Ressources · 1ʳᵉ · Spécialité SVT
Écosystèmes : interactions, dynamique et services
L’écosystème comme système ouvert et la répartition des espèces ; interactions biotiques et valeur sélective ; production, biomasse et flux d’énergie ; flux, recyclage et bilans de matière ; équilibre dynamique, résilience et seuils ; l’humanité, les services écosystémiques, leur gestion et l’ingénierie écologique.
À propos de cette page
1. L’écosystème, un système : organisation et répartition des espèces
Rappel. Biotope, biocénose et réseaux trophiques ont été vus au collège (« Écosystèmes : relations alimentaires et équilibres ») ; les protocoles d’échantillonnage (quadrats, transects, pièges) en 2de (« Biodiversité : les échelles, de l’écosystème au gène »). Les agrosystèmes et les sols ont été étudiés en 2de : on n’y revient pas.
— une frontière, choisie par l’observateur : la lisière d’un bois, la ligne de crête qui limite un bassin versant ;
— des éléments : les populations (hêtres, chevreuils, champignons…) et les compartiments (feuillage, bois, litière, sol, eau du sol) ;
— des flux de matière et d’énergie entre ces éléments, et à travers la frontière : un écosystème reçoit et perd de la matière et de l’énergie, c’est un système ouvert ;
— des interactions entre les êtres vivants, et entre eux et le biotope.
La biocénose dépend du biotope. Pour chaque facteur abiotique (lumière, température, eau, pH, ions du sol), une espèce ne vit qu’entre deux valeurs : c’est son intervalle de tolérance, avec un optimum. Le facteur le plus éloigné de l’optimum restreint sa présence : c’est le facteur limitant. D’où une répartition des espèces selon les conditions du milieu.
Le biotope dépend aussi de la biocénose : le couvert des arbres crée un microclimat plus frais et plus humide ; la litière décomposée forme l’humus et modifie le pH du sol.
Décrire sur le terrain. On échantillonne : quadrats posés le long d’un transect, pièges. La fréquence d’une espèce vaut : nombre de quadrats où elle est présente ÷ nombre de quadrats posés × 100. Pour suivre un écosystème dans l’espace et dans le temps, le protocole doit être reproductible : même surface et même nombre d’échantillons, même date, même méthode, même effort, avec des répétitions.
La forêt, un bon exemple. Une hêtraie est organisée en strates : arbres, arbustes, herbes, mousses, puis la litière et le sol. Sous le feuillage des hêtres, la lumière qui arrive au sol en été n’est souvent qu’une petite fraction de celle d’une clairière : seules des plantes qui tolèrent l’ombre y fleurissent en été ; d’autres fleurissent au printemps, avant que les hêtres ne déploient leurs feuilles.
Décrire la hêtraie comme un système. Frontière : la lisière. Éléments : hêtres, sous-bois, animaux, litière, sol. Flux : le CO₂ qui entre dans les feuilles, l’eau qui sort par évapotranspiration, les feuilles qui tombent du hêtre sur la litière. Interactions : de jeunes hêtres qui se disputent la lumière d’une trouée.
Calculer une fréquence. À 40 m de la lisière, l’aspérule odorante, une plante d’ombre des hêtraies, est présente dans 9 quadrats sur 12 : 9 ÷ 12 × 100 = 75 %. Dans la clairière voisine, on la trouve dans 1 quadrat sur 12, soit environ 8 %.
Réflexe — pour décrire un écosystème, je nomme sa frontière, ses éléments, ses flux et ses interactions ; pour comparer deux relevés, je vérifie d’abord qu’ils suivent le même protocole et je compare des fréquences, pas des nombres bruts.
Attention — une espèce qui change avec la lumière ne prouve pas que la lumière est la cause : sous les arbres, il fait aussi plus frais et plus humide. Seule une expérience qui ne fait varier qu’un facteur permet de conclure. Et la frontière d’un écosystème est un choix de l’observateur, pas une limite naturelle tranchée.
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2. Les interactions biotiques et la valeur sélective
— Compétition (− / −) : deux êtres vivants exploitent une même ressource limitée (lumière, eau, ions du sol, espace, nourriture). Elle a lieu entre individus de la même espèce (intraspécifique) ou d’espèces différentes (interspécifique).
