← Retour aux ressources
Spécialité HGGSP · Classe de 1ʳᵉ

L'organisation internationale de la sécurité collective

De la SDN à l'ONU : construire la paix par le droit international (Thème 3 — Faire la guerre, faire la paix)

À propos de cette page
Ce cours de spécialité hggsp en première sur « L'organisation internationale de la sécurité collective » suit le programme officiel de spécialité hggsp de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La sécurité collective : une idée née au lendemain de la Grande Guerre, La Société des Nations (SDN) : première tentative d'organisation de la paix, L'ONU : architecture et fonctionnement, Le Conseil de sécurité : acteur central mais limité. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité hggsp.
Au programme
1 · La sécurité collective : une idée née au lendemain de la Grande Guerre
2 · La Société des Nations (SDN) : première tentative d'organisation de la paix
3 · L'ONU : architecture et fonctionnement
4 · Le Conseil de sécurité : acteur central mais limité
5 · Les opérations de maintien de la paix (OMP)
6 · Les limites et crises du système onusien
7 · Le droit international humanitaire et la responsabilité de protéger
1La sécurité collective : une idée née au lendemain de la Grande Guerre

La Première Guerre mondiale (1914-1918), qui fit plus de 18 millions de morts, révéla l'incapacité des États à éviter les conflits par la seule diplomatie bilatérale. Cette catastrophe engendra un projet inédit : organiser la sécurité collectivement, à l'échelle mondiale.

Définition. La sécurité collective est un système par lequel des États s'engagent mutuellement à répondre ensemble à toute agression contre l'un d'eux. L'idée centrale : « une atteinte à la paix quelque part est une menace pour la paix partout ».

Le président américain Woodrow Wilson formule en janvier 1918 ses Quatorze Points, dont le 14e préconise la création d'une « association générale des nations ». Ce projet repose sur trois piliers :

  • L'arbitrage : régler les différends par des institutions judiciaires plutôt que par la force ;
  • La sécurité mutuelle : les États s'engagent à se défendre collectivement en cas d'agression ;
  • Le désarmement : réduire les armements pour diminuer les risques de guerre.
Contexte. La conférence de paix de Paris (1919) adopte le traité de Versailles, dont la première partie institue le Pacte de la SDN. C'est la première organisation internationale à vocation universelle de sécurité.
2La Société des Nations (SDN) : première tentative d'organisation de la paix

La SDN (Société des Nations) est fondée en 1919 et siège à Genève. Elle regroupe initialement 42 États membres, mais sans les États-Unis (le Sénat américain refuse la ratification en 1920, rejet du wilsonisme).

OrganeRôle
AssembléeDélibère ; chaque État dispose d'une voix
ConseilMembres permanents (Gb, France, Italie, Japon) + membres élus
SecrétariatAdministration permanente à Genève
Cour permanente de Justice internationaleRèglement judiciaire des différends
Innovation juridique. L'article 16 du Pacte prévoit des sanctions collectives (économiques et militaires) contre tout État qui aurait recours à la guerre en violation des engagements pris. C'est la première fois que la guerre est encadrée juridiquement à l'échelle internationale.

La SDN enregistre quelques succès (règlement de litiges frontaliers mineurs, mandat sur des territoires ex-coloniaux) mais rencontre des échecs majeurs :

  • 1931 : l'invasion japonaise de la Mandchourie n'est pas sanctionnée efficacement ;
  • 1935 : l'Italie fasciste envahit l'Éthiopie ; les sanctions votées sont insuffisantes ;
  • 1933 : l'Allemagne nazie et le Japon quittent la SDN ;
  • 1939 : déclenchement de la Seconde Guerre mondiale — faillite totale du système.
Attention ! Les États-Unis ne rejoindront jamais la SDN, ce qui prive l'organisation de l'une des principales puissances mondiales et mine sa crédibilité dès le départ.
3L'ONU : architecture et fonctionnement

Après la catastrophe de 1939-1945 (55 millions de morts), les Alliés tirent les leçons de l'échec de la SDN et créent une nouvelle organisation. La Charte des Nations Unies est signée le 26 juin 1945 à San Francisco par 51 États fondateurs. Elle entre en vigueur le 24 octobre 1945 (Journée des Nations Unies).

Objectifs de l'ONU (article 1 de la Charte).
1. Maintenir la paix et la sécurité internationale ;
2. Développer des relations amicales entre les nations ;
3. Réaliser la coopération internationale pour résoudre les problèmes économiques, sociaux, culturels ou humanitaires ;
4. Être un centre harmonisant les efforts des nations.

