À propos de cette page
Ce cours de emc en terminale sur « Intelligence artificielle et éthique numérique » suit le programme officiel de emc de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Définir l'IA et l'éthique numérique, La bioéthique : principes et lois, IA, santé et corps humain, Données personnelles et vie privée (RGPD). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en emc.
Au programme
1 · Définir l'IA et l'éthique numérique
2 · La bioéthique : principes et lois
3 · IA, santé et corps humain
4 · Données personnelles et vie privée (RGPD)
5 · Biais, discriminations et opacité des algorithmes
6 · Surveillance, libertés et démocratie
7 · Réguler l'IA : du national à l'européen
8 · Le citoyen face au numérique : esprit critique et responsabilité
1Définir l'IA et l'éthique numérique
L'intelligence artificielle (IA) désigne l'ensemble des techniques permettant à une machine de simuler des capacités associées à l'intelligence humaine : reconnaître, raisonner, décider, produire du texte ou des images. L'IA dite générative (ChatGPT, générateurs d'images) s'est massivement diffusée depuis les années 2020.
Définition. L'éthique numérique est la réflexion sur les valeurs (dignité, liberté, justice, vie privée) et les règles à respecter dans la conception et l'usage des technologies numériques.
Le numérique transforme la vie collective (santé, travail, information, justice) et soulève des questions morales et civiques inédites. L'EMC invite à les analyser à la lumière des grands principes de la République et des droits fondamentaux.
Exemple. Un algorithme de tri de candidatures peut faire gagner du temps à une entreprise, mais s'il écarte systématiquement certains profils, il porte atteinte à l'égalité : un même outil peut être efficace et injuste.
Attention ! Une technologie n'est jamais « neutre » : elle est conçue par des humains, avec des choix, des objectifs et des données qui portent des valeurs. La question éthique n'est pas « peut-on le faire ? » mais « doit-on le faire, et à quelles conditions ? ».
2La bioéthique : principes et lois
La bioéthique est l'étude des questions morales soulevées par les progrès de la biologie et de la médecine. En France, elle est encadrée par des lois de bioéthique régulièrement révisées (1994, 2004, 2011, et la loi du 2 août 2021).
Les grands principes de la bioéthique
• Dignité de la personne humaine : valeur absolue, non négociable.
• Consentement libre et éclairé : on ne peut agir sur une personne sans son accord informé.
• Autonomie : respect de la volonté et des choix de la personne.
• Non-marchandisation du corps humain : le corps et ses éléments ne peuvent être vendus.
• Justice et solidarité : égal accès aux soins, refus des discriminations.
Schéma : les principes fondamentaux qui guident la bioéthique en France.
Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), créé en 1983, éclaire les pouvoirs publics et les citoyens sur ces questions. Les États généraux de la bioéthique associent la société civile aux débats avant chaque révision législative.
Astuce. Retiens que la bioéthique cherche un équilibre entre deux exigences : permettre le progrès scientifique et protéger la dignité humaine. L'IA en santé réactive exactement cette tension.
3IA, santé et corps humain
L'IA pénètre la médecine : aide au diagnostic (imagerie, dépistage de cancers), médecine prédictive, analyse du génome, chirurgie assistée, suivi des patients. Ces usages prolongent les questions classiques de la bioéthique.
Exemple. Un algorithme peut détecter une tumeur sur une radiographie mieux qu'un œil humain dans certains cas. Mais qui est responsable en cas d'erreur : le médecin, l'hôpital ou le concepteur du logiciel ?
| Apport de l'IA en santé | Risque éthique |
|---|
| Diagnostic plus rapide et précis | Déresponsabilisation du médecin, perte du regard humain |
| Médecine prédictive (risques génétiques) | Discrimination (assurances, emploi), stigmatisation |
| Personnalisation des traitements | Atteinte à la vie privée, fuite de données de santé |
| Accès aux soins à distance | Fracture numérique, inégalités d'accès |
Attention ! Les données de santé sont des données « sensibles » au sens du RGPD : elles bénéficient d'une protection renforcée car leur divulgation peut nuire gravement à la personne.
La loi française pose un principe clé : la décision médicale finale doit rester humaine. L'IA est une aide à la décision, pas un substitut au jugement et au consentement.
4Données personnelles et vie privée (RGPD)
Le numérique repose sur la collecte massive de données personnelles (le « pétrole du XXIe siècle »). La protection de la vie privée est un droit fondamental (article 9 du Code civil ; article 8 de la CEDH).
Définition. Une donnée personnelle est toute information se rapportant à une personne identifiée ou identifiable (nom, localisation, historique de navigation, données de santé...).
En Europe, le RGPD (Règlement général sur la protection des données), entré en application le 25 mai 2018, encadre le traitement de ces données. Il garantit aux citoyens plusieurs droits :
- Droit à l'information et au consentement (cases à cocher, cookies).
- Droit d'accès et de rectification de ses données.
- Droit à l'effacement (« droit à l'oubli »).