— Exploitation (+ / −) : la prédation, où le prédateur tue et mange sa proie (l’herbivorie, qui consomme une partie d’un végétal, en est une forme), et le parasitisme, où le parasite vit aux dépens d’un hôte sans le tuer rapidement. Exemple : le cynips du rosier, une petite guêpe, pond dans un bourgeon d’églantier ; les tissus de la plante forment autour des larves une galle chevelue, le bédégar, qui les abrite et les nourrit.
— Coopération (+ / +) : le mutualisme, dont la symbiose, association étroite et durable. Dans une mycorhize, les filaments d’un champignon entourent ou pénètrent les racines : ils explorent le sol et cèdent à la plante de l’eau et des ions (phosphates surtout), et reçoivent des glucides issus de sa photosynthèse. La grande majorité des plantes terrestres forment des mycorhizes.
— On parle de commensalisme (+ / 0) quand un seul partenaire en tire profit sans effet notable sur l’autre.
Le bilan d’une interaction dépend du milieu : sur un sol très riche en phosphates, le champignon d’une mycorhize coûte des glucides à la plante sans lui apporter grand-chose.
Un réseau d’interactions se représente par un schéma : chaque espèce est un nœud, chaque interaction un lien (une flèche par type d’interaction). On en décrit la structure (nombre et nature des liens) et la richesse (nombre d’espèces). Ces interactions structurent l’écosystème : sa biodiversité, la dynamique de ses populations et son fonctionnement (production, recyclage de la matière). Une espèce clé de voûte a sur le réseau un effet bien plus grand que ne le laisse prévoir son abondance. Les effets se propagent de proche en proche : un prédateur qui limite des herbivores favorise les plantes qu’il ne mange pas (cascade trophique) ; une espèce qui apporte de la matière minérale (excréments, cadavres) agit sur la végétation sans la consommer : ce sont des effets indirects.
Diversité fonctionnelle. C’est la variété des fonctions assurées dans l’écosystème : produire, polliniser, disperser les graines, fixer l’azote, décomposer. Quand plusieurs espèces assurent la même fonction, la perte de l’une peut être compensée par les autres : c’est la redondance fonctionnelle. Cette diversité repose sur la diversité des espèces et, dans chaque espèce, sur la diversité de leurs gènes.
Mesurer un effet sur la valeur sélective. Des églantiers sans galle produisent en moyenne 30 fruits par pied, des églantiers portant des bédégars 21 (valeurs choisies) : (30 − 21) ÷ 30 = 0,30, soit 30 % de fruits en moins. Effet « − » pour le rosier ; les larves ne se développent que dans la galle : effet « + » pour le cynips. C’est un parasitisme.
Une espèce au rôle démesuré. Le pic noir creuse ses loges dans des troncs et en change souvent. Ses loges abandonnées abritent d’autres espèces qui ne savent pas les creuser : chouette de Tengmalm, pigeon colombin, chauves-souris. Peu nombreux, il soutient pourtant de nombreux liens du réseau.
Réflexe — pour nommer une interaction, je compare la valeur sélective de chaque partenaire avec et sans l’autre, puis j’écris les deux signes : (− / −) compétition, (+ / −) exploitation, (+ / +) coopération.
Attention — l’herbivorie est une exploitation, comme la prédation : le chevreuil qui broute un jeune chêne diminue sa valeur sélective. Et une symbiose n’est pas une simple cohabitation : les deux partenaires y gagnent.
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3. Production, biomasse et flux d’énergie
— Les producteurs fabriquent leur matière organique par photosynthèse : c’est la production primaire brute, qui ne capte que de l’ordre de 1 % de l’énergie solaire reçue. Ce qui reste après leur propre respiration est la production primaire nette.
— Mesurer une production : on pèse la matière sèche récoltée sur des surfaces connues à deux dates ; production nette de la période = hausse de biomasse + matière consommée par les herbivores + matière morte tombée entre-temps.
— Le flux d’énergie. L’énergie entre par la photosynthèse et circule dans le réseau trophique. À chaque niveau, une partie de la matière n’est pas consommée, une partie de ce qui est mangé n’est pas assimilée (excréments), et l’essentiel de ce qui est assimilé sert à la respiration, dont l’énergie se dissipe en chaleur. Biomasse non consommée et excréments nourrissent les décomposeurs. L’énergie traverse l’écosystème : elle ne se recycle pas.
