Une diversification des espaces et des acteurs de la production
Espaces productifs, FTN, chaînes de valeur, littoralisation, métropolisation des activités, flux (programme de géographie de 1re)
À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Une diversification des espaces et des acteurs de la production » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les espaces de production dans le monde : une diversité croissante, Des acteurs multiples : firmes transnationales, États, acteurs locaux, Chaînes de valeur mondiales et nouvelle division internationale du travail, La littoralisation des espaces productifs. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Qui s'enrichit quand un iPhone est vendu ?
Facile
Tableau statistique · D'après Kenneth L. Kraemer, Greg Linden et Jason Dedrick, « Capturing Value in Global Networks: Apple's iPad and iPhone », document de travail, University of California Irvine et Syracuse University, juillet 2011 (données de 2010).
En 2010, l'iPhone est conçu en Californie par Apple et assemblé en Chine par le sous-traitant taïwanais Foxconn. Trois chercheurs américains spécialistes de l'industrie électronique cherchent à savoir qui capte la valeur de ce produit emblématique de la mondialisation.
Répartition de la valeur d'un iPhone vendu en 2010
Part du prix de vente
Profits d'Apple (États-Unis)
58,5 %
Coût des intrants (matériaux et composants)
21,9 %
Profits non identifiés
5,3 %
Profits des entreprises sud-coréennes
4,7 %
Main-d'œuvre hors de Chine
3,5 %
Profits des entreprises américaines autres qu'Apple
2,4 %
Main-d'œuvre chinoise
1,8 %
Profits des entreprises de l'Union européenne
1,1 %
Profits des entreprises japonaises
0,5 %
Profits des entreprises taïwanaises
0,5 %
Les parts sont arrondies par les auteurs ; leur total est donc proche de 100 %, sans l'atteindre exactement.
En analysant le document, montrez que la production de l'iPhone repose sur une chaîne de valeur mondiale inégalitaire. Vous porterez un regard critique sur le document.
Présentez le document : nature, auteurs, date, objet.
Comparez la part de la valeur captée par Apple et celle de la main-d'œuvre chinoise. Comment expliquer cet écart ?
Montrez que la production de l'iPhone mobilise plusieurs espaces productifs à l'échelle mondiale.
Quelles sont les limites de ce document ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un tableau statistique tiré d'une étude publiée en juillet 2011 par trois chercheurs d'universités américaines, Kenneth Kraemer, Greg Linden et Jason Dedrick. Il décompose le prix de vente d'un iPhone vendu en 2010 entre les entreprises, les pays et les travailleurs qui ont contribué à sa production. Son objet est de mesurer qui capte la valeur dans une chaîne de valeur mondiale.
2. Apple capte à elle seule 58,5 % du prix de vente sous forme de profits, alors que la main-d'œuvre chinoise qui assemble le téléphone n'en reçoit que 1,8 % : la part d'Apple est environ trente fois plus élevée. Cet écart s'explique par la place de chaque étape dans la chaîne. Apple contrôle les étapes les plus rares et les mieux protégées : la conception, le logiciel, les brevets, la marque et la distribution. L'assemblage, au contraire, est une tâche standardisée, que plusieurs sous-traitants peuvent réaliser, dans un pays où la main-d'œuvre est abondante et peu payée. C'est l'illustration de la « courbe du sourire » : la valeur se concentre aux extrémités de la chaîne.
3. Le tableau fait apparaître au moins cinq espaces productifs. Les États-Unis concentrent la conception et les profits (Apple, 58,5 %, et d'autres firmes américaines, 2,4 %). La Corée du Sud (4,7 %), le Japon et Taïwan (0,5 % chacun) et l'Union européenne (1,1 %) fournissent des composants à forte technicité, comme les écrans ou les puces. La Chine assure l'assemblage (1,8 % pour la main-d'œuvre). Enfin, les matériaux et composants (21,9 %) proviennent de nombreux pays. Le produit fini repart ensuite vers les consommateurs du monde entier : l'iPhone est donc le produit d'une chaîne de valeur mondiale, reliée par des flux de composants et de capitaux.
