Collège · 5ᵉ · Histoire
Les premiers empires coloniaux
Conquêtes espagnoles et portugaises en Amérique et en Asie
À propos de cette page
Deux royaumes se partagent le monde
Vers 1500, deux petits royaumes de la péninsule Ibérique sont devenus les maîtres des océans. Le Portugal a contourné l'Afrique : Vasco de Gama atteint Calicut (Inde) en 1498. L'Espagne a misé sur l'ouest : Colomb aborde les Antilles en 1492, et l'expédition de Magellan puis Elcano (1519-1522) prouve qu'on peut faire le tour de la Terre.
Pour ne pas se faire la guerre, les deux couronnes signent le traité de Tordesillas (7 juin 1494) : une ligne tracée du nord au sud, à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert, partage les terres à découvrir. À l'ouest de la ligne, tout revient à l'Espagne ; à l'est, tout revient au Portugal. Le pape Alexandre VI avait proposé un premier partage en 1493 ; le traité, lui, est négocié directement entre les deux rois.
Conquérir : Cortés, Pizarro et la chute des empires
Les conquistadors (« conquérants ») sont des aventuriers espagnols, souvent petits nobles ou soldats sans fortune, qui partent à leurs frais avec l'autorisation du roi, contre une part du butin. Deux d'entre eux abattent en quelques années les deux grands empires amérindiens.
| Hernán Cortés | Francisco Pizarro | |
|---|---|---|
| L'empire visé | aztèque (Mexique), capitale Tenochtitlan | inca (Andes), capitale Cuzco |
| Les forces | environ 500 hommes, 16 chevaux, quelques canons (1519) | environ 180 hommes, une soixantaine de chevaux (1532) |
| Le coup décisif | capture de Moctezuma (1519), puis siège et prise de Tenochtitlan le 13 août 1521 | capture d'Atahualpa à Cajamarca (16 novembre 1532), rançon d'or, exécution en 1533, prise de Cuzco |
| La suite | Mexico est bâtie sur les ruines ; vice-royauté de Nouvelle-Espagne (1535) | fondation de Lima (1535) ; vice-royauté du Pérou (1542) |
Comment si peu d'hommes ont-ils vaincu des empires de plusieurs millions d'habitants ?
- Les armes : acier, arquebuses, canons, et surtout les chevaux, inconnus en Amérique.
- Les alliances : Cortés recrute des dizaines de milliers de guerriers chez les peuples soumis aux Aztèques, les Tlaxcaltèques ; Pizarro profite d'une guerre civile entre Atahualpa et son frère.
- La capture du souverain : très centralisés, les États aztèque et inca sont paralysés dès que leur chef est prisonnier.
- Les épidémies : la variole ravage Tenochtitlan dès 1520, avant même l'assaut final.
Gouverner de loin : l'Amérique espagnole
Très vite, le roi d'Espagne (Charles Quint, puis Philippe II à partir de 1556) reprend la main sur des conquistadors trop puissants et trop brutaux. L'Amérique devient un empire administré depuis la Castille, à deux ou trois mois de navigation.
Le commerce est tout aussi verrouillé. Depuis 1503, la Casa de Contratación (« maison du commerce ») de Séville enregistre chaque navire, chaque passager et chaque lingot. Séville détient le monopole : aucun autre port, aucun étranger ne peut commercer avec les « Indes ». Le roi prélève le quinto real, le « cinquième royal » : 20 % de tout l'or et de tout l'argent extraits. À partir des années 1560, les navires voyagent en convois escortés de galions, les flottes des Indes, pour échapper aux corsaires français et anglais.
Exploiter : le travail forcé et l'argent de Potosí
La colonie existe pour enrichir la métropole. Il faut donc des bras, et les Espagnols les prennent d'abord chez les Amérindiens.
| L'encomienda | Un colon, l'encomendero, reçoit du roi un groupe d'Indiens : ils lui doivent un tribut et du travail ; lui doit les protéger et les faire baptiser. En pratique, une exploitation brutale. Les Indiens restent pourtant, en droit, des sujets libres du roi. |
|---|---|
| La mita (Andes, 1573) | Corvée inca reprise par le vice-roi Toledo : dans chaque village, un homme sur sept part un an travailler aux mines, par rotation. |
| L'esclavage africain | Autorisé dès 1518 pour remplacer les Indiens morts : plantations des Antilles, puis du Brésil. L'esclave, lui, est acheté et possédé. |
En 1545, on découvre dans les Andes (actuelle Bolivie), à 4 000 m d'altitude, la « montagne d'argent » de Potosí. Vers 1610, la ville compte environ 150 000 habitants : autant que les plus grandes villes d'Europe. À partir de 1570, le minerai est traité au mercure, toxique : les mitayos y meurent par milliers, de froid, d'éboulements et d'empoisonnement.
Cet argent traverse l'Atlantique jusqu'à Séville, puis file chez les banquiers de Gênes et d'Augsbourg qui prêtent au roi pour ses guerres, et jusqu'en Asie pour payer épices et soieries. En Europe, les prix sont multipliés par trois ou quatre au cours du XVIe siècle : c'est la révolution des prix.
Les Amérindiens : effondrement, évangélisation, débats
Pour les peuples d'Amérique, la conquête est une catastrophe démographique. Dans les régions les plus touchées (Antilles, Mexique central), 80 à 90 % de la population disparaît en un siècle. Les causes se cumulent — massacres, travail forcé, famines — mais la première est l'épidémie : variole, rougeole, grippe, typhus. Présentes en Europe depuis des siècles, ces maladies y frappaient surtout les enfants ; les Amérindiens, jamais exposés, meurent en masse à tout âge.