— Le rendement écologique (efficacité de transfert) entre deux niveaux = production du niveau n + 1 ÷ production du niveau n × 100. Son ordre de grandeur est de 10 %, avec de fortes variations (environ 5 à 20 %).
— Les pyramides représentent chaque niveau : une pyramide des productions (ou des énergies), qui porte sur une durée, n’est jamais inversée ; une pyramide des biomasses, prise à un instant, peut l’être.
Des rendements mesurés. Dans la rivière de Silver Springs, en Floride (H. T. Odum, 1957), l’énergie assimilée chaque année vaut, en kcal par m² : 20 810 pour les producteurs, 3 368 pour les herbivores, 383 pour les carnivores et 21 pour les grands carnivores. Rendements : 3 368 ÷ 20 810 ≈ 16 %, 383 ÷ 3 368 ≈ 11 % et 21 ÷ 383 ≈ 5,5 % : la « règle des 10 % » est un ordre de grandeur, pas une loi.
Stock ou flux. Une hêtraie porte 300 t/ha de biomasse aérienne et a une production primaire nette de 12 t/ha/an (valeurs choisies) : 12 ÷ 300 = 0,04, elle ne renouvelle chaque année que 4 % de sa biomasse. Le phytoplancton d’un lac, lui, renouvelle la sienne plusieurs dizaines de fois par an.
Réflexe — avant de calculer un rendement, je vérifie que les deux grandeurs sont de même nature (deux productions) et dans la même unité ; j’interprète ensuite le reste : non consommé, non assimilé, respiration.
Attention — biomasse ≠ production : une forêt a une énorme biomasse et une production modeste. Une pyramide des biomasses peut être inversée (en mer, le zooplancton peut peser plus que le phytoplancton qui se renouvelle très vite) ; celle des productions, jamais.
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4. Flux et recyclage de la matière : bilans et cycle du carbone
— entrent dans l’écosystème : CO₂ absorbé par la photosynthèse, eau et ions absorbés par les racines, apports des pluies, diazote fixé par des bactéries symbiotiques ;
— circulent dans le réseau trophique, des producteurs aux consommateurs et aux décomposeurs ;
— sortent : CO₂ rejeté par la respiration de tous les êtres vivants, eau rendue à l’air par l’évapotranspiration, matière emportée par l’érosion et les eaux qui s’écoulent, bois récolté.
Une partie de la matière est recyclée, notamment grâce au sol : les décomposeurs (bactéries, champignons) minéralisent la litière en CO₂, en eau et en ions minéraux que les racines absorbent à nouveau ; une autre partie forme l’humus, stock de matière organique.
L’écosystème étant ouvert, on mesure son effet sur un cycle par un bilan : bilan = entrées − sorties. Un bilan de carbone positif signifie que l’écosystème stocke du carbone : c’est un puits ; négatif, c’est une source.
Un cycle biogéochimique simplifié se construit avec des réservoirs (atmosphère, végétaux, litière et sol), exprimés en masse, et des flux entre eux, exprimés en masse par an. L’écosystème forestier y intervient par la photosynthèse, la respiration, la chute de litière, la décomposition et la récolte du bois.
Figure 1 — Cycle du carbone simplifié d’une hêtraie (valeurs choisies). Réservoirs en t C/ha, flux en t C/ha/an.
Le bilan de la hêtraie (figure 1). Entrée : 13. Sorties : 7 + 3,2 + 1,0 = 11,2. Bilan : 13 − 11,2 = + 1,8 t C/ha/an : la hêtraie est un puits de carbone.
Où ce carbone est-il stocké ? Végétaux : 13 − 7 − 3,5 − 1,0 = + 1,5 t C/ha/an. Litière et sol : 3,5 − 3,2 = + 0,3 t C/ha/an. Total : 1,5 + 0,3 = 1,8, on retrouve le bilan de l’écosystème. En CO₂ : 1,8 × 44 ÷ 12 = 6,6 t de CO₂ par hectare et par an retirées de l’air.
