant d’écrire « d’après le théorème de Gauss », j’écris la phrase « divise et » avec sa justification. Si le PGCD n’est pas , je simplifie d’abord par ce PGCD.
Attention — De « divise » on ne déduit pas « divise » : . On simplifie par : donne , donc divise , et comme , divise ( convient sans que divise ).
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Équations diophantiennes ax + by = c
Définition. Une équation diophantienne linéaire est une équation dont on cherche les solutions dans (, , entiers donnés, et non nuls).
Existence. L’équation admet des solutions dans si et seulement si divise .
Toutes les solutions. On écrit et ( et premiers entre eux). Si est une solution, les solutions sont exactement les couples
Méthode. 1. Je calcule et je teste si divise (sinon : aucune solution). 2. Je divise l’équation par : . 3. Une relation de Bézout , multipliée par , donne une solution particulière. 4. Je soustrais, j’applique le théorème de Gauss, et je vérifie la réciproque.
Démonstration de l’existence. Pour tous entiers et , divise et , donc : s’il y a une solution, divise . Réciproquement, si , une relation de Bézout multipliée par donne .
Démonstration de la forme des solutions (application de Gauss). Si est solution, en soustrayant : , puis, en divisant par , . Ainsi divise , et : par Gauss, divise , soit . En reportant, , d’où . Réciproquement, , car .
Réponse rédigée : résoudre . , , : , qui divise . On divise par : . Bézout : et , donc . En multipliant par : . Si est solution, ; divise et , donc par Gauss divise : , puis . Réciproquement, .
Avec des entiers naturels. Pour la même équation, impose , donc , et impose , donc : aucune solution dans .
Sans solution. : ne divise pas . En effet, est toujours un multiple de .
Réflexe — PGCD, test de divisibilité, division par , solution particulière par Bézout, soustraction et Gauss, réciproque. Je donne l’ensemble avec « » et je vérifie une solution.
Attention — Le pas est et , pas et : pour , écrire ne donne qu’une solution sur trois. Et le théorème de Gauss s’applique à et , premiers entre eux, pas à et .
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Inverse modulo n et systèmes de congruences
Inverse modulo (). Un entier est un inverse de modulo lorsque . Critère : admet un inverse modulo si et seulement si ; l’inverse est alors unique modulo . Pour un grand module, on le calcule par l’algorithme d’Euclide étendu.
Équation . Si et si est un inverse de , alors : une seule classe de solutions. Si : pas de solution si ne divise pas ; sinon, on divise , et par (méthode du chapitre Congruences). Dans tous les cas, équivaut à l’équation diophantienne , d’inconnues entières et .
Système de deux congruences. Si et sont premiers entre eux (), le système et a des solutions, et elles forment une seule classe modulo : si est une solution, les solutions sont les entiers . Avec , l’entier est une solution.
Démonstration du critère. équivaut à l’existence d’un entier tel que : d’après le théorème de Bézout, un tel existe si et seulement si . Unicité : si et , alors .
Inverse de modulo . , , : . Remontée : . Donc , et : l’inverse de modulo est . Vérification : .
Réponse rédigée : . En multipliant par : , soit . Réciproquement, . Les solutions sont les entiers , .
Sans solution. : si , alors , et diviserait . Aucune solution.
Démonstration pour le système. , donc ; de même donne . Si est une autre solution, et divisent et sont premiers entre eux : par le corollaire de Gauss, divise . Réciproquement, si , alors modulo et modulo , qui divisent .
Réponse rédigée : et . , , , donc : , . Alors , et . Les solutions sont les entiers . Contrôle : .
Réflexe — Pour un inverse : Euclide, remontée jusqu’à , puis ramené entre et . Pour : je multiplie par l’inverse et je vérifie. Pour un système : relation de Bézout entre les modules, solution , puis classe modulo .
Attention — L’inverse de n’est pas l’opposé : c’est le tel que , et il n’existe que si . Le théorème des systèmes suppose les modules premiers entre eux ; sans cette hypothèse, il peut n’y avoir aucune solution : et n’a aucune solution (la première impose impair, la seconde pair).
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Pour aller plus loin
Entiers premiers entre eux, PGCD d’expressions en . La définition, les fractions irréductibles et l’étude de quand et dépendent d’un entier (selon les valeurs de ) sont traitées dans le chapitre Divisibilité, division euclidienne et PGCD.
Équations de congruence pour un petit module. Chercher un inverse par essais, résoudre à l’aide d’un tableau de restes ou en simplifiant par un diviseur commun : voir Congruences.
Lemme d’Euclide. Cas particulier du théorème de Gauss : si un nombre premier divise un produit , alors divise ou divise (si ne divise pas , il est premier avec ). Ce lemme, l’unicité de la décomposition en facteurs premiers et le petit théorème de Fermat sont traités dans Nombres premiers.
- Identité de Bézout : il existe et entiers tels que ; on les obtient en remontant l’algorithme d’Euclide.
- Théorème de Bézout : et sont premiers entre eux si et seulement s’il existe et entiers tels que .
- Théorème de Gauss : si divise et , alors divise . Corollaire : et premiers entre eux divisant donnent qui divise .
- a des solutions entières si et seulement si divise ; elles s’écrivent , .
- est inversible modulo si et seulement si ; alors , avec inverse de .
Questions fréquentes
Comment trouver des coefficients de Bézout ?
On écrit l’algorithme d’Euclide en isolant chaque reste, puis on remonte depuis le dernier reste non nul en remplaçant les restes un par un, sans effectuer les produits. Pour 31 et 9 : 31 = 3 × 9 + 4 et 9 = 2 × 4 + 1, donc 1 = 9 − 2 × 4 = 9 − 2(31 − 3 × 9) = 7 × 9 − 2 × 31. On vérifie toujours le résultat par un calcul direct.
Comment montrer que deux entiers sont premiers entre eux avec Bézout ?
Il suffit d’exhiber des entiers u et v tels que au + bv = 1 : c’est le théorème de Bézout, qui est une équivalence. Pour 3n + 2 et 4n + 3, on calcule 4(3n + 2) − 3(4n + 3) = −1, ce qui donne une combinaison égale à 1 en changeant les signes.
Que dit le théorème de Gauss ?
Si a divise bc et si a est premier avec b, alors a divise c. Par exemple, si 11 divise 4n, comme 3 × 4 − 11 = 1, 11 et 4 sont premiers entre eux et 11 divise n. Sans l’hypothèse « premiers entre eux », c’est faux : 14 divise 4 × 7 sans diviser 4 ni 7.
Comment résoudre une équation ax + by = c dans ℤ² ?
On vérifie que pgcd(a ; b) divise c, on divise l’équation par ce PGCD, on trouve une solution particulière avec une relation de Bézout, puis on soustrait et on applique le théorème de Gauss. Les solutions s’écrivent (x₀ + b′k ; y₀ − a′k), k entier, avec a′ et b′ les coefficients divisés par le PGCD.
Comment calculer un inverse modulo n ?
L’inverse de a modulo n existe si et seulement si pgcd(a ; n) = 1. On remonte l’algorithme d’Euclide jusqu’à au + nv = 1 : alors au ≡ 1 [n], et on ramène u entre 0 et n − 1. Par exemple 50 − 7 × 7 = 1 donne l’inverse de 7 modulo 50 : −7, soit 43.
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