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Histoire · Classe de 4ᵉ

La IIIe République : laïcité et affaire Dreyfus

École républicaine, séparation de l'Église et de l'État

À propos de cette page
Ce cours de histoire en quatrième sur « La IIIe République : laïcité et affaire Dreyfus » suit le programme officiel de histoire de quatrième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La naissance et l'enracinement de la IIIe République, L'école républicaine : les lois Jules Ferry (1881-1882), La laïcisation de la société française, La loi de séparation de l'Église et de l'État (1905). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de quatrième à réussir en histoire.
Au programme
1 · La naissance et l'enracinement de la IIIe République
2 · L'école républicaine : les lois Jules Ferry (1881-1882)
3 · La laïcisation de la société française
4 · La loi de séparation de l'Église et de l'État (1905)
5 · L'affaire Dreyfus (1894-1906) : le scandale
6 · La France dreyfusarde et anti-dreyfusarde
7 · L'héritage de l'affaire Dreyfus et la consolidation républicaine
1La naissance et l'enracinement de la IIIe République

La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870, après la capture de Napoléon III à la bataille de Sedan lors de la guerre franco-prussienne. La France perd l'Alsace-Lorraine et doit verser une lourde indemnité à l'Allemagne. C'est une période de crise profonde.

Les lois constitutionnelles de 1875 fondent officiellement la République : elles organisent un Parlement bicaméral (Chambre des députés et Sénat), un président de la République élu par le Parlement, et consacrent la souveraineté nationale.

Les républicains s'imposent progressivement face aux monarchistes et aux bonapartistes. La crise du 16 mai 1877 est un tournant : le président Mac-Mahon, monarchiste, tente de dissoudre la Chambre, mais les républicains remportent les élections. Mac-Mahon démissionne en 1879, et Jules Grévy, républicain convaincu, devient président. La Marseillaise devient hymne national et le 14 juillet fête nationale en 1880.

République. Régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple, exercé par des représentants élus. Dans la IIIe République, le chef de l'État est un président élu par le Parlement pour sept ans.
2L'école républicaine : les lois Jules Ferry (1881-1882)

Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique puis président du Conseil, est la grande figure de l'école républicaine. Il fait voter une série de lois fondamentales entre 1881 et 1886.

DateLoiContenu principal
1881Loi sur la gratuitéL'enseignement primaire public est gratuit
1882Loi sur l'obligation et la laïcitéInstruction obligatoire de 6 à 13 ans ; suppression des signes religieux dans les écoles publiques ; programmes laïcisés
1886Loi GobletLe personnel enseignant des écoles publiques doit être laïc (remplacement progressif des religieux)

L'objectif de Ferry est triple : instruire tous les enfants (y compris les filles), former de futurs citoyens républicains, et émanciper la société de l'influence de l'Église catholique.

Astuce. Retiens l'ordre : 1881 = gratuité ; 1882 = obligation + laïcité des programmes ; 1886 = laïcité du personnel. Ces trois lois forment un ensemble cohérent.
Exemple. Avant 1882, de nombreuses écoles étaient tenues par des congrégations religieuses (frères des Écoles chrétiennes, ursulines…). Après la loi Goblet, les instituteurs et institutrices laïcs — formés dans les nouvelles écoles normales — les remplacent progressivement.
3La laïcisation de la société française

La laïcité ne se limite pas à l'école : les républicains mettent en place une politique de laïcisation progressive de l'ensemble de la société française tout au long des années 1880 et 1890.

  • Suppression de l'enseignement religieux dans les programmes scolaires publics, remplacé par l'instruction morale et civique.
  • Rétablissement du divorce civil (loi Naquet, 1884).
  • Suppression des prières publiques à l'ouverture des sessions parlementaires.
  • Retrait des crucifix et symboles religieux des salles de classes et des tribunaux.
  • Création d'un état civil laïc : les cimetières communaux deviennent non confessionnels.
Laïcité. Principe de séparation des institutions publiques et de la religion. L'État est neutre vis-à-vis des cultes ; il garantit la liberté de conscience de chaque citoyen. La laïcité ne s'oppose pas à la religion : elle en protège le libre exercice dans la sphère privée.

Ces mesures suscitent l'opposition vive de l'Église catholique et d'une partie de la population, notamment dans les régions rurales très pratiquantes (Bretagne, Vendée, Alsace-Moselle, qui reste allemande jusqu'en 1918).

Attention ! La laïcité ne signifie pas l'interdiction de la religion : elle garantit la liberté de croire ou de ne pas croire. Ce n'est pas une politique anti-religieuse mais une politique de neutralité de l'État.
4La loi de séparation de l'Église et de l'État (1905)

L'aboutissement de la politique laïque est la loi du 9 décembre 1905, dite loi de séparation de l'Église et de l'État. Elle met fin au Concordat de 1801 signé par Napoléon Bonaparte, qui organisait les relations entre l'État et les Églises.

L'article 1 de la loi proclame : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. » L'article 2 stipule : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »

Avant 1905 (Concordat)Après 1905 (Séparation)
L'État salarie les prêtres, pasteurs et rabbinsLes cultes financent eux-mêmes leur clergé
L'État reconnaît officiellement quatre cultesAucun culte n'est officiellement reconnu
Les évêques sont nommés en accord avec le papeL'Église nomme librement ses évêques

La loi est portée par Aristide Briand (rapporteur) et Émile Combes (président du Conseil). Le pape Pie X la condamne vigoureusement. La mise en œuvre est difficile : l'inventaire des biens d'Église provoque des incidents dans plusieurs localités.