Réflexe — pour un bilan, je trace la frontière, je classe chaque flux en entrée, sortie ou circulation interne, puis je calcule entrées − sorties, dans une même unité.
Attention — la matière est recyclée, pas l’énergie : les décomposeurs rendent aux plantes du CO₂ et des ions minéraux, jamais de l’énergie, qui finit en chaleur. Et un flux interne (des feuilles mangées par des chenilles) n’entre pas dans le bilan de l’écosystème.
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5. Équilibre dynamique : perturbations, résilience, seuils
— Cet équilibre peut être bousculé par des perturbations : incendies, tempêtes, maladies, sécheresses, ou actions humaines (coupe, drainage, pollution, espèce introduite). Les causes sont externes (climat, arrivée d’un parasite) ou internes (pullulation d’une espèce de l’écosystème, compétition).
— Après une perturbation, une succession d’espèces recolonise le milieu (vu en 3e, « Le peuplement des milieux »).
— La résilience est la capacité d’un écosystème à retrouver un état comparable à son état initial après une perturbation, jusqu’à un certain seuil de perturbation. Elle est favorisée par la complexité du réseau d’interactions et par la diversité fonctionnelle : si plusieurs espèces assurent la même fonction, la perte de l’une est compensée.
— Au-delà du seuil, la perturbation devient irréversible : l’écosystème bascule vers un autre état, lui aussi stable, et n’y revient pas de lui-même.
— Pour juger une résilience, on recueille des données avant, pendant et après la perturbation, et on les compare à une zone témoin non perturbée.
Une maladie venue d’ailleurs. La chalarose du frêne est due à un champignon, Hymenoscyphus fraxineus, originaire de l’est de l’Asie, probablement introduit en Europe avec des plants de frênes. En France, elle a été observée pour la première fois en 2008, en Haute-Saône, puis a gagné une grande partie du pays. Dans le Nord-Est, 7 à 8 ans après son arrivée, seuls 15 % des jeunes frênes issus de régénération naturelle restaient vivants, et 1 à 3 % étaient sans symptômes (ministère de l’Agriculture). Ces frênes tolérants, dont la tolérance a une part génétique, sont la chance de l’espèce.
Une tempête dans une forêt plantée. Le 24 janvier 2009, la tempête Klaus a abattu dans le Sud-Ouest environ 37 millions de m³ de pins maritimes (Inventaire forestier national). Une forêt faite d’une seule essence, aux arbres de même âge, n’a guère d’espèce de relais : il a fallu la replanter en grande partie.
Un basculement. Un lac enrichi en phosphore passe d’une eau claire, aux plantes aquatiques abondantes, à une eau turbide dominée par le phytoplancton. Même quand les apports diminuent, l’eau reste longtemps turbide : le phosphore accumulé dans les sédiments est relargué, et ce nouvel état se maintient de lui-même.
Réflexe — pour juger une résilience, je compare l’état après la perturbation à l’état initial ou à un témoin, je calcule la part de la perte récupérée et je me demande si les perturbations reviennent avant la récupération.
Attention — équilibre dynamique ≠ immobilité, et résilience ≠ retour à l’identique : l’écosystème retrouve un fonctionnement comparable, pas forcément les mêmes individus ni les mêmes proportions d’espèces. Une même perturbation, répétée trop souvent, peut faire franchir un seuil.
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6. L’humanité, les services écosystémiques et leur gestion
Elle modifie le fonctionnement de la plupart des écosystèmes : en exploitant leurs ressources (le bois), en modifiant le biotope local (sylviculture, drainage, érosion des sols) ou global (changement climatique, introduction d’espèces invasives). D’où une perte mondiale de biodiversité, aux conséquences néfastes pour les activités humaines : baisse de production, pollution des eaux, développement de maladies. Notre santé dépend de celle des écosystèmes qui nous entourent (approche « Une seule santé »).
Les services écosystémiques sont les bénéfices que l’humanité tire gratuitement des fonctions des écosystèmes (classification de l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire, 2005) :
— d’approvisionnement : ce qu’on prélève (bois, champignons, fruits et graines, gibier, eau douce, molécules médicinales) ;
— de régulation : les processus qui nous protègent ou nous aident (dépollution de l’eau et de l’air, lutte contre l’érosion, contre les ravageurs et les maladies, recyclage de la matière organique, fixation du carbone, pollinisation) ;
— culturels : les bénéfices immatériels (loisirs, paysages, valeur patrimoniale ou spirituelle) ;
tous reposent sur des fonctions de support (production primaire, formation des sols, cycles de la matière). Des services peuvent entrer en conflit : maximiser l’un en dégrade souvent un autre.