4. Le document a plusieurs limites. Il porte sur un seul modèle et sur l'année 2010 : depuis, des firmes chinoises fournissent davantage de composants et Apple fait aussi assembler en Inde depuis 2017. Il raisonne selon la nationalité des entreprises, non selon le lieu de production : Foxconn est taïwanaise mais produit en Chine, et une firme coréenne peut fabriquer au Viêt Nam. Une part importante (5,3 %) reste « non identifiée ». Enfin, il mesure la valeur, pas l'emploi : la main-d'œuvre chinoise pèse peu dans le prix mais représente des centaines de milliers d'emplois, ce qui explique l'intérêt de la Chine pour ces activités.
Ce que cette analyse apprend — Un tableau se présente, se compare (calculer un rapport) puis s'explique avec une notion du cours avant d'être critiqué.
Document 2 — Les routes maritimes, artères des espaces de production
Moyen
Carte (description d'un planisphère) · Carte construite pour l'exercice d'après CNUCED, Review of Maritime Transport 2023, et Lloyd's List, One Hundred Container Ports 2024 (trafics de 2023, arrondis).
La carte est construite à partir des statistiques de la CNUCED, l'organe des Nations unies chargé du commerce et du développement, et du classement annuel des ports publié par Lloyd's List, revue spécialisée dans le transport maritime. Elle représente la situation de 2023, avant que les attaques en mer Rouge ne détournent une partie du trafic.
Titre de la carte : Les grandes routes maritimes et les principaux ports à conteneurs du monde en 2023.
1. Les façades maritimes majeures (aplats) : façade d'Asie orientale, de Tianjin à Singapour ; Northern Range, du Havre à Hambourg ; façades atlantique et pacifique des États-Unis ; façade du golfe Persique, autour de Dubaï.
2. Les grands ports à conteneurs (cercles proportionnels au trafic de 2023, en millions d'EVP, valeurs arrondies) : Shanghai ≈ 49 ; Singapour ≈ 39 ; Ningbo-Zhoushan ≈ 35 ; Shenzhen ≈ 30 ; Busan ≈ 23 ; Jebel Ali (Dubaï) ≈ 14 ; Rotterdam ≈ 13 ; Los Angeles ≈ 9 ; Tanger Med ≈ 9 ; Santos ≈ 5.
3. Les routes maritimes (flèches d'épaisseur proportionnelle au trafic conteneurisé) : route Asie–Europe par le détroit de Malacca, Bab el-Mandeb et le canal de Suez, et route transpacifique Asie–Amérique du Nord, les deux plus épaisses ; route transatlantique Europe–Amérique du Nord, plus mince ; routes nord-sud secondaires vers l'Amérique du Sud et l'Afrique.
4. Les passages stratégiques (étoiles) : détroits de Malacca, d'Ormuz, de Bab el-Mandeb et de Gibraltar, pas de Calais ; canaux de Suez et de Panama ; cap de Bonne-Espérance, route de contournement de l'Afrique.
Encadré : le transport maritime assure plus de 80 % du volume du commerce mondial de marchandises.
En analysant la carte, montrez que la littoralisation des espaces productifs s'organise autour de quelques façades et de routes vulnérables.
Identifiez les grandes façades maritimes représentées.
Montrez que l'Asie orientale est au cœur des flux maritimes mondiaux.
Expliquez le rôle des passages stratégiques en vous appuyant sur un exemple récent.
Quels espaces apparaissent en marge ? Nuancez à l'aide de la carte.
Voir la réponse rédigée
1. La carte distingue trois façades majeures et une façade secondaire. La façade d'Asie orientale s'étend de Tianjin à Singapour ; la Northern Range court du Havre à Hambourg, avec Rotterdam (environ 13 millions d'EVP) comme premier port européen ; les façades atlantique et pacifique des États-Unis, avec Los Angeles (environ 9 millions d'EVP), forment le troisième pôle. La façade du golfe Persique, autour de Jebel Ali (environ 14 millions d'EVP), s'y ajoute. Ces façades correspondent aux trois pôles de la production mondiale : Asie orientale, Europe, Amérique du Nord.
