Lycée · 1ʳᵉ · Spécialité HGGSP
L'organisation internationale de la sécurité collective
De la SDN à l'ONU : construire la paix par le droit international (Thème 3 — Faire la guerre, faire la paix)
À propos de cette page
La sécurité collective : une idée née au lendemain de la Grande Guerre
La Première Guerre mondiale (1914-1918), qui fit plus de 18 millions de morts, révéla l'incapacité des États à éviter les conflits par la seule diplomatie bilatérale. Cette catastrophe engendra un projet inédit : organiser la sécurité collectivement, à l'échelle mondiale.
Le président américain Woodrow Wilson formule en janvier 1918 ses Quatorze Points, dont le 14e préconise la création d'une « association générale des nations ». Ce projet repose sur trois piliers :
- L'arbitrage : régler les différends par des institutions judiciaires plutôt que par la force ;
- La sécurité mutuelle : les États s'engagent à se défendre collectivement en cas d'agression ;
- Le désarmement : réduire les armements pour diminuer les risques de guerre.
La Société des Nations (SDN) : première tentative d'organisation de la paix
La SDN (Société des Nations) est fondée en 1919 et siège à Genève. Elle regroupe initialement 42 États membres, mais sans les États-Unis (le Sénat américain refuse la ratification en 1920, rejet du wilsonisme).
| Organe | Rôle |
|---|---|
| Assemblée | Délibère ; chaque État dispose d'une voix |
| Conseil | Membres permanents (Gb, France, Italie, Japon) + membres élus |
| Secrétariat | Administration permanente à Genève |
| Cour permanente de Justice internationale | Règlement judiciaire des différends |
La SDN enregistre quelques succès (règlement de litiges frontaliers mineurs, mandat sur des territoires ex-coloniaux) mais rencontre des échecs majeurs :
- 1931 : l'invasion japonaise de la Mandchourie n'est pas sanctionnée efficacement ;
- 1935 : l'Italie fasciste envahit l'Éthiopie ; les sanctions votées sont insuffisantes ;
- 1933 : l'Allemagne nazie et le Japon quittent la SDN ;
- 1939 : déclenchement de la Seconde Guerre mondiale — faillite totale du système.
L'ONU : architecture et fonctionnement
Après la catastrophe de 1939-1945 (55 millions de morts), les Alliés tirent les leçons de l'échec de la SDN et créent une nouvelle organisation. La Charte des Nations Unies est signée le 26 juin 1945 à San Francisco par 51 États fondateurs. Elle entre en vigueur le 24 octobre 1945 (Journée des Nations Unies).
1. Maintenir la paix et la sécurité internationale ;
2. Développer des relations amicales entre les nations ;
3. Réaliser la coopération internationale pour résoudre les problèmes économiques, sociaux, culturels ou humanitaires ;
4. Être un centre harmonisant les efforts des nations.
L'ONU compte aujourd'hui 193 États membres. Ses principaux organes sont :
| Organe | Composition | Rôle principal |
|---|---|---|
| Assemblée générale | 193 États (1 État = 1 voix) | Délibère sur toutes les questions ; résolutions non contraignantes |
| Conseil de sécurité | 15 membres (5P + 10 élus) | Maintien de la paix ; résolutions contraignantes |
| Secrétariat | Secrétaire général + 44 000 fonctionnaires | Administration, rapports, bons offices |
| Cour internationale de Justice | 15 juges élus | Règlement pacifique des différends entre États |
| ECOSOC | 54 membres élus | Coordination économique et sociale |
| Conseil de tutelle | Suspendu depuis 1994 | Supervision des territoires non autonomes |
Le Conseil de sécurité : acteur central mais limité
Le Conseil de sécurité est l'organe le plus puissant de l'ONU. Il est le seul à pouvoir prendre des décisions contraignantes pour tous les États membres (Chapitre VII de la Charte).
Les P5 disposent du droit de veto : tout vote négatif d'un membre permanent bloque une résolution, même si les 14 autres membres l'approuvent. Ce veto a des conséquences majeures :
- Durant la Guerre froide (1947-1991), États-Unis et URSS s'opposent systématiquement ; le Conseil est paralysé. L'URSS utilise 118 veto entre 1945 et 1991.
- Après 1991, une courte période de renouveau onusien (Guerre du Golfe 1991, résolutions sur la Somalie, ex-Yougoslavie).