Donner un prix aux services ? Les uns y voient un moyen de rendre visible ce que l’on perd et de comparer avec le coût d’un ouvrage ; les autres objectent que bien des valeurs ne sont pas marchandes, que les estimations sont très incertaines et qu’un prix peut faire croire qu’on a le droit de détruire si l’on paie.
Gérer. La connaissance scientifique des écosystèmes (l’écologie) permet une gestion rationnelle des ressources, qui assure à la fois l’activité économique et le maintien des services : prélever au plus ce qui se renouvelle, suivre des indicateurs, ajuster la gestion aux résultats. L’ingénierie écologique est l’ensemble des techniques qui visent à manipuler, modifier, exploiter ou réparer les écosystèmes afin d’en tirer durablement le maximum de bénéfices : conservation biologique, restauration ou compensation écologique, techniques qui se servent du vivant (filtre planté de roseaux, génie végétal des berges).
La plupart des forêts sont aussi un projet d’aménagement. La forêt des Landes de Gascogne, près d’un million d’hectares de pins maritimes, est née d’une volonté politique : la loi du 19 juin 1857 impose d’assainir et de boiser ces landes humides. Choix des essences, âge des coupes, chemins : une forêt française reflète des décisions humaines autant que le climat et le sol.
Une épidémie liée aux écosystèmes. En 1998-1999, en Malaisie, le virus Nipah a causé 265 encéphalites, dont 105 mortelles, et conduit à abattre plus d’un million de porcs. Son réservoir est une chauve-souris frugivore : une explication largement retenue relie l’épidémie à des arbres fruitiers plantés près de grands élevages, où les chauves-souris venaient se nourrir.
Un service qui a un prix. À la fin des années 1990, New York a choisi de protéger les forêts et les zones humides du bassin versant des Catskills, qui épurent son eau potable, plutôt que de construire une usine de filtration : en ordre de grandeur, 1 à 1,5 milliard de dollars contre 6 à 8 milliards (hors fonctionnement).
Un chiffre et ses limites. R. Costanza et ses collègues ont estimé en 1997 la valeur des services écosystémiques mondiaux à environ 33 000 milliards de dollars par an, plus que le produit intérieur brut mondial de l’époque ; une mise à jour de 2014 donne 125 000 à 145 000 milliards de dollars par an. L’écart vient surtout des méthodes : ces chiffres disent l’importance des services, pas un prix de vente.
Réflexe — pour classer un service, je me demande ce que l’humanité en tire : un produit prélevé (approvisionnement), un processus qui la protège ou l’aide (régulation), un bénéfice immatériel (culturel) ; pour juger une gestion, je cherche le service gagné, le service perdu et le suivi prévu.
Attention — la pollinisation est classée en régulation par l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire ; le programme la cite parmi les services d’approvisionnement, parce que les fruits et les graines en dépendent : il faut justifier son classement. Et un enrochement en béton n’est pas de l’ingénierie écologique : il n’utilise ni être vivant ni processus écologique.
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Pour aller plus loin
Ces notions prolongent le chapitre, mais elles sont traitées ailleurs.
- Les agrosystèmes (intrants, exportations, rendement d’un élevage) et les sols : en 2de, chapitres « Agrosystèmes : structure et fonctionnement » et « Les sols et la production de biomasse ».
- Le cycle du carbone à l’échelle de la planète (réservoirs mondiaux, cycle long, perturbation par les combustibles fossiles) : en terminale, chapitre « Le cycle du carbone ».
- La crise de la biodiversité, la Liste rouge et les aires protégées : en 3e, chapitre « Biodiversité et activités humaines ».
- Le droit de l’environnement (Charte de l’environnement, protection des espèces) : en 2de, EMC, chapitre « Droits et responsabilité : environnement et biodiversité ».
