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Collège · 5ᵉ · Histoire

Les premiers empires coloniaux

Conquêtes espagnoles et portugaises en Amérique et en Asie

À propos de cette page
Ce cours de histoire en cinquième sur « Les premiers empires coloniaux » suit le programme officiel de histoire de cinquième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Deux royaumes se partagent le monde, Conquérir : Cortés, Pizarro et la chute des empires, Gouverner de loin : l'Amérique espagnole, Exploiter : le travail forcé et l'argent de Potosí. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de cinquième à réussir en histoire.
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Deux royaumes se partagent le monde

Vers 1500, deux petits royaumes de la péninsule Ibérique sont devenus les maîtres des océans. Le Portugal a contourné l'Afrique : Vasco de Gama atteint Calicut (Inde) en 1498. L'Espagne a misé sur l'ouest : Colomb aborde les Antilles en 1492, et l'expédition de Magellan puis Elcano (1519-1522) prouve qu'on peut faire le tour de la Terre.

Empire colonial. Ensemble de territoires (les colonies) conquis, administrés et exploités par un État étranger, la métropole, au profit de celle-ci.

Pour ne pas se faire la guerre, les deux couronnes signent le traité de Tordesillas (7 juin 1494) : une ligne tracée du nord au sud, à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert, partage les terres à découvrir. À l'ouest de la ligne, tout revient à l'Espagne ; à l'est, tout revient au Portugal. Le pape Alexandre VI avait proposé un premier partage en 1493 ; le traité, lui, est négocié directement entre les deux rois.

Attention ! La ligne passe en pleine mer… mais elle coupe la pointe est de l'Amérique du Sud. Quand Cabral y aborde en 1500, le Brésil tombe donc dans la zone portugaise : voilà pourquoi on y parle portugais aujourd'hui.
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Conquérir : Cortés, Pizarro et la chute des empires

Les conquistadors (« conquérants ») sont des aventuriers espagnols, souvent petits nobles ou soldats sans fortune, qui partent à leurs frais avec l'autorisation du roi, contre une part du butin. Deux d'entre eux abattent en quelques années les deux grands empires amérindiens.

Hernán CortésFrancisco Pizarro
L'empire viséaztèque (Mexique), capitale Tenochtitlaninca (Andes), capitale Cuzco
Les forcesenviron 500 hommes, 16 chevaux, quelques canons (1519)environ 180 hommes, une soixantaine de chevaux (1532)
Le coup décisifcapture de Moctezuma (1519), puis siège et prise de Tenochtitlan le 13 août 1521capture d'Atahualpa à Cajamarca (16 novembre 1532), rançon d'or, exécution en 1533, prise de Cuzco
La suiteMexico est bâtie sur les ruines ; vice-royauté de Nouvelle-Espagne (1535)fondation de Lima (1535) ; vice-royauté du Pérou (1542)

Comment si peu d'hommes ont-ils vaincu des empires de plusieurs millions d'habitants ?

  • Les armes : acier, arquebuses, canons, et surtout les chevaux, inconnus en Amérique.
  • Les alliances : Cortés recrute des dizaines de milliers de guerriers chez les peuples soumis aux Aztèques, les Tlaxcaltèques ; Pizarro profite d'une guerre civile entre Atahualpa et son frère.
  • La capture du souverain : très centralisés, les États aztèque et inca sont paralysés dès que leur chef est prisonnier.
  • Les épidémies : la variole ravage Tenochtitlan dès 1520, avant même l'assaut final.
Attention ! Moctezuma n'est pas exécuté par Cortés après la prise de la ville : il meurt en 1520, pendant la révolte de Tenochtitlan. Le dernier empereur aztèque, capturé en 1521, est Cuauhtémoc.
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Gouverner de loin : l'Amérique espagnole

Très vite, le roi d'Espagne (Charles Quint, puis Philippe II à partir de 1556) reprend la main sur des conquistadors trop puissants et trop brutaux. L'Amérique devient un empire administré depuis la Castille, à deux ou trois mois de navigation.

Vice-roi. Grand personnage nommé par le roi pour gouverner en son nom une vice-royauté : il commande l'armée, rend la justice et surveille les colons, mais reste contrôlé par le Conseil des Indes.

Le commerce est tout aussi verrouillé. Depuis 1503, la Casa de Contratación (« maison du commerce ») de Séville enregistre chaque navire, chaque passager et chaque lingot. Séville détient le monopole : aucun autre port, aucun étranger ne peut commercer avec les « Indes ». Le roi prélève le quinto real, le « cinquième royal » : 20 % de tout l'or et de tout l'argent extraits. À partir des années 1560, les navires voyagent en convois escortés de galions, les flottes des Indes, pour échapper aux corsaires français et anglais.