- Depuis les années 2000, retour des blocages (Russie-Chine sur la Syrie à partir de 2011 ; plus de 16 résolutions bloquées).
| Type de résolution | Base juridique | Effets |
|---|---|---|
| Chapitre VI | Règlement pacifique des différends | Non contraignante ; médiation, arbitrage |
| Chapitre VII | Menace/rupture de la paix ou acte d'agression | Contraignante ; sanctions économiques, force armée autorisée |
Les opérations de maintien de la paix (OMP)
Les opérations de maintien de la paix (OMP) sont un outil original inventé par l'ONU pour gérer les conflits sans passer par la guerre. Elles ne figurent pas explicitement dans la Charte, mais sont fondées sur la pratique onusienne, parfois appelée « Chapitre VI½ ».
1. Consentement des parties au conflit ;
2. Impartialité : les Casques bleus ne prennent pas parti ;
3. Non-recours à la force sauf en cas de légitime défense.
Les Casques bleus (soldats de l'ONU, reconnaissables à leur béret/casque bleu et leur équipement marqué « UN ») sont déployés pour :
- Surveiller les cessez-le-feu ;
- Protéger les populations civiles ;
- Faciliter l'aide humanitaire ;
- Accompagner les processus de paix et les élections.
— ONUSOM en Somalie (1992-1995) : succès initial limité puis retrait après des pertes.
— MINUSMA au Mali (depuis 2013) : protection des civils dans un contexte de terrorisme djihadiste.
— MINUSTAH en Haïti (2004-2017) : stabilisation après coup d'État et séisme.
— MONUSCO en RDC (depuis 1999) : plus grande OMP du monde ; controverses sur l'efficacité.
Les limites et crises du système onusien
L'ONU fait face à de nombreuses limites structurelles qui affaiblissent son efficacité dans la gestion des conflits.
a) Les limites institutionnelles
- Le droit de veto paralyse le Conseil de sécurité sur les conflits impliquant directement les P5 ou leurs alliés (ex. : impossible d'agir contre la Russie en Ukraine).
- L'Assemblée générale vote des résolutions non contraignantes : elle peut condamner moralement mais pas imposer.
- Le financement repose sur des contributions volontaires et des quotes-parts ; les États-Unis retiennent parfois leurs cotisations.
b) Les échecs emblématiques
| Conflit | Échec |
|---|---|
| Génocide au Rwanda (1994) | MINUAR impuissante ; 800 000 morts en 100 jours |
| Srebrenica (1995) | Zone de protection ONU violée ; massacre de 8 000 Bosniaques |
| Syrie (2011-) | Plus de 16 résolutions bloquées par veto russe/chinois |
| Ukraine (2022-) | Conseil paralysé ; seule l'Assemblée peut voter des résolutions |
c) La concurrence d'autres acteurs
- L'OTAN (Alliance atlantique) intervient dans des conflits (Kosovo, Afghanistan, Libye) parfois sans mandat clair de l'ONU.
- Les organisations régionales (Union africaine, OSCE, Ligue arabe) jouent un rôle croissant.
- Les coalitions ad hoc (Coalition de la volonté) contournent l'ONU.
Le droit international humanitaire et la responsabilité de protéger
Au-delà de l'ONU, la sécurité collective repose sur un droit international humanitaire (DIH) et sur des concepts récents qui font évoluer les normes.
Les grandes règles du DIH :
- Distinction entre combattants et civils ;
- Proportionnalité des attaques ;
- Précaution pour limiter les dommages collatéraux ;
- Interdiction des armes à effets indiscriminés (armes chimiques, mines antipersonnel).
- En bref — L'organisation internationale de la sécurité collective :
- La sécurité collective naît après la 1re Guerre mondiale : idée que la paix doit être garantie collectivement par les États (projet Wilson).
- La SDN (1919) est la première tentative : limitée par l'absence des États-Unis, elle échoue face aux totalitarismes et à la Seconde Guerre mondiale.
- L'ONU (1945, 193 États) s'appuie sur la Charte de San Francisco : Assemblée générale, Conseil de sécurité (5 permanents avec veto), CIJ, Secrétariat.
- Le Conseil de sécurité peut autoriser sanctions et usage de la force (Chap. VII) mais le droit de veto le paralyse souvent.
- Les Casques bleus (OMP) interviennent sur le terrain selon trois principes : consentement, impartialité, non-recours à la force.
- Échecs majeurs : Rwanda (1994), Srebrenica (1995), Syrie (2011–) montrent les limites du système.
- Le droit international humanitaire (Conventions de Genève) et la Responsabilité de protéger (R2P, 2005) complètent l'architecture juridique.
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