À propos de cette page
Ce cours de spécialité hggsp en terminale sur « Puissances et multilatéralisme » suit le programme officiel de spécialité hggsp de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Définir la puissance : une notion plurielle, Hard power et soft power : les visages de la puissance, Mesurer la puissance : critères et limites, De la bipolarité à l'hyperpuissance américaine. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité hggsp.
Au programme
1 · Définir la puissance : une notion plurielle
2 · Hard power et soft power : les visages de la puissance
3 · Mesurer la puissance : critères et limites
4 · De la bipolarité à l'hyperpuissance américaine
5 · Vers un monde multipolaire ?
6 · Le multilatéralisme : coopérer pour gouverner le monde
7 · La crise du multilatéralisme face au retour des puissances
1Définir la puissance : une notion plurielle
La puissance est l'une des notions centrales de la géopolitique. Elle désigne d'abord la capacité d'un État à peser sur les relations internationales et à imposer sa volonté aux autres acteurs. Mais la puissance ne se résume pas à la force brute : elle est relationnelle (elle se mesure par rapport aux autres), multiscalaire (locale, régionale, mondiale) et évolutive dans le temps.
Définition. La puissance est la capacité d'un acteur — le plus souvent un État — à influencer, contraindre ou attirer les autres acteurs, à maîtriser un espace et à participer au gouvernement du monde. Le politiste américain Raymond Aron la définit comme « la capacité d'une unité politique à imposer sa volonté aux autres unités ».
La puissance ne s'exerce pas seulement par les États. À l'heure de la mondialisation, d'autres acteurs jouent un rôle majeur :
- Les firmes transnationales (FTN), comme les GAFAM, dont le poids économique dépasse celui de nombreux États.
- Les organisations internationales (ONU, OMC, FMI).
- Les organisations non gouvernementales (ONG) et les acteurs illégaux (groupes terroristes, mafias).
Astuce. Pour le Bac, distinguez toujours la puissance de jure (statut officiel, ex. : membre permanent du Conseil de sécurité) et la puissance de facto (capacité réelle d'action). Un État peut être puissant sans statut officiel, et inversement.
2Hard power et soft power : les visages de la puissance
La puissance se manifeste sous deux grandes formes complémentaires, popularisées par le politiste américain Joseph Nye dans les années 1990.
Définition. Le hard power est la puissance de contrainte, fondée sur la force militaire et la pression économique (sanctions, embargos). Le soft power est la puissance d'influence, fondée sur l'attractivité de la culture, des valeurs, du modèle politique et de la diplomatie : il consiste à « amener les autres à vouloir ce que vous voulez ».
| Hard power | Soft power |
|---|
| Moyens | Armée, économie, sanctions | Culture, diplomatie, valeurs, attractivité |
| Logique | Contraindre | Séduire, convaincre |
| Exemples | Bombe nucléaire, dollar, sanctions contre l'Iran | Hollywood, universités, French Touch, K-pop coréenne |
Exemple. Les États-Unis exercent un soft power planétaire par leur cinéma (Hollywood), leurs marques (Coca-Cola, Apple), leurs universités (Harvard, MIT) et leur langue. La Corée du Sud illustre la montée d'un soft power nouveau avec la K-pop, les séries (Squid Game) et le cinéma (Parasite, palme d'or 2019).
Attention ! Nye a ajouté la notion de smart power : la puissance « intelligente » combine habilement hard et soft power. Une grande puissance ne mise jamais sur un seul levier.
3Mesurer la puissance : critères et limites
Comment évaluer la puissance d'un État ? On combine plusieurs critères, sans qu'aucun ne suffise à lui seul.
| Type de critère | Indicateurs |
|---|
| Militaire | Budget de défense, arme nucléaire, capacité de projection, bases à l'étranger |
| Économique | PIB, monnaie de réserve, FTN, innovation, brevets |
| Démographique et territorial | Population, superficie, ressources, façades maritimes |
| Diplomatique et culturel | Siège à l'ONU, alliances, rayonnement, langue |
Attention ! Tous ces critères ont des limites. Une forte population peut être un poids (sous-développement), un grand territoire peut être difficile à contrôler, et une supériorité militaire ne garantit pas la victoire (échec des États-Unis au Vietnam puis en Afghanistan, retrait de 2021). La puissance se mesure aussi à la capacité d'atteindre ses objectifs.
Astuce. Reliez la mesure de la puissance à la notion de puissance complète (qui dispose de tous les attributs, comme les États-Unis) et de puissance incomplète (forte sur un seul plan, ex. : la Russie, puissance militaire mais économie limitée).
4De la bipolarité à l'hyperpuissance américaine
La configuration de la puissance mondiale a profondément évolué depuis 1945. On distingue trois grandes phases.
Définition. Un monde bipolaire est dominé par deux superpuissances rivales ; un monde unipolaire par une seule puissance dominante ; un monde multipolaire par plusieurs pôles de puissance équivalents.
- 1947-1991, la bipolarité : la guerre froide oppose deux superpuissances, les États-Unis et l'URSS, chacune dominant un bloc.
- 1991-2008, l'unipolarité : l'effondrement de l'URSS (1991) laisse les États-Unis seuls au sommet. Le ministre français Hubert Védrine forge le terme d'« hyperpuissance » pour désigner cette domination inédite, à la fois militaire, économique, technologique et culturelle.
- Depuis 2008, la contestation : la crise financière de 2008 et la montée de nouveaux pôles (Chine notamment) remettent en cause cette domination.
