Lycée · Terminale · Spécialité HGGSP
Les organisations internationales et la gouvernance mondiale
Thème 8 : Les États et le gouvernement du monde — coopérer pour réguler un monde multipolaire (programme de Spécialité HGGSP Tle)
À propos de cette page
Gouvernance mondiale et multilatéralisme : définir les notions
Depuis le XXe siècle, les États ne sont plus les seuls maîtres du jeu international : face à des défis transnationaux (guerres, crises économiques, pandémies, réchauffement climatique), ils ont créé des institutions et des règles communes. On parle alors de gouvernance mondiale.
La gouvernance mondiale poursuit plusieurs objectifs : maintenir la paix, réguler l'économie, protéger les droits humains et répondre aux défis globaux (climat, santé, migrations).
De la SDN à l'ONU : naissance d'un ordre international
L'idée d'une organisation chargée de garantir la paix mondiale naît du traumatisme de la Première Guerre mondiale. Inspirée des « Quatorze Points » du président américain Woodrow Wilson, la Société des Nations (SDN) est créée en 1919 par le traité de Versailles, siégeant à Genève.
De ce constat naît une seconde tentative, plus ambitieuse. Le 26 juin 1945, 51 États signent à San Francisco la Charte des Nations unies : l'ONU remplace la SDN. Son siège est à New York. Elle vise à « préserver les générations futures du fléau de la guerre ».
| SDN (1919-1946) | ONU (depuis 1945) | |
|---|---|---|
| Membres | ~60 max, sans les États-Unis | 51 à l'origine, 193 aujourd'hui (quasi universelle) |
| Décisions | Règle de l'unanimité | Vote majoritaire + Conseil de sécurité |
| Force | Aucune armée | Casques bleus, possibilité d'autoriser la force |
L'architecture de l'ONU et le maintien de la paix
L'ONU repose sur six organes principaux, mais deux sont essentiels pour comprendre la gouvernance politique du monde.
| Organe | Rôle |
|---|---|
| Assemblée générale | 193 États, « un État = une voix ». Vote des résolutions (non contraignantes), forum de débat universel. |
| Conseil de sécurité | Organe central du maintien de la paix. 15 membres dont 5 permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) dotés du droit de veto. Ses résolutions sont contraignantes. |
| Secrétariat général | Dirigé par le Secrétaire général (António Guterres depuis 2017). Administration et diplomatie. |
| Cour internationale de justice | Siège à La Haye, règle les différends entre États. |
Pour maintenir la paix, l'ONU dispose des Casques bleus (opérations de maintien de la paix, OMP) et peut autoriser le recours à la force (chapitre VII de la Charte). Elle promeut aussi les droits humains via la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) et, depuis 2005, le principe de responsabilité de protéger (R2P).
La gouvernance économique et financière mondiale
La régulation du monde n'est pas seulement politique : elle est aussi économique et financière. Dès 1944, avant même la fin de la guerre, les Alliés organisent l'ordre économique d'après-guerre lors de la conférence de Bretton Woods.
Le commerce mondial est encadré à partir de 1947 par le GATT, remplacé en 1995 par l'OMC (Organisation mondiale du commerce), qui fixe les règles du libre-échange et arbitre les conflits commerciaux.
| Institution | Création | Mission |
|---|---|---|
| FMI | 1944 | Stabilité monétaire et financière, prêts aux États |
| Banque mondiale | 1944 | Financement du développement et lutte contre la pauvreté |
| OMC | 1995 (GATT 1947) | Règles du commerce mondial, règlement des litiges |
Une gouvernance élargie : acteurs non étatiques et nouveaux enjeux
La gouvernance mondiale ne se limite plus aux États et aux grandes institutions de 1945. Elle est devenue polycentrique : une multitude d'acteurs y participent.
- Les ONG (organisations non gouvernementales) : Amnesty International, Médecins sans frontières, Greenpeace, Human Rights Watch. Elles alertent l'opinion, agissent sur le terrain et pèsent sur les négociations (climat, droits humains).
- Les firmes transnationales (FTN) : leur poids économique dépasse parfois celui d'États ; elles influencent normes et réglementations (numérique, environnement).
- Les organisations régionales : l'Union européenne, l'ASEAN, l'Union africaine, qui constituent des échelons intermédiaires de coopération.
Cette gouvernance élargie se déploie sur de nouveaux enjeux globaux qui dépassent les frontières :
| Enjeu | Cadre / acteur |
|---|---|
| Climat | COP, Accord de Paris (2015), GIEC |
| Santé | OMS (ex. pandémie de Covid-19, 2020) |
| Justice internationale | CPI (Cour pénale internationale, 2002, La Haye) |
| Numérique et cyberespace | Régulation émergente, peu institutionnalisée |
Les forums informels : G7, G20 et clubs de puissances
À côté des institutions « lourdes » de l'ONU, la gouvernance mondiale s'organise aussi par des forums informels, plus souples, qui réunissent les principaux dirigeants de la planète.
Le G20 prend une importance majeure lors de la crise financière de 2008 : pour la première fois, il se réunit au niveau des chefs d'État et coordonne la réponse mondiale. Il illustre le passage d'un monde dominé par l'Occident (G7) à un monde multipolaire où comptent les émergents.
Limites, contestations et crise du multilatéralisme
Malgré ces institutions, la gouvernance mondiale connaît depuis les années 2010 une crise profonde. Plusieurs facteurs la fragilisent.
- La paralysie de l'ONU : le droit de veto bloque le Conseil de sécurité sur les grands conflits (Syrie, Ukraine). L'ONU apparaît impuissante face aux guerres.
- Le retour de l'unilatéralisme : les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump (2017-2021), se retirent de l'Accord de Paris, de l'OMS, de l'UNESCO, et adoptent une logique « America First ». Le multilatéralisme est ouvertement contesté.
- Les rivalités de puissances : la rivalité sino-américaine, la guerre en Ukraine (2022) et le retour des logiques de blocs affaiblissent la coopération.
- La représentativité contestée : le Conseil de sécurité reflète le monde de 1945 (aucun siège permanent pour l'Afrique, l'Amérique latine, l'Inde). Sa réforme, réclamée depuis des décennies, n'aboutit pas.
- La gouvernance mondiale régule des problèmes communs sans gouvernement mondial : « gouvernance n'est pas gouvernement ». Elle repose sur le multilatéralisme et le droit international.
- De la SDN (1919, échec) à l'ONU (1945, charte de San Francisco, 193 États) : le maintien de la paix repose sur le Conseil de sécurité (5 permanents, droit de veto).
- Gouvernance économique : Bretton Woods (1944) → FMI, Banque mondiale ; OMC (1995) pour le commerce.
- Une gouvernance élargie et polycentrique : ONG, FTN, organisations régionales (UE), nouveaux enjeux (climat avec l'Accord de Paris 2015, santé/OMS, justice/CPI).
- Des forums informels : G7 (1975, occidentaux) et G20 (~85 % du PIB, depuis la crise de 2008) → monde multipolaire.
- Une crise du multilatéralisme : blocages des vetos, unilatéralisme (Trump), rivalités de puissances, Conseil de sécurité non réformé. Une gouvernance fragile mais irremplaçable.
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