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Collège · 4ᵉ · Histoire

Conditions féminines dans une société en mutation

La France du XIXe siècle : infériorité juridique du Code civil, travail des ouvrières, domestiques et bourgeoises, éducation des filles (lois Ferry, loi Camille Sée) et premières revendications

À propos de cette page
Ce cours de histoire en quatrième sur « Conditions féminines dans une société en mutation » suit le programme officiel de histoire de quatrième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Le Code civil : la femme mariée, une mineure, Paysannes, ouvrières, domestiques : le travail des femmes du peuple, La bourgeoise, « ange du foyer », Une société en mutation : de nouveaux métiers pour les femmes. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de quatrième à réussir en histoire.
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Le Code civil : la femme mariée, une mineure

La Révolution avait donné quelques droits aux femmes (mariage civil, divorce en 1792, partage égal des héritages), mais pas la citoyenneté. Le Code civil de 1804, voulu par Napoléon Bonaparte, fixe pour plus d'un siècle la place des femmes : la femme mariée est placée sous l'autorité de son mari.

Ce que la femme mariée ne peut pas faire seuleArticle ou règle
Désobéir à son mari, choisir son domicileart. 213 : « le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari »
Signer un contrat, vendre ou acheter un bien, aller en justiceart. 215 et 217 : il faut l'autorisation du mari
Disposer de son salairele mari gère les biens du couple, jusqu'à la loi de 1907
Divorcerdivorce très restreint en 1804, supprimé en 1816, rétabli seulement en 1884 (loi Naquet)
Être traitée comme son mari en cas d'adultèrela femme adultère risque la prison ; le mari, une simple amende
Incapacité juridique. Le Code civil range la femme mariée parmi les incapables (art. 1124), avec les mineurs et les malades mentaux : elle ne peut pas accomplir seule les actes de la vie civile. Cette incapacité n'est supprimée qu'en 1938.
Attention ! L'infériorité est juridique (dans la loi), mais aussi politique : aucune femme ne vote, même quand le suffrage devient « universel » en 1848. Le mot « universel » ne concerne alors que les hommes.
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Paysannes, ouvrières, domestiques : le travail des femmes du peuple

Contrairement à une idée reçue, la plupart des femmes du XIXe siècle travaillent : elles forment environ un tiers de la population active (près de 7 millions en 1906). Mais leur travail est moins visible et moins payé.

Qui ?Conditions
Les paysannes (les plus nombreuses)travaux des champs, basse-cour, laiterie, en plus des tâches domestiques ; rarement comptées comme « actives »
Les ouvrières du textile (Lyon, le Nord, Roubaix)filatures et tissages : 11 à 12 heures par jour, bruit, poussière, salaire ≈ la moitié de celui d'un homme
Les ouvrières à domicile (couturières, lingères, fleuristes)payées à la pièce, isolées, journées interminables en période de commande
Les domestiques (plus de 800 000 vers 1900, en grande majorité des femmes)logées chez les maîtres, disponibles à toute heure, souvent jeunes filles venues de la campagne

L'État commence à réglementer : la loi de 1874 interdit le travail de nuit aux filles mineures, celle de 1892 l'interdit à toutes les femmes et limite leur journée à 11 heures. Ces lois « protectrices » écartent aussi les femmes des emplois les mieux payés.

Exemple. En 1869, à Lyon, les ovalistes (ouvrières qui tordent le fil de soie) se mettent en grève pendant un mois pour obtenir la journée de 10 heures et 2 francs par jour : c'est l'une des premières grèves de femmes en France.
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La bourgeoise, « ange du foyer »

Dans la bourgeoisie, qui domine la société du XIXe siècle, la femme ne travaille pas : ce serait déshonorant pour son mari. Son rôle est fixé par le discours des médecins, des prêtres et des écrivains : elle est faite pour le foyer, la maternité et la vertu.

