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La France et ses régions dans l'Union européenne et dans la mondialisation : lignes de force et recompositions

Régions françaises, métropoles, axes, façades, espaces en marge, réforme régionale de 2015, schéma de synthèse (programme de géographie de Tle)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « La France et ses régions dans l'Union européenne et dans la mondialisation : lignes de force et recompositions » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Un thème de synthèse : lignes de force et recompositions, Paris et les métropoles : un territoire hiérarchisé, Axes, façades et interfaces : un territoire ouvert, Les régions : un échelon d'action renforcé, de 1982 à la réforme de 2015. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Les treize régions de France métropolitaine : poids et dynamiques

Facile

Tableau statistique · D'après INSEE, populations légales 2021 des régions (publiées en décembre 2023) et bilans de l'évolution de la population 2015-2021 ; superficies arrondies, densités calculées pour l'exercice.

Les treize régions métropolitaines existent depuis le 1er janvier 2016, en application de la loi du 16 janvier 2015. L'INSEE publie chaque année les populations légales issues du recensement, qui servent de référence aux politiques publiques.

RégionPopulation en 2021 (millions, arrondie)Superficie (milliers de km²)Densité (hab./km², arrondie)Solde migratoire apparent 2015-2021
Île-de-France12,312,0≈ 1 025négatif
Auvergne-Rhône-Alpes8,169,7≈ 116positif
Nouvelle-Aquitaine6,184,0≈ 72positif
Occitanie6,072,7≈ 83positif
Hauts-de-France6,031,8≈ 189négatif
Grand Est5,657,4≈ 97négatif
Provence-Alpes-Côte d'Azur5,131,4≈ 163positif
Pays de la Loire3,932,1≈ 121positif
Bretagne3,427,2≈ 125positif
Normandie3,329,9≈ 111proche de zéro
Bourgogne-Franche-Comté2,847,8≈ 59proche de zéro
Centre-Val de Loire2,639,2≈ 66proche de zéro
Corse0,358,7≈ 40positif
France métropolitaine65,5543,9≈ 120légèrement positif

Le solde migratoire apparent est la différence entre les personnes qui s'installent dans la région et celles qui la quittent.

Après avoir présenté le document, montrez qu'il révèle à la fois la polarisation du territoire métropolitain et des dynamiques régionales contrastées. Vous préciserez ses limites.

  1. Présentez le document.
  2. Quelle région se distingue par son poids et sa densité ? Que révèle ce constat, et comment expliquer son solde migratoire ?
  3. Opposez les régions selon leur solde migratoire et localisez les deux grands ensembles qui apparaissent.
  4. Quelles sont les limites de ce document pour étudier la place des régions dans l'Union européenne et dans la mondialisation ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce tableau statistique est construit d'après les données de l'INSEE : les populations légales de 2021, publiées en décembre 2023, et les bilans démographiques de la période 2015-2021. Il présente, pour les treize régions de France métropolitaine issues de la réforme de 2015, la population, la superficie, la densité et le sens du solde migratoire apparent. Il permet de comparer le poids des régions et leur capacité à attirer des habitants.

2. L'Île-de-France se distingue nettement. Avec 12,3 millions d'habitants sur 12 000 km², elle rassemble près d'un habitant de la métropole sur cinq (12,3 sur 65,5 millions, environ 19 %) sur à peine 2 % de la superficie, et sa densité, environ 1 025 hab./km², est plus de huit fois supérieure à la moyenne métropolitaine (≈ 120). C'est la traduction statistique de la macrocéphalie parisienne : la région capitale concentre population, emplois qualifiés et fonctions de commandement. Pourtant, son solde migratoire est « négatif » : elle attire des étudiants et de jeunes actifs, mais perd davantage de familles et de retraités, qui partent notamment à cause du coût du logement. Le centre du territoire est donc aussi un espace de départs.

3. Deux ensembles s'opposent. Les régions de l'Ouest et du Sud ont un solde « positif » : Bretagne, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Corse, auxquelles s'ajoute Auvergne-Rhône-Alpes. Elles bénéficient de l'héliotropisme, de l'attrait du littoral et du dynamisme de métropoles comme Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes ou Lyon. À l'inverse, les Hauts-de-France et le Grand Est, au Nord et à l'Est, ont un solde « négatif » : ce sont d'anciennes régions industrielles marquées par la désindustrialisation, même si les Hauts-de-France restent très densément peuplés (≈ 189 hab./km²) grâce à leur héritage urbain et minier. Entre les deux, la Normandie, le Centre-Val de Loire et la Bourgogne-Franche-Comté ont un solde « proche de zéro » ; les deux dernières comptent parmi les régions les moins denses (≈ 66 et 59 hab./km²). Le tableau dessine ainsi un gradient d'attractivité entre un Nord-Est qui perd des habitants et un Ouest et un Sud qui en gagnent.