2. L'Asie orientale domine nettement. Les cinq premiers ports cités sont asiatiques : Shanghai (environ 49 millions d'EVP), Singapour (39), Ningbo-Zhoushan (35), Shenzhen (30) et Busan (23). Shanghai traite à lui seul près de quatre fois le trafic de Rotterdam. Les deux routes les plus épaisses, vers l'Europe et vers l'Amérique du Nord, partent d'Asie. Cette domination traduit le rôle d'atelier du monde de l'Asie orientale, et d'abord de la Chine, dont l'industrialisation a été volontairement littorale : ZES de 1980, quatorze villes côtières ouvertes en 1984. Les ports y sont les interfaces entre les usines de l'arrière-pays et les marchés mondiaux.
3. Les passages stratégiques (Malacca, Suez, Bab el-Mandeb, Panama, Ormuz) sont des goulets d'étranglement où se concentrent les flux : leur fermeture paralyse des routes entières. Du 23 au 29 mars 2021, l'échouement de l'Ever Given dans le canal de Suez a immobilisé des centaines de navires et retardé des livraisons de composants aux usines européennes. Depuis fin 2023, les attaques houthistes en mer Rouge, au niveau de Bab el-Mandeb, obligent de nombreux armateurs à contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, ce qui allonge les trajets. La production en flux tendus rend ces chocs d'autant plus coûteux.
4. L'Afrique subsaharienne, l'Amérique du Sud et l'Océanie apparaissent en marge : seules des routes secondaires les desservent et Santos, premier port sud-américain de la carte, ne traite qu'environ 5 millions d'EVP. Il faut pourtant nuancer. Tanger Med, en service depuis 2007, atteint environ 9 millions d'EVP, autant que Los Angeles : ce hub de transbordement, au détroit de Gibraltar, intègre le Maroc à la route Asie–Europe. De plus, la carte ne représente que les conteneurs ; pour le vrac (minerai de fer, soja, pétrole), l'Australie, le Brésil ou le golfe Persique sont au contraire des espaces centraux.
Ce que cette analyse apprend — Une carte se lit par sa légende : on relève les éléments, on les hiérarchise, puis on cherche ce que la carte ne montre pas.
Document 3 — Les Nations unies et la responsabilité des entreprises
Moyen
Texte officiel d'une organisation internationale (extraits) · Nations unies, Conseil des droits de l'homme, Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme : mise en œuvre du cadre de référence « protéger, respecter et réparer », document A/HRC/17/31, 21 mars 2011, approuvés par la résolution 17/4 du 16 juin 2011 ; extraits des principes 1, 11, 13 et 17, traduction de l'anglais pour l'exercice.
Ces principes sont élaborés entre 2005 et 2011 par le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU, le juriste américain John Ruggie, puis approuvés à l'unanimité par le Conseil des droits de l'homme en juin 2011. Ils s'adressent aux États et aux entreprises, à un moment où la dispersion des chaînes de valeur rend difficile le contrôle des conditions de production.
Principe 1. Les États doivent protéger contre les atteintes aux droits de l'homme commises sur leur territoire et/ou sous leur juridiction par des tiers, y compris des entreprises. Cela exige de prendre des mesures appropriées pour prévenir ces atteintes, enquêter à leur sujet, les punir et les réparer, au moyen de politiques, de lois, de règlements et de procédures judiciaires efficaces.
Principe 11. Les entreprises devraient respecter les droits de l'homme. Cela signifie qu'elles devraient éviter de porter atteinte aux droits de l'homme d'autrui et remédier aux incidences négatives sur les droits de l'homme dans lesquelles elles ont une part.
Principe 13. La responsabilité de respecter les droits de l'homme exige des entreprises : a) qu'elles évitent d'avoir, par leurs propres activités, des incidences négatives sur les droits de l'homme ou d'y contribuer, et qu'elles remédient à ces incidences lorsqu'elles se produisent ; b) qu'elles s'efforcent de prévenir ou d'atténuer les incidences négatives sur les droits de l'homme qui sont directement liées à leurs activités, produits ou services par leurs relations commerciales, même si elles n'ont pas contribué à ces incidences.
Principe 17. Afin d'identifier leurs incidences négatives sur les droits de l'homme, de les prévenir, de les atténuer et de rendre compte de la manière dont elles y remédient, les entreprises devraient faire preuve de diligence raisonnable en matière de droits de l'homme.
En analysant ce document, montrez que les acteurs de la production mondiale sont appelés à partager la responsabilité des conditions de production, et discutez la portée de ces principes.
Présentez le document : nature, auteur, date, destinataires.
