Collège · 4ᵉ · Histoire
Conditions féminines dans une société en mutation
La France du XIXe siècle : infériorité juridique du Code civil, travail des ouvrières, domestiques et bourgeoises, éducation des filles (lois Ferry, loi Camille Sée) et premières revendications
À propos de cette page
Le Code civil : la femme mariée, une mineure
La Révolution avait donné quelques droits aux femmes (mariage civil, divorce en 1792, partage égal des héritages), mais pas la citoyenneté. Le Code civil de 1804, voulu par Napoléon Bonaparte, fixe pour plus d'un siècle la place des femmes : la femme mariée est placée sous l'autorité de son mari.
| Ce que la femme mariée ne peut pas faire seule | Article ou règle |
|---|---|
| Désobéir à son mari, choisir son domicile | art. 213 : « le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari » |
| Signer un contrat, vendre ou acheter un bien, aller en justice | art. 215 et 217 : il faut l'autorisation du mari |
| Disposer de son salaire | le mari gère les biens du couple, jusqu'à la loi de 1907 |
| Divorcer | divorce très restreint en 1804, supprimé en 1816, rétabli seulement en 1884 (loi Naquet) |
| Être traitée comme son mari en cas d'adultère | la femme adultère risque la prison ; le mari, une simple amende |
Paysannes, ouvrières, domestiques : le travail des femmes du peuple
Contrairement à une idée reçue, la plupart des femmes du XIXe siècle travaillent : elles forment environ un tiers de la population active (près de 7 millions en 1906). Mais leur travail est moins visible et moins payé.
| Qui ? | Conditions |
|---|---|
| Les paysannes (les plus nombreuses) | travaux des champs, basse-cour, laiterie, en plus des tâches domestiques ; rarement comptées comme « actives » |
| Les ouvrières du textile (Lyon, le Nord, Roubaix) | filatures et tissages : 11 à 12 heures par jour, bruit, poussière, salaire ≈ la moitié de celui d'un homme |
| Les ouvrières à domicile (couturières, lingères, fleuristes) | payées à la pièce, isolées, journées interminables en période de commande |
| Les domestiques (plus de 800 000 vers 1900, en grande majorité des femmes) | logées chez les maîtres, disponibles à toute heure, souvent jeunes filles venues de la campagne |
L'État commence à réglementer : la loi de 1874 interdit le travail de nuit aux filles mineures, celle de 1892 l'interdit à toutes les femmes et limite leur journée à 11 heures. Ces lois « protectrices » écartent aussi les femmes des emplois les mieux payés.
La bourgeoise, « ange du foyer »
Dans la bourgeoisie, qui domine la société du XIXe siècle, la femme ne travaille pas : ce serait déshonorant pour son mari. Son rôle est fixé par le discours des médecins, des prêtres et des écrivains : elle est faite pour le foyer, la maternité et la vertu.
La bourgeoise dirige les domestiques, tient les comptes du ménage, apprend le piano, le dessin, la broderie et fait des œuvres de charité. Elle est éduquée pour faire un bon mariage, souvent arrangé entre les familles, où la dot compte plus que les sentiments.
Une société en mutation : de nouveaux métiers pour les femmes
L'industrialisation, l'urbanisation et le développement de l'État créent, dans la seconde moitié du siècle, des emplois nouveaux, dits « convenables » pour les femmes, y compris celles de la petite bourgeoisie.
| Métier | Contexte |
|---|---|
| L'institutrice | la loi Paul Bert (1879) crée une école normale d'institutrices dans chaque département ; les lois Ferry multiplient les postes |
| La vendeuse de grand magasin | le Bon Marché (1852), le Printemps (1865), les Galeries Lafayette (1894) emploient des milliers de « demoiselles de magasin », logées et surveillées |
| L'employée des postes et télégraphes | les « dames de la poste » apparaissent dans les années 1890 avec le téléphone |
| La dactylographe, la sténographe | la machine à écrire se diffuse dans les bureaux à partir des années 1880 |
| L'infirmière laïque | les premières écoles apparaissent dans les hôpitaux de Paris à partir de 1878 |
Ces métiers restent subordonnés (les chefs sont des hommes) et souvent interdits aux femmes mariées : les institutrices et les employées des postes doivent longtemps rester célibataires ou obtenir une autorisation.
