Thème 6 — Patrimoine et mémoires : enjeux politiques · Introduction : construction d'une notion et de ses enjeux
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Exercice 1 — Dissertation
Corrigé détaillé :
Analyse du sujet : il faut montrer que le patrimoine n'est pas un donné naturel mais un construit social et historique, et que cette construction est traversée par des enjeux de pouvoir.
Problématique possible : Comment la sélection et la protection du patrimoine traduisent-elles des choix politiques, identitaires et idéologiques ?
Plan détaillé proposé :
I. Le patrimoine est une construction sociale et historique.
• Étymologie (patrimonium) et glissement du privé au collectif.
• Construction progressive en France : Révolution (Louvre 1793, « vandalisme » de l'abbé Grégoire), XIXe siècle (Mérimée, loi de 1913), élargissement (UNESCO 1972, immatériel 2003).
• La patrimonialisation = un processus de sélection (sélection → classement → protection → valorisation) : « rien n'est patrimoine par nature ».
II. Patrimonialiser, c'est faire des choix politiques et identitaires.
• Construire la nation : sous la IIIe République, le patrimoine forge l'unité nationale.
• Sélectionner, c'est exclure : marginalisation longue du patrimoine ouvrier, des cultures du Sud ; rééquilibrage avec la convention de 2003.
• Le patrimoine comme symbole identitaire : émotion mondiale après l'incendie de Notre-Dame (2019).
III. Le patrimoine, enjeu de pouvoir, de conflits et de mémoires concurrentes.
• Détruire le patrimoine comme arme : Bâmiyân (2001), Palmyre (2015) — effacer une mémoire pour imposer une idéologie.
• Contestations mémorielles : déboulonnage de statues (2020), restitution des œuvres africaines spoliées.
• La Liste UNESCO comme construit géopolitique (surreprésentation européenne).
Conclusion : le patrimoine est bien une construction sociale dont chaque étape engage des choix politiques ; il est à la fois ciment identitaire et terrain de luttes mémorielles. Ouverture possible sur le lien patrimoine/mémoire (chapitre suivant).
Exercice 2 — Étude critique de document
Corrigé détaillé :
Méthode attendue : présenter le document (nature, thème), expliquer ses idées en les confrontant aux connaissances, puis porter un regard critique (apports / limites).
1. Présentation et idées principales : texte d'analyse historique portant sur la définition du patrimoine. L'auteur défend trois idées : (a) le patrimoine est une construction, non un donné ; (b) il résulte d'un choix non neutre, lié à l'identité et à la mémoire collective ; (c) la notion s'est élargie (savoir-faire, traditions, paysages), au risque du « tout-patrimoine ».
2. Confrontation aux connaissances : on illustrera. La construction : Louvre 1793, loi de 1913, conventions UNESCO 1972 et 2003. Le choix non neutre : patrimonialisation = sélection donc exclusion (patrimoine ouvrier longtemps ignoré) ; dimension identitaire (Notre-Dame 2019). L'élargissement : repas gastronomique (2010), baguette (2022), patrimoine immatériel et naturel.
3. Regard critique — apports : le document a le mérite de déconstruire l'idée d'un patrimoine « naturel » et de pointer le risque réel du « tout-patrimoine ». Limites : il reste très général et centré sur une vision occidentale/nationale ; il n'aborde pas les enjeux géopolitiques (destructions volontaires à Palmyre, Liste UNESCO comme construit géopolitique), ni les enjeux économiques (tourisme, disneylandisation), ni les conflits mémoriels (restitutions, déboulonnages). On peut donc le compléter et le nuancer.
Conclusion : le document offre une bonne définition de la dimension construite du patrimoine, mais doit être enrichi par les enjeux politiques, mémoriels et économiques pour en saisir toute la portée.
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