L'existence humaine et la culture — Qu'est-ce que la conscience ? Programme de Terminale
Évaluation complète de fin de chapitre, tout en niveau difficile. Travaille seul et sans aide, puis vérifie tes réponses avec le corrigé détaillé dépliable en bas de page.
Lisez l'extrait suivant et répondez à la consigne.
« Toute conscience, comme Husserl l'a montré, est conscience de quelque chose. Cela signifie qu'il n'y a pas de conscience qui ne soit positionnement d'un objet transcendant, ou, si l'on préfère, que la conscience n'a pas de 'contenu'. […] La conscience n'a pas à 'sortir d'elle-même' pour atteindre l'objet puisqu'elle n'est rien d'autre que sa propre transcendance. »
Jean-Paul Sartre, L'Être et le Néant, Gallimard, 1943 (Introduction).
Vous dégagerez la thèse du texte, analyserez la structure de l'argumentation et en examinerez les enjeux et les limites.
Exercice 1 — La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ?
Analyse du sujet. Le sujet pose une question d'identité et de valeur : la conscience de soi (se savoir soi-même) équivaut-elle à une connaissance au sens fort (véritable savoir, certain, fondé) ? Il faut distinguer 'avoir conscience de soi' et 'se connaître' véritablement.
Problématique. La conscience de soi est-elle une connaissance fiable et suffisante de ce que l'on est, ou bien est-elle toujours partielle, trompeuse, voire illusoire ?
Plan détaillé en 3 parties.
I. La conscience de soi semble être une connaissance directe et certaine.
— Argument 1 : Descartes (Méditations) : le cogito est la seule certitude absolue. Je me sais pensant de façon immédiate et indubitable.
— Argument 2 : L'introspection comme méthode. On peut examiner ses états intérieurs et dégager des traits constants (caractère, valeurs).
— Argument 3 : Ricœur (ipséité) : la conscience de soi permet de se raconter, de construire une identité narrative cohérente.
II. La conscience de soi est une connaissance limitée et problématique.
— Argument 1 : Hume : il n'y a pas de 'moi' stable derrière le flux de perceptions — la conscience de soi porte sur un objet insaisissable.
— Argument 2 : Freud : l'inconscient échappe à la conscience. Nos actes, nos rêves, nos lapsus révèlent des déterminants que la conscience ignore. Elle n'est que 'la pointe de l'iceberg'.
— Argument 3 : Nietzsche : la conscience rationalise après coup ; ce sont les pulsions qui commandent. La conscience de soi est souvent une autoillusion.
III. La conscience de soi est moins une connaissance qu'une pratique de soi.
— Argument 1 : Sartre : la conscience est néant, toujours en devenir — il n'y a pas d'essence fixée à connaître. La mauvaise foi montre que se croire bien connu de soi peut être fuite.
— Argument 2 : Hegel : la connaissance de soi ne s'accomplit que dans le rapport à autrui (dialectique du maître et de l'esclave). La conscience de soi a besoin de la reconnaissance.
— Argument 3 : L'idéal socratique ('Connais-toi toi-même') n'est pas un savoir fini mais une tâche permanente, un travail sur soi.
Ouverture. Peut-on alors dire que la psychanalyse propose une voie nouvelle : non plus une conscience transparente à elle-même, mais une prise de conscience laborieuse, accompagnée, à travers le discours et l'interprétation ?
Exercice 2 — Être libre, est-ce agir selon sa conscience ?
Analyse du sujet. 'Agir selon sa conscience' peut signifier : agir conformément à sa conscience morale (Kant, Rousseau) ou agir en accord avec ce que l'on pense librement (autonomie). La liberté, elle, peut être pensée comme absence de contrainte, ou comme autodétermination. Le sujet demande si la conscience est la condition, le critère ou la définition de la liberté.
Problématique. La conscience est-elle le fondement de la liberté, ou bien peut-elle elle-même être une contrainte, voire une illusion dissimulant des déterminismes ?
Plan détaillé en 3 parties.
I. La conscience comme condition de la liberté.
— Argument 1 : Descartes : la conscience pensante, en prenant du recul sur ses représentations, est le siège du libre arbitre. Sans conscience, pas de délibération possible.
— Argument 2 : Kant : la liberté morale, c'est obéir à la loi que la raison (la conscience) se donne à elle-même (autonomie). C'est le contraire de l'hétéronomie (subir la loi d'autrui).
— Argument 3 : Sartre : la conscience est néant — elle n'est déterminée par aucune essence — ce qui fonde la liberté radicale de l'être humain.
II. Agir selon sa conscience n'est pas toujours agir librement.
— Argument 1 : Freud : la conscience peut être déterminée par l'inconscient. Ce que je crois choisir librement peut être le produit de refoulements ou de pulsions.
— Argument 2 : Rousseau vs Kant : si la conscience morale est un sentiment naturel (Rousseau), agir selon sa conscience c'est obéir à sa nature — est-ce vraiment être libre ?
— Argument 3 : Nietzsche : la conscience peut être une rationalisation de désirs et de forces qui la dépassent (ressentiment, volonté de puissance). Croire agir selon sa conscience, c'est peut-être se leurrer.
