Lycée · 1ʳᵉ · Spécialité HGGSP
Guerres asymétriques et terrorisme
Nouvelles formes de conflits armés depuis la fin de la Guerre froide — Thème 3 : Faire la guerre, faire la paix
À propos de cette page
De la guerre classique aux conflits asymétriques
La guerre classique (ou guerre symétrique) oppose deux États dotés d'armées régulières, de matériel comparable et soumis à des règles du droit international humanitaire. Ce modèle, hérité des guerres napoléoniennes et des deux conflits mondiaux, tend à s'effacer après la fin de la Guerre froide (1991).
Après 1991, les conflits changent de nature :
- Multiplication des guerres civiles et des conflits intra-étatiques (ex-Yougoslavie, Rwanda, Afghanistan, Irak, Syrie).
- Émergence d'acteurs non étatiques armés (milices, groupes terroristes, paramilitaires).
- Brouillage de la frontière entre guerre et paix, et entre combattants et civils.
Caption : Frise chronologique des principaux repères liés aux guerres asymétriques et au terrorisme (1991-2019).
Définir le terrorisme : enjeux conceptuels et politiques
Le terrorisme est un concept difficile à définir universellement, car sa qualification est souvent liée à des enjeux politiques (la distinction entre « terroriste » et « combattant de la liberté » est source de controverses internationales).
Principaux critères qui caractérisent le terrorisme :
| Critère | Précision |
|---|---|
| Cibles civiles | Vise délibérément des non-combattants pour maximiser l'impact psychologique |
| Objectif politique | Actes commis pour influencer un pouvoir, une opinion publique |
| Effet de terreur | L'effroi est l'outil : la peur doit se propager au-delà des victimes directes |
| Groupe organisé | Généralement le fait d'organisations (mais aussi d'individus — le « loup solitaire ») |
On distingue plusieurs formes de terrorisme :
- Terrorisme nationaliste/séparatiste : IRA (Irlande du Nord), ETA (Pays basque), FLNC (Corse).
- Terrorisme idéologique (d'extrême gauche ou droite) : Brigades Rouges (Italie, 1970s), Anders Breivik (Norvège, 2011).
- Terrorisme djihadiste : Al-Qaïda, Daech — dimension transnationale depuis les années 1990.
Le terrorisme djihadiste transnational
Depuis les années 1990, le terrorisme djihadiste est devenu la forme dominante du terrorisme international. Il se caractérise par son ambition transnationale (au-delà des frontières nationales) et sa dimension religieuse radicale.
Le 11 septembre 2001 constitue un tournant majeur : 19 pirates de l'air détournent 4 avions et frappent les tours du World Trade Center à New York et le Pentagone → 2 977 morts. C'est l'attaque terroriste la plus meurtrière de l'histoire.
Daech (État islamique) naît des décombres d'Al-Qaïda en Irak, suite à l'invasion américaine de 2003. Il proclame un « califat » en juin 2014 sur des territoires irakiens et syriens. Ses caractéristiques :
- Contrôle territorial d'un proto-État (8 millions d'habitants sous son contrôle en 2014).
- Financement par le pétrole, les rançons, les pillages.
- Recrutement international via Internet et réseaux sociaux (plus de 30 000 combattants étrangers).
- Attentats en Europe : Paris (novembre 2015, 130 morts), Bruxelles (2016), Nice (2016, 86 morts).
Caption : Bilan humain des principaux attentats djihadistes en Europe entre 2015 et 2017. Paris (13 novembre 2015) reste l'attentat le plus meurtrier sur le sol européen depuis le 11 mars 2004 (Madrid).
Les acteurs non étatiques dans les conflits contemporains
Les conflits contemporains voient la multiplication d'acteurs non étatiques armés (ANEA), qui agissent en dehors des structures étatiques traditionnelles.
| Type d'acteur | Exemples | Modes d'action |
|---|---|---|
| Groupes terroristes | Al-Qaïda, Daech, Boko Haram, Al-Shabaab | Attentats, enlèvements, attaques-suicides |
| Milices paramilitaires | Hezbollah (Liban), Hamas (Gaza), FNL (RDC) | Guérilla, contrôle de territoire |
| Groupes de guérilla | FARC (Colombie), talibans (Afghanistan) | Guerre d'usure, embuscades |
| Seigneurs de guerre | Somalie, Afghanistan (années 1990) | Contrôle de ressources, rackets |
| Sociétés militaires privées | Wagner Group (Russie), ex-Blackwater (USA) | Opérations para-militaires, mercenariat |
Ces acteurs partagent plusieurs caractéristiques :
- Ils se fondent dans la population civile, compliquant leur identification et les frappes militaires.