- Droit à la portabilité de ses données.
Schéma : les principaux droits garantis aux citoyens européens par le RGPD.
En France, la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés), créée par la loi « Informatique et Libertés » de 1978, veille au respect de ces règles et peut sanctionner les entreprises (amendes pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires mondial).
Astuce. Distingue vie privée (sphère intime protégée) et données personnelles (informations collectées). Le RGPD protège les secondes pour défendre la première.
5Biais, discriminations et opacité des algorithmes
Un algorithme apprend à partir de données. Si ces données reflètent des inégalités existantes, l'algorithme les reproduit voire les amplifie : c'est le biais algorithmique.
Définition. Un biais algorithmique est une discrimination produite par un système automatisé, qui traite défavorablement certaines personnes selon leur genre, leur origine, leur âge ou leur lieu de résidence.
Exemple. Des logiciels de reconnaissance faciale identifient moins bien les personnes à la peau foncée, faute d'avoir été entraînés sur des bases diversifiées : un biais technique devient une injustice sociale.
S'ajoute le problème de l'opacité (la « boîte noire ») : on connaît les données entrées et le résultat, mais pas toujours le raisonnement de l'algorithme. Cela rend difficile la contestation d'une décision automatisée.
Attention ! Le RGPD interdit en principe qu'une décision produisant des effets juridiques importants (refus de crédit, de logement) repose uniquement sur un traitement automatisé, sans intervention humaine possible.
L'exigence éthique est ici la transparence et l'explicabilité : un citoyen doit pouvoir comprendre et contester une décision qui le concerne.
6Surveillance, libertés et démocratie
Le numérique offre des outils de surveillance sans précédent : vidéosurveillance « augmentée » par l'IA, reconnaissance faciale, traçage des déplacements, notation sociale dans certains pays.
Exemple. En Chine, un système de crédit social attribue une note aux citoyens selon leur comportement, conditionnant l'accès à certains services. C'est un usage de l'IA contraire aux libertés individuelles d'une démocratie.
La tension est claire : la sécurité peut justifier la surveillance, mais celle-ci menace les libertés fondamentales (liberté d'aller et venir, de manifester, vie privée). La démocratie repose sur l'équilibre entre ces exigences.
Schéma : comment le droit doit arbitrer entre sécurité et libertés face aux IA de surveillance.
Attention ! En France, la reconnaissance faciale en temps réel dans l'espace public reste très encadrée et largement interdite : la loi protège le principe de proportionnalité entre l'atteinte aux libertés et le but recherché.
Les infox (fake news) et la manipulation de l'information par l'IA (deepfakes) menacent aussi le débat démocratique et la confiance des citoyens.
7Réguler l'IA : du national à l'européen
Face à ces enjeux, le droit cherche à encadrer l'IA pour concilier innovation et protection des personnes. La régulation se construit à plusieurs niveaux.
| Niveau | Texte / institution | Rôle |
|---|
| National (France) | Loi « Informatique et Libertés » (1978), CNIL | Protéger les données, sanctionner les abus |
| National | Lois de bioéthique (révision 2021), CCNE | Encadrer l'IA en santé, éclairer les débats |
| Européen | RGPD (2018) | Protéger les données personnelles dans toute l'UE |
| Européen | AI Act / Règlement sur l'IA (2024) | Classer les IA par niveau de risque et interdire les usages dangereux |
| International | UNESCO, OCDE | Recommandations éthiques mondiales |
L'AI Act européen. Adopté en 2024, le règlement européen sur l'IA adopte une approche « par les risques » : il interdit les usages inacceptables (notation sociale), encadre strictement les IA « à haut risque » (santé, justice, recrutement) et impose la transparence aux IA génératives.
Schéma : l'emboîtement des niveaux de régulation de l'intelligence artificielle.
Astuce. Retiens le couple RGPD (les données) + AI Act (les usages de l'IA) : l'Union européenne se veut pionnière d'un modèle de numérique « centré sur l'humain ».
8Le citoyen face au numérique : esprit critique et responsabilité
La régulation ne suffit pas : chaque citoyen est aussi responsable de ses usages et doit développer un esprit critique numérique.
Définition. La citoyenneté numérique est l'exercice des droits et des devoirs du citoyen dans l'espace numérique : respect d'autrui, vérification de l'information, protection de ses données et de celles des autres.
- Protéger ses données : lire les conditions, limiter les partages, gérer ses cookies.
- Vérifier l'information : croiser les sources, repérer les infox et les deepfakes.
- Respecter autrui : refuser le cyberharcèlement, l'atteinte à la vie privée.
- Comprendre les outils : savoir qu'une IA peut se tromper ou « halluciner ».
Schéma : les attitudes du citoyen responsable face au numérique et à l'IA.
Attention ! Une IA générative produit des textes plausibles mais parfois faux (« hallucinations ») : il faut toujours vérifier ses réponses et ne jamais lui déléguer son jugement moral.