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Communication intra-spécifique et sélection sexuelle

Signaux de communication (chants, parades, phéromones), choix du partenaire, sélection sexuelle, compromis entre sélection sexuelle et survie (programme de 2nde SVT)

À propos de cette page
Ces exercices corrigés sur « Communication intra-spécifique et sélection sexuelle » en seconde permettent de s'entraîner et de vérifier ses acquis en . Ils suivent le programme officiel de seconde et sont classés par difficulté (facile, moyen, difficile). Au programme : L'essentiel, Les signaux de la communication intra-spécifique, Choix du partenaire : sélection intrasexuelle et intersexuelle, Sélection sexuelle et survie : un compromis. Chaque exercice est suivi d'une correction rédigée, à déplier une fois la recherche faite au brouillon. Cet entraînement aide à mémoriser les méthodes, repérer ses erreurs et gagner en confiance avant un contrôle. Exercices gratuits proposés par un professeur particulier à Marseille pour réviser en seconde.

Exercices corrigés, classés du plus simple au plus complexe. Cherche d'abord seul au brouillon, puis déplie la correction détaillée pour vérifier ta méthode et tes raisonnements.

Exercice 1 — Le chant du grillon champêtre

Facile

Chez le grillon champêtre, le mâle frotte l'une contre l'autre ses deux ailes antérieures (élytres) et produit un chant dont le rythme est propre à l'espèce. Une femelle de la même espèce perçoit ce chant grâce à des tympans situés sur ses pattes antérieures et se dirige vers le mâle. Un autre mâle qui entend ce chant répond souvent par son propre chant.

  1. a) Identifier l'émetteur, le signal (nature et organe qui le produit), le récepteur et l'organe sensoriel qui le perçoit.
  2. b) Justifier qu'il s'agit d'une communication intra-spécifique.
  3. c) Proposer, d'après le texte, deux fonctions de ce chant.
  4. d) Expliquer pourquoi une femelle d'une espèce voisine de grillon ne se dirige pas vers ce mâle.

a) L'émetteur est le grillon mâle. Le signal est sonore : c'est le chant, produit par le frottement des élytres l'une contre l'autre. Le récepteur est une femelle (ou un autre mâle) de la même espèce ; l'organe sensoriel est le tympan situé sur les pattes antérieures.

b) L'émetteur et le récepteur appartiennent tous deux à l'espèce grillon champêtre : l'échange d'informations a lieu au sein d'une même espèce, c'est donc une communication intra-spécifique.

c) Première fonction : attirer une partenaire, puisque la femelle se dirige vers le mâle ; le chant intervient dans la reproduction. Seconde fonction : signaler sa présence aux autres mâles, qui répondent par leur chant ; le chant intervient dans la compétition entre mâles et l'occupation de l'espace.

d) Le rythme du chant est propre à l'espèce. Une femelle d'une espèce voisine ne répond qu'au rythme caractéristique de sa propre espèce : le chant du grillon champêtre ne déclenche pas chez elle de comportement d'approche. Ce signal spécifique limite les accouplements entre espèces différentes : il contribue à l'isolement reproducteur.

Exercice 2 — Classer des situations

Facile

On considère les cinq situations suivantes.
(1) Deux mouflons mâles s'affrontent tête contre tête pendant la période de reproduction.
(2) La femelle de l'oiseau jardinier satiné visite plusieurs tonnelles décorées d'objets bleus, construites par des mâles, avant de s'accoupler avec l'un d'eux.
(3) Chez l'hirondelle rustique, les femelles s'accouplent de préférence avec les mâles aux plumes de queue les plus longues.
(4) Deux mâles de lucane cerf-volant (coléoptère) se battent avec leurs grandes mandibules sur une branche où se trouve une femelle.
(5) Une chauve-souris localise une grenouille mâle grâce à son chant et la capture.