L'ONU compte aujourd'hui 193 États membres. Ses principaux organes sont :

OrganeCompositionRôle principal
Assemblée générale193 États (1 État = 1 voix)Délibère sur toutes les questions ; résolutions non contraignantes
Conseil de sécurité15 membres (5P + 10 élus)Maintien de la paix ; résolutions contraignantes
SecrétariatSecrétaire général + 44 000 fonctionnairesAdministration, rapports, bons offices
Cour internationale de Justice15 juges élusRèglement pacifique des différends entre États
ECOSOC54 membres élusCoordination économique et sociale
Conseil de tutelleSuspendu depuis 1994Supervision des territoires non autonomes
Agences spécialisées. Autour de l'ONU gravitent de nombreuses agences : OMS (santé), UNESCO (éducation/culture), FAO (alimentation), PNUD (développement), UNHCR (réfugiés), UNICEF (enfants), etc. On parle du « système onusien ».
4Le Conseil de sécurité : acteur central mais limité

Le Conseil de sécurité est l'organe le plus puissant de l'ONU. Il est le seul à pouvoir prendre des décisions contraignantes pour tous les États membres (Chapitre VII de la Charte).

Composition. 15 membres : 5 membres permanents (P5) — États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni — et 10 membres non permanents élus pour 2 ans par l'Assemblée générale.

Les P5 disposent du droit de veto : tout vote négatif d'un membre permanent bloque une résolution, même si les 14 autres membres l'approuvent. Ce veto a des conséquences majeures :

  • Durant la Guerre froide (1947-1991), États-Unis et URSS s'opposent systématiquement ; le Conseil est paralysé. L'URSS utilise 118 veto entre 1945 et 1991.
  • Après 1991, une courte période de renouveau onusien (Guerre du Golfe 1991, résolutions sur la Somalie, ex-Yougoslavie).
  • Depuis les années 2000, retour des blocages (Russie-Chine sur la Syrie à partir de 2011 ; plus de 16 résolutions bloquées).
Type de résolutionBase juridiqueEffets
Chapitre VIRèglement pacifique des différendsNon contraignante ; médiation, arbitrage
Chapitre VIIMenace/rupture de la paix ou acte d'agressionContraignante ; sanctions économiques, force armée autorisée
Attention ! Le droit de veto est souvent présenté comme le principal défaut de l'ONU. Certains États demandent sa réforme (élargissement du Conseil, limitation du veto), mais toute modification de la Charte requiert l'accord des P5 eux-mêmes.
5Les opérations de maintien de la paix (OMP)

Les opérations de maintien de la paix (OMP) sont un outil original inventé par l'ONU pour gérer les conflits sans passer par la guerre. Elles ne figurent pas explicitement dans la Charte, mais sont fondées sur la pratique onusienne, parfois appelée « Chapitre VI½ ».

Principes traditionnels des OMP (doctrine Hammarskjöld).
1. Consentement des parties au conflit ;
2. Impartialité : les Casques bleus ne prennent pas parti ;
3. Non-recours à la force sauf en cas de légitime défense.

Les Casques bleus (soldats de l'ONU, reconnaissables à leur béret/casque bleu et leur équipement marqué « UN ») sont déployés pour :

  • Surveiller les cessez-le-feu ;
  • Protéger les populations civiles ;
  • Faciliter l'aide humanitaire ;
  • Accompagner les processus de paix et les élections.
Exemples d'OMP.
— ONUSOM en Somalie (1992-1995) : succès initial limité puis retrait après des pertes.
— MINUSMA au Mali (depuis 2013) : protection des civils dans un contexte de terrorisme djihadiste.
— MINUSTAH en Haïti (2004-2017) : stabilisation après coup d'État et séisme.
— MONUSCO en RDC (depuis 1999) : plus grande OMP du monde ; controverses sur l'efficacité.
Évolution des OMP. Depuis les années 1990, les OMP sont devenues plus complexes (« deuxième génération ») : elles incluent des missions civiles, des mandats de protection robuste, et parfois le recours à la force (brigades d'intervention en RDC, 2013).
6Les limites et crises du système onusien

L'ONU fait face à de nombreuses limites structurelles qui affaiblissent son efficacité dans la gestion des conflits.