L'école des filles : des lois Ferry à la loi Camille Sée
Au début du siècle, l'instruction des filles est laissée aux familles et aux congrégations religieuses. L'État s'en occupe tardivement : la loi Falloux (1850) impose une école de filles dans les communes de plus de 800 habitants, la loi Duruy (1867) dans celles de plus de 500. En 1866, encore un tiers des Françaises ne savent pas signer leur acte de mariage.
| Loi | Ce qu'elle change pour les filles |
|---|---|
| Lois Ferry (16 juin 1881 et 28 mars 1882) | l'école primaire devient gratuite, laïque et obligatoire de 6 à 13 ans, pour les filles comme pour les garçons ; mais les programmes diffèrent (couture et « économie domestique » pour les filles) |
| Loi Camille Sée (21 décembre 1880) | crée les lycées de jeunes filles, publics et laïques ; enseignement en 5 ans, sans latin ni philosophie, et sans préparation au baccalauréat : on forme des épouses instruites, pas des étudiantes |
| Loi de 1881 | fonde l'École normale supérieure de Sèvres pour former les professeures de ces lycées |
Les premières revendications : du droit civil au droit de vote
Tout au long du siècle, des femmes — et quelques hommes — contestent cette infériorité. Le mot féminisme se répand dans les années 1890.
| Moment | Acteurs et revendications |
|---|---|
| 1830-1848 | Flora Tristan lie la cause des femmes à celle des ouvriers (L'Union ouvrière, 1843) ; en 1848, Eugénie Niboyet fonde La Voix des femmes et Jeanne Deroin tente de se présenter aux élections de 1849 : sa candidature est déclarée illégale |
| 1870-1880 | Maria Deraismes et Léon Richer réclament l'égalité civile (droit au divorce, à l'instruction, au salaire) ; premier congrès international du droit des femmes à Paris en 1878 |
| 1880-1914 | Hubertine Auclert réclame le droit de vote : grève de l'impôt en 1880, journal La Citoyenne en 1881 ; en 1897, Marguerite Durand fonde La Fronde, quotidien entièrement rédigé par des femmes |
Quelques victoires sont obtenues : rétablissement du divorce (1884), droit pour les femmes mariées de disposer de leur salaire (1907), accès à l'université et aux professions libérales. Mais l'essentiel — le vote, la fin de l'incapacité — attendra le XXe siècle.
Pionnières : forcer les portes
Des femmes, souvent seules, entrent dans des domaines réservés aux hommes. Chaque « première » demande une dérogation, un procès ou une loi.
| Pionnière | Ce qu'elle obtient |
|---|---|
| George Sand (1804-1876) | écrivaine célèbre sous un nom d'homme, elle porte le pantalon et vit de sa plume |
| Julie-Victoire Daubié | première bachelière de France, à Lyon, en 1861, à 37 ans |
| Madeleine Brès | première Française docteure en médecine, en 1875, avec l'autorisation écrite de son mari |
| Louise Michel (1830-1905) | institutrice, combattante de la Commune de Paris (1871), déportée en Nouvelle-Calédonie |
| Jeanne Chauvin | première femme avocate à plaider, en 1900, après une loi votée exprès |
| Marie Curie (1867-1934) | polonaise venue étudier à Paris ; prix Nobel de physique en 1903 (avec Pierre Curie et Henri Becquerel), première femme professeure à la Sorbonne (1906), prix Nobel de chimie en 1911 |
- Code civil de 1804 : la femme mariée doit obéissance à son mari (art. 213), ne peut ni contracter, ni vendre, ni plaider sans son autorisation : elle est juridiquement incapable (jusqu'en 1938). Divorce supprimé en 1816, rétabli en 1884. Aucune femme ne vote, même après 1848.
- Les femmes du peuple travaillent (≈ 1/3 des actifs) : paysannes, ouvrières du textile (salaire ≈ moitié de celui des hommes), couturières à domicile, domestiques (> 800 000). Lois de 1874 et 1892 (pas de travail de nuit, 11 h).
- La bourgeoise est l'« ange du foyer » : elle ne travaille pas, dépend de son mari, est éduquée pour le mariage.
- Société en mutation → nouveaux métiers : institutrice, vendeuse de grand magasin, employée des postes, dactylographe, infirmière.
- École : loi Duruy 1867 ; loi Camille Sée (1880) = lycées de jeunes filles sans latin ni bac ; lois Ferry (1881-1882) = primaire gratuit, laïque, obligatoire pour filles et garçons.
- Revendications : Flora Tristan, Jeanne Deroin (1849), Maria Deraismes, Hubertine Auclert (grève de l'impôt 1880, La Citoyenne 1881, droit de vote), Marguerite Durand (La Fronde, 1897). Mot « féminisme » vers 1890. Vote des femmes seulement en 1944.
- Pionnières : Daubié (bac 1861), Brès (médecine 1875), Chauvin (avocate 1900), Marie Curie (Nobel 1903 et 1911).
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