Socialisme, syndicalisme et luttes sociales au XIXe siècle
À partir de la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle transforme profondément les sociétés européennes. L'industrie remplace progressivement l'artisanat et l'agriculture comme principale activité économique. Des usines, des mines et des manufactures apparaissent dans toute l'Europe, en particulier en Grande-Bretagne, en Belgique, en Allemagne et en France.
Ce bouleversement économique donne naissance à une nouvelle classe sociale : le prolétariat, c'est-à-dire la classe ouvrière. Ces hommes, ces femmes et ces enfants abandonnent les campagnes pour s'installer dans les villes industrielles et y travailler dans les usines. Ils louent leur force de travail contre un salaire aux bourgeois, les propriétaires des usines et des machines (appelés aussi patrons ou capitalistes).
La France connaît sa révolution industrielle surtout sous la monarchie de Juillet (1830-1848) et le Second Empire (1852-1870). Les régions du Nord (Lille, Roubaix), de l'Est (Mulhouse, Strasbourg), du bassin de la Loire et de la région parisienne deviennent des foyers industriels importants.
| Date | Événement |
|---|---|
| Fin XVIIIe s. | Début de la révolution industrielle en Grande-Bretagne |
| 1815-1850 | Essor de l'industrie en France (textile, mines, métallurgie) |
| 1850-1880 | Apogée de l'industrialisation en France (chemin de fer, sidérurgie) |
La condition ouvrière au XIXe siècle est marquée par une grande misère, que les contemporains appellent le paupérisme. Les conditions de vie et de travail sont extrêmement difficiles.
Au travail :
En dehors du travail :
La loi du 22 mars 1841 est la première loi ouvrière française : elle interdit le travail des enfants de moins de 8 ans et limite les horaires pour les enfants de 8 à 12 ans à 8 heures par jour. Mais cette loi reste peu appliquée, faute d'inspecteurs.
Face à la misère ouvrière, des penseurs et des militants développent des idées nouvelles pour transformer la société. Ces courants de pensée visent à construire une société plus juste et égalitaire.
Les socialistes utopiques (première moitié du XIXe siècle) imaginent des sociétés idéales :
Le marxisme : Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) publient en 1848 le Manifeste du Parti communiste. Ils développent une analyse scientifique de la société (le matérialisme historique) et affirment que l'histoire est celle de la lutte des classes entre bourgeoisie et prolétariat. Ils appellent les ouvriers du monde entier à se soulever pour renverser le capitalisme et établir une société communiste.
En France, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) développe l'anarchisme : il critique à la fois le capitalisme et l'État, et veut organiser la société sur la base de fédérations libres de travailleurs. Il est célèbre pour avoir écrit « La propriété, c'est le vol ! »
Les ouvriers ne subissent pas passivement leur condition. Dès le début du XIXe siècle, ils résistent et s'organisent pour défendre leurs intérêts.
Le luddisme : face aux machines qui détruisent les emplois, des ouvriers anglais appelés luddites brisent les machines dans les usines (1811-1816). En France, des épisodes similaires se produisent, notamment à Lyon.
Les canuts lyonnais : les tisserands de soie de Lyon (les canuts) se soulèvent lors des révoltes des canuts :
Les révolutions de 1848 : en France, la révolution de 1848 établit la IIe République et donne des espoirs aux ouvriers. Le gouvernement provisoire crée les Ateliers nationaux pour donner du travail aux chômeurs. Mais la bourgeoisie s'inquiète et les journées de Juin 1848 voient une violente répression des ouvriers parisiens (plus de 3 000 tués).
La Commune de Paris (1871) : après la défaite de la France face à la Prusse, les ouvriers parisiens se soulèvent et établissent la Commune de Paris (mars-mai 1871). Ce gouvernement révolutionnaire tente des réformes sociales (séparation de l'Église et de l'État, gratuité de l'enseignement, autogestion des usines abandonnées). Il est écrasé lors de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871) : 10 000 à 30 000 communards sont tués.
Face aux difficultés de l'action politique, les ouvriers s'organisent progressivement dans des associations professionnelles pour défendre leurs droits au quotidien.
Les premières associations ouvrières : sous la Restauration et la monarchie de Juillet, les ouvriers créent des sociétés de compagnonnage (associations traditionnelles de métier) et des sociétés de secours mutuel qui aident les membres malades ou sans emploi.
La légalisation des syndicats : en France, les associations ouvrières sont longtemps interdites par la loi Le Chapelier de 1791. La loi du 25 mai 1864 supprime le délit de coalition et légalise les grèves. Mais c'est surtout la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884 qui légalise vraiment les syndicats en France.
La CGT (Confédération Générale du Travail) est fondée en 1895. Elle adopte en 1906 la Charte d'Amiens qui proclame l'indépendance du syndicalisme par rapport aux partis politiques et affirme que la grève générale doit permettre la transformation de la société.
En Grande-Bretagne, les syndicats (appelés trade-unions) sont légalisés dès 1825 et jouent un rôle crucial dans l'amélioration des conditions de travail. C'est un exemple qui inspire les mouvements ouvriers européens.
Face aux pressions du mouvement ouvrier, les gouvernements sont contraints de voter progressivement des lois pour améliorer les conditions de travail. C'est le début de la législation sociale.
| Date | Loi ou mesure sociale |
|---|---|
| 1841 | Loi interdisant le travail des enfants de moins de 8 ans |
| 1864 | Loi Ollivier : légalisation du droit de grève |
| 1874 | Loi interdisant le travail des enfants de moins de 12 ans dans les mines |
| 1884 | Loi Waldeck-Rousseau : légalisation des syndicats |
| 1892 | Loi limitant le travail des femmes et des enfants à 10 heures par jour |
| 1898 | Loi sur les accidents du travail : responsabilité de l'employeur |
| 1900 | Loi Millerand : journée de travail de 10 heures pour tous |
| 1906 | Repos hebdomadaire obligatoire (dimanche) |
| 1910 | Création des retraites ouvrières et paysannes |
Ces lois représentent des avancées importantes, mais elles restent insuffisantes et souvent peu appliquées. Le mouvement ouvrier continue de se battre pour de meilleures conditions de vie et de travail.
Les ouvriers prennent conscience que leur combat dépasse les frontières nationales : les patrons peuvent facilement transférer leur production dans d'autres pays où les salaires sont plus bas. Il faut donc organiser la solidarité internationale des travailleurs.
La Première Internationale (AIT) : l'Association Internationale des Travailleurs est fondée à Londres en 1864. Elle regroupe des syndicats et des partis ouvriers de nombreux pays. Karl Marx en est l'une des figures dominantes. Elle se divise entre marxistes et anarchistes (Bakounine) et se dissout en 1876.
La Deuxième Internationale est fondée en 1889 à Paris, lors de l'Exposition universelle. Elle regroupe les partis socialistes européens. Elle proclame le 1er mai comme journée internationale des travailleurs, en référence aux grèves américaines de Chicago de 1886.
En France, le mouvement socialiste se structure politiquement. En 1905, les différents courants socialistes français s'unissent pour former la SFIO (Section française de l'Internationale Ouvrière), sous l'impulsion de Jean Jaurès (1859-1914). Jaurès prône un socialisme démocratique, pacifiste et réformiste. Il est assassiné le 31 juillet 1914, veille de la Première Guerre mondiale.
Cours particuliers de histoire à Marseille, en présentiel ou à distance — un prof qui s'adapte à ton rythme et reprend ce qui coince.