À propos de cette page
Ce cours de spécialité ses en première sur « Comment se forment les salaires ? » suit le programme officiel de spécialité ses de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Le travail, un marché comme les autres ?, L'offre et la demande de travail, Le salaire d'équilibre dans le modèle néoclassique, Les limites du modèle concurrentiel : institutions et négociation collective. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité ses.
Au programme
1 · Le travail, un marché comme les autres ?
2 · L'offre et la demande de travail
3 · Le salaire d'équilibre dans le modèle néoclassique
4 · Les limites du marché concurrentiel : institutions et conventions collectives
5 · Le SMIC et les minima salariaux
6 · Le capital humain et les différences de salaires
7 · La segmentation du marché du travail
8 · Inégalités salariales et discrimination
1Le travail, un marché comme les autres ?
En économie, le marché du travail est le lieu (réel ou fictif) où se rencontrent ceux qui proposent du travail (les travailleurs = offreurs) et ceux qui en demandent (les entreprises = demandeurs). Le résultat de cette rencontre détermine le salaire et le niveau d'emploi.
Définition. Le
salaire est la rémunération versée par l'employeur au salarié en échange de son travail. On distingue :
- le salaire brut : rémunération avant déduction des cotisations sociales salariales ;
- le salaire net : salaire brut − cotisations salariales (ce que perçoit réellement le salarié) ;
- le coût du travail (ou salaire super-brut) : salaire brut + cotisations patronales (ce que paye réellement l'employeur).
Le travail est cependant un marché particulier : le bien échangé est une activité humaine, inséparable de la personne. Des règles juridiques (droit du travail, contrats) et des institutions (syndicats, État) encadrent ce marché, ce qui le distingue d'un marché de biens ordinaires.
Rappel. En SES, on distingue bien le travail (facteur de production) du salarié (personne physique). C'est cette confusion que la théorie néoclassique tente de surmonter en traitant le travail comme n'importe quelle marchandise.
2L'offre et la demande de travail
Sur le marché du travail :
- L'offre de travail émane des ménages (travailleurs qui proposent leurs services). Elle dépend du salaire réel, des préférences loisir/travail, du nombre d'actifs.
- La demande de travail émane des entreprises (firmes qui cherchent à embaucher). Elle dépend du salaire, de la productivité des travailleurs et du niveau de la production souhaitée.
Productivité marginale du travail. C'est la production supplémentaire obtenue en embauchant un travailleur de plus. Dans le modèle néoclassique, une entreprise embauche tant que la valeur de la productivité marginale est supérieure ou égale au salaire ($w \leq P \times Pm_L$, où $P$ = prix du bien, $Pm_L$ = productivité marginale du travail).
La courbe d'offre de travail est en général croissante avec le salaire (plus le salaire est élevé, plus les individus sont prêts à travailler). La courbe de demande de travail est décroissante avec le salaire (plus les salaires sont élevés, moins les entreprises embauchent).
Schéma simplifié : l'intersection des courbes d'offre et de demande détermine le salaire d'équilibre $W^*$.
3Le salaire d'équilibre dans le modèle néoclassique
Dans le modèle néoclassique (concurrence pure et parfaite), le salaire résulte de la rencontre entre offre et demande de travail. Il tend vers un salaire d'équilibre $W^*$ qui égalise offre et demande, assurant le plein-emploi.
Salaire d'équilibre. Le salaire $W^*$ qui permet d'égaliser la quantité de travail offerte et la quantité demandée. À ce salaire, il n'y a ni pénurie de main-d'œuvre, ni chômage involontaire.
Les ajustements se font par le prix (le salaire) :
- Si $W > W^*$ : excès d'offre → chômage → les salaires baissent jusqu'à $W^*$.
- Si $W < W^*$ : excès de demande → pénurie de main-d'œuvre → les salaires montent jusqu'à $W^*$.
Attention ! Ce modèle repose sur des hypothèses très restrictives (information parfaite, mobilité parfaite, homogénéité du travail). En réalité, le marché du travail est très différent d'un marché parfaitement concurrentiel.
Exemple. Si les ingénieurs informatiques sont très demandés et peu nombreux, leur salaire augmente jusqu'à ce que la demande des entreprises soit satisfaite ou que davantage de personnes se forment dans ce domaine.
4Les limites du modèle concurrentiel : institutions et négociation collective
En réalité, le marché du travail est encadré par des institutions qui empêchent le salaire de baisser librement jusqu'à l'équilibre néoclassique :
- L'État fixe un salaire minimum (SMIC en France).
- Les syndicats négocient des conventions collectives avec les organisations patronales.
- Le contrat de travail individualise la rémunération tout en étant encadré par le droit.
Convention collective. Accord conclu entre un ou plusieurs syndicats de salariés et un ou plusieurs syndicats d'employeurs (ou associations patronales) qui fixe les conditions de travail et de rémunération (salaires minimaux par catégorie, primes, durée du travail, congés…) dans une branche professionnelle ou une entreprise.
Astuce. Une convention collective peut être plus favorable que le SMIC : un salarié bénéficie toujours de la disposition la plus avantageuse entre la convention collective, le contrat individuel et la loi.
La négociation collective est un processus de discussion entre partenaires sociaux (syndicats de salariés + organisations patronales) visant à définir les règles du travail. En France, la loi impose des négociations obligatoires annuelles (NAO) dans les entreprises de plus de 50 salariés sur les salaires, le temps de travail et l'égalité professionnelle.
Les déterminants institutionnels et marchands du salaire.