La conquête s'accompagne d'une évangélisation massive : temples rasés, idoles brûlées, églises bâties sur les ruines (la cathédrale de Mexico sur le grand temple aztèque). Les franciscains (les « Douze » arrivent au Mexique en 1524), les dominicains puis les jésuites baptisent par centaines de milliers, apprennent les langues indiennes et ouvrent des écoles.
Cette violence provoque un débat en Espagne même :
- 1537 : le pape Paul III déclare que les Indiens sont des êtres raisonnables, qui ne peuvent être réduits en esclavage.
- 1542 : le dominicain Bartolomé de las Casas, ancien encomendero devenu défenseur des Indiens, remet à Charles Quint sa Très brève relation de la destruction des Indes. La même année, les Lois nouvelles interdisent l'esclavage des Indiens et prévoient la disparition des encomiendas. Les colons du Pérou se révoltent et tuent le vice-roi : le roi doit reculer en partie dès 1545.
- 1550-1551 : la controverse de Valladolid oppose Las Casas au théologien Sepúlveda, pour qui la guerre contre les Indiens est juste car ils seraient « inférieurs par nature ». Aucun vainqueur n'est proclamé, mais l'idée qu'une conquête doit se justifier est posée.
L'empire portugais : des comptoirs d'Asie au sucre du Brésil
Le Portugal, un million d'habitants à peine, n'a pas les moyens de conquérir l'Inde ou la Chine, États puissants et très peuplés. Il bâtit un empire maritime : un chapelet de comptoirs fortifiés qui contrôlent le commerce des épices.
- Afrique : Elmina (actuel Ghana, 1482), pour l'or et les captifs ; Mozambique, escale sur la route de l'Inde.
- Asie : Goa (Inde, 1510), capitale de l'« État des Indes » portugais ; Malacca (1511), verrou du détroit par où passent les épices ; Ormuz (1515), à l'entrée du golfe Persique ; Macao (Chine, 1557), d'où l'on commerce avec le Japon.
Tout navire asiatique doit acheter un laissez-passer portugais, le cartaz, sous peine d'être coulé. Poivre, clou de girofle et cannelle arrivent désormais à Lisbonne, qui remplace Venise.
Le Brésil, d'abord négligé (on n'y prend que le bois-brésil, un bois rouge à teinture), devient une vraie colonie : en 1534, le roi le découpe en capitaineries confiées à des nobles ; en 1549, un gouverneur général s'installe à Salvador de Bahia. La canne à sucre, cultivée dans de grandes plantations équipées d'un moulin (les engenhos), fait du Brésil le premier producteur de sucre du monde vers 1600. Les Indiens tupis, décimés ou enfuis, sont remplacés par des esclaves africains.
| Empire espagnol | Empire portugais | |
|---|---|---|
| Type d'empire | territorial : conquête de l'intérieur | maritime : comptoirs côtiers (sauf au Brésil) |
| Richesse principale | l'argent (Potosí) | les épices, puis le sucre |
| Main-d'œuvre | Indiens (encomienda, mita), puis Africains | Africains (Brésil) |
| Port du monopole | Séville | Lisbonne |
| Points communs | monopole royal du commerce, évangélisation, participation à la traite | |
Une société nouvelle : traite atlantique et métissage
Pour remplacer les Amérindiens, les colons achètent des captifs en Afrique. Autorisée dès 1518 par Charles Quint, la traite atlantique reste limitée au XVIe siècle (environ 280 000 déportés) avant d'exploser aux XVIIe et XVIIIe siècles : au total, près de 12,5 millions d'Africains sont déportés jusqu'en 1866.
Dans les villes coloniales se forme une société inédite, classée selon l'origine : les Espagnols nés en Espagne occupent les hauts postes ; les créoles (Européens nés en Amérique) possèdent terres et mines ; les métis sont très nombreux, car les colons sont surtout des hommes ; les Indiens, libres en droit mais soumis au tribut ; les esclaves africains, tout en bas. Ce métissage des peuples, des langues et des croyances (la Vierge de Guadalupe, apparue selon la tradition à un Indien en 1531, devient le symbole du Mexique) fait naître l'Amérique latine.
- Tordesillas (1494) : l'Espagne à l'ouest, le Portugal à l'est ; le Brésil (Cabral, 1500) est portugais.
- Conquistadors : Cortés prend Tenochtitlan (1521), Pizarro capture Atahualpa à Cajamarca (1532, exécuté 1533). Armes, chevaux, alliances, capture du souverain, variole.
- Gouverner : Conseil des Indes (1524), deux vice-rois (Mexico 1535, Lima 1542), Séville et sa Casa de Contratación (1503) : monopole, quinto real, flottes.
- Exploiter : encomienda (tribut et travail des Indiens), mita (un homme sur sept aux mines), argent de Potosí (1545) → révolution des prix en Europe.
- Amérindiens : 80 à 90 % de morts dans certaines régions, surtout par épidémies ; évangélisation ; Las Casas, Lois nouvelles (1542), controverse de Valladolid (1550-1551).
- Portugal : comptoirs (Elmina, Goa 1510, Malacca 1511, Macao 1557), épices à Lisbonne ; Brésil du sucre (capitaineries 1534, engenhos).
- Traite atlantique dès 1518, commerce triangulaire ; société hiérarchisée et métissée : Espagnols, créoles, métis, Indiens, esclaves.
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