Astuce. Retiens le trio : Séville (le commerce), le Conseil des Indes (les lois), les vice-rois (le terrain). Le roi ne met jamais les pieds en Amérique : l'empire tient par l'écrit et le contrôle.
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Exploiter : le travail forcé et l'argent de Potosí

La colonie existe pour enrichir la métropole. Il faut donc des bras, et les Espagnols les prennent d'abord chez les Amérindiens.

L'encomiendaUn colon, l'encomendero, reçoit du roi un groupe d'Indiens : ils lui doivent un tribut et du travail ; lui doit les protéger et les faire baptiser. En pratique, une exploitation brutale. Les Indiens restent pourtant, en droit, des sujets libres du roi.
La mita (Andes, 1573)Corvée inca reprise par le vice-roi Toledo : dans chaque village, un homme sur sept part un an travailler aux mines, par rotation.
L'esclavage africainAutorisé dès 1518 pour remplacer les Indiens morts : plantations des Antilles, puis du Brésil. L'esclave, lui, est acheté et possédé.

En 1545, on découvre dans les Andes (actuelle Bolivie), à 4 000 m d'altitude, la « montagne d'argent » de Potosí. Vers 1610, la ville compte environ 150 000 habitants : autant que les plus grandes villes d'Europe. À partir de 1570, le minerai est traité au mercure, toxique : les mitayos y meurent par milliers, de froid, d'éboulements et d'empoisonnement.

Cet argent traverse l'Atlantique jusqu'à Séville, puis file chez les banquiers de Gênes et d'Augsbourg qui prêtent au roi pour ses guerres, et jusqu'en Asie pour payer épices et soieries. En Europe, les prix sont multipliés par trois ou quatre au cours du XVIe siècle : c'est la révolution des prix.

Exemple. Le galion de Manille : à partir de 1571, chaque année, un navire quitte Acapulco (Mexique) chargé d'argent de Potosí et revient de Manille (Philippines) plein de soieries et de porcelaines chinoises. Une bonne part de l'argent américain finit en Chine.
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Les Amérindiens : effondrement, évangélisation, débats

Pour les peuples d'Amérique, la conquête est une catastrophe démographique. Dans les régions les plus touchées (Antilles, Mexique central), 80 à 90 % de la population disparaît en un siècle. Les causes se cumulent — massacres, travail forcé, famines — mais la première est l'épidémie : variole, rougeole, grippe, typhus. Présentes en Europe depuis des siècles, ces maladies y frappaient surtout les enfants ; les Amérindiens, jamais exposés, meurent en masse à tout âge.

La conquête s'accompagne d'une évangélisation massive : temples rasés, idoles brûlées, églises bâties sur les ruines (la cathédrale de Mexico sur le grand temple aztèque). Les franciscains (les « Douze » arrivent au Mexique en 1524), les dominicains puis les jésuites baptisent par centaines de milliers, apprennent les langues indiennes et ouvrent des écoles.

Évangélisation. Action de convertir des populations au christianisme. Pour le roi d'Espagne, c'est la justification officielle de la conquête : le pape lui a « donné » les Indes à condition d'y répandre la foi.

Cette violence provoque un débat en Espagne même :

  • 1537 : le pape Paul III déclare que les Indiens sont des êtres raisonnables, qui ne peuvent être réduits en esclavage.
  • 1542 : le dominicain Bartolomé de las Casas, ancien encomendero devenu défenseur des Indiens, remet à Charles Quint sa Très brève relation de la destruction des Indes. La même année, les Lois nouvelles interdisent l'esclavage des Indiens et prévoient la disparition des encomiendas. Les colons du Pérou se révoltent et tuent le vice-roi : le roi doit reculer en partie dès 1545.
  • 1550-1551 : la controverse de Valladolid oppose Las Casas au théologien Sepúlveda, pour qui la guerre contre les Indiens est juste car ils seraient « inférieurs par nature ». Aucun vainqueur n'est proclamé, mais l'idée qu'une conquête doit se justifier est posée.
Attention ! Publié en 1552 et traduit dans toute l'Europe, le texte de Las Casas est repris par les ennemis de l'Espagne (Anglais, Hollandais) pour la peindre en monstre : c'est la « légende noire ». Les violences sont réelles, mais les chiffres de Las Casas sont exagérés, et il ne dit rien des épidémies.
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L'empire portugais : des comptoirs d'Asie au sucre du Brésil

Le Portugal, un million d'habitants à peine, n'a pas les moyens de conquérir l'Inde ou la Chine, États puissants et très peuplés. Il bâtit un empire maritime : un chapelet de comptoirs fortifiés qui contrôlent le commerce des épices.