4. Le document a trois limites. Les moyennes régionales masquent les contrastes internes : l'Occitanie associe la métropole toulousaine, très dynamique, et des espaces peu denses comme la Lozère. Il ne donne aucune donnée économique (PIB, emplois, investissements étrangers, exportations) permettant de mesurer l'intégration à l'Union européenne et à la mondialisation. Enfin, il ignore les cinq régions d'outre-mer. Il faudrait le croiser avec une carte des métropoles, des axes et des façades pour dégager les lignes de force.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau, c'est calculer un rapport simple (part, écart à la moyenne) puis regrouper les lignes en ensembles localisés sur la carte.

Document 2 — La cohésion territoriale, un objectif de l'Union européenne

Moyen

Extrait de traité (texte juridique) · Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), article 174, version consolidée issue du traité de Lisbonne signé le 13 décembre 2007 et entré en vigueur le 1er décembre 2009.

Le traité de Lisbonne, signé par les États membres, réorganise les traités européens ; il ajoute la dimension « territoriale » à la cohésion économique et sociale inscrite depuis l'Acte unique de 1986. Cet article fonde la politique régionale de l'Union, financée notamment par le FEDER.

« Afin de promouvoir un développement harmonieux de l'ensemble de l'Union, celle-ci développe et poursuit son action tendant au renforcement de sa cohésion économique, sociale et territoriale.

En particulier, l'Union vise à réduire l'écart entre les niveaux de développement des diverses régions et le retard des régions les moins favorisées.

Parmi les régions concernées, une attention particulière est accordée aux zones rurales, aux zones où s'opère une transition industrielle et aux régions qui souffrent de handicaps naturels ou démographiques graves et permanents telles que les régions les plus septentrionales à très faible densité de population et les régions insulaires, transfrontalières et de montagne. »

Après avoir présenté le document, expliquez l'objectif de cohésion qu'il fixe et montrez comment il se traduit dans les régions françaises, sans oublier ses limites.

  1. Présentez le document.
  2. Quel objectif l'Union se fixe-t-elle ? Relevez les trois dimensions de la cohésion.
  3. Pour chaque catégorie de régions citée au troisième alinéa, donnez un exemple français, et relevez celle qui ne concerne pas la France.
  4. Montrez comment cet article se traduit concrètement dans les régions françaises.
  5. Quelles sont les limites de cette politique ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait de l'article 174 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, un texte juridique qui engage les États membres. Il est issu du traité de Lisbonne, signé le 13 décembre 2007 et entré en vigueur le 1er décembre 2009. Il fixe le cadre de la politique régionale de l'Union, dite politique de cohésion.

2. L'Union veut « promouvoir un développement harmonieux de l'ensemble de l'Union » en renforçant sa cohésion « économique, sociale et territoriale ». La cohésion économique vise à rapprocher les niveaux de production et de revenu, la cohésion sociale à réduire les inégalités d'emploi et de conditions de vie, la cohésion territoriale à éviter qu'un territoire soit durablement à l'écart. Le deuxième alinéa précise la méthode : « réduire l'écart entre les niveaux de développement des diverses régions » et le « retard des régions les moins favorisées ». La région est donc l'échelle de référence de l'action européenne.

3. Les « zones rurales » : le plateau de Millevaches dans le Limousin ou la Lozère. Les « zones où s'opère une transition industrielle » : l'ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais ou la Lorraine sidérurgique, dans les Hauts-de-France et le Grand Est. Les régions « de montagne » : les Alpes, les Pyrénées, le Massif central. Les régions « insulaires » : la Corse, mais aussi La Réunion ou la Guadeloupe. Les régions « transfrontalières » : l'Alsace ou le Nord, au contact de l'Allemagne, de la Suisse ou de la Belgique. Seules les « régions les plus septentrionales à très faible densité de population » ne concernent pas la France : elles désignent le nord de la Finlande et de la Suède.