5Le SMIC et les minima salariaux
Le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) est le salaire horaire brut en dessous duquel aucun salarié ne peut être rémunéré en France. Il représente un plancher salarial légal.
| Caractéristique | Détail |
|---|
| Créé en | 1970 (succède au SMIG de 1950) |
| Revalorisation | Au minimum chaque 1er janvier ; automatiquement si inflation > 2 % |
| Montant (2024) | 11,65 € brut/heure → environ 1 766,92 € brut/mois pour 35h |
| Bénéficiaires | Environ 17 % des salariés du secteur privé |
Le SMIC crée un salaire plancher qui empêche le marché du travail de fixer librement des salaires trop bas. Pour les économistes néoclassiques, le SMIC peut créer du chômage en maintenant le salaire au-dessus du niveau d'équilibre. Pour d'autres, il soutient la demande globale et réduit la pauvreté laborieuse.
Exemple. Un salarié travaillant 35h/semaine ne peut pas être payé moins que le SMIC, même si son employeur le souhaitait. Si une convention collective de sa branche prévoit un minimum supérieur, c'est ce dernier qui s'applique.
Attention ! Ne pas confondre SMIC (fixé par l'État, applicable à tous) et salaire minimum conventionnel (fixé par convention collective, applicable à une branche). Le salaire réel doit respecter le plus favorable des deux.
6Le capital humain et les différences de salaires
Pourquoi les salaires sont-ils différents d'un individu à l'autre ? La théorie du capital humain (Gary Becker, 1964) explique une grande partie des inégalités salariales.
Capital humain. Ensemble des connaissances, compétences, qualifications et expériences accumulées par un individu tout au long de sa vie (via l'éducation, la formation, l'expérience professionnelle). Il augmente la productivité du travailleur et justifie un salaire plus élevé.
Les déterminants des différences de salaires :
- Niveau de diplôme : en France, un cadre (bac+5) gagne en moyenne 2,5 fois le salaire d'un ouvrier non qualifié.
- Expérience professionnelle : l'ancienneté augmente la productivité et donc le salaire (prime d'ancienneté, progression de carrière).
- Secteur d'activité : les secteurs financier et technologique paient davantage que l'hôtellerie-restauration.
- Localisation géographique : les salaires à Paris sont en moyenne 25 % supérieurs à la moyenne nationale.
- Conditions de travail pénibles : certains emplois (travail de nuit, risques, contraintes physiques) sont mieux rémunérés pour compenser les désagréments (salaires compensateurs).
Exemple. Un ingénieur avec 10 ans d'expérience dans la finance perçoit un salaire bien plus élevé qu'un employé sans diplôme, car son capital humain est plus important et sa productivité plus élevée.
7La segmentation du marché du travail
Le marché du travail n'est pas unique et unifié. Il est segmenté en plusieurs sous-marchés relativement cloisonnés, entre lesquels la mobilité est limitée.
Segmentation du marché du travail. Division du marché du travail en segments distincts aux règles et aux salaires différents. Les économistes distinguent notamment :
- Le marché primaire (ou segment supérieur) : emplois stables, bien rémunérés, avec possibilités d'évolution (CDI qualifiés, grandes entreprises) ;
- Le marché secondaire (ou segment inférieur) : emplois précaires, faiblement rémunérés, peu de perspectives (CDD, intérim, temps partiel subi).
La segmentation explique pourquoi des personnes aux compétences similaires peuvent avoir des salaires très différents selon le segment où elles se trouvent. Le passage du marché secondaire au marché primaire est souvent difficile (dualisme du marché du travail, théorie de Doeringer et Piore).
À savoir. La segmentation est liée à d'autres facteurs : genre (les femmes sont surreprésentées dans le marché secondaire), âge (les jeunes entrent souvent par le marché secondaire), origine (discriminations à l'embauche).
8Inégalités salariales et discriminations
Les inégalités salariales persistent en France et dans tous les pays. Elles résultent de facteurs légitimes (capital humain, secteur) mais aussi de discriminations.
Discrimination salariale. Différence de salaire non justifiée par des différences de productivité ou de compétences, mais due à des caractéristiques comme le sexe, l'âge, l'origine ethnique ou le handicap. Elle est illégale en France (principe « à travail égal, salaire égal »).
Les principales inégalités salariales en France :
| Type d'inégalité | Ampleur approximative (2024) |
|---|
| Écart hommes / femmes (à temps plein) | Environ −16 % pour les femmes (salaire net moyen) |
| Écart cadres / ouvriers | Les cadres gagnent 2,5× le salaire des ouvriers non qualifiés |
| Écart secteur public / privé | Variable selon le niveau, globalement similaire à poste équivalent |
| Écart selon diplôme | Bac+5 gagne en moyenne 80 % de plus que sans diplôme |
Illustration : le diplôme est un fort déterminant du niveau de salaire en France.
Attention ! L'inégalité salariale hommes/femmes ne s'explique pas entièrement par la discrimination directe : elle est aussi liée aux différences d'orientation (secteurs, filières), aux interruptions de carrière liées à la maternité et au temps partiel subi. Mais une part « inexpliquée » subsiste, qui relève de la discrimination.
★À retenir
En bref :
• Le salaire est la rémunération du travail ; on distingue salaire brut, net et coût du travail.
• Dans le modèle néoclassique, le salaire est fixé par l'offre et la demande de travail (salaire d'équilibre $W^*$).
• En réalité, des institutions encadrent le marché : SMIC, conventions collectives, négociation collective (NAO).
• La théorie du capital humain explique une part des différences de salaires (diplôme, expérience, secteur).
• Le marché du travail est segmenté (marché primaire/secondaire), ce qui crée des inégalités non justifiées par la seule productivité.
• Des discriminations salariales persistent (notamment l'écart hommes/femmes), illégales mais difficiles à éliminer.