Exemple. Après 1905, les édifices religieux construits avant la loi (cathédrales, églises…) restent propriété de l'État ou des communes, mais sont mis gratuitement à la disposition des cultes. Les édifices construits après 1905 sont financés par les fidèles eux-mêmes.
5L'affaire Dreyfus (1894-1906) : le scandale

L'affaire Dreyfus est l'une des plus grandes crises politiques de la IIIe République. Elle commence en octobre 1894 lorsque le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif de l'état-major de l'armée française, est accusé de trahison : on lui reproche d'avoir livré des secrets militaires à l'Allemagne.

Dreyfus est jugé par un tribunal militaire en huis clos, condamné sur la base d'un faux document (le « bordereau »), dégradé publiquement le 5 janvier 1895 et déporté au bagne de l'île du Diable (Guyane).

Antisémitisme. Hostilité, haine ou discrimination envers les personnes juives. Dans l'affaire Dreyfus, l'antisémitisme joue un rôle central : beaucoup croient Dreyfus coupable parce qu'il est juif, en raison de stéréotypes et de préjugés.

En 1896, le lieutenant-colonel Georges Picquart, chef du contre-espionnage, découvre que le vrai traître est le commandant Esterhazy, mais l'armée étouff l'affaire pour ne pas perdre la face. Esterhazy est acquitté en janvier 1898 par un tribunal militaire malgré les preuves accablantes contre lui.

Le 13 janvier 1898, l'écrivain Émile Zola publie dans le journal L'Aurore sa lettre ouverte au président de la République, intitulée « J'accuse… ! », dans laquelle il dénonce publiquement le complot militaire contre Dreyfus.

Astuce. Retiens la chronologie : 1894 = arrestation et condamnation ; 1896 = Picquart découvre la vérité ; janvier 1898 = acquittement d'Esterhazy ; 13 janvier 1898 = « J'accuse » de Zola ; 1899 = second procès et grâce ; 1906 = réhabilitation totale.
6La France dreyfusarde et anti-dreyfusarde

L'affaire Dreyfus divise profondément la société française en deux camps opposés.

DreyfusardsAnti-dreyfusards
Défendent l'innocence de Dreyfus et les droits individuelsCroient ou prétendent croire à la culpabilité de Dreyfus
Républicains de gauche, socialistes (Jaurès), intellectuelsNationalistes, monarchistes, une partie du clergé
Fondent la Ligue des droits de l'homme (1898)Fondent la Ligue de la patrie française et la Ligue antisémitique
Zola, Clemenceau, Anatole France, Péguy, JaurèsDrumont (auteur de La France juive), Déroulède, Barrès

Cet affrontement dépasse la seule personne de Dreyfus : il révèle des fractures profondes sur l'antisémitisme, le rôle de l'armée, la place de l'Église, la nature de la nation (France ouverte ou fermée aux minorités).

En 1899, Dreyfus est rejugé à Rennes et condamné à nouveau — mais avec « circonstances atténuantes » — par un tribunal militaire toujours sous pression. Le président Loubet lui accorde la grâce présidentielle. Il faut attendre 1906 pour que la Cour de cassation annule toutes les condamnations et réhabilite pleinement Dreyfus : il est réintégré dans l'armée avec le grade de commandant.

Attention ! Ne confonds pas la « grâce » de 1899 (acte exécutif qui libère Dreyfus mais ne l'innocente pas) et la réhabilitation de 1906 (jugement judiciaire qui annule la condamnation et reconnaît son innocence).
7L'héritage de l'affaire Dreyfus et la consolidation républicaine

L'affaire Dreyfus a des conséquences politiques majeures pour la IIIe République.

  • La victoire des dreyfusards renforce les républicains laïques et précipite la séparation de l'Église et de l'État (1905).
  • Elle provoque l'émergence de la notion d'intellectuel engagé dans la vie publique (Zola, Clemenceau, Jaurès).
  • Elle favorise la naissance du sionisme : le journaliste autrichien Theodor Herzl, présent à la dégradation de Dreyfus, convaincu que les Juifs ne pourront jamais être acceptés en Europe, fonde le mouvement sioniste en 1897.
  • Elle conduit à la création de la Ligue des droits de l'homme (1898), encore active aujourd'hui.

Sur le plan international, l'affaire illustre les dangers de l'antisémitisme et annonce les crises du XXe siècle. Elle reste un symbole de la lutte pour la justice, la vérité et les droits de l'homme.

Intellectuel engagé. Personnalité du monde des lettres, des arts ou des sciences qui prend publiquement position dans un débat politique ou moral. Le terme « intellectuel » dans ce sens apparaît précisément à l'occasion de l'affaire Dreyfus, dans les colonnes des journaux qui soutiennent Zola.

La IIIe République sort consolidée de ces crises : l'école laïque, obligatoire et gratuite forme des générations de citoyens républicains. La loi de 1905 reste, plus d'un siècle après, le fondement de la laïcité à la française.

À retenir
À retenir :
• La IIIe République est proclamée en 1870 ; ses lois constitutionnelles datent de 1875.
• Les lois Ferry (1881-1882) rendent l'école primaire gratuite, obligatoire et laïque.
• La loi du 9 décembre 1905 sépare l'Église et l'État : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.
• L'affaire Dreyfus (1894-1906) : le capitaine Alfred Dreyfus, juif, est injustement condamné pour espionnage. Zola publie « J'accuse » (1898). La France se divise entre dreyfusards et anti-dreyfusards.
• Dreyfus est réhabilité en 1906. L'affaire accélère la laïcisation et fait naître la notion d'intellectuel engagé.
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