← Retour aux ressources
Histoire-Géographie · Classe de Terminale

Immigration et société française depuis le XXe siècle

Thème 3 — Faire la France depuis 1945 : flux migratoires, intégration et identité nationale

À propos de cette page
Ce cours de histoire-géographie en terminale sur « Immigration et société française depuis le XXe siècle » suit le programme officiel de histoire-géographie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Notions fondamentales : immigré, étranger, réfugié, Les vagues migratoires avant 1945, L'immigration pendant les Trente Glorieuses (1945-1974), Le tournant de 1974 : fermeture des frontières et regroupement familial. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en histoire-géographie.
Au programme
1 · Notions fondamentales : immigré, étranger, réfugié
2 · Les vagues migratoires avant 1945
3 · L'immigration pendant les Trente Glorieuses (1945-1974)
4 · Le tournant de 1974 : fermeture des frontières et regroupement familial
5 · Les politiques d'intégration et le modèle républicain
6 · Immigration, identité et débats dans la société française
7 · Repères chronologiques et bilan
1Notions fondamentales : immigré, étranger, réfugié

Avant d'analyser l'histoire de l'immigration en France, il est indispensable de maîtriser les distinctions conceptuelles.

Immigré (définition INSEE). Personne née étrangère dans un pays étranger et résidant en France. Un immigré peut avoir acquis la nationalité française ; il reste statistiquement « immigré » toute sa vie.
Étranger. Personne résidant en France sans posséder la nationalité française, qu'elle soit née en France ou à l'étranger. Les deux catégories se recoupent partiellement mais ne sont pas identiques.
Réfugié / demandeur d'asile. Le réfugié est reconnu comme tel par l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) au titre de la Convention de Genève (1951) : il fuit des persécutions pour des raisons politiques, ethniques ou religieuses. Le demandeur d'asile est en attente de cette reconnaissance.
Astuce bac. Ne confondez jamais « immigré » et « étranger » dans une copie : la distinction est fréquemment testée dans les sujets de terminale.

En 2023, la France compte environ 6,8 millions d'immigrés (soit ~10 % de la population), dont la moitié a acquis la nationalité française. Les étrangers représentent environ 8 % de la population.

2Les vagues migratoires avant 1945

La France est historiquement l'un des premiers pays d'immigration en Europe, bien avant les États-Unis.

Fin XIXe – début XXe siècle : la révolution industrielle crée des besoins massifs de main-d'œuvre. Des Belges, Italiens et Espagnols s'installent dans les bassins miniers (Nord-Pas-de-Calais), les villes industrielles et l'agriculture du Midi. La loi du 26 juin 1889 facilite la naturalisation par le droit du sol : tout enfant né en France d'un parent étranger est français à sa majorité.

Première Guerre mondiale : pour compenser les pertes humaines et répondre aux besoins de l'effort de guerre, l'État organise le recrutement de travailleurs coloniaux (Algériens, Sénégalais, Indochinois) et d'Européens (Espagnols, Portugais). Environ 600 000 travailleurs koloniaux et étrangers participent à la production de guerre.

Entre-deux-guerres (années 1920-1930) : la France compte la plus forte proportion d'étrangers d'Europe (plus de 7 % en 1931). Les Polonais arrivent en masse dans les mines du Nord et de Lorraine, les Italiens fuyant le fascisme s'installent dans le Sud-Est, les Russes blancs après la révolution bolchévique. La crise de 1929 provoque des tensions et des mesures de renvoi des travailleurs étrangers.

Exemple. La main-d'œuvre polonaise dans les mines du Pas-de-Calais : recrutée par accords bilatéraux France-Pologne (1919), elle représente jusqu'à 90 000 mineurs dans les années 1930, avant d'être en partie rapatriée pendant la crise.
Attention ! L'immigration coloniale (Algériens, Marocains) obéit à des règles spécifiques : les « sujets » coloniaux ne sont pas des étrangers mais n'ont pas le statut de citoyens complets. Cette situation ambiguë aura des répercussions après 1945.
3L'immigration pendant les Trente Glorieuses (1945-1974)

La reconstruction et la croissance économique exceptionnelle des Trente Glorieuses (expression de Jean Fourastié, 1979) créent une demande intense de main-d'œuvre que la France ne peut satisfaire seule.

L'organisation de l'immigration : l'ONI (Office National d'Immigration, créé en 1945) est chargé du recrutement de travailleurs étrangers. Des accords bilatéraux sont signés avec l'Italie (1946), l'Espagne et le Portugal (années 1960), le Maroc (1963), la Tunisie (1963), l'Algérie (1964). Ces travailleurs sont perçus comme temporaires : ils viennent seuls (essentiellement des hommes), logés dans des foyers ou bidonvilles (comme celui de Nanterre), et sont censés repartir une fois la mission accomplie.