  1. a) Définir la sélection intrasexuelle et la sélection intersexuelle.
  2. b) Classer chacune des situations (1) à (5) en justifiant : sélection intrasexuelle, sélection intersexuelle, ou aucune des deux.
  3. c) Pour chaque situation relevant de la sélection sexuelle, nommer le caractère favorisé.

a) La sélection intrasexuelle repose sur la compétition entre individus d'un même sexe pour l'accès aux partenaires. La sélection intersexuelle repose sur le choix du partenaire par les individus de l'autre sexe.

b) (1) Combat entre deux mâles : sélection intrasexuelle.
(2) La femelle compare plusieurs mâles et en choisit un : sélection intersexuelle.
(3) Préférence des femelles pour un caractère des mâles : sélection intersexuelle.
(4) Combat entre deux mâles : sélection intrasexuelle.
(5) La chauve-souris et la grenouille sont deux espèces différentes et il n'est pas question d'accès à un partenaire : c'est une relation de prédation, aucune des deux. Elle peut en revanche s'opposer à la sélection sexuelle en éliminant les mâles chanteurs.

c) (1) La taille des cornes et la force ; (2) la qualité de la tonnelle et de sa décoration ; (3) la longueur des plumes de la queue ; (4) la taille des mandibules.

Exercice 3 — La piste des fourmis

Facile

Une fourmi ouvrière qui a trouvé de la nourriture rentre au nid en déposant sur le sol, par l'extrémité de son abdomen, une substance volatile produite par une glande. D'autres ouvrières du même nid, qui touchent le sol avec leurs antennes, suivent cette trace jusqu'à la nourriture. Expérience : sur une feuille de papier, on trace une courbe avec un extrait de cette glande dilué dans un solvant ; sur une seconde feuille, on trace la même courbe avec le solvant seul. Les ouvrières suivent la courbe de la première feuille, pas celle de la seconde.

  1. a) Préciser la nature du signal et nommer ce type de substance.
  2. b) Justifier l'intérêt de la seconde feuille.
  3. c) Conclure sur le rôle de la substance.
  4. d) Expliquer pourquoi la piste disparaît peu après l'épuisement de la source de nourriture.

a) Le signal est chimique : c'est une substance libérée dans le milieu par une ouvrière et perçue par les antennes d'autres ouvrières de la même espèce, qui modifie leur comportement. C'est une phéromone (ici, une phéromone de piste).

b) La seconde feuille est un témoin : elle ne diffère de la première que par l'absence de l'extrait de glande. Elle permet de vérifier que ce n'est ni le solvant ni le tracé lui-même qui attire les fourmis.

c) Les ouvrières suivent uniquement la courbe contenant l'extrait : la substance produite par la glande suffit à orienter le déplacement des ouvrières. Elle permet de recruter des congénères vers la nourriture : c'est une communication intra-spécifique qui coordonne l'activité du groupe.

d) La substance est volatile : elle s'évapore en peu de temps. Tant que la nourriture est abondante, les ouvrières qui en reviennent redéposent de la phéromone et la piste est entretenue. Quand la source est épuisée, plus aucune ouvrière ne renforce la trace : la piste s'estompe et le recrutement cesse.

Exercice 4 — La gorge rouge de l'épinoche

Moyen

En période de reproduction, la gorge des épinoches mâles devient rouge, plus ou moins vive selon les individus. On place une femelle dans le compartiment central d'un aquarium ; de part et d'autre, derrière une vitre, se trouvent deux mâles de même taille : l'un à gorge rouge vif, l'autre à gorge rouge pâle. À mi-parcours de chaque test, on échange la position des deux mâles. On mesure pendant 15 min le temps passé par la femelle près de chaque mâle. Moyennes obtenues sur 25 femelles : 9,4 min près du mâle à gorge rouge vif, 3,8 min près du mâle à gorge pâle, 1,8 min dans la zone centrale.

