Exercice 1 — Vocabulaire et notions clés
Item 1 — Le pacte autobiographique (2 pts)
Le pacte autobiographique a été théorisé par le critique littéraire Philippe Lejeune dans son ouvrage Le Pacte autobiographique (1975).
Il désigne l'engagement, explicite ou implicite, de l'auteur envers son lecteur de raconter sincèrement sa propre vie. Il repose sur une triple identité : l'auteur, le narrateur et le personnage principal sont une seule et même personne réelle. Cet engagement se manifeste par la signature du vrai nom de l'auteur, par une déclaration d'intention dans l'incipit, et par l'emploi du « je » renvoyant explicitement à l'auteur.
Item 2 — Je narrant et je narré (2 pts)
- Je narrant : c'est l'auteur au moment où il écrit. Il a du recul et une vision adulte sur les événements passés.
Exemple : « Je comprends aujourd'hui pourquoi ma mère s'inquiétait tant. » — Le présent « comprends » et l'adverbe « aujourd'hui » signalent le narrateur adulte. - Je narré : c'est le personnage dans le passé (enfant ou adolescent), qui vit les événements sans en comprendre encore la portée.
Exemple : « Je courus vers la fenêtre pour voir arriver mon père. » — Le passé simple et l'action vécue renvoient au personnage du passé.
La coexistence des deux « moi » crée la
double temporalité, caractéristique de l'autobiographie.
Exercice 2 — Analyse de texte
Extrait analysé : « J'avais neuf ans lorsque mon père nous quitta. Je ne compris pas alors pourquoi ma mère pleurait si souvent le soir. Ce n'est que des années plus tard, en feuilletant de vieilles lettres, que je compris enfin. »
a) Les deux « je » et leurs indices (3 pts)
- Je narré (enfant dans le passé) : présent dans les deux premières phrases. Indices : « J'avais neuf ans » (âge enfantin), « je ne compris pas alors » (ignorance du moment), « ma mère pleurait si souvent » (observation d'enfant sans compréhension). Les temps (imparfait et passé simple) ancrent l'action dans le passé vécu.
- Je narrant (adulte avec recul) : présent dans la dernière phrase. Indices : « des années plus tard » (distance temporelle), « je compris enfin » (compréhension tardive, rétrospective), « en feuilletant de vieilles lettres » (acte d'adulte). Le narrateur adulte regarde son passé et en révèle le sens.
b) Procédé temporel et son effet (2 pts)On reconnaît une
analepse (retour en arrière permettant une révélation différée) couplée à un effet de
prolepse rétrospective : le narrateur adulte annonce, depuis son présent, que la compréhension n'est venue que plus tard. Ce procédé crée un
effet de suspense et d'ironie rétrospective : le lecteur, comme le narrateur adulte, sait que l'enfant ne comprenait pas. Il met en valeur l'
écart temporel entre le moment vécu et le moment de l'écriture, fondement de la double temporalité autobiographique.
c) Temps verbal et justification (1 pt)Le temps utilisé est l'
imparfait («
pleurait »). L'imparfait de description (ou d'habitude) convient ici car il exprime une
action répétée ou un état durable dans le passé. Il permet de restituer l'atmosphère et les habitudes de vie, à la différence du passé simple qui exprime des actions ponctuelles et délimitées.
d) La double temporalité dans cet extrait (2 pts)La
double temporalité est la coexistence, dans le récit autobiographique, de deux plans temporels distincts : le temps de l'histoire (ce que vivait l'enfant) et le temps du récit (le moment où l'adulte écrit).
Dans cet extrait, elle se manifeste clairement :
- Le je narré (enfant de neuf ans) vit les faits sans en comprendre le sens : « Je ne compris pas alors ».
- Le je narrant (adulte) regarde ce passé avec le recul des années : « Ce n'est que des années plus tard… que je compris enfin ».
Cette tension entre les deux « moi » est la richesse propre à l'autobiographie : elle permet à l'auteur de restituer à la fois l'
émotion brute du passé et l'
interprétation lucide du présent.