Les bidonvilles. Habitats précaires et insalubres qui se développent à la périphérie des grandes villes dans les années 1950-1960, notamment à Nanterre, Saint-Denis, Lyon. Ils sont progressivement détruits dans les années 1960-1970, leurs habitants relogés dans des cités HLM.

La spécificité algérienne : entre 1947 et 1962, les Algériens sont des « sujets français » pouvant circuler librement entre l'Algérie et la métropole. Après l'indépendance (1962), des accords d'Évian puis l'accord franco-algérien de 1968 maintiennent une relative liberté de circulation. La communauté algérienne reste la première communauté d'immigrés jusqu'à aujourd'hui.

Les conditions de vie : les immigrés occupent les emplois les plus pénibles et les moins qualifiés : mines, BTP, industrie automobile (Renault, Citroën). La Sonacotra (Société Nationale de Construction de Logements pour les Travailleurs) gère les foyers. Les conditions sanitaires et sociales sont très précaires.

Exemple. L'usine Renault de Boulogne-Billancourt : symbole de la France industrielle, elle emploie dans les années 1970 plus de 30 % de travailleurs étrangers (Algériens, Marocains, Portugais). Les grèves de 1973 révèlent leurs revendications salariales et les conditions de travail difficiles.
4Le tournant de 1974 : fermeture des frontières et regroupement familial

Le choc pétrolier de 1973 et la crise économique qui s'ensuit marquent un tournant radical dans la politique migratoire française.

La suspension de l'immigration de travail (juillet 1974) : le gouvernement Giscard d'Estaing-Chirac décide de suspendre l'immigration de main-d'œuvre non qualifiée par circulaire ministérielle. L'objectif affiché est de protéger les travailleurs français face au chômage croissant.

Attention ! Cette fermeture ne stoppe pas l'immigration : elle la transforme. Les travailleurs déjà présents décident de rester (plutôt que de risquer de ne pas pouvoir revenir), et le regroupement familial s'accélère.

Le regroupement familial : reconnu par le Conseil d'État (1978) puis légalement encadré par la loi Bonnet (1980), il permet aux étrangers résidant légalement en France de faire venir leur famille. C'est désormais le principal vecteur d'immigration légale. La structure de la population immigrée se féminise et se diversifie : des femmes et des enfants rejoignent les hommes déjà installés.

L'émergence de la « seconde génération » : nés en France ou arrivés enfants, les enfants d'immigrés forment une génération nouvelle confrontée à une double appartenance culturelle. Ils sont automatiquement français (droit du sol) ou peuvent le devenir. La loi du 9 octobre 1981 facilite les droits des associations étrangères et marque un tournant libéral.

Les politiques de retour aidé : le « million Stoleru » (1977-1980, du nom du secrétaire d'État Lionel Stoleru) tente d'inciter financièrement les immigrés à rentrer dans leur pays d'origine. Cette politique est largement un échec : peu de départs, tensions sociales accrues.

Astuce. Retenez la formule : après 1974, l'immigration de travail laisse place à l'immigration familiale et humanitaire. Ce sont les deux grandes catégories actuelles d'entrée légale sur le territoire.
5Les politiques d'intégration et le modèle républicain

La France a développé un modèle spécifique d'intégration, fondé sur les valeurs républicaines, qui se distingue du multiculturalisme anglo-saxon.

Le modèle républicain d'intégration. Il repose sur l'assimilation individuelle à la communauté nationale : chaque individu, quelle que soit son origine, est d'abord un citoyen français. L'État ne reconnaît pas les communautés ethniques ou religieuses comme des acteurs collectifs ; la laïcité garantit la neutralité de l'espace public.

Les étapes institutionnelles :

  • 1984 : création de la carte de résident (10 ans renouvelable) par la loi Dufoix, qui stabilise le statut des étrangers.
  • 1989 : création du Haut Conseil à l'Intégration (HCI), instance de réflexion sur les politiques d'intégration.
  • 2003 : loi Sarkozy sur l'immigration : durcissement des conditions d'entrée et de séjour, création de l'OFII.
  • 2006 : loi sur « l'immigration choisie » (Sarkozy) : priorité aux étrangers qualifiés (carte compétences et talents).
  • 2023 : loi immigration controversée, intégrant des dispositions durcies sur l'asile et les conditions de séjour.

La question du « communautarisme » : le modèle français refuse la reconnaissance officielle des « communautés » et interdit les statistiques ethniques dans les recensements. Cela nourrit un débat récurrent sur la capacité réelle du modèle à favoriser l'égalité des chances.

