Objet d'étude : Le théâtre — histoire, formes et enjeux de l'art dramatique (programme de 2nde)
Évaluation complète de fin de chapitre, tout en niveau difficile. Travaille seul et sans aide, puis vérifie tes réponses avec le corrigé détaillé dépliable en bas de page.
ESTRAGON. — Allons-nous-en.
VLADIMIR. — On ne peut pas.
ESTRAGON. — Pourquoi ?
VLADIMIR. — On attend Godot.
ESTRAGON. — C'est vrai. (Un temps.) Il ne vient pas ?
VLADIMIR. — Non.
ESTRAGON. — Si on partait ? Il viendrait peut-être alors.
VLADIMIR. — Nous irions où ?
ESTRAGON. — Pas loin.
VLADIMIR. — On ne peut pas. On attend Godot.
(Beckett, En attendant Godot, 1952)
Exercice 1 — Vocabulaire et définitions du théâtre
Corrigé :
Didascalie : indication scénique donnée par l'auteur dans le texte (décor, ton, gestes, déplacements des personnages). Aparté : parole dite par un personnage sans être entendu des autres personnages, mais entendu du public (convention théâtrale). Tirade : longue prise de parole d'un seul personnage en présence d'autres. Bienséance : règle du théâtre classique interdisant de montrer la violence ou des scènes choquantes sur scène (elles sont racontées par un récit). Exemple : dans Phèdre de Racine, la mort du héros est racontée par un messager (respect de la bienséance).
Exercice 2 — Les règles du théâtre classique
Corrigé :
Unité d'action : une seule intrigue principale, sans sous-intrigues parasites. Unité de lieu : toute l'action se passe en un seul lieu. Unité de temps : l'action dure au maximum 24 heures.
Dans Hernani, les trois unités sont transgressées : l'action se déroule dans plusieurs lieux (Espagne, Allemagne) et sur plusieurs mois/années ; plusieurs fils narratifs coexistent. C'est précisément ce qui fit scandale lors de la «Bataille d'Hernani» (1830) et signa la victoire du drame romantique.
Exercice 3 — Analyse d'un extrait de théâtre
Corrigé :
a) Cet extrait appartient au théâtre de l'absurde. Deux caractéristiques visibles : ① le dialogue tourne en rond, sans progresser (circularité) ; ② le langage est réduit à l'essentiel, il ne communique rien d'utile — les personnages constatent leur impuissance sans la dépasser.
b) La répétition «On attend Godot» crée un effet de ressassement circulaire : les personnages sont prisonniers de cette attente. Elle souligne l'absurdité de la situation : attendre quelqu'un qui ne vient jamais, sans pouvoir partir. Cela produit à la fois un effet comique (répétition mécanique) et un effet angoissant (enfermement).
c) L'impossibilité de partir symbolise la condition humaine selon Beckett : l'homme est condamné à attendre dans l'incertitude, sans pouvoir fuir. Cela crée chez le spectateur un mélange d'angoisse (la vie n'a pas de sens apparent) et d'identification (nous aussi, nous attendons quelque chose).
Exercice 4 — Comparer deux genres dramatiques
Corrigé :
La tragédie classique (XVIIe siècle, Racine et Corneille) obéit à des règles strictes : les trois unités (action, lieu, temps), la bienséance (pas de violence montrée) et la vraisemblance. Ses personnages sont des héros nobles ou mythologiques (rois, princes) soumis à un destin fatal. Le dénouement est funeste : mort ou ruine du héros. Exemple : Phèdre de Racine (1677).
Le drame romantique (XIXe siècle, Hugo) rompt délibérément avec toutes ces règles. L'action peut se dérouler en plusieurs lieux et sur plusieurs années ; les scènes violentes sont montrées ; le tragique et le comique coexistent. Le héros romantique est un personnage exceptionnel, souvent rebelle, déchiré entre ses passions et son destin. Exemple : Hernani de Hugo (1830), dont la première représentation provoqua la «Bataille d'Hernani».
Ces deux genres reflètent deux visions opposées du théâtre : la régularité et la raison pour les classiques, la liberté et l'émotion pour les romantiques.
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