École républicaine, séparation de l'Église et de l'État
La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870, après la capture de Napoléon III à la bataille de Sedan lors de la guerre franco-prussienne. La France perd l'Alsace-Lorraine et doit verser une lourde indemnité à l'Allemagne. C'est une période de crise profonde.
Les lois constitutionnelles de 1875 fondent officiellement la République : elles organisent un Parlement bicaméral (Chambre des députés et Sénat), un président de la République élu par le Parlement, et consacrent la souveraineté nationale.
Les républicains s'imposent progressivement face aux monarchistes et aux bonapartistes. La crise du 16 mai 1877 est un tournant : le président Mac-Mahon, monarchiste, tente de dissoudre la Chambre, mais les républicains remportent les élections. Mac-Mahon démissionne en 1879, et Jules Grévy, républicain convaincu, devient président. La Marseillaise devient hymne national et le 14 juillet fête nationale en 1880.
Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique puis président du Conseil, est la grande figure de l'école républicaine. Il fait voter une série de lois fondamentales entre 1881 et 1886.
| Date | Loi | Contenu principal |
|---|---|---|
| 1881 | Loi sur la gratuité | L'enseignement primaire public est gratuit |
| 1882 | Loi sur l'obligation et la laïcité | Instruction obligatoire de 6 à 13 ans ; suppression des signes religieux dans les écoles publiques ; programmes laïcisés |
| 1886 | Loi Goblet | Le personnel enseignant des écoles publiques doit être laïc (remplacement progressif des religieux) |
L'objectif de Ferry est triple : instruire tous les enfants (y compris les filles), former de futurs citoyens républicains, et émanciper la société de l'influence de l'Église catholique.
La laïcité ne se limite pas à l'école : les républicains mettent en place une politique de laïcisation progressive de l'ensemble de la société française tout au long des années 1880 et 1890.
Ces mesures suscitent l'opposition vive de l'Église catholique et d'une partie de la population, notamment dans les régions rurales très pratiquantes (Bretagne, Vendée, Alsace-Moselle, qui reste allemande jusqu'en 1918).
L'aboutissement de la politique laïque est la loi du 9 décembre 1905, dite loi de séparation de l'Église et de l'État. Elle met fin au Concordat de 1801 signé par Napoléon Bonaparte, qui organisait les relations entre l'État et les Églises.
L'article 1 de la loi proclame : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. » L'article 2 stipule : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »
| Avant 1905 (Concordat) | Après 1905 (Séparation) |
|---|---|
| L'État salarie les prêtres, pasteurs et rabbins | Les cultes financent eux-mêmes leur clergé |
| L'État reconnaît officiellement quatre cultes | Aucun culte n'est officiellement reconnu |
| Les évêques sont nommés en accord avec le pape | L'Église nomme librement ses évêques |
La loi est portée par Aristide Briand (rapporteur) et Émile Combes (président du Conseil). Le pape Pie X la condamne vigoureusement. La mise en œuvre est difficile : l'inventaire des biens d'Église provoque des incidents dans plusieurs localités.
L'affaire Dreyfus est l'une des plus grandes crises politiques de la IIIe République. Elle commence en octobre 1894 lorsque le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif de l'état-major de l'armée française, est accusé de trahison : on lui reproche d'avoir livré des secrets militaires à l'Allemagne.
Dreyfus est jugé par un tribunal militaire en huis clos, condamné sur la base d'un faux document (le « bordereau »), dégradé publiquement le 5 janvier 1895 et déporté au bagne de l'île du Diable (Guyane).
En 1896, le lieutenant-colonel Georges Picquart, chef du contre-espionnage, découvre que le vrai traître est le commandant Esterhazy, mais l'armée étouff l'affaire pour ne pas perdre la face. Esterhazy est acquitté en janvier 1898 par un tribunal militaire malgré les preuves accablantes contre lui.
Le 13 janvier 1898, l'écrivain Émile Zola publie dans le journal L'Aurore sa lettre ouverte au président de la République, intitulée « J'accuse… ! », dans laquelle il dénonce publiquement le complot militaire contre Dreyfus.
L'affaire Dreyfus divise profondément la société française en deux camps opposés.
| Dreyfusards | Anti-dreyfusards |
|---|---|
| Défendent l'innocence de Dreyfus et les droits individuels | Croient ou prétendent croire à la culpabilité de Dreyfus |
| Républicains de gauche, socialistes (Jaurès), intellectuels | Nationalistes, monarchistes, une partie du clergé |
| Fondent la Ligue des droits de l'homme (1898) | Fondent la Ligue de la patrie française et la Ligue antisémitique |
| Zola, Clemenceau, Anatole France, Péguy, Jaurès | Drumont (auteur de La France juive), Déroulède, Barrès |
Cet affrontement dépasse la seule personne de Dreyfus : il révèle des fractures profondes sur l'antisémitisme, le rôle de l'armée, la place de l'Église, la nature de la nation (France ouverte ou fermée aux minorités).
En 1899, Dreyfus est rejugé à Rennes et condamné à nouveau — mais avec « circonstances atténuantes » — par un tribunal militaire toujours sous pression. Le président Loubet lui accorde la grâce présidentielle. Il faut attendre 1906 pour que la Cour de cassation annule toutes les condamnations et réhabilite pleinement Dreyfus : il est réintégré dans l'armée avec le grade de commandant.
L'affaire Dreyfus a des conséquences politiques majeures pour la IIIe République.
Sur le plan international, l'affaire illustre les dangers de l'antisémitisme et annonce les crises du XXe siècle. Elle reste un symbole de la lutte pour la justice, la vérité et les droits de l'homme.
La IIIe République sort consolidée de ces crises : l'école laïque, obligatoire et gratuite forme des générations de citoyens républicains. La loi de 1905 reste, plus d'un siècle après, le fondement de la laïcité à la française.
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