Quels acteurs le texte distingue-t-il, et quelle responsabilité attribue-t-il à chacun ?
Pourquoi le principe 13 b) vise-t-il les « relations commerciales » ? Reliez-le au fonctionnement des chaînes de valeur mondiales.
Quelle est la portée de ce texte ? Appuyez-vous sur des exemples postérieurs à 2011.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document réunit des extraits des Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme, texte officiel des Nations unies rédigé sous la direction de John Ruggie et approuvé par le Conseil des droits de l'homme le 16 juin 2011. Il s'adresse à la fois aux États membres de l'ONU et aux entreprises, en particulier aux firmes transnationales, qui organisent la production dans de nombreux pays.
2. Le texte distingue deux acteurs aux devoirs différents. Les États « doivent protéger » (principe 1) : leur obligation porte sur leur territoire et leur juridiction, et passe par des « lois », des « règlements » et des « procédures judiciaires ». Les entreprises, elles, « devraient respecter » les droits de l'homme (principe 11) : le conditionnel marque une responsabilité morale et une attente de la communauté internationale, non une obligation juridique. Le texte ajoute un troisième volet, la réparation : les entreprises doivent « remédier » aux atteintes dans lesquelles elles ont une part.
3. Le principe 13 b) étend la responsabilité des entreprises au-delà de leurs propres usines, aux incidences liées à leurs produits par leurs « relations commerciales », « même si elles n'ont pas contribué » aux atteintes. Il répond au fonctionnement des chaînes de valeur mondiales : une marque d'habillement ou d'électronique possède rarement les ateliers qui fabriquent ses produits ; elle passe commande à des sous-traitants, parfois en cascade, au Bangladesh, au Viêt Nam ou en Chine. Sans ce principe, le donneur d'ordres pourrait se dire étranger aux conditions de travail chez ses fournisseurs. Le principe 17 en tire la conséquence pratique : la « diligence raisonnable », c'est-à-dire l'obligation d'identifier et de prévenir les risques tout au long de la chaîne.
4. Ce texte n'est pas contraignant : aucune sanction n'est prévue en cas de non-respect. Sa portée est pourtant réelle, car il sert de référence aux législateurs. L'effondrement du Rana Plaza, le 24 avril 2013 près de Dacca, qui fait plus de 1 100 morts dans des ateliers travaillant pour des marques occidentales, montre l'écart entre les principes et la réalité ; il débouche en mai 2013 sur un accord entre marques et syndicats sur la sécurité des bâtiments. L'Allemagne adopte en 2021 une loi sur le devoir de vigilance dans les chaînes d'approvisionnement, et l'Union européenne une directive en 2024, dont l'application a été repoussée en 2025. Les principes de 2011 ont donc ouvert un mouvement de régulation des chaînes de valeur, encore inachevé et discuté : ses partisans y voient une protection des travailleurs, ses critiques une charge administrative pour les entreprises.
Ce que cette analyse apprend — Un texte officiel s'analyse par ses verbes (« doivent », « devraient ») : ils disent qui est obligé et à quoi.
Document 4 — Ricardo et la spécialisation internationale
Difficile
Document d'époque : extrait d'un traité d'économie politique · David Ricardo, On the Principles of Political Economy and Taxation (Des principes de l'économie politique et de l'impôt), Londres, John Murray, 1817, chapitre VII « Du commerce extérieur » ; traduction pour l'exercice.
David Ricardo (1772-1823), agent de change devenu économiste et député, publie ce traité en 1817 dans une Angleterre qui s'industrialise et débat des Corn Laws de 1815, qui protègent les céréaliers anglais. Il s'adresse aux élites politiques et économiques britanniques pour défendre le libre-échange.