  1. a) Calculer le pourcentage du temps d'observation passé près de chaque mâle et dans la zone centrale.
  2. b) Justifier l'échange de position des deux mâles à mi-parcours.
  3. c) Conclure sur le critère de choix des femelles.
  4. d) Un élève affirme : « Cette expérience prouve que la couleur rouge de la gorge est héréditaire. » Expliquer l'erreur.
  5. e) Montrer que, si la couleur de la gorge est un caractère héréditaire, cette préférence peut modifier la population au fil des générations.

a) Durée totale : 15 min.
Près du mâle à gorge vive : 9,4 ÷ 15 ≈ 0,627, soit 62,7 %.
Près du mâle à gorge pâle : 3,8 ÷ 15 ≈ 0,253, soit 25,3 %.
Zone centrale : 1,8 ÷ 15 = 0,12, soit 12 %. (Vérification : 62,7 + 25,3 + 12 = 100.)

b) La femelle pourrait préférer un côté de l'aquarium (lumière, reflets, position) indépendamment des mâles. En échangeant les mâles, on s'assure que la préférence observée suit le mâle et non le côté : la seule variable testée reste la couleur de la gorge.

c) Les femelles passent 9,4 ÷ 3,8 ≈ 2,5 fois plus de temps près du mâle à gorge vive. Les deux mâles ayant la même taille, ce qui les distingue est l'intensité de la couleur : les femelles préfèrent les mâles à gorge rouge vif. C'est une sélection intersexuelle fondée sur un signal visuel. Limite : le temps passé près d'un mâle n'est qu'un indicateur du choix, pas une mesure des accouplements réels.

d) L'expérience mesure seulement une préférence des femelles ; elle ne dit rien de la transmission de la couleur aux descendants. Pour savoir si ce caractère est héréditaire, il faudrait comparer la couleur des pères et celle de leurs fils élevés dans les mêmes conditions (la couleur peut aussi dépendre en partie de l'alimentation). Une préférence ne prouve pas l'hérédité du caractère préféré.

e) Les mâles à gorge vive, préférés, s'accouplent plus souvent et laissent plus de descendants. Si la couleur est héréditaire, leurs fils héritent des allèles responsables d'une gorge vive. À chaque génération, la fréquence de ces allèles augmente : la proportion de mâles à gorge vive s'accroît dans la population, tant qu'aucune autre pression de sélection (prédation, par exemple) ne s'y oppose.

Exercice 5 — Les éléphants de mer

Moyen

Dans une colonie d'éléphants de mer, on a suivi 40 mâles adultes pendant une saison de reproduction (données simplifiées). Les mâles s'affrontent sur la plage ; les vainqueurs contrôlent un groupe de femelles (harem). Résultats : 4 mâles dominants ont réalisé 58 % des accouplements, 11 autres mâles se sont partagé les 42 % restants, 25 mâles ne se sont pas accouplés. Masse moyenne d'un mâle adulte : 1 900 kg ; d'une femelle adulte : 540 kg. Chaque femelle donne naissance à un seul petit par an.

  1. a) Calculer la proportion de mâles qui ne se sont pas accouplés, puis le pourcentage moyen d'accouplements réalisé par un mâle dominant et par un mâle non dominant qui s'est reproduit.
  2. b) Calculer le rapport entre la masse d'un mâle et celle d'une femelle ; nommer le phénomène mis en évidence.
  3. c) Identifier la forme de sélection sexuelle mise en jeu et expliquer comment elle rend compte de la grande masse des mâles.
  4. d) Un élève écrit : « À force de se battre chaque année, les mâles deviennent plus massifs et transmettent cette masse à leurs petits. » Expliquer l'erreur.

a) Mâles sans accouplement : 25 ÷ 40 = 0,625, soit 62,5 % des mâles.
Un mâle dominant : 58 ÷ 4 = 14,5 % des accouplements en moyenne.
Un autre mâle reproducteur : 42 ÷ 11 ≈ 3,8 %.
Un dominant réalise donc environ 14,5 ÷ 3,8 ≈ 3,8 fois plus d'accouplements qu'un mâle non dominant qui se reproduit : le succès reproducteur des mâles est très inégal.

b) 1 900 ÷ 540 ≈ 3,5 : un mâle est en moyenne 3,5 fois plus lourd qu'une femelle. C'est un dimorphisme sexuel de taille.

c) Les mâles combattent entre eux pour contrôler les femelles : c'est une sélection intrasexuelle. Les mâles les plus massifs gagnent plus souvent, deviennent dominants et réalisent la majorité des accouplements. Si la masse dépend en partie d'allèles héréditaires, ces allèles sont transmis à de nombreux descendants et leur fréquence augmente au fil des générations : la masse moyenne des mâles est poussée vers le haut. Chez les femelles, qui se reproduisent presque toutes et dont le succès est limité à un petit par an, cette compétition n'existe pas : leur masse n'est pas favorisée de la même façon.

