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Histoire · Classe de 4ᵉ

La condition ouvrière et les mouvements sociaux

Socialisme, syndicalisme et luttes sociales au XIXe siècle

À propos de cette page
Ce cours de histoire en quatrième sur « La condition ouvrière et les mouvements sociaux » suit le programme officiel de histoire de quatrième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La révolution industrielle et la naissance du prolétariat, Les conditions de vie et de travail des ouvriers, La naissance des idées socialistes, Les premières luttes ouvrières. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de quatrième à réussir en histoire.
Au programme
1 · La révolution industrielle et la naissance du prolétariat
2 · Les conditions de vie et de travail des ouvriers
3 · La naissance des idées socialistes
4 · Les premières luttes ouvrières
5 · La naissance du syndicalisme
6 · Les conquêtes sociales et les lois ouvrières
7 · L'Internationale ouvrière et la solidarité internationale
1La révolution industrielle et la naissance du prolétariat

À partir de la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle transforme profondément les sociétés européennes. L'industrie remplace progressivement l'artisanat et l'agriculture comme principale activité économique. Des usines, des mines et des manufactures apparaissent dans toute l'Europe, en particulier en Grande-Bretagne, en Belgique, en Allemagne et en France.

Ce bouleversement économique donne naissance à une nouvelle classe sociale : le prolétariat, c'est-à-dire la classe ouvrière. Ces hommes, ces femmes et ces enfants abandonnent les campagnes pour s'installer dans les villes industrielles et y travailler dans les usines. Ils louent leur force de travail contre un salaire aux bourgeois, les propriétaires des usines et des machines (appelés aussi patrons ou capitalistes).

Prolétaire. Ouvrier qui ne possède rien d'autre que sa force de travail et qui doit la vendre pour survivre. Le terme vient du latin proletarius (celui qui n'a pour richesse que ses enfants).

La France connaît sa révolution industrielle surtout sous la monarchie de Juillet (1830-1848) et le Second Empire (1852-1870). Les régions du Nord (Lille, Roubaix), de l'Est (Mulhouse, Strasbourg), du bassin de la Loire et de la région parisienne deviennent des foyers industriels importants.

DateÉvénement
Fin XVIIIe s.Début de la révolution industrielle en Grande-Bretagne
1815-1850Essor de l'industrie en France (textile, mines, métallurgie)
1850-1880Apogée de l'industrialisation en France (chemin de fer, sidérurgie)
2Les conditions de vie et de travail des ouvriers

La condition ouvrière au XIXe siècle est marquée par une grande misère, que les contemporains appellent le paupérisme. Les conditions de vie et de travail sont extrêmement difficiles.

Au travail :

  • Les journées de travail durent de 12 à 16 heures, souvent 6 jours sur 7.
  • Les salaires sont très bas, insuffisants pour vivre dignement.
  • Le travail des enfants est répandu : dès 6-8 ans, les enfants travaillent dans les mines ou les usines.
  • Les accidents du travail sont fréquents : machines dangereuses, mines instables.
  • Les maladies professionnelles sont nombreuses (silicose pour les mineurs, tuberculose…).
Attention ! Il ne faut pas confondre le prolétariat (classe ouvrière en général) et les salariés d'aujourd'hui. Au XIXe siècle, les ouvriers n'ont aucune protection sociale : pas de retraite, pas d'assurance maladie, pas d'allocations chômage.

En dehors du travail :

  • Les ouvriers vivent dans des quartiers populaires surpeuplés, dans des logements insalubres.
  • La mortalité infantile est très élevée dans les milieux ouvriers.
  • L'accès à l'instruction est limité (même si la loi Guizot de 1833 tente d'y remédier).
  • Les ouvriers sont souvent victimes de l'alcoolisme, fléau social lié à la misère.
Exemple. L'enquête du Dr Villermé (1840) sur les ouvriers du textile révèle des conditions de travail effroyables, notamment pour les enfants de Mulhouse. Elle sera à l'origine de la première loi sociale française.

La loi du 22 mars 1841 est la première loi ouvrière française : elle interdit le travail des enfants de moins de 8 ans et limite les horaires pour les enfants de 8 à 12 ans à 8 heures par jour. Mais cette loi reste peu appliquée, faute d'inspecteurs.

3La naissance des idées socialistes

Face à la misère ouvrière, des penseurs et des militants développent des idées nouvelles pour transformer la société. Ces courants de pensée visent à construire une société plus juste et égalitaire.