a) Les limites institutionnelles

  • Le droit de veto paralyse le Conseil de sécurité sur les conflits impliquant directement les P5 ou leurs alliés (ex. : impossible d'agir contre la Russie en Ukraine).
  • L'Assemblée générale vote des résolutions non contraignantes : elle peut condamner moralement mais pas imposer.
  • Le financement repose sur des contributions volontaires et des quotes-parts ; les États-Unis retiennent parfois leurs cotisations.

b) Les échecs emblématiques

ConflitÉchec
Génocide au Rwanda (1994)MINUAR impuissante ; 800 000 morts en 100 jours
Srebrenica (1995)Zone de protection ONU violée ; massacre de 8 000 Bosniaques
Syrie (2011-)Plus de 16 résolutions bloquées par veto russe/chinois
Ukraine (2022-)Conseil paralysé ; seule l'Assemblée peut voter des résolutions
Attention ! Ces échecs ont conduit à s'interroger sur la légitimité du recours à la force sans mandat onusien (ex. : intervention de l'OTAN au Kosovo en 1999, qualifiée de « guerre juste » mais illégale selon le droit international strict).

c) La concurrence d'autres acteurs

  • L'OTAN (Alliance atlantique) intervient dans des conflits (Kosovo, Afghanistan, Libye) parfois sans mandat clair de l'ONU.
  • Les organisations régionales (Union africaine, OSCE, Ligue arabe) jouent un rôle croissant.
  • Les coalitions ad hoc (Coalition de la volonté) contournent l'ONU.
7Le droit international humanitaire et la responsabilité de protéger

Au-delà de l'ONU, la sécurité collective repose sur un droit international humanitaire (DIH) et sur des concepts récents qui font évoluer les normes.

Droit international humanitaire (DIH). Ensemble de règles limitant les effets des conflits armés pour protéger les personnes qui n'y participent pas (civils, blessés, prisonniers). Sources principales : Conventions de Genève (1864, révisées en 1949 et complétées par des Protocoles additionnels en 1977).

Les grandes règles du DIH :

  • Distinction entre combattants et civils ;
  • Proportionnalité des attaques ;
  • Précaution pour limiter les dommages collatéraux ;
  • Interdiction des armes à effets indiscriminés (armes chimiques, mines antipersonnel).
La Responsabilité de protéger (R2P). Concept adopté par le Sommet mondial de l'ONU en 2005 : chaque État a la responsabilité de protéger sa population ; si un État faillit à cette mission (crimes de guerre, génocide, crimes contre l'humanité, nettoyage ethnique), la communauté internationale a la responsabilité d'intervenir, y compris par la force si nécessaire, avec l'autorisation du Conseil de sécurité.
Application de la R2P. La résolution 1973 (2011) autorisant l'intervention en Libye est souvent citée comme première application de la R2P. Mais la Russie et la Chine ont critiqué l'usage qui en a été fait (changement de régime), ce qui a bloqué toute nouvelle application en Syrie.
Le Tribunal pénal international. La Cour pénale internationale (CPI), créée par le Statut de Rome (1998), juge les individus responsables de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocides. Elle complète le DIH en permettant des poursuites individuelles.
À retenir
En bref — L'organisation internationale de la sécurité collective :
• La sécurité collective naît après la 1re Guerre mondiale : idée que la paix doit être garantie collectivement par les États (projet Wilson).
• La SDN (1919) est la première tentative : limitée par l'absence des États-Unis, elle échoue face aux totalitarismes et à la Seconde Guerre mondiale.
• L'ONU (1945, 193 États) s'appuie sur la Charte de San Francisco : Assemblée générale, Conseil de sécurité (5 permanents avec veto), CIJ, Secrétariat.
• Le Conseil de sécurité peut autoriser sanctions et usage de la force (Chap. VII) mais le droit de veto le paralyse souvent.
• Les Casques bleus (OMP) interviennent sur le terrain selon trois principes : consentement, impartialité, non-recours à la force.
• Échecs majeurs : Rwanda (1994), Srebrenica (1995), Syrie (2011–) montrent les limites du système.
• Le droit international humanitaire (Conventions de Genève) et la Responsabilité de protéger (R2P, 2005) complètent l'architecture juridique.
Continuer ce chapitre
Autres chapitres
Bloqué sur ce chapitre ?

Cours particuliers de spécialité hggsp à Marseille, en présentiel ou à distance — un prof qui s'adapte à ton rythme et reprend ce qui coince.

Réserver un 1er cours → Voir les tarifs