d) L'élève suppose que les caractères acquis au cours de la vie se transmettent. Or la musculature développée par les combats n'est pas inscrite dans les gamètes : seuls les allèles sont transmis. Formulation correcte : dans la population, les mâles diffèrent par leur masse, en partie pour des raisons génétiques ; les plus massifs, qui gagnent les combats, laissent plus de descendants, qui héritent de leurs allèles.

Exercice 6 — Les grillons silencieux d'une île

Moyen

Sur une île du Pacifique, les mâles d'une espèce de grillon attirent les femelles par leur chant. Une mouche parasite présente sur l'île localise les mâles grâce à ce même chant et dépose sur eux des larves qui les tuent en une dizaine de jours. Des mâles porteurs d'une mutation héréditaire qui rend leurs ailes lisses ne peuvent plus chanter ; ils se tiennent près des mâles chanteurs et s'accouplent avec une partie des femelles attirées par ceux-ci.

Année2001200320052007
Proportion de mâles silencieux (données simplifiées)0 %9 %48 %91 %

  1. a) Décrire l'évolution de la proportion de mâles silencieux.
  2. b) Expliquer pourquoi, sur cette île, le chant est à la fois avantageux et désavantageux pour un mâle.
  3. c) Montrer que deux pressions de sélection s'opposent et expliquer l'augmentation des mâles silencieux.
  4. d) Prévoir l'évolution de la proportion de mâles silencieux si la mouche disparaissait de l'île, et justifier.

a) Absents en 2001, les mâles silencieux représentent 9 % des mâles en 2003, 48 % en 2005 et 91 % en 2007 : en six ans, ils sont devenus très majoritaires. L'augmentation est rapide et régulière.

b) Le chant est avantageux pour la reproduction : il attire les femelles, qui choisissent les mâles chanteurs. Il est désavantageux pour la survie : la mouche parasite localise les mâles grâce à lui, et les larves les tuent en une dizaine de jours.

c) La sélection sexuelle (choix des femelles) favorise les mâles chanteurs ; la sélection naturelle exercée par le parasite les élimine. Les deux pressions s'opposent. Sur l'île, le parasitisme est si fort que la plupart des chanteurs meurent vite ; les mâles silencieux échappent à la mouche, survivent plus longtemps et obtiennent malgré tout des accouplements en interceptant des femelles près des derniers chanteurs. Ils laissent donc plus de descendants, qui héritent de la mutation : la fréquence de l'allèle « ailes lisses » augmente à chaque génération.

d) Sans la mouche, le chant ne coûte plus la vie aux mâles, tandis que les femelles continuent de préférer les chanteurs. Les mâles silencieux, qui ne se reproduisent qu'avec une partie des femelles attirées par d'autres, auraient alors un succès reproducteur plus faible : leur proportion devrait diminuer au fil des générations. L'équilibre du compromis dépend du milieu.

Exercice 7 — Qui choisit ?

Moyen

Document 1 — Chez la grenouille rousse, une femelle pond environ 1 800 ovocytes par saison, chacun riche en réserves ; un mâle produit plusieurs centaines de millions de spermatozoïdes. Les femelles s'accouplent une fois par saison ; un mâle peut féconder les pontes de plusieurs femelles.
Document 2 — Chez les phalaropes, oiseaux des zones humides, c'est le mâle qui couve les œufs et élève seul les poussins. Les femelles, au plumage plus coloré que celui des mâles, se disputent les mâles et paradent devant eux ; une femelle peut pondre successivement pour plusieurs mâles.