Les socialistes utopiques (première moitié du XIXe siècle) imaginent des sociétés idéales :

  • Saint-Simon (1760-1825) propose une société dirigée par les savants et les industriels au profit de tous.
  • Charles Fourier (1772-1837) rêve de petites communautés agricoles et industrielles harmonieuses appelées phalanstères.
  • Robert Owen (1771-1858), industriel britannique, crée à New Lanark une communauté ouvrière modèle.
Socialisme. Courant politique qui critique le capitalisme et propose une organisation de la société fondée sur la solidarité et l'égalité. Il existe plusieurs courants : socialisme utopique, socialisme scientifique (marxisme), anarchisme.

Le marxisme : Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) publient en 1848 le Manifeste du Parti communiste. Ils développent une analyse scientifique de la société (le matérialisme historique) et affirment que l'histoire est celle de la lutte des classes entre bourgeoisie et prolétariat. Ils appellent les ouvriers du monde entier à se soulever pour renverser le capitalisme et établir une société communiste.

Exemple. Le Manifeste du Parti communiste commence par ces mots devenus célèbres : « Un spectre hante l'Europe, le spectre du communisme. » Il se termine par « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

En France, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) développe l'anarchisme : il critique à la fois le capitalisme et l'État, et veut organiser la société sur la base de fédérations libres de travailleurs. Il est célèbre pour avoir écrit « La propriété, c'est le vol ! »

Astuce. Pour mémoriser les grands penseurs socialistes du XIXe siècle : Saint-Simon, Fourier, Owen = socialistes utopiques. Marx, Engels = marxisme. Proudhon = anarchisme.
4Les premières luttes ouvrières

Les ouvriers ne subissent pas passivement leur condition. Dès le début du XIXe siècle, ils résistent et s'organisent pour défendre leurs intérêts.

Le luddisme : face aux machines qui détruisent les emplois, des ouvriers anglais appelés luddites brisent les machines dans les usines (1811-1816). En France, des épisodes similaires se produisent, notamment à Lyon.

Les canuts lyonnais : les tisserands de soie de Lyon (les canuts) se soulèvent lors des révoltes des canuts :

  • Novembre 1831 : première révolte. Les canuts exigent un tarif minimum pour leurs tissus. Ils s'emparent de Lyon pendant plusieurs jours avant d'être réprimés par l'armée. Leur cri de ralliement : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! »
  • Avril 1834 : deuxième révolte, encore plus violente. Elle est réprimée dans le sang par l'armée.
Grève. Arrêt collectif et concerté du travail par les ouvriers pour obtenir de meilleures conditions de travail ou de meilleurs salaires. Longtemps considérée comme un délit, la grève est légalisée en France par la loi du 25 mai 1864 (sous Napoléon III).

Les révolutions de 1848 : en France, la révolution de 1848 établit la IIe République et donne des espoirs aux ouvriers. Le gouvernement provisoire crée les Ateliers nationaux pour donner du travail aux chômeurs. Mais la bourgeoisie s'inquiète et les journées de Juin 1848 voient une violente répression des ouvriers parisiens (plus de 3 000 tués).

La Commune de Paris (1871) : après la défaite de la France face à la Prusse, les ouvriers parisiens se soulèvent et établissent la Commune de Paris (mars-mai 1871). Ce gouvernement révolutionnaire tente des réformes sociales (séparation de l'Église et de l'État, gratuité de l'enseignement, autogestion des usines abandonnées). Il est écrasé lors de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871) : 10 000 à 30 000 communards sont tués.

5La naissance du syndicalisme

Face aux difficultés de l'action politique, les ouvriers s'organisent progressivement dans des associations professionnelles pour défendre leurs droits au quotidien.

Les premières associations ouvrières : sous la Restauration et la monarchie de Juillet, les ouvriers créent des sociétés de compagnonnage (associations traditionnelles de métier) et des sociétés de secours mutuel qui aident les membres malades ou sans emploi.

La légalisation des syndicats : en France, les associations ouvrières sont longtemps interdites par la loi Le Chapelier de 1791. La loi du 25 mai 1864 supprime le délit de coalition et légalise les grèves. Mais c'est surtout la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884 qui légalise vraiment les syndicats en France.

Syndicat. Organisation qui regroupe des travailleurs d'une même profession ou d'un même secteur pour défendre leurs droits et leurs intérêts face aux employeurs. Le mot vient du grec syndikos (celui qui assiste en justice).