- Ils ne respectent pas (ou peu) le droit international humanitaire.
- Ils ont des financements variés : dons de sympathisants, rançons, trafics (drogue, armes, pétrole).
- Ils utilisent massivement Internet et les réseaux sociaux pour le recrutement et la propagande.
Les réponses étatiques aux guerres asymétriques
Face à des ennemis non étatiques et à des guerres sans front défini, les États ont dû adapter leurs stratégies militaires et juridiques.
Principales réponses militaires :
- Frappes chirurgicales : utilisation de drones armés pour éliminer des chefs terroristes (programme américain de « targeted killing »). Controversé car il génère des victimes civiles (collateral damage).
- Forces spéciales : unités d'élite déployées discrètement pour des raids, libérations d'otages, élimination de cibles de haute valeur (ex. : mort de Ben Laden, mai 2011).
- Partenariat avec des forces locales : former et équiper des armées locales pour lutter contre l'insurrection (stratégie américaine en Afghanistan, au Sahel).
Réponses juridiques et sécuritaires :
- Création du Patriot Act américain (2001) : extension des pouvoirs de surveillance des communications.
- En France : lois antiterroristes successives (2014, 2017) et état d'urgence après les attentats de 2015.
- Plan Vigipirate : dispositif français de vigilance et de protection contre la menace terroriste (niveaux : vigilance renforcée, urgence attentat).
La « guerre contre le terrorisme » : bilan et limites
Après le 11 septembre 2001, le président américain George W. Bush déclare une « guerre contre le terrorisme » (War on Terror). Cette expression traduit une rupture conceptuelle : on traite le terrorisme non plus comme un crime à poursuivre en justice, mais comme une guerre à remporter militairement.
Les interventions militaires :
- Afghanistan (2001) : intervention de l'OTAN pour chasser les talibans qui abritaient Al-Qaïda. Après 20 ans de guerre et plus de 100 000 morts civils afghans, les talibans reprennent le pouvoir en août 2021.
- Irak (2003) : invasion américano-britannique sous prétexte d'armes de destruction massive (ADM) non trouvées. Le vide sécuritaire crée les conditions de l'émergence de Daech.
Bilan mitigé de la « guerre contre le terrorisme » :
| Succès relatifs | Échecs et limites |
|---|---|
| Mort de Ben Laden (2011) | Daech naît sur les décombres de l'Irak dévastée |
| Démantèlement de réseaux Al-Qaïda | Multiplication des franchises djihadistes dans le monde |
| Défaite territoriale de Daech (2019) | Retour des talibans en Afghanistan (2021) |
| Renseignement international renforcé | Coût humain et financier considérable (2 000 Mds $) |
Terrorisme, médias et société
Le terrorisme entretient une relation particulière avec les médias. La formule du chercheur Brian Jenkins est souvent citée : « Le terrorisme est du théâtre ». L'objectif est de maximiser l'impact psychologique en touchant le plus grand nombre de personnes possible via la médiatisation.
Stratégies de communication des groupes terroristes :
- Production vidéo professionnelle (Dabiq, Rumiyah : magazines de Daech en plusieurs langues).
- Utilisation de l'internet et du darknet pour le recrutement et la coordination.
- Mise en scène spectaculaire des attentats pour maximiser la couverture médiatique.
Conséquences sociales et politiques du terrorisme :
- Islamophobie : amalgame dangereux entre islam et terrorisme djihadiste, conduisant à la discrimination des populations musulmanes.
- Restrictions des libertés : lois de surveillance, état d'urgence, débat sur l'équilibre entre sécurité et libertés civiles.
- Polarisation politique : instrumentalisation du terrorisme par des populismes d'extrême-droite.
- Une guerre asymétrique oppose des belligérants aux capacités inégales ; le plus faible compense par des tactiques non conventionnelles (guérilla, terrorisme).
- Le terrorisme cible délibérément des civils pour créer la terreur à des fins politiques.
- Le terrorisme djihadiste transnational (Al-Qaïda, Daech) est la principale menace depuis le 11 septembre 2001.
- Les acteurs non étatiques (milices, SMP, guérillas) brouillent les frontières des conflits contemporains.
- La « guerre contre le terrorisme » (2001–) a produit des résultats mitigés : succès tactiques mais instabilité durable.
- Le terrorisme entretient un rapport stratégique aux médias : l'effet de terreur ne fonctionne que s'il est médiatisé.
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