Objet d'étude : La poésie — des troubadours médiévaux aux Lumières, formes et courants poétiques à travers huit siècles de littérature
Évaluation complète de fin de chapitre, tout en niveau difficile. Travaille seul et sans aide, puis vérifie tes réponses avec le corrigé détaillé dépliable en bas de page.
« Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau ! »
— Charles Baudelaire, L'Héautontimorouménos, Les Fleurs du mal, 1857
Exercice 1 — Connaissance des courants et des auteurs
Corrigé :
Auteurs de la Pléiade : Pierre de Ronsard (Les Amours, Odes, Sonnets pour Hélène) et Joachim Du Bellay (L'Olive, Les Regrets, Défense et Illustration de la langue française). Accepter aussi : Rémi Belleau, Pontus de Tyard, Jean-Antoine de Baïf.
Baroque : v. 1580-1660. Caractéristiques : goût du mouvement et de l'instabilité, métaphores filées et images surprenantes, thème de l'illusion et du theatrum mundi, mélange des genres et des registres, hyperbole et paradoxe. (Toute réponse pertinente et justifiée est acceptée.)
Exercice 2 — Identification et analyse d'une figure de style
Corrigé :
a) Antithèse (ou vision prophétique/cataphore) : Ronsard oppose la beauté présente de la dame à sa vieillesse future, pour mieux renforcer l'argument du carpe diem. (Accepter aussi : vision de la vieillesse, métaphore dépréciative.)
b) Apostrophe : le poète interpelle directement les vivants en les appelant « frères humains ». Cela crée une complicité et un effet pathétique qui sollicite la pitié du lecteur.
c) Anaphore de « Plus » : la répétition en tête de vers crée un rythme ascendant et souligne la supériorité affective du pays natal sur les splendeurs de Rome.
Exercice 3 — Commentaire d'un extrait poétique
Corrigé indicatif :
Axe 1 — Une structure rhétorique fondée sur la répétition et les contraires. L'anaphore de « Je suis » (4 fois) crée un rythme martelé, presque incantatoire. Chaque vers repose sur une antithèse ou un oxymore : « la plaie et le couteau », « le soufflet et la joue », « la victime et le bourreau » : le poète s'identifie à la fois au bourreau et à la victime, à la cause et à l'effet. Cette structure binaire obsessionnelle exprime un déchirement intérieur.
Axe 2 — Un registre pathétique et lyrique au service de l'expression de la souffrance. Le registre lyrique (expression du « je ») est omniprésent : le poète parle de lui-même. Le registre pathétique (souffrance intense, violence des images : plaie, couteau, roue) vise à émouvoir le lecteur. L'image de la roue (instrument de supplice) et celle du bourreau intensifient la douleur exprimée.
Critères de réussite : formulation d'axes clairs, mobilisation d'au moins deux figures de style identifiées et expliquées, lien entre forme et sens, rédaction soignée.
Exercice 4 — Question de synthèse : comparaison de deux courants
Corrigé indicatif :
Rapport aux règles formelles : Le Baroque (v. 1580-1660) privilégie la liberté formelle, le mélange des genres, les métaphores filées et l'excès (Théophile de Viau, D'Aubigné dans Les Tragiques). Le Classicisme (v. 1660-1715) impose des règles strictes : rigueur de la versification, unité de ton, clarté. Boileau (L'Art poétique) codifie ces exigences ; La Fontaine les illustre dans ses Fables.
Rapport aux thèmes et aux images : Le Baroque s'épanouit dans le mouvement, l'illusion, le theatrum mundi (le monde comme théâtre), les images surprenantes voire choquantes. Le Classicisme privilégie la raison, la mesure, la vraisemblance et la bienséance : on ne montre pas la violence, on ne mélange pas les registres. La Fontaine oppose ainsi la morale universelle et sobre de ses fables aux excès baroques.
Barème : 2 pts pour la comparaison formelle ; 2 pts pour la comparaison thématique. Bonus pour la précision des exemples.
Exercice 5 — Analyse de la versification
Corrigé :
Décompte syllabique : Mi-gnon-ne, al-lons voir si la ro-se = 1-2-3, 4-5 6 7 8 9 10 = 10 syllabes → c'est un décasyllabe. (Note : le 'e' final de 'rose' ne compte pas car il est en fin de vers devant silence.)
Schéma rimique : A (-age) B (-ison) B (-ison) A (-age) → ABBA = rimes embrassées.
Rappel : ABAB = croisées ; ABBA = embrassées ; AABB = suivies ou plates.
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