  1. a) Comparer, à l'aide du document 1, l'investissement d'une femelle et celui d'un mâle dans la reproduction.
  2. b) En déduire pourquoi, dans la plupart des espèces, ce sont les femelles qui choisissent et les mâles qui rivalisent.
  3. c) Montrer que le cas des phalaropes (document 2) confirme cette explication.

a) La femelle produit un nombre limité de gamètes (environ 1 800 ovocytes par saison), chacun coûteux car riche en réserves ; elle ne se reproduit qu'une fois par saison. Le mâle produit des centaines de millions de spermatozoïdes, peu coûteux individuellement, et peut féconder plusieurs pontes. L'investissement par descendant est bien plus élevé chez la femelle.

b) Le nombre de descendants d'une femelle est limité par ses réserves, pas par le nombre de ses partenaires : un mauvais choix lui coûte une saison entière. Elle a donc intérêt à être sélective. Le nombre de descendants d'un mâle dépend surtout du nombre de femelles fécondées : les mâles rivalisent pour l'accès aux femelles. Les caractères qui augmentent cet accès (ornements, armes) sont donc favorisés chez les mâles.

c) Chez les phalaropes, c'est le mâle qui assure l'essentiel de l'investissement parental (couvaison, élevage) : c'est lui qui devient le sexe « limitant ». Une femelle peut pondre pour plusieurs mâles : son succès dépend du nombre de mâles obtenus. Comme prévu, ce sont alors les femelles qui rivalisent, paradent et portent les couleurs vives, et les mâles qui choisissent. Le sexe qui choisit n'est donc pas fixé par le fait d'être mâle ou femelle, mais par l'investissement dans chaque descendant : l'hypothèse est confirmée.

Exercice 8 — La coloration des guppys

Difficile

Les guppys sont de petits poissons des rivières de l'île de Trinidad. Les mâles portent des taches colorées ; le nombre de taches dépend en grande partie de gènes transmis aux descendants.
Document 1 — Nombre moyen de taches colorées par mâle

Cours d'eauPrédateursNombre moyen de taches
A (amont)aucun poisson prédateur des guppys adultes11,6
B (aval)un poisson prédateur qui chasse à vue7,2
Document 2 — Tests de choix : placées devant deux mâles différant par le nombre de taches, 78 % des femelles de A et 74 % des femelles de B s'approchent du mâle le plus tacheté.
Document 3 — Expérience (données simplifiées) : 200 guppys issus du cours d'eau B sont introduits dans un bassin sans prédateur. Après 14 générations, les mâles portent en moyenne 10,9 taches. Dans un bassin témoin, peuplé de la même façon mais contenant le prédateur, la moyenne reste voisine de 6,9 taches.

  1. a) Décrire les résultats du document 1.
  2. b) Exploiter le document 2 pour identifier la pression de sélection qui favorise les mâles très tachetés.
  3. c) À partir du document 3, montrer que la coloration des mâles a évolué au fil des générations et justifier que l'expérience teste le rôle du prédateur.
  4. d) Un élève attribue le résultat du bassin sans prédateur à la dérive génétique. Discuter cette hypothèse.
  5. e) Rédiger une synthèse expliquant la différence de coloration des mâles entre les cours d'eau A et B.

a) Les mâles du cours d'eau A, sans prédateur, portent en moyenne 11,6 taches ; ceux du cours d'eau B, avec prédateur, 7,2. Les mâles de A ont environ 11,6 ÷ 7,2 ≈ 1,6 fois plus de taches : ils sont plus colorés là où le prédateur est absent.

b) Dans les deux populations, une nette majorité des femelles (78 % et 74 %, bien au-dessus de 50 %) s'approche du mâle le plus tacheté : elles préfèrent les mâles colorés. Cette préférence est la même en A et en B. Elle constitue une sélection intersexuelle qui favorise les mâles très tachetés dans les deux cours d'eau ; elle ne peut donc pas expliquer à elle seule la différence entre A et B.

c) Les guppys introduits proviennent de B (7,2 taches). Après 14 générations sans prédateur, les mâles portent 10,9 taches, soit 3,7 taches de plus (+51 % environ) ; le nombre de taches étant largement héréditaire, il s'agit d'une évolution de la population sur plusieurs générations. Le bassin témoin est peuplé de la même manière et ne diffère que par la présence du prédateur ; la moyenne y reste voisine de 7. La seule variable qui change est le prédateur : l'expérience teste donc son rôle.