- Un écosystème est un système ouvert : une biocénose en interaction avec son biotope, décrite par une frontière, des éléments, des flux et des interactions. Chaque espèce a un intervalle de tolérance pour chaque facteur abiotique : sa répartition suit les conditions du milieu, que les êtres vivants modifient en retour. Un suivi de terrain exige un protocole reproductible.
- Les interactions biotiques se classent par leur effet sur la valeur sélective des partenaires : compétition (− / −), exploitation (+ / −, prédation et parasitisme), coopération (+ / +, mutualisme dont symbiose). Elles forment un réseau qui structure l’écosystème ; la diversité fonctionnelle repose sur la diversité des espèces et des gènes.
- La biomasse est un stock, la production un flux. L’énergie entre par la photosynthèse, circule dans le réseau trophique et se dissipe en chaleur ; le rendement entre deux niveaux est de l’ordre de 10 %.
- La matière entre (photosynthèse, absorption racinaire), circule (réseau trophique) et sort (respiration, évapotranspiration, érosion) ; elle est en partie recyclée grâce au sol. Bilan = entrées − sorties : positif, l’écosystème est un puits de carbone.
- Un écosystème est en équilibre dynamique : perturbé, il peut retrouver un état comparable (résilience), favorisée par la diversité fonctionnelle, jusqu’à un seuil au-delà duquel la perturbation est irréversible.
- L’humanité fait partie des écosystèmes, les modifie et en tire des services d’approvisionnement, de régulation et culturels ; leur monétarisation fait débat. L’écologie permet une gestion rationnelle, et l’ingénierie écologique conserve, restaure ou compense.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un écosystème en 1re spécialité SVT ?
C’est un ensemble formé par des communautés d’êtres vivants, la biocénose, qui interagissent au sein de leur milieu de vie, le biotope. On le décrit comme un système ouvert : une frontière choisie par l’observateur, des éléments (populations, litière, sol), des flux de matière et d’énergie qui entrent, circulent et sortent, et des interactions. Une hêtraie, un lac ou un bassin versant boisé sont des écosystèmes.
Comment classer les interactions entre êtres vivants ?
D’après leur effet sur la valeur sélective de chaque partenaire, c’est-à-dire sur sa survie et le nombre de descendants qu’il laisse : la compétition (− / −) pour une ressource limitée, l’exploitation (+ / −), qui regroupe la prédation, l’herbivorie et le parasitisme, et la coopération (+ / +), c’est-à-dire le mutualisme, dont la symbiose, comme la mycorhize entre un champignon et une racine.
Pourquoi dit-on que l’énergie ne se recycle pas dans un écosystème ?
L’énergie lumineuse entre par la photosynthèse, passe d’un niveau trophique à l’autre avec un rendement de l’ordre de 10 %, et l’essentiel sert à la respiration, qui la dissipe en chaleur. La matière, elle, est recyclée : les décomposeurs du sol minéralisent la matière organique morte en CO₂ et en ions minéraux que les plantes absorbent à nouveau.
Qu’est-ce que la résilience d’un écosystème ?
C’est sa capacité à retrouver, après une perturbation (tempête, incendie, maladie), un état comparable à son état initial, jusqu’à un certain seuil. La diversité fonctionnelle la favorise : si plusieurs espèces assurent la même fonction, la perte de l’une est compensée. Au-delà du seuil, la perturbation devient irréversible et l’écosystème bascule vers un autre état stable.
Quels sont les services écosystémiques ?
Ce sont les bénéfices que l’humanité tire gratuitement des écosystèmes : des services d’approvisionnement (bois, champignons, fruits, eau), de régulation (épuration de l’eau et de l’air, lutte contre l’érosion et les ravageurs, fixation du carbone, pollinisation) et culturels (loisirs, paysages, patrimoine). Tous reposent sur des fonctions de support comme la production primaire et la formation des sols.
Faut-il donner un prix à la nature ?
C’est un débat. Estimer la valeur des services (environ 33 000 milliards de dollars par an selon Costanza et ses collègues en 1997) rend visibles les pertes et permet de comparer avec le coût d’un ouvrage, comme New York l’a fait pour l’eau des Catskills. Mais beaucoup de valeurs ne sont pas marchandes, les calculs sont très incertains, et un prix peut laisser croire qu’il suffit de payer pour avoir le droit de détruire.
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