4. L'article se traduit par des fonds et des programmes. Le FEDER, créé en 1975, finance infrastructures, innovation et rénovation urbaine ; depuis la loi MAPTAM de 2014, ce sont les conseils régionaux qui en gèrent l'essentiel, ce qui fait des régions des relais directs de l'Union. Les programmes Interreg, lancés en 1990, financent la coopération transfrontalière. La politique agricole commune, dont la France est le premier bénéficiaire avec de l'ordre de 9 milliards d'euros par an, soutient les espaces ruraux. Enfin, les outre-mer bénéficient comme régions ultrapériphériques de mesures spécifiques prévues par l'article 349 du même traité.

5. Ces moyens restent limités : le budget de l'Union représente environ 1 % du revenu national brut des États membres, dont la cohésion n'est qu'une partie. Les fonds profitent souvent aux collectivités les mieux organisées pour monter des dossiers, et les effets de la politique sur la réduction des écarts sont débattus. Surtout, l'intégration européenne elle-même, par le marché unique, favorise aussi la concentration des activités dans les métropoles et les régions les mieux reliées : la cohésion corrige en partie des écarts que la concurrence entretient.

Ce que cette analyse apprend — Face à un texte juridique, relever les mots exacts de l'article puis les traduire en exemples localisés et datés : le texte dit ce que l'on veut, les exemples montrent ce qui est fait.

Document 3 — La France au bord de la dorsale européenne

Moyen

Carte schématique (description) · Schéma de la « dorsale européenne », d'après Roger Brunet (dir.), Les villes « européennes », rapport pour la DATAR, GIP RECLUS, La Documentation française, 1989, tel qu'il est reproduit dans les manuels de géographie.

La DATAR commande cette étude en pleine relance européenne : l'Acte unique de 1986 prévoit l'achèvement du marché unique au 1er janvier 1993, et les pouvoirs publics s'inquiètent de la place des villes françaises dans la future concurrence européenne. Le géographe Roger Brunet dirige alors le GIP RECLUS, à Montpellier.

Le schéma représente l'Europe de l'Ouest à la fin des années 1980. Une large bande incurvée, souvent colorée en bleu dans les reproductions, part du sud-est de l'Angleterre (Londres, Midlands, Lancashire), franchit la mer du Nord vers le Benelux (Randstad néerlandaise, Anvers, Bruxelles), remonte la vallée du Rhin (Ruhr, Cologne, Francfort, Mannheim), traverse la Suisse (Bâle, Zurich) et aboutit en Italie du Nord (Milan, Turin). Cette bande rassemble la majorité des grandes villes, des ports, des sièges d'entreprises et des axes de transport de l'Europe occidentale de l'époque.

La France apparaît en bordure occidentale de la dorsale : seuls le Nord (Lille) et l'Alsace (Strasbourg) la touchent, la Lorraine et les Alpes du Nord étant à sa marge. Paris figure comme une très grande métropole isolée à l'ouest de la bande, tandis que l'Ouest, le Sud-Ouest et le Massif central en sont éloignés. L'étude classe par ailleurs les villes européennes selon une série d'indicateurs (population, fonctions internationales, recherche, sièges d'entreprises) : Paris et Londres dominent ce classement, loin devant les autres villes françaises.

Après avoir présenté le document, expliquez ce qu'il montre de la place de la France en Europe à la fin des années 1980, puis montrez qu'il faut le nuancer aujourd'hui.

  1. Présentez le document.
  2. Décrivez la position de la France par rapport à la dorsale européenne.
  3. Pourquoi la DATAR commande-t-elle une telle étude en 1989 ?
  4. En quoi ce schéma doit-il être nuancé pour comprendre les lignes de force actuelles du territoire français ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est la description d'une carte schématique : le schéma de la « dorsale européenne », issu d'une étude dirigée par le géographe Roger Brunet pour la DATAR et publiée en 1989 par La Documentation française. Il représente l'espace le plus peuplé et le plus riche d'Europe de l'Ouest, et est devenu, sous le surnom de « banane bleue », l'une des images les plus reproduites de la géographie européenne.