La CGT (Confédération Générale du Travail) est fondée en 1895. Elle adopte en 1906 la Charte d'Amiens qui proclame l'indépendance du syndicalisme par rapport aux partis politiques et affirme que la grève générale doit permettre la transformation de la société.

Astuce. Retiens les dates clés du syndicalisme français : 1791 (loi Le Chapelier interdit les associations), 1864 (légalisation des grèves), 1884 (légalisation des syndicats), 1895 (fondation de la CGT), 1906 (Charte d'Amiens).

En Grande-Bretagne, les syndicats (appelés trade-unions) sont légalisés dès 1825 et jouent un rôle crucial dans l'amélioration des conditions de travail. C'est un exemple qui inspire les mouvements ouvriers européens.

6Les conquêtes sociales et les lois ouvrières

Face aux pressions du mouvement ouvrier, les gouvernements sont contraints de voter progressivement des lois pour améliorer les conditions de travail. C'est le début de la législation sociale.

DateLoi ou mesure sociale
1841Loi interdisant le travail des enfants de moins de 8 ans
1864Loi Ollivier : légalisation du droit de grève
1874Loi interdisant le travail des enfants de moins de 12 ans dans les mines
1884Loi Waldeck-Rousseau : légalisation des syndicats
1892Loi limitant le travail des femmes et des enfants à 10 heures par jour
1898Loi sur les accidents du travail : responsabilité de l'employeur
1900Loi Millerand : journée de travail de 10 heures pour tous
1906Repos hebdomadaire obligatoire (dimanche)
1910Création des retraites ouvrières et paysannes

Ces lois représentent des avancées importantes, mais elles restent insuffisantes et souvent peu appliquées. Le mouvement ouvrier continue de se battre pour de meilleures conditions de vie et de travail.

Astuce. Ces lois sociales sont le résultat direct des luttes ouvrières : grèves, manifestations et pressions du mouvement socialiste. Elles montrent que l'histoire sociale est une histoire de conquêtes progressives.
7L'Internationale ouvrière et la solidarité internationale

Les ouvriers prennent conscience que leur combat dépasse les frontières nationales : les patrons peuvent facilement transférer leur production dans d'autres pays où les salaires sont plus bas. Il faut donc organiser la solidarité internationale des travailleurs.

La Première Internationale (AIT) : l'Association Internationale des Travailleurs est fondée à Londres en 1864. Elle regroupe des syndicats et des partis ouvriers de nombreux pays. Karl Marx en est l'une des figures dominantes. Elle se divise entre marxistes et anarchistes (Bakounine) et se dissout en 1876.

La Deuxième Internationale est fondée en 1889 à Paris, lors de l'Exposition universelle. Elle regroupe les partis socialistes européens. Elle proclame le 1er mai comme journée internationale des travailleurs, en référence aux grèves américaines de Chicago de 1886.

Internationale ouvrière. Organisation internationale regroupant des partis ouvriers et socialistes du monde entier pour coordonner leurs actions et défendre les intérêts des travailleurs à l'échelle mondiale.

En France, le mouvement socialiste se structure politiquement. En 1905, les différents courants socialistes français s'unissent pour former la SFIO (Section française de l'Internationale Ouvrière), sous l'impulsion de Jean Jaurès (1859-1914). Jaurès prône un socialisme démocratique, pacifiste et réformiste. Il est assassiné le 31 juillet 1914, veille de la Première Guerre mondiale.

Exemple. Le 1er mai est aujourd'hui encore la Fête du Travail en France et dans de nombreux pays. Cette date rappelle les grèves de Chicago de 1886 et la solidarité internationale des travailleurs, institutionnalisée par la IIe Internationale.
À retenir
À retenir :
• La révolution industrielle crée le prolétariat : des ouvriers aux conditions de vie très difficiles (longues journées, bas salaires, travail des enfants).
• Face à la misère, naissent des idées socialistes : socialisme utopique (Saint-Simon, Fourier), marxisme (Marx et Engels, Manifeste de 1848), anarchisme (Proudhon).
• Les ouvriers se battent : révoltes des canuts (1831, 1834), révolution de 1848, Commune de Paris (1871).
• La grève est légalisée en 1864 ; les syndicats en 1884 (loi Waldeck-Rousseau) ; la CGT est fondée en 1895.
• Les lois sociales progressent : travail des enfants, horaires, accidents du travail, retraites (1910).
• La solidarité internationale s'organise : 1re Internationale (1864), 2e Internationale (1889, 1er mai), SFIO et Jean Jaurès (1905).
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