d) La dérive génétique modifie les fréquences des allèles au hasard, dans un sens imprévisible, et agit surtout dans les petites populations. Ici, la population de départ n'est pas très petite (200 individus) ; surtout, l'évolution se fait dans le sens prévu par la préférence des femelles, et elle rapproche les mâles de la valeur observée dans la nature en l'absence de prédateur (10,9 contre 11,6). Le témoin, lui, ne change pas. La dérive ne peut pas être exclue sur un seul bassin, mais elle est une explication peu probable : une sélection orientée rend mieux compte des résultats.

e) Dans les deux cours d'eau, les femelles préfèrent les mâles très tachetés : la sélection sexuelle favorise les allèles responsables d'une forte coloration. Mais les taches rendent les mâles plus visibles. En B, le prédateur qui chasse à vue élimine plus souvent les mâles colorés avant qu'ils se reproduisent : la sélection naturelle par la survie s'oppose à la sélection sexuelle, et le compromis s'établit sur des mâles moins colorés (7,2 taches). En A, sans prédateur, ce coût disparaît : la sélection sexuelle l'emporte et les mâles sont plus colorés (11,6 taches). L'expérience du document 3 confirme que la levée de la prédation suffit à augmenter la coloration en quelques générations. La coloration des mâles est un compromis entre sélection sexuelle et survie, dont l'équilibre dépend de la présence de prédateurs.

Exercice 9 — La queue de la veuve

Difficile

Chez la veuve à longue queue, oiseau des prairies d'Afrique, les mâles portent en période de reproduction des plumes de queue d'environ 50 cm ; la queue des femelles mesure environ 7 cm. Chaque mâle défend un territoire où plusieurs femelles peuvent installer leur nid.
Document 1 — Expérience (données simplifiées). Quatre groupes de 9 mâles, qui avaient au départ des nombres de nids comparables, subissent des traitements différents. On compte ensuite les nouveaux nids installés dans leur territoire.

GroupeTraitement de la queueNouveaux nids par territoire (moyenne)
Rcoupée à environ 14 cm0,3
T1aucune manipulation1,2
T2coupée puis recollée à sa longueur initiale1,0
Aallongée de 25 cm par collage des plumes prélevées sur R2,3
Document 2. En vol, un mâle à très longue queue dépense environ 1,4 fois plus d'énergie qu'un mâle de même masse à queue courte. Par temps de pluie, les plumes détrempées gênent son envol et les mâles à longue queue sont plus souvent capturés par les rapaces.

  1. a) Justifier l'intérêt du groupe T2.
  2. b) Analyser les résultats du document 1 en effectuant les calculs utiles.
  3. c) Conclure : quel critère intervient dans le choix des femelles, et quelle forme de sélection sexuelle est mise en évidence ?
  4. d) À l'aide du document 2, expliquer pourquoi la queue des mâles n'est pas encore plus longue dans les populations naturelles.
  5. e) Expliquer pourquoi les femelles n'ont pas une longue queue.

a) Les groupes R et A subissent une coupe et, pour A, un collage : la manipulation elle-même (capture, stress, colle) pourrait modifier le comportement du mâle ou l'attitude des femelles. Le groupe T2 subit la même manipulation sans changement de longueur : c'est le témoin adapté. Comparer R et A à T2 permet d'attribuer les différences à la seule longueur de la queue.

b) T1 (1,2) et T2 (1,0) donnent des valeurs proches : la manipulation a peu d'effet. Par rapport à T2 :
• groupe A : 2,3 ÷ 1,0 = 2,3 fois plus de nids ;
• groupe R : 1,0 ÷ 0,3 ≈ 3,3, soit environ 3 fois moins de nids.
Plus la queue est longue, plus les femelles installent de nids dans le territoire du mâle. Limite : 9 mâles par groupe, c'est un effectif modeste, mais l'écart entre R et A est très net.

c) Les femelles choisissent de s'installer chez les mâles à longue queue : la longueur de la queue est un critère de choix. Le fait que des mâles à queue artificiellement allongée, plus longue que toute queue naturelle, attirent encore davantage de femelles montre que la préférence porte sur la longueur elle-même. C'est une sélection intersexuelle.