Comptoir. Port de commerce fortifié, tenu par des Européens sur une côte étrangère, sans conquête de l'intérieur des terres.
  • Afrique : Elmina (actuel Ghana, 1482), pour l'or et les captifs ; Mozambique, escale sur la route de l'Inde.
  • Asie : Goa (Inde, 1510), capitale de l'« État des Indes » portugais ; Malacca (1511), verrou du détroit par où passent les épices ; Ormuz (1515), à l'entrée du golfe Persique ; Macao (Chine, 1557), d'où l'on commerce avec le Japon.

Tout navire asiatique doit acheter un laissez-passer portugais, le cartaz, sous peine d'être coulé. Poivre, clou de girofle et cannelle arrivent désormais à Lisbonne, qui remplace Venise.

Le Brésil, d'abord négligé (on n'y prend que le bois-brésil, un bois rouge à teinture), devient une vraie colonie : en 1534, le roi le découpe en capitaineries confiées à des nobles ; en 1549, un gouverneur général s'installe à Salvador de Bahia. La canne à sucre, cultivée dans de grandes plantations équipées d'un moulin (les engenhos), fait du Brésil le premier producteur de sucre du monde vers 1600. Les Indiens tupis, décimés ou enfuis, sont remplacés par des esclaves africains.

Empire espagnolEmpire portugais
Type d'empireterritorial : conquête de l'intérieurmaritime : comptoirs côtiers (sauf au Brésil)
Richesse principalel'argent (Potosí)les épices, puis le sucre
Main-d'œuvreIndiens (encomienda, mita), puis AfricainsAfricains (Brésil)
Port du monopoleSévilleLisbonne
Points communsmonopole royal du commerce, évangélisation, participation à la traite
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Une société nouvelle : traite atlantique et métissage

Pour remplacer les Amérindiens, les colons achètent des captifs en Afrique. Autorisée dès 1518 par Charles Quint, la traite atlantique reste limitée au XVIe siècle (environ 280 000 déportés) avant d'exploser aux XVIIe et XVIIIe siècles : au total, près de 12,5 millions d'Africains sont déportés jusqu'en 1866.

Traite atlantique. Commerce d'êtres humains organisé par les Européens : des Africains capturés sont achetés sur la côte, déportés à travers l'Atlantique dans des conditions atroces (environ un captif sur sept meurt en mer) et réduits en esclavage dans les plantations et les mines d'Amérique.

Dans les villes coloniales se forme une société inédite, classée selon l'origine : les Espagnols nés en Espagne occupent les hauts postes ; les créoles (Européens nés en Amérique) possèdent terres et mines ; les métis sont très nombreux, car les colons sont surtout des hommes ; les Indiens, libres en droit mais soumis au tribut ; les esclaves africains, tout en bas. Ce métissage des peuples, des langues et des croyances (la Vierge de Guadalupe, apparue selon la tradition à un Indien en 1531, devient le symbole du Mexique) fait naître l'Amérique latine.

Astuce. Pour l'Europe, l'Atlantique remplace la Méditerranée comme centre du monde : Séville, Lisbonne, puis Anvers et Amsterdam s'enrichissent ; Venise et Gênes déclinent.
En bref
  • Tordesillas (1494) : l'Espagne à l'ouest, le Portugal à l'est ; le Brésil (Cabral, 1500) est portugais.
  • Conquistadors : Cortés prend Tenochtitlan (1521), Pizarro capture Atahualpa à Cajamarca (1532, exécuté 1533). Armes, chevaux, alliances, capture du souverain, variole.
  • Gouverner : Conseil des Indes (1524), deux vice-rois (Mexico 1535, Lima 1542), Séville et sa Casa de Contratación (1503) : monopole, quinto real, flottes.
  • Exploiter : encomienda (tribut et travail des Indiens), mita (un homme sur sept aux mines), argent de Potosí (1545) → révolution des prix en Europe.
  • Amérindiens : 80 à 90 % de morts dans certaines régions, surtout par épidémies ; évangélisation ; Las Casas, Lois nouvelles (1542), controverse de Valladolid (1550-1551).
  • Portugal : comptoirs (Elmina, Goa 1510, Malacca 1511, Macao 1557), épices à Lisbonne ; Brésil du sucre (capitaineries 1534, engenhos).
  • Traite atlantique dès 1518, commerce triangulaire ; société hiérarchisée et métissée : Espagnols, créoles, métis, Indiens, esclaves.
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