Ange du foyer. Idéal féminin de la bourgeoisie du XIXe siècle : la femme, douce et dévouée, règne sur la maison, élève les enfants, reçoit les invités et soutient son mari, mais reste à l'écart de la vie publique et de l'argent. L'historien Jules Michelet écrit en 1859 : « La femme ne vit pas sans l'homme. »

La bourgeoise dirige les domestiques, tient les comptes du ménage, apprend le piano, le dessin, la broderie et fait des œuvres de charité. Elle est éduquée pour faire un bon mariage, souvent arrangé entre les familles, où la dot compte plus que les sentiments.

Astuce. Deux mondes, deux contraintes : la femme du peuple doit travailler et est sous-payée ; la bourgeoise ne doit pas travailler et dépend de son mari. Dans les deux cas, le Code civil s'applique.
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Une société en mutation : de nouveaux métiers pour les femmes

L'industrialisation, l'urbanisation et le développement de l'État créent, dans la seconde moitié du siècle, des emplois nouveaux, dits « convenables » pour les femmes, y compris celles de la petite bourgeoisie.

MétierContexte
L'institutricela loi Paul Bert (1879) crée une école normale d'institutrices dans chaque département ; les lois Ferry multiplient les postes
La vendeuse de grand magasinle Bon Marché (1852), le Printemps (1865), les Galeries Lafayette (1894) emploient des milliers de « demoiselles de magasin », logées et surveillées
L'employée des postes et télégraphesles « dames de la poste » apparaissent dans les années 1890 avec le téléphone
La dactylographe, la sténographela machine à écrire se diffuse dans les bureaux à partir des années 1880
L'infirmière laïqueles premières écoles apparaissent dans les hôpitaux de Paris à partir de 1878
Exemple. Dans Au Bonheur des Dames (1883), Émile Zola décrit la vie de Denise, vendeuse dans un grand magasin parisien : la fatigue de douze heures debout, le renvoi facile, mais aussi une indépendance nouvelle pour une jeune femme qui gagne son salaire.

Ces métiers restent subordonnés (les chefs sont des hommes) et souvent interdits aux femmes mariées : les institutrices et les employées des postes doivent longtemps rester célibataires ou obtenir une autorisation.

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L'école des filles : des lois Ferry à la loi Camille Sée

Au début du siècle, l'instruction des filles est laissée aux familles et aux congrégations religieuses. L'État s'en occupe tardivement : la loi Falloux (1850) impose une école de filles dans les communes de plus de 800 habitants, la loi Duruy (1867) dans celles de plus de 500. En 1866, encore un tiers des Françaises ne savent pas signer leur acte de mariage.

LoiCe qu'elle change pour les filles
Lois Ferry (16 juin 1881 et 28 mars 1882)l'école primaire devient gratuite, laïque et obligatoire de 6 à 13 ans, pour les filles comme pour les garçons ; mais les programmes diffèrent (couture et « économie domestique » pour les filles)
Loi Camille Sée (21 décembre 1880)crée les lycées de jeunes filles, publics et laïques ; enseignement en 5 ans, sans latin ni philosophie, et sans préparation au baccalauréat : on forme des épouses instruites, pas des étudiantes
Loi de 1881fonde l'École normale supérieure de Sèvres pour former les professeures de ces lycées
Attention ! Les républicains instruisent les filles d'abord pour les arracher à l'influence de l'Église et en faire des mères républicaines : « la femme doit appartenir à la science ou à l'Église », dit Jules Ferry dès 1870. L'égalité des programmes n'est pas le but ; le baccalauréat des lycées de filles n'est aligné sur celui des garçons qu'en 1924.
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Les premières revendications : du droit civil au droit de vote

Tout au long du siècle, des femmes — et quelques hommes — contestent cette infériorité. Le mot féminisme se répand dans les années 1890.