2. La France se trouve en bordure de la dorsale. Celle-ci passe du sud-est de l'Angleterre au Benelux, remonte la vallée du Rhin et aboutit en Italie du Nord : elle longe la frontière française sans y pénétrer. Seuls le Nord, autour de Lille, et l'Alsace, autour de Strasbourg, y sont intégrés ; la Lorraine et les Alpes du Nord sont à sa marge. Paris apparaît comme une très grande métropole isolée à l'ouest, qui domine avec Londres le classement des villes, mais sans être au cœur de la bande. Le reste du territoire — l'Ouest, le Sud-Ouest, le Massif central — est en position périphérique. Le schéma révèle donc un paradoxe : un pays central par sa capitale, mais excentré par rapport au cœur économique du continent.

3. L'étude répond à une inquiétude politique. L'Acte unique de 1986 prévoit l'achèvement du marché unique au 1er janvier 1993 : la libre circulation va mettre en concurrence les villes et les régions européennes. La DATAR, chargée depuis 1963 de l'aménagement du territoire, veut mesurer la place des villes françaises dans cette compétition et identifier leurs faiblesses face aux grandes villes allemandes, néerlandaises ou italiennes. Le constat d'une France au bord du cœur européen justifie ensuite des politiques de désenclavement et d'ouverture, comme le tunnel sous la Manche et la LGV Nord.

4. Ce schéma de 1989 doit être nuancé. D'abord, les équipements ont rattaché le Nord de la France à la dorsale : LGV Nord (1993), tunnel sous la Manche (1994), LGV Est (2007-2016) mettent Lille à environ 1 h de Paris et au carrefour de Londres et de Bruxelles. Ensuite, Paris s'est affirmée comme ville mondiale, avec le premier aéroport du pays et le quartier d'affaires de La Défense. Enfin, d'autres dynamiques sont apparues hors de la dorsale : l'arc méditerranéen et la façade atlantique, qui attirent habitants et activités, forment une « Sunbelt » à la française portée par Toulouse, Bordeaux, Nantes ou Montpellier. À l'échelle européenne, les élargissements de 2004 et 2007 ont aussi déplacé le centre de gravité de l'Union vers l'est. Le schéma reste utile pour penser une ligne de force, mais il ne suffit plus à décrire le territoire.

Ce que cette analyse apprend — Une carte schématique se lit comme un raisonnement daté : on décrit ce qu'elle montre, on retrouve pourquoi elle a été faite, puis on la confronte aux évolutions postérieures.

Document 4 — De l'étoile de Legrand aux lignes à grande vitesse

Difficile

Texte de loi du XIXe siècle et tableau chronologique · Document 1 : loi du 11 juin 1842 relative à l'établissement des grandes lignes de chemins de fer, article 1er, Bulletin des lois, 1842. Document 2 : dates de mise en service des lignes à grande vitesse, d'après SNCF Réseau (état du réseau en 2024).

Sous la monarchie de Juillet, la loi de 1842, dite « loi Legrand » du nom du directeur général des Ponts et Chaussées, organise la construction du réseau : l'État acquiert les terrains et réalise les infrastructures, des compagnies privées posent les voies et exploitent les lignes. Cent quarante ans plus tard, la SNCF ouvre la première ligne à grande vitesse entre Paris et Lyon.

Document 1. « Article 1er. Il sera établi un système de chemins de fer se dirigeant :
1° De Paris sur la frontière de Belgique, par Lille et Valenciennes ; sur l'Angleterre, par un ou plusieurs points du littoral de la Manche, qui seront ultérieurement déterminés ; sur la frontière d'Allemagne, par Nancy et Strasbourg ; sur la Méditerranée, par Lyon, Marseille et Cette ; sur la frontière d'Espagne, par Tours, Poitiers, Angoulême, Bordeaux et Bayonne ; sur l'Océan, par Tours et Nantes ; sur le centre de la France, par Bourges ;
2° De la Méditerranée sur le Rhin, par Lyon, Dijon et Mulhouse ; de l'Océan sur la Méditerranée, par Bordeaux, Toulouse et Marseille. »

Cette : ancienne orthographe de Sète, modifiée en 1928.

Document 2.

Ligne à grande vitesseMise en serviceLiaison principale
Sud-Est1981-1983Paris - Lyon
Atlantique1989-1990Paris - Le Mans et Tours
Nord1993Paris - Lille, puis Londres (1994) et Bruxelles
Interconnexion Est de l'Île-de-France1994Contournement de Paris par Roissy et Marne-la-Vallée
Méditerranée2001Valence - Marseille et Nîmes
Est européenne2007-2016Paris - Strasbourg
Rhin-Rhône (branche Est)2011Dijon - Mulhouse
Sud-Europe-Atlantique ; Bretagne-Pays de la Loire2017Tours - Bordeaux ; Le Mans - Rennes
Bordeaux - Toulouseen projet—

Après avoir présenté les documents, montrez que le réseau prévu en 1842 constitue une ligne de force durable du territoire français, puis expliquez en quoi le réseau à grande vitesse construit depuis 1981 le prolonge et le recompose.