d) Une très longue queue a un coût : dépense énergétique en vol multipliée par environ 1,4, envol gêné par la pluie, risque accru d'être capturé par les rapaces. Au-delà d'une certaine longueur, les accouplements supplémentaires ne compensent plus la baisse de survie : les mâles à queue démesurée laissent moins de descendants sur l'ensemble de leur vie. La longueur observée (environ 50 cm) est un compromis entre sélection sexuelle et survie.

e) Chez cette espèce, ce sont les femelles qui choisissent : aucune préférence ne s'exerce sur la longueur de leur queue. Une longue queue n'apporterait à une femelle que des coûts (énergie, prédation) sans avantage reproducteur ; la sélection naturelle maintient donc une queue courte. Le caractère n'est favorisé que chez le sexe soumis au choix, d'où le dimorphisme sexuel.

Exercice 10 — Deux populations, deux parfums

Difficile

Chez une espèce de papillon nocturne, les femelles émettent une phéromone sexuelle formée d'un mélange de deux molécules très proches, notées Z et E. Il existe deux populations : dans la population P1, les femelles émettent un mélange contenant 97 % de Z et 3 % de E ; dans la population P2, 1 % de Z et 99 % de E. Au laboratoire, des mâles P1 et des femelles P2 (et inversement) mis ensemble peuvent s'accoupler et produire des descendants fertiles.
Document 1 — Pourcentage de mâles capturés par des pièges diffusant différents mélanges (tests séparés pour chaque population, données simplifiées)

Mélange diffusé (Z : E)Mâles P1 capturésMâles P2 capturés
97 : 371 %2 %
50 : 508 %5 %
1 : 993 %66 %
Document 2 — Les femelles hybrides P1 × P2 émettent un mélange intermédiaire, proche de 50 : 50.

  1. a) Exploiter le document 1.
  2. b) Expliquer comment la communication chimique limite, dans la nature, les accouplements entre individus de P1 et de P2.
  3. c) Prévoir, à l'aide des deux documents, le succès reproducteur des femelles hybrides, puis en déduire la conséquence sur les échanges d'allèles entre P1 et P2.
  4. d) Montrer que cette situation peut conduire, à long terme, à l'existence de deux espèces distinctes.

a) Les mâles P1 sont capturés à 71 % par le mélange 97 : 3, celui de leurs femelles, contre 3 % par le mélange 1 : 99. Les mâles P2 sont capturés à 66 % par le mélange 1 : 99, celui de leurs femelles, contre 2 % par le mélange 97 : 3. Le mélange 50 : 50 attire peu les deux populations (8 % et 5 %). Chaque type de mâle ne répond qu'au mélange émis par les femelles de sa population : ce n'est pas la présence des molécules Z et E qui compte, mais leurs proportions.

b) Pour s'accoupler, un mâle doit d'abord localiser une femelle grâce à sa phéromone. Un mâle P1 est attiré par les femelles P1 et presque pas par les femelles P2, et inversement. Dans la nature, les rencontres entre individus de P1 et de P2 sont donc rares : la spécificité du signal chimique crée un isolement reproducteur comportemental, alors même que les croisements sont possibles au laboratoire.

c) Les femelles hybrides émettent un mélange proche de 50 : 50, qui n'attire que 8 % des mâles P1 et 5 % des mâles P2 dans les tests. Elles attirent donc peu de partenaires : leur succès reproducteur est faible. Les rares hybrides transmettent peu d'allèles à la génération suivante : les échanges d'allèles entre P1 et P2 restent très limités.

d) P1 et P2 appartiennent encore à la même espèce puisqu'elles peuvent donner des descendants fertiles. Mais, les échanges d'allèles étant très réduits, chaque population évolue désormais de façon largement indépendante : mutations, sélection naturelle et dérive génétique y modifient différemment les fréquences des allèles. Au fil des générations, des différences peuvent s'accumuler jusqu'à rendre les croisements impossibles ou stériles. P1 et P2 seraient alors deux espèces distinctes : la communication intra-spécifique participe ainsi à la formation de nouvelles espèces.

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