MomentActeurs et revendications
1830-1848Flora Tristan lie la cause des femmes à celle des ouvriers (L'Union ouvrière, 1843) ; en 1848, Eugénie Niboyet fonde La Voix des femmes et Jeanne Deroin tente de se présenter aux élections de 1849 : sa candidature est déclarée illégale
1870-1880Maria Deraismes et Léon Richer réclament l'égalité civile (droit au divorce, à l'instruction, au salaire) ; premier congrès international du droit des femmes à Paris en 1878
1880-1914Hubertine Auclert réclame le droit de vote : grève de l'impôt en 1880, journal La Citoyenne en 1881 ; en 1897, Marguerite Durand fonde La Fronde, quotidien entièrement rédigé par des femmes
Suffragisme. Mouvement qui réclame le droit de vote (suffrage) pour les femmes. En France, ses militantes sont appelées suffragistes ; en Grande-Bretagne, les suffragettes mènent des actions plus violentes à partir de 1903. Les Françaises voteront pour la première fois en 1945 (ordonnance de 1944).
Exemple. En 1880, Hubertine Auclert écrit au préfet : « Je n'ai pas de droits, donc je n'ai pas de charges ; je ne vote pas, je ne paie pas. » Ses meubles sont saisis. Elle a repris l'argument des révolutionnaires américains de 1776 : pas d'impôt sans représentation.

Quelques victoires sont obtenues : rétablissement du divorce (1884), droit pour les femmes mariées de disposer de leur salaire (1907), accès à l'université et aux professions libérales. Mais l'essentiel — le vote, la fin de l'incapacité — attendra le XXe siècle.

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Pionnières : forcer les portes

Des femmes, souvent seules, entrent dans des domaines réservés aux hommes. Chaque « première » demande une dérogation, un procès ou une loi.

PionnièreCe qu'elle obtient
George Sand (1804-1876)écrivaine célèbre sous un nom d'homme, elle porte le pantalon et vit de sa plume
Julie-Victoire Daubiépremière bachelière de France, à Lyon, en 1861, à 37 ans
Madeleine Brèspremière Française docteure en médecine, en 1875, avec l'autorisation écrite de son mari
Louise Michel (1830-1905)institutrice, combattante de la Commune de Paris (1871), déportée en Nouvelle-Calédonie
Jeanne Chauvinpremière femme avocate à plaider, en 1900, après une loi votée exprès
Marie Curie (1867-1934)polonaise venue étudier à Paris ; prix Nobel de physique en 1903 (avec Pierre Curie et Henri Becquerel), première femme professeure à la Sorbonne (1906), prix Nobel de chimie en 1911
Astuce. Pour rédiger, organise le chapitre en trois idées : une infériorité légale (Code civil) · des réalités contrastées (ouvrières, domestiques, bourgeoises, nouveaux métiers) · des conquêtes lentes (école, divorce, salaire, pionnières, suffragisme). Une date pour chacune.
En bref
  • Code civil de 1804 : la femme mariée doit obéissance à son mari (art. 213), ne peut ni contracter, ni vendre, ni plaider sans son autorisation : elle est juridiquement incapable (jusqu'en 1938). Divorce supprimé en 1816, rétabli en 1884. Aucune femme ne vote, même après 1848.
  • Les femmes du peuple travaillent (≈ 1/3 des actifs) : paysannes, ouvrières du textile (salaire ≈ moitié de celui des hommes), couturières à domicile, domestiques (> 800 000). Lois de 1874 et 1892 (pas de travail de nuit, 11 h).
  • La bourgeoise est l'« ange du foyer » : elle ne travaille pas, dépend de son mari, est éduquée pour le mariage.
  • Société en mutation → nouveaux métiers : institutrice, vendeuse de grand magasin, employée des postes, dactylographe, infirmière.
  • École : loi Duruy 1867 ; loi Camille Sée (1880) = lycées de jeunes filles sans latin ni bac ; lois Ferry (1881-1882) = primaire gratuit, laïque, obligatoire pour filles et garçons.
  • Revendications : Flora Tristan, Jeanne Deroin (1849), Maria Deraismes, Hubertine Auclert (grève de l'impôt 1880, La Citoyenne 1881, droit de vote), Marguerite Durand (La Fronde, 1897). Mot « féminisme » vers 1890. Vote des femmes seulement en 1944.
  • Pionnières : Daubié (bac 1861), Brès (médecine 1875), Chauvin (avocate 1900), Marie Curie (Nobel 1903 et 1911).
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