Exemple. L'hyperpuissance américaine des années 1990 se lit dans le rôle du dollar (monnaie mondiale), la suprématie d'Hollywood et de la Silicon Valley, le réseau de bases militaires (plus de 700 dans le monde) et la victoire éclair de la guerre du Golfe (1991).
5Vers un monde multipolaire ?
Depuis le début du XXIe siècle, la domination américaine est de plus en plus contestée. Le monde semble s'orienter vers une multipolarité, marquée par l'émergence de nouveaux pôles de puissance.
- La Chine : deuxième économie mondiale, projet des « nouvelles routes de la soie » (BRI, lancées en 2013), montée militaire et technologique. Elle apparaît comme la principale rivale des États-Unis.
- La Russie : puissance militaire et nucléaire qui cherche à restaurer son influence (Syrie, Ukraine), malgré une économie limitée.
- Les puissances émergentes : Inde, Brésil, regroupées un temps dans les BRICS, qui contestent l'ordre occidental.
- L'Union européenne : géant économique et commercial, mais « puissance incomplète » sur le plan militaire et diplomatique.
Idée-clé. On parle de monde multipolaire ou, selon certains analystes, « apolaire » : aucun pôle ne domine totalement, mais les rivalités entre puissances se multiplient. La compétition sino-américaine structure désormais les relations internationales.
Attention ! La multipolarité ne signifie pas l'égalité des puissances : les États-Unis restent la première puissance globale (« puissance complète »), mais ils ne sont plus seuls. On parle parfois de monde « unimultipolaire ».
Exemple. La création des BRICS (sommets depuis 2009, élargissement en 2024) et de banques alternatives (Nouvelle Banque de développement) illustre la volonté des émergents de bâtir un ordre mondial moins dominé par l'Occident et le dollar.
6Le multilatéralisme : coopérer pour gouverner le monde
Face à des défis qui dépassent les frontières (paix, climat, commerce, santé), les États ont développé des formes de coopération organisée : c'est le multilatéralisme.
Définition. Le multilatéralisme est un mode de gestion des relations internationales fondé sur la coopération entre au moins trois États, dans le cadre d'organisations et de règles communes. Il s'oppose à l'unilatéralisme (un État agit seul) et au bilatéralisme (relations entre deux États).
Le multilatéralisme s'incarne dans de grandes institutions, héritières surtout de l'après-1945 :
| Domaine | Organisation | Rôle |
|---|
| Paix et sécurité | ONU (1945) | Maintien de la paix, Conseil de sécurité (5 membres permanents) |
| Commerce | OMC (1995) | Régulation du commerce mondial, règlement des différends |
| Finance | FMI, Banque mondiale | Stabilité financière, aide au développement |
| Climat | COP (accords de Paris, 2015) | Coopération environnementale mondiale |
Astuce. Le multilatéralisme repose sur l'idée que la coopération est plus efficace et plus légitime que l'action solitaire pour gérer les biens communs mondiaux (paix, climat, océans). C'est l'esprit du « gouvernement du monde ».
7La crise du multilatéralisme face au retour des puissances
Depuis les années 2000, le multilatéralisme traverse une crise. Le retour des rivalités de puissance et la contestation des institutions internationales fragilisent l'idée d'un gouvernement coopératif du monde.
- Le retour de l'unilatéralisme : les États-Unis se sont parfois affranchis du cadre multilatéral (guerre d'Irak en 2003 sans mandat de l'ONU ; retrait de l'accord de Paris et de l'OMS sous la présidence de Donald Trump).
- Le blocage des institutions : le droit de veto des cinq membres permanents paralyse souvent le Conseil de sécurité de l'ONU (guerre en Syrie, en Ukraine).
- La contestation de l'ordre occidental : Chine et Russie proposent une autre vision du monde et créent des institutions alternatives.
Attention ! La guerre en Ukraine (depuis 2022) symbolise cette crise : un membre permanent du Conseil de sécurité (la Russie) viole la Charte de l'ONU, qu'il est censé défendre, ce qui révèle les limites du système multilatéral.
Exemple. L'OMC est paralysée depuis 2019 : les États-Unis bloquent la nomination des juges de son organe d'appel, empêchant le règlement des différends commerciaux. Le retour du protectionnisme et des guerres commerciales (États-Unis / Chine) illustre le recul du multilatéralisme.
Idée-clé. Le monde oscille aujourd'hui entre un besoin accru de coopération (défis globaux : climat, pandémies) et un retour des logiques de puissance et de souveraineté. C'est toute la tension du « gouvernement du monde » contemporain.
★À retenir
En bref :
• La puissance est la capacité d'un acteur à imposer sa volonté, influencer et maîtriser un espace ; elle est relationnelle, multiscalaire et évolutive.
• Elle combine hard power (contrainte : armée, économie) et soft power (influence : culture, valeurs), théorisés par Joseph Nye ; leur combinaison forme le smart power.
• On la mesure par des critères militaires, économiques, démographiques et culturels, tous limités : la vraie puissance est la capacité d'atteindre ses objectifs.
• Le monde est passé de la bipolarité (guerre froide) à l'hyperpuissance américaine (terme d'Hubert Védrine, 1991) puis vers la multipolarité (Chine, Russie, émergents).
• Le multilatéralisme (coopération entre ≥ 3 États : ONU, OMC, FMI, COP) organise le « gouvernement du monde ».
• Il connaît une crise face au retour de l'unilatéralisme, des vetos et des rivalités de puissance (guerre en Ukraine depuis 2022).