Dans un système de commerce parfaitement libre, chaque pays consacre naturellement son capital et son travail aux emplois qui lui sont les plus avantageux. Cette poursuite de l'avantage individuel est admirablement liée au bien universel de l'ensemble. En stimulant l'industrie, en récompensant l'ingéniosité et en utilisant le plus efficacement les capacités particulières accordées par la nature, elle répartit le travail de la manière la plus efficace et la plus économique ; tandis qu'en augmentant la masse générale des productions, elle répand un bienfait général et unit, par un lien commun d'intérêt et d'échanges, la société universelle des nations à travers le monde civilisé. C'est ce principe qui veut que le vin soit fait en France et au Portugal, que le blé soit cultivé en Amérique et en Pologne, et que la quincaillerie et d'autres biens soient fabriqués en Angleterre. […]
L'Angleterre peut se trouver dans une situation telle que produire le drap y exige le travail de 100 hommes pendant un an ; et si elle tentait de faire le vin, il pourrait exiger le travail de 120 hommes pendant le même temps. L'Angleterre trouverait donc son intérêt à importer du vin et à le payer par l'exportation de drap. Produire le vin au Portugal pourrait n'exiger que le travail de 80 hommes pendant un an, et produire le drap dans ce même pays, le travail de 90 hommes pendant le même temps. Il serait donc avantageux pour lui d'exporter du vin en échange de drap.
En analysant ce document, expliquez la conception de la spécialisation internationale défendue par Ricardo, puis montrez en quoi l'organisation actuelle des espaces de production la dépasse.
Présentez le document et son contexte.
Expliquez le raisonnement chiffré de Ricardo : pourquoi le Portugal a-t-il intérêt à produire du vin alors qu'il produit aussi le drap à moindre coût que l'Angleterre ?
Quelle division internationale du travail Ricardo décrit-il ? Sur quoi repose-t-elle selon lui ?
En quoi l'organisation actuelle des espaces de production dépasse-t-elle ce modèle ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce texte est extrait du chapitre VII, consacré au commerce extérieur, des Principes de l'économie politique et de l'impôt, publié à Londres en 1817 par David Ricardo, économiste et futur député. Il paraît au moment où le Royaume-Uni, première puissance industrielle, débat des Corn Laws de 1815 qui protègent son agriculture : Ricardo y défend le libre-échange devant les élites britanniques.
2. Le Portugal produit les deux biens avec moins de travail que l'Angleterre : 80 hommes contre 120 pour le vin, 90 contre 100 pour le drap. Il dispose donc d'un avantage absolu dans les deux productions. Mais son avantage est relativement plus grand pour le vin : produire une unité de vin lui « coûte » 80/90, soit environ 0,9 unité de drap, alors qu'elle coûte 120/100, soit 1,2 unité de drap, en Angleterre. Le Portugal a donc un avantage comparatif dans le vin, l'Angleterre dans le drap. Si chacun se spécialise, l'Angleterre produit avec ses 220 hommes 2,2 unités de drap et le Portugal avec ses 170 hommes 2,125 unités de vin : avec le même travail, les deux pays disposent de plus que les deux unités de chaque bien produites sans spécialisation. L'échange est donc gagnant pour les deux.
3. Ricardo décrit une division internationale du travail par produits : chaque pays se spécialise dans un bien entier, le vin au Portugal et en France, le blé en Amérique et en Pologne, la quincaillerie en Angleterre. Elle repose selon lui sur les « capacités particulières accordées par la nature » (climat, sols) et sur le libre jeu de l'intérêt individuel, « admirablement lié au bien universel ». Le texte suppose aussi que capitaux et travailleurs restent dans leur pays : seuls les produits circulent. Cette vision optimiste fait du commerce un « lien commun » entre les nations.
4. L'organisation actuelle dépasse ce modèle sur trois points. D'abord, on ne se spécialise plus seulement dans des produits mais dans des tâches : un iPhone est conçu en Californie, équipé de composants coréens, japonais et taïwanais, assemblé en Chine. Ensuite, les capitaux circulent : les FTN investissent à l'étranger (IDE) et organisent elles-mêmes la répartition des étapes, alors que Ricardo raisonne sur des nations. Enfin, les avantages ne sont plus seulement « accordés par la nature » : ils sont construits par les États (zones franches, ZES de Shenzhen en 1980, subventions du CHIPS Act en 2022) et par l'accessibilité, comme le montre la littoralisation des espaces productifs. L'idée d'un gain mutuel doit aussi être nuancée : la valeur se partage très inégalement le long des chaînes, et la dépendance mutuelle devient une vulnérabilité, comme l'a montré la pandémie de 2020.
Ce que cette analyse apprend — Un document d'époque se replace dans son temps avant d'être confronté au présent : on explique d'abord, on dépasse ensuite.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.