  1. Présentez les deux documents.
  2. Quelle organisation du territoire la loi de 1842 dessine-t-elle ? Appuyez-vous sur le texte.
  3. Pourquoi peut-on parler d'une ligne de force durable ?
  4. En quoi le réseau à grande vitesse prolonge-t-il et recompose-t-il cet héritage ?
  5. Quelles sont les limites de ces documents pour comprendre les lignes de force actuelles ?
Voir la réponse rédigée

1. Le document 1 est l'article 1er de la loi du 11 juin 1842, texte législatif adopté sous la monarchie de Juillet, qui fixe le tracé des grandes lignes de chemins de fer ; elle est dite « loi Legrand » et le schéma qu'elle dessine, « étoile de Legrand ». Le document 2 est un tableau chronologique, établi d'après SNCF Réseau, des mises en service des lignes à grande vitesse de 1981 à 2017. Leur confrontation permet de mesurer la permanence et la transformation d'une ligne de force sur près de deux siècles.

2. La loi dessine une étoile centrée sur Paris. Le point 1° énumère sept lignes qui partent toutes « De Paris » vers les frontières et les littoraux : « sur la frontière de Belgique », « sur l'Angleterre », « sur la frontière d'Allemagne », « sur la Méditerranée », « sur la frontière d'Espagne », « sur l'Océan » et « sur le centre de la France ». La capitale est ainsi reliée à toutes les extrémités du pays et aux États voisins. Seul le point 2° prévoit deux transversales qui évitent Paris : « De la Méditerranée sur le Rhin » et « de l'Océan sur la Méditerranée, par Bordeaux, Toulouse et Marseille ». L'organisation est donc radiale et hiérarchisée, à l'image d'un État centralisé.

3. Cette étoile est une ligne de force durable parce qu'elle a fixé pour longtemps la hiérarchie des villes et des axes. Les villes citées — Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes — sont devenues les grandes métropoles régionales, tandis que les espaces laissés à l'écart du réseau principal, comme le Massif central, sont restés mal desservis. Les routes nationales puis les autoroutes ont repris ce dessin radial. La centralité de Paris, que Jean-François Gravier dénonce en 1947 dans Paris et le désert français, s'explique en partie par ce choix de 1842.

4. Le réseau à grande vitesse prolonge d'abord l'étoile : les lignes Sud-Est (1981), Atlantique (1989-1990), Nord (1993), Méditerranée (2001), Est (2007-2016) et Sud-Europe-Atlantique (2017) partent toutes de Paris et suivent les directions de 1842, vers Lyon et Marseille, Bordeaux, Lille, Strasbourg. Paris est désormais à environ 2 h de Lyon et de Bordeaux et à 3 h de Marseille : la grande vitesse renforce la capitale. Mais le réseau recompose aussi l'héritage. L'interconnexion Est de l'Île-de-France (1994) permet de contourner Paris par Roissy, porte d'entrée mondiale ; la LGV Nord, prolongée vers Londres (1994) et Bruxelles, inscrit le réseau dans l'Europe ; la branche Est de la ligne Rhin-Rhône (2011) réalise en partie la transversale « de la Méditerranée sur le Rhin ». En revanche, la transversale « de l'Océan sur la Méditerranée » par Toulouse n'a pas encore de grande vitesse : la liaison Bordeaux-Toulouse est seulement « en projet ».

5. Ces documents ne parlent que du rail. Ils ignorent les autres lignes de force — autoroutes, aéroports, façades portuaires — et les dynamiques démographiques et économiques qui font la vitalité des régions : une LGV ne suffit pas à développer une ville, et les espaces traversés sans gare subissent un « effet tunnel ». Le document 2 ne donne ni temps de parcours ni fréquentation, et il omet les outre-mer. Il faudrait le compléter par une carte des métropoles et des soldes migratoires.

Ce que cette analyse apprend — Confronter un document ancien et un document récent, c'est repérer ce qui dure (l'héritage) et ce qui change (la recomposition), en citant précisément les deux.

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