Exercice 3 — Genres du récit de soi
Item 1 — Tableau des genres (2 pts)
| Définition | Genre |
|---|
| Rédigé au jour le jour, sans recul sur les événements | Journal intime |
| Mélange autobiographie et fiction de manière assumée | Autofiction |
| Récit centré sur l'histoire collective autant que sur l'auteur | Mémoires |
| Récit rétrospectif avec pacte de sincérité explicite | Autobiographie |
Justifications :- Journal intime : rédigé au quotidien (ex. : Journal d'Anne Frank), sans recul sur les événements, à la différence de l'autobiographie rétrospective.
- Autofiction : terme forgé par Serge Doubrovsky en 1977 pour désigner une œuvre qui mêle délibérément vérité autobiographique et invention romanesque.
- Mémoires : l'auteur y accorde autant d'importance à l'histoire collective qu'à sa vie personnelle (ex. : Mémoires de Guerre de De Gaulle, Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand).
- Autobiographie : pacte de sincérité explicite, récit rétrospectif de sa propre vie, triple identité auteur/narrateur/personnage.
Item 2 — Deux auteurs et leurs œuvres (2 pts)- Jean-Jacques Rousseau — Les Confessions (1782-1789) : première grande autobiographie moderne en France. Rousseau s'engage à une sincérité radicale, se montrant tel qu'il est, y compris dans ses défauts. Pacte de vérité absolu : « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature. »
- Romain Gary — La Promesse de l'aube (1960) : récit autobiographique centré sur son enfance en Europe de l'Est et sur sa relation avec sa mère. La double temporalité (je narrant / je narré) y est très marquée, mêlant humour et émotion.
(Autres auteurs acceptés : Simone de Beauvoir — Mémoires d'une jeune fille rangée (1958) ; Jules Vallès — L'Enfant (1879) ; Georges Perec — W ou le Souvenir d'enfance (1975).)
Exercice 4 — Rédaction personnelle
Critères d'évaluation et éléments attendus :
- Respect de la consigne (1 pt) : le texte est bien autobiographique, écrit à la première personne, et raconte un souvenir d'enfance réel ou vraisemblable.
- Double temporalité (1 pt) : présence claire du je narré (l'enfant qui vit la scène) et du je narrant (le narrateur adulte qui commente avec recul, ex. : « Je comprends aujourd'hui… », « Je sais maintenant que… »).
- Procédés imposés (1 pt) : au moins trois procédés identifiables :
- Imparfait de description : pour l'atmosphère ou les habitudes (ex. : « Le mercredi matin, ma grand-mère préparait toujours… »).
- Prolepse ou analepse : prolepse = anticipation (ex. : « Je ne savais pas encore que ce serait la dernière fois… ») ; analepse = retour en arrière intégré au récit.
- Figure de style au choix : apostrophe (ex. : « Pauvre enfant naïf que j'étais… »), hyperbole (ex. : « C'était le plus beau jour de toute ma vie »), discours indirect libre (pensées du personnage fondues dans le récit, sans guillemets ni verbe de parole).
- Qualité d'expression et ponctuation (1 pt) : phrases correctement construites, orthographe et ponctuation soignées, vocabulaire précis et expressif. Longueur : une vingtaine de lignes.
Exemple de production attendue (extrait) :« J'avais huit ans ce matin d'octobre où ma grand-mère m'emmena pour la première fois à la mer. Le vent sentait le sel et les algues, et les vagues grondaient comme je ne les avais jamais entendues. Je ne savais pas encore que ce voyage serait gravé en moi pour toujours — que des années plus tard, je chercherais encore ce bruit dans tous les bruits du monde. Pauvre enfant que j'étais, je croyais que chaque bonheur durerait éternellement. Ma grand-mère tenait ma main. Elle souriait. Je compris bien plus tard ce que cachait ce sourire. »Ce modèle illustre : l'imparfait de description (« sentait », « grondaient »), une prolepse (« je ne savais pas encore que… »), et une apostrophe (« Pauvre enfant que j'étais »). Le je narrant s'exprime par les commentaires rétrospectifs, le je narré par la scène vécue.