Collège · 3ᵉ · Histoire
Les lendemains de la guerre et le traité de Versailles
Recomposition de l'Europe et nouveaux États
À propos de cette page
Une Europe ruinée et endeuillée
En novembre 1918, l'Europe sort de quatre ans de guerre totale. Près de 10 millions de soldats sont morts, 20 millions ont été blessés ; la grippe espagnole (1918-1919) achève des populations affaiblies. La France, qui a perdu 1,4 million d'hommes, compte 600 000 veuves et près d'un million d'orphelins ; les gueules cassées et les invalides rappellent partout la guerre.
Le nord-est de la France et la Belgique sont dévastés : villes rasées, mines noyées, champs criblés d'obus. Certaines terres, la « zone rouge », sont déclarées incultivables. Les États sont endettés, surtout envers les États-Unis, devenus les créanciers du monde ; la monnaie perd de sa valeur (inflation).
La conférence de Paris (1919) : vainqueurs et objectifs
La conférence de la paix s'ouvre à Paris le 18 janvier 1919 (date anniversaire de la proclamation de l'Empire allemand à Versailles, en 1871). Vingt-sept États vainqueurs y participent ; les vaincus sont exclus, et la Russie bolchevique, qui a signé une paix séparée, n'est pas invitée.
| Dirigeant | Ce qu'il veut |
|---|---|
| Clemenceau | La sécurité de la France : affaiblir durablement l'Allemagne, obtenir des réparations et des garanties (Rhin). |
| Lloyd George | Éliminer la flotte et les colonies allemandes, mais garder une Allemagne capable de commercer et de faire contrepoids à la France. |
| Wilson | Une paix « juste » fondée sur ses Quatorze Points (8 janvier 1918) : fin de la diplomatie secrète, droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, création d'une Société des Nations. |
| Orlando | Les territoires promis à l'Italie en 1915 (Trentin, Trieste, Dalmatie) et le port de Fiume. |
Le traité de Versailles : ce que l'Allemagne perd
Le traité est présenté à la délégation allemande le 7 mai 1919, sans négociation, puis signé le 28 juin 1919 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, là où l'Empire allemand avait été proclamé en 1871. L'Allemagne le signe sous la menace d'une reprise des combats : elle parle de « diktat ».
Clauses territoriales (environ 13 % du territoire et 10 % de la population perdus) :
- L'Alsace-Lorraine revient à la France ; Eupen-Malmedy à la Belgique ; le Schleswig du Nord au Danemark après plébiscite.
- La Posnanie et une partie de la Prusse occidentale vont à la Pologne : le « corridor de Dantzig » coupe la Prusse orientale du reste du pays ; Dantzig devient ville libre sous contrôle de la SDN.
- La Sarre est administrée par la SDN pendant 15 ans, ses mines de charbon exploitées par la France.
- Les colonies allemandes sont réparties en mandats entre les vainqueurs.
Clauses militaires : armée limitée à 100 000 hommes, sans chars, sans aviation, sans sous-marins ; la Rhénanie (rive gauche du Rhin) est démilitarisée et occupée par les Alliés pour 15 ans.
Clauses économiques : l'Allemagne doit payer des réparations, fixées en 1921 à 132 milliards de marks-or, et livrer du charbon, des navires, du bétail.
Les autres traités et la nouvelle carte de l'Europe
Chaque vaincu signe son traité dans un château ou une commune des environs de Paris.
| Traité | Date | Vaincu | Principales décisions |
|---|---|---|---|
| Saint-Germain | sept. 1919 | Autriche | L'Autriche-Hongrie est dissoute ; l'Autriche, réduite à 6,5 millions d'habitants, n'a pas le droit de s'unir à l'Allemagne (Anschluss interdit). |
| Neuilly | nov. 1919 | Bulgarie | Cessions à la Grèce et à la Yougoslavie ; perte de l'accès à la mer Égée. |
| Trianon | juin 1920 | Hongrie | La Hongrie perd les deux tiers de son territoire (Transylvanie à la Roumanie, Slovaquie à la Tchécoslovaquie, Croatie à la Yougoslavie). |
| Sèvres | août 1920 | Empire ottoman | Démembrement de l'Empire ; mandats français (Syrie, Liban) et britanniques (Irak, Palestine). Rejeté par les nationalistes turcs de Mustafa Kemal, il est remplacé par le traité de Lausanne (1923), qui fonde la Turquie moderne. |
Nouveaux États, nouvelles minorités
Trois empires multinationaux ont disparu (allemand, austro-hongrois, russe ; l'ottoman suit en 1922). Sur leurs ruines apparaissent ou renaissent une dizaine d'États :
- Pologne, restaurée après 123 ans de partage entre Russie, Prusse et Autriche ;
- Tchécoslovaquie (Tchèques et Slovaques) et Yougoslavie, d'abord appelée « royaume des Serbes, Croates et Slovènes » ;
- Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, détachées de la Russie ;
- Autriche et Hongrie, réduites à leurs seuls Allemands et Magyars — ou presque.
La Société des Nations : une paix par le droit
Prévue par le 14e point de Wilson et inscrite dans le traité de Versailles, la Société des Nations (SDN) tient sa première assemblée à Genève en 1920. Son objectif : empêcher la guerre par la sécurité collective.
Une Assemblée (un État, une voix), un Conseil dominé par les grandes puissances (France, Royaume-Uni, Italie, Japon), un Secrétariat, une Cour permanente de justice internationale à La Haye. La SDN administre aussi les mandats : anciennes colonies allemandes et provinces arabes de l'Empire ottoman confiées aux vainqueurs, qui doivent les conduire vers l'indépendance.
Un ordre fragile dès 1920
Des vaincus humiliés. En Allemagne, la jeune république de Weimar porte le poids du « diktat » : l'extrême droite accuse les signataires d'avoir « poignardé dans le dos » une armée prétendument invaincue. Les réparations pèsent sur une économie ruinée par l'inflation ; en 1923, la France occupe la Ruhr pour se payer en charbon.
Des vainqueurs déçus. L'Italie n'obtient ni la Dalmatie ni Fiume : les nationalistes dénoncent une « victoire mutilée », argument repris par Mussolini. Le Japon se voit refuser une clause d'égalité des races. La France, sans la garantie américaine et britannique espérée, se sent seule face à l'Allemagne.
Des critiques précoces. L'économiste britannique John Maynard Keynes écrit dès 1919 (Les Conséquences économiques de la paix) que des réparations impossibles à payer ruineront l'Europe entière et nourriront la revanche.
- Bilan : ~10 millions de soldats morts, régions dévastées, États endettés ; deuil et monuments aux morts.
- Conférence de Paris (janvier 1919) : les vainqueurs décident seuls ; Wilson veut une paix par le droit (Quatorze Points), Clemenceau la sécurité de la France.
- Versailles, 28 juin 1919 : Alsace-Lorraine rendue, corridor de Dantzig, colonies perdues, armée de 100 000 hommes, Rhénanie démilitarisée, réparations, article 231.
- Saint-Germain, Neuilly, Trianon, Sèvres : la carte de l'Europe est redessinée ; naissent Pologne, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, États baltes.
- La SDN (Genève, 1920) doit garantir la sécurité collective, mais sans les États-Unis.
- Un ordre fragile : « diktat », « victoire mutilée », minorités, réparations.
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