III. La liberté comme dépassement de la conscience immédiate.
— Argument 1 : Hegel : la vraie liberté n'est pas l'arbitraire de la conscience individuelle mais la liberté réalisée dans les institutions, la vie éthique (famille, société, État).
— Argument 2 : Sartre : la liberté authentique suppose de dépasser la mauvaise foi — non pas agir selon la conscience telle qu'elle se croit, mais assumer sa liberté radicale avec lucidité.
— Argument 3 : La psychanalyse : la cure psychanalytique vise à élargir la liberté du sujet en prenant conscience des déterminismes inconscients qui le gouvernent à son insu.
Ouverture. La question de l'autonomie (se donner sa propre loi) rejoint celle de la maturité : être pleinement libre, serait-ce atteindre une conscience éclairée de ses propres déterminismes, selon l'idéal des Lumières ?
Exercice 3 — Peut-on agir moralement sans conscience ?
Analyse du sujet. 'Agir moralement' signifie agir bien, conformément à une exigence éthique. 'Sans conscience' peut signifier : sans conscience de soi (état de somnambulisme, de réflexe), ou sans conscience morale. Le sujet demande si la conscience est une condition nécessaire de l'action morale.
Problématique. La moralité d'un acte dépend-elle de la conscience qui le pose, ou peut-elle exister indépendamment de tout acte de conscience ?
Plan détaillé en 3 parties.
I. La conscience semble indispensable à l'action morale.
— Argument 1 : Kant : la moralité d'un acte ne dépend pas de ses effets mais de l'intention. Or l'intention suppose une conscience délibérante. Un acte accompli 'sans conscience' (automatiquement) n'est pas moral, il est mécanique.
— Argument 2 : La conscience morale (Rousseau, Kant) est précisément la faculté qui distingue le bien du mal. Sans elle, on ne peut qu'obéir à des règles, non les choisir.
— Argument 3 : Aristote : la vertu suppose la délibération et le choix (prohairesis) — un acte accompli par habitude sans délibération est vertueux au sens restreint mais non pleinement moral.
II. Des actes moraux peuvent être accomplis sans conscience explicite.
— Argument 1 : L'habitus (Aristote) : la vertu habituelle permet d'agir bien spontanément, sans délibération consciente à chaque fois. L'homme vertueux n'a pas besoin de calculer.
— Argument 2 : L'émotion morale (Hume, Rousseau) : la pitié, la compassion, peuvent conduire à des actes bons sans que la raison ou la conscience morale soient impliquées explicitement.
— Argument 3 : Les actes réflexes de secours (sauver quelqu'un sans réfléchir) semblent moralement bons bien qu'accomplis sans délibération consciente.
III. La véritable moralité exige la conscience mais la dépasse.
— Argument 1 : Pour Kant, seul l'acte fait par devoir (par conscience de la loi morale) est vraiment moral. L'acte fait conformément au devoir (mais par intérêt ou habitude) n'a pas de 'valeur morale'.
— Argument 2 : Sartre : l'authenticité morale exige une conscience de sa liberté et de sa responsabilité. Agir 'sans conscience' (en mauvaise foi) n'est pas agir moralement.
— Argument 3 : La psychanalyse : le 'surmoi' peut pousser à des comportements 'moraux' sans que le moi conscient les assume vraiment — ce serait une moralité contrainte, non authentique.
Ouverture. La question rejoint celle de l'éducation morale : faut-il former des habitudes (Aristote) ou éveiller la conscience morale (Kant) ? Les deux ne sont-ils pas complémentaires ?
Exercice 4 — Explication de texte — Jean-Paul Sartre, <i>L'Être et le Néant</i> (1943)
Thèse principale. Sartre soutient, à la suite de Husserl, que la conscience est toujours 'conscience de quelque chose' (intentionnalité). Elle n'a pas de contenu propre : elle est pure relation à un objet, pure transcendance vers le monde. Elle n'est pas une 'boîte intérieure' qui contiendrait des représentations.
Structure de l'argumentation.
1. Point de départ : la thèse husserlienne de l'intentionnalité — toute conscience vise un objet.
2. Conséquence : la conscience n'a pas de 'contenu' au sens d'états intérieurs clos sur eux-mêmes.
3. Conclusion : la conscience n'est rien d'autre que sa transcendance — elle est ouverture au monde, non substance close.
Enjeux philosophiques.
— Contre le psychologisme et l'introspectionnisme classique (idée que la conscience contient des 'images' ou 'idées' qu'elle examine). Sartre rompt avec la vision d'un 'théâtre intérieur'.
— Fondement de la liberté sartrienne : si la conscience n'est que transcendance (ouverture, néant), elle n'est jamais fixée par un contenu — d'où sa liberté radicale.
— Rupture avec Descartes : le cogito cartésien supposait une conscience repliée sur elle-même, certaine de ses propres représentations. Sartre inverse : la conscience est d'abord tournée vers le monde.
Limites et discussions.
— Peut-on vraiment nier tout 'contenu' de la conscience ? Les émotions, les désirs, la douleur ne semblent-ils pas être des 'contenus' internes ?
— Freud objecterait que l'inconscient constitue un 'contenu' qui influence la conscience sans qu'elle en ait conscience.
— Merleau-Ponty nuancera : la conscience est toujours incarnée dans un corps, ce qui limite sa 'pure transcendance'.
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