Exemple. L'affaire du foulard islamique (1989, puis loi du 15 mars 2004) : la question du port du voile à l'école illustre les tensions entre laïcité et liberté religieuse dans une société plurielle. La loi interdit le port de signes religieux ostensibles dans les établissements publics d'enseignement.
6Immigration, identité et débats dans la société française

L'immigration est l'un des sujets les plus débattus dans la société française contemporaine, à la croisée des questions identitaires, économiques et humanitaires.

La montée du Front National et la politisation de l'immigration : depuis les années 1980, l'immigration devient un enjeu électoral majeur. La percée du Front National aux élections européennes de 1984 (10,9 % des voix) marque l'entrée de la question migratoire dans le débat politique. Le FN (devenu RN en 2018) place l'immigration au cœur de son discours sur l'identité nationale.

SOS Racisme et le mouvement associatif : en réaction, des associations antiracistes émergent. SOS Racisme est fondée en 1984 par Harlem Désir, avec le célèbre badge « Touche pas à mon pote ». La « Marche pour l'égalité et contre le racisme » (1983), dite « Marche des Beurs », est le premier grand mouvement de la génération issue de l'immigration maghrébine.

Le « débat sur l'identité nationale » (2009-2010). Lancé par le ministre de l'Immigration Éric Besson sous Sarkozy, il provoque une vive polémique : accusé de stigmatiser les immigrés et de définir l'identité française de manière exclusive, il est finalement abandonné sans conclusion.

Les discriminations et l'enjeu de l'égalité : malgré le modèle républicain, des discriminations persistantes sont documentées dans l'emploi, le logement et les contrôles policiers. La notion de « discrimination à raison de l'origine » est reconnue par la loi. La Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Égalité), créée en 2004, puis le Défenseur des droits (depuis 2011) traitent ces cas.

L'immigration dans le contexte européen : les accords de Schengen (1985, entrée en vigueur 1995) suppriment les contrôles aux frontières intérieures de l'UE mais renforcent les frontières extérieures. La crise des réfugiés de 2015 (plus d'un million de demandeurs d'asile en Europe) relance les débats sur le droit d'asile et la solidarité européenne.

Exemple. Le camp de Calais (« la Jungle ») : entre 2015 et 2016, jusqu'à 10 000 migrants vivent dans ce camp de fortune, cherchant à rejoindre le Royaume-Uni. Son démantèlement en octobre 2016 illustre les tensions entre gestion des flux migratoires et respect des droits fondamentaux.
7Repères chronologiques et bilan

Pour maîtriser ce chapitre, il est essentiel de mémoriser les grandes dates et de comprendre les ruptures et continuités de l'histoire migratoire française.

Bilan. L'histoire de l'immigration en France depuis le XXe siècle révèle une tension permanente entre deux logiques : celle de l'accueil économique (besoin de main-d'œuvre) et celle de la maîtrise des flux (pression politique et sociale). Le modèle républicain d'intégration, fondé sur l'assimilation individuelle et la laïcité, est régulièrement mis à l'épreuve par les discriminations persistantes et les débats identitaires.
PériodeType d'immigration dominantOrigines principales
Avant 1914Économique (industrie)Belgique, Italie, Espagne
1919-1939Économique + refuge politiquePologne, Italie, Russie, Espagne
1945-1974Économique (Trente Glorieuses)Portugal, Algérie, Maroc, Tunisie
Depuis 1974Familiale + humanitaireAfrique subsaharienne, Asie, Europe de l'Est
À retenir
En bref :
Immigré ≠ étranger : un immigré peut être naturalisé ; un étranger peut être né en France.
• La France est historiquement un pays d'immigration depuis la fin du XIXe siècle (Italiens, Polonais, Espagnols).
• Les Trente Glorieuses (1945-1974) correspondent à une immigration massive de main-d'œuvre organisée par l'État (ONI).
1974 : tournant majeur — suspension de l'immigration de travail, développement du regroupement familial.
• Le modèle républicain privilégie l'assimilation individuelle et refuse le communautarisme ; il repose sur la laïcité.
• Les débats sur l'immigration s'intensifient depuis les années 1980 (montée du FN, affaires du voile, loi 2004, crise de 2015).
• Aujourd'hui, la France compte environ 6,8 millions d'immigrés (~10 % de la population).
Continuer ce chapitre
Autres chapitres
Bloqué sur ce chapitre ?

Cours particuliers de histoire-géographie à Marseille, en présentiel ou à distance — un prof qui s'adapte à ton rythme et reprend ce qui coince.

Réserver un 1er cours → Voir les tarifs