Thème 3 — Faire la France depuis 1945 : flux migratoires, intégration et identité nationale
Évaluation complète de fin de chapitre, tout en niveau difficile. Travaille seul et sans aide, puis vérifie tes réponses avec le corrigé détaillé dépliable en bas de page.
Traitez le sujet sous la forme d'une composition organisée (introduction avec définition des termes, problématique et annonce de plan ; développement en parties équilibrées appuyées sur des exemples précis et datés ; conclusion avec ouverture).
Analysez le document en répondant aux questions de manière organisée et argumentée, en mobilisant le texte et vos connaissances.
« La France a fermé ses portes à l'immigration de travail pour protéger l'emploi de ses citoyens. Mais nous ne pouvons priver les travailleurs régulièrement installés du droit de vivre avec leur famille. Faire venir une épouse et des enfants n'est pas une faveur, c'est le respect d'un droit. Toutefois, ceux qui s'installent durablement parmi nous doivent apprendre notre langue, respecter nos lois et nos valeurs, pour que leurs enfants deviennent pleinement des citoyens français. »
Répondez de façon brève et précise.
Rédigez un paragraphe argumenté.
Exercice 1 — Composition
Analyse du sujet : les bornes (milieu du XXe siècle à nos jours) centrent le devoir sur la période des Trente Glorieuses à aujourd'hui. Les mots-clés « besoins économiques » et « enjeux d'intégration » invitent à articuler deux logiques : l'appel à la main-d'œuvre et la question de la place des immigrés et de leurs descendants dans la société. Problématique possible : Comment la France est-elle passée d'un recours utilitaire à une immigration de travail à la nécessité d'intégrer durablement des populations devenues partie intégrante de la nation ?
Plan détaillé suggéré :
I. Une immigration d'abord conçue comme une réponse aux besoins économiques (années 1945-1974). Reconstruction et croissance des Trente Glorieuses ; immigration organisée par l'ONI et les accords bilatéraux (Italie 1946, Maroc et Tunisie 1963, Algérie 1964) ; travailleurs occupant les emplois pénibles (mines, BTP, automobile) ; logement précaire (bidonvilles, foyers Sonacotra) ; conception d'une immigration temporaire.
II. La transformation de l'immigration et l'émergence de la question de l'intégration (1974-années 1990). Choc pétrolier et suspension de l'immigration de travail (1974) ; regroupement familial (Conseil d'État 1978) et féminisation ; installation durable et émergence de la « seconde génération » ; affirmation du modèle républicain (carte de résident 1984, laïcité) ; premières tensions (Marche pour l'égalité 1983, montée du FN 1984).
III. Une intégration débattue dans une société plurielle (années 1990 à nos jours). Débats sur la laïcité et le port de signes religieux (affaire du foulard 1989, loi de 2004) ; persistance des discriminations malgré le modèle républicain ; politisation durable de l'immigration et durcissement législatif (lois successives jusqu'en 2023) ; dimension européenne (Schengen, crise migratoire de 2015).
Conclusion : l'immigration, d'abord réponse économique, est devenue une composante structurelle de la société française ; la tension entre maîtrise des flux et intégration durable reste au cœur du débat. Ouverture possible sur la place de l'immigration dans la construction de l'identité nationale et dans le cadre européen.
Connaissances attendues : dates (1945, 1962, 1974, 1978, 1983, 1984, 1989, 2004, 2015, 2023), notions (immigré, étranger, regroupement familial, modèle républicain, laïcité, assimilation, intégration), acteurs et lieux (ONI, Sonacotra, Nanterre, SOS Racisme, FN/RN).
Exercice 2 — Analyse de document — Discours sur le regroupement familial
Méthode : présentation rigoureuse, puis explicitation du paradoxe interne au texte, enfin mise en relation avec les connaissances sur le modèle républicain.
1. Présentation (3 pts) : il s'agit d'une déclaration politique de la fin des années 1970, période qui suit la suspension de l'immigration de travail décidée en 1974 après le choc pétrolier de 1973 et la montée du chômage. Le texte exprime la position des pouvoirs publics français face à une immigration que l'on cherche à maîtriser sans pour autant nier certains droits.
2. Le paradoxe (3 pts) : le texte révèle la contradiction centrale de la politique migratoire post-1974 : l'État ferme les frontières à l'immigration de travail mais reconnaît le droit au regroupement familial (consacré par le Conseil d'État en 1978). On voulait stopper l'immigration ; on en a en réalité transformé la nature. L'immigration familiale devient le principal vecteur d'entrée légale, et la population immigrée, loin de diminuer, s'installe durablement et se féminise. La fermeture n'a donc pas réduit l'immigration mais l'a déplacée du travail vers la famille.
3. Le modèle républicain (3 pts) : la dernière phrase (« apprendre notre langue, respecter nos lois et nos valeurs, pour que leurs enfants deviennent pleinement des citoyens français ») illustre la logique assimilationniste du modèle républicain. Celui-ci repose sur l'intégration individuelle à la communauté nationale par la maîtrise de la langue, l'adhésion aux valeurs de la République et la laïcité, plutôt que sur la reconnaissance de communautés. L'objectif affiché est l'égalité des citoyens, l'accent étant mis sur la « seconde génération » née ou élevée en France, censée devenir pleinement française.
Exercice 3 — Repères chronologiques et notions
1. Ordre chronologique : création de l'ONI (1945) → suspension de l'immigration de travail (1974) → percée du FN aux européennes (1984) → loi sur les signes religieux à l'école (2004) → crise migratoire européenne (2015).
2. Distinction des notions : un immigré est né étranger à l'étranger et réside en France (il peut être naturalisé) ; un étranger n'a pas la nationalité française (qu'il soit né en France ou non) ; un réfugié est protégé par l'OFPRA au titre de la Convention de Genève parce qu'il fuit des persécutions.
3. Deux origines dominantes : on peut citer le Portugal et l'Algérie (également le Maroc, la Tunisie, l'Espagne et l'Italie au début de la période).
Exercice 4 — Question d'analyse
Attendu : un paragraphe organisé autour d'une thèse nuancée, appuyé sur des faits précis.
Éléments de réponse : le modèle républicain, fondé sur l'assimilation individuelle, la laïcité et le refus du communautarisme, est régulièrement contesté. D'un côté, on lui reproche de ne pas tenir ses promesses d'égalité : les discriminations à l'embauche, au logement ou lors des contrôles persistent, et l'interdiction des statistiques ethniques rend difficile leur mesure. De l'autre, certains estiment qu'il n'intègre pas assez fermement, pointant des replis communautaires ou des tensions autour de la laïcité (affaires du foulard, loi de 2004).
On peut toutefois nuancer : le modèle a permis l'accès massif à la nationalité française, la réussite scolaire et sociale de nombreux descendants d'immigrés, et reste un cadre commun fort autour de la citoyenneté. La contestation porte donc moins sur le principe d'égalité que sur l'écart entre l'idéal proclamé et la réalité vécue. Conclusion : le modèle républicain est davantage en crise dans son application que dans son principe ; il reste un horizon commun mais doit affronter la persistance des inégalités et les débats identitaires.
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