Le sujet impose trois termes : interroger, ce qui exclut l’affirmation et le savoir constitué ; le mystère de l’être et celui du monde, soit deux inconnues tenues ensemble ; recueillir des liens, geste de collecte et non de création. La tension est là : un livre qui ne prétend ni expliquer ni inventer peut-il encore prétendre dire quelque chose ?
L’écriture de Mes forêts se définit-elle moins par ce qu’elle produit que par sa manière de recueillir, sans les résoudre, les liens qui unissent l’être et le monde ?
Le plan en trois parties
Le recueil commence par interroger, non par affirmer
- Le fragment d’ouverture ne définit rien : il énumère des identifications successives du syntagme titulaire, chacune remplaçant la précédente sans que l’une s’impose.fragment liminaire en italique, tête de la section I
- L’écriture est présentée comme un geste de liaison, non d’invention : elle rapproche ce qui était dispersé plutôt qu’elle ne produit un objet nouveau.poèmes sur la fonction de l’écriture, section IV
- La reprise de la même amorce anaphorique d’une section à l’autre montre une question relancée plutôt qu’une réponse acquise.fragments en italique répartis dans les quatre sections
Les liens recueillis sont d’abord des liens de matière
- Le réseau souterrain qui unit les arbres donne au mot lien un contenu concret : ce qui tient n’est pas visible, mais il est matériel.poèmes du réseau de racines, section I
- La superposition de l’écorce et de la peau, de la sève et du sang, établit une continuité de substance entre l’humain et l’arbre.poèmes assimilant l’écorce et la peau, section I
- Ce qui demeure après une disparition — un lieu, un objet qui continue d’appartenir — relie les vivants aux absents sans recourir à la métaphysique.poèmes de ce qui subsiste après la disparition, section II
Recueillir des liens, c’est ouvrir l’intime sur le commun sans conclure
- L’accord retrouvé entre le sujet et le vivant est formulé comme une direction, au futur ou au conditionnel, jamais comme un résultat.poèmes du rapport retrouvé au vivant, section IV
- Le glissement du singulier au pluriel étend l’expérience éprouvée par un sujet isolé à une collectivité non définie.poèmes où le « je » devient « nous », section III
- Les derniers poèmes reprennent les motifs de l’ouverture et les laissent en suspens : le livre s’achève sans bilan, fidèle à son interrogation.derniers poèmes du recueil, section IV
Une écriture qui recueille plutôt qu’elle n’invente peut-elle encore être dite création, ou faut-il admettre qu’elle relève d’abord d’une éthique de l’attention ?