← Retour aux ressources
Spécialité HGGSP · Classe de 1ʳᵉ

Guerres asymétriques et terrorisme

Nouvelles formes de conflits armés depuis la fin de la Guerre froide — Thème 3 : Faire la guerre, faire la paix

À propos de cette page
Ce cours de spécialité hggsp en première sur « Guerres asymétriques et terrorisme » suit le programme officiel de spécialité hggsp de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : De la guerre classique aux conflits asymétriques, Définir le terrorisme : enjeux conceptuels et politiques, Le terrorisme djihadiste transnational, Les acteurs non étatiques dans les conflits contemporains. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité hggsp.
Au programme
1 · De la guerre classique aux conflits asymétriques
2 · Définir le terrorisme : enjeux conceptuels et politiques
3 · Le terrorisme djihadiste transnational
4 · Les acteurs non étatiques dans les conflits contemporains
5 · Les réponses étatiques aux guerres asymétriques
6 · La « guerre contre le terrorisme » : bilan et limites
7 · Terrorisme, médias et société
1De la guerre classique aux conflits asymétriques

La guerre classique (ou guerre symétrique) oppose deux États dotés d'armées régulières, de matériel comparable et soumis à des règles du droit international humanitaire. Ce modèle, hérité des guerres napoléoniennes et des deux conflits mondiaux, tend à s'effacer après la fin de la Guerre froide (1991).

Définition. Une guerre asymétrique est un conflit armé opposant des belligérants aux capacités militaires, aux ressources et aux statuts radicalement inégaux. Le belligérant le plus faible compense son infériorité conventionnelle par des tactiques non conventionnelles : guérilla, terrorisme, sabotage, cyberattaques, désinformation.

Après 1991, les conflits changent de nature :

  • Multiplication des guerres civiles et des conflits intra-étatiques (ex-Yougoslavie, Rwanda, Afghanistan, Irak, Syrie).
  • Émergence d'acteurs non étatiques armés (milices, groupes terroristes, paramilitaires).
  • Brouillage de la frontière entre guerre et paix, et entre combattants et civils.
Repère chronologique. 1991 : fin de la Guerre froide → prolifération des conflits asymétriques. 2001 : attentats du 11 septembre → début de la « guerre contre le terrorisme ».

Caption : Frise chronologique des principaux repères liés aux guerres asymétriques et au terrorisme (1991-2019).

2Définir le terrorisme : enjeux conceptuels et politiques

Le terrorisme est un concept difficile à définir universellement, car sa qualification est souvent liée à des enjeux politiques (la distinction entre « terroriste » et « combattant de la liberté » est source de controverses internationales).

Définition. Le terrorisme désigne l'usage de la violence ou de la menace de violence contre des civils, à des fins politiques, idéologiques ou religieuses, pour créer un climat de terreur et contraindre des gouvernements ou des populations à agir d'une certaine façon.

Principaux critères qui caractérisent le terrorisme :

CritèrePrécision
Cibles civilesVise délibérément des non-combattants pour maximiser l'impact psychologique
Objectif politiqueActes commis pour influencer un pouvoir, une opinion publique
Effet de terreurL'effroi est l'outil : la peur doit se propager au-delà des victimes directes
Groupe organiséGénéralement le fait d'organisations (mais aussi d'individus — le « loup solitaire »)
Attention ! Il n'existe pas de définition universelle du terrorisme en droit international. L'ONU a tenté, sans succès complet, d'adopter une convention globale. Chaque État définit le terrorisme selon sa propre législation.

On distingue plusieurs formes de terrorisme :

  • Terrorisme nationaliste/séparatiste : IRA (Irlande du Nord), ETA (Pays basque), FLNC (Corse).
  • Terrorisme idéologique (d'extrême gauche ou droite) : Brigades Rouges (Italie, 1970s), Anders Breivik (Norvège, 2011).
  • Terrorisme djihadiste : Al-Qaïda, Daech — dimension transnationale depuis les années 1990.
3Le terrorisme djihadiste transnational

Depuis les années 1990, le terrorisme djihadiste est devenu la forme dominante du terrorisme international. Il se caractérise par son ambition transnationale (au-delà des frontières nationales) et sa dimension religieuse radicale.

Al-Qaïda (« la base ») est fondée par Oussama Ben Laden vers 1988-1996 en Afghanistan puis au Soudan. Elle vise à combattre l'Occident (surtout les États-Unis) et à renverser les régimes arabes jugés impies. Son idéologie est le salafisme djihadiste, qui prône un retour à un islam primitif supposément pur et justifie la violence armée.

Le 11 septembre 2001 constitue un tournant majeur : 19 pirates de l'air détournent 4 avions et frappent les tours du World Trade Center à New York et le Pentagone → 2 977 morts. C'est l'attaque terroriste la plus meurtrière de l'histoire.

Exemple. Al-Qaïda a frappé simultanément les ambassades américaines de Nairobi et Dar es Salam (1998, 224 morts), puis le cuirassé USS Cole (2000, 17 morts), avant le 11 septembre 2001. Cette stratégie de frappes multiples et spectaculaires vise à démontrer la vulnérabilité de la superpuissance américaine.

Daech (État islamique) naît des décombres d'Al-Qaïda en Irak, suite à l'invasion américaine de 2003. Il proclame un « califat » en juin 2014 sur des territoires irakiens et syriens. Ses caractéristiques :

  • Contrôle territorial d'un proto-État (8 millions d'habitants sous son contrôle en 2014).
  • Financement par le pétrole, les rançons, les pillages.
  • Recrutement international via Internet et réseaux sociaux (plus de 30 000 combattants étrangers).
  • Attentats en Europe : Paris (novembre 2015, 130 morts), Bruxelles (2016), Nice (2016, 86 morts).

Caption : Bilan humain des principaux attentats djihadistes en Europe entre 2015 et 2017. Paris (13 novembre 2015) reste l'attentat le plus meurtrier sur le sol européen depuis le 11 mars 2004 (Madrid).

Nuance importante. Le terrorisme djihadiste n'est pas synonyme d'islam. L'immense majorité des musulmans dans le monde condamne ces actes. Le djihadisme est une idéologie politique radicale qui instrumentalise la religion.
4Les acteurs non étatiques dans les conflits contemporains

Les conflits contemporains voient la multiplication d'acteurs non étatiques armés (ANEA), qui agissent en dehors des structures étatiques traditionnelles.

Type d'acteurExemplesModes d'action
Groupes terroristesAl-Qaïda, Daech, Boko Haram, Al-ShabaabAttentats, enlèvements, attaques-suicides
Milices paramilitairesHezbollah (Liban), Hamas (Gaza), FNL (RDC)Guérilla, contrôle de territoire
Groupes de guérillaFARC (Colombie), talibans (Afghanistan)Guerre d'usure, embuscades
Seigneurs de guerreSomalie, Afghanistan (années 1990)Contrôle de ressources, rackets
Sociétés militaires privéesWagner Group (Russie), ex-Blackwater (USA)Opérations para-militaires, mercenariat
Définition. La guérilla (de l'espagnol « petite guerre ») est une stratégie militaire irrégulière consistant à harceler un ennemi supérieur par des embuscades, des raids et une mobilité permanente, plutôt qu'à l'affronter en bataille rangée.

Ces acteurs partagent plusieurs caractéristiques :

  • Ils se fondent dans la population civile, compliquant leur identification et les frappes militaires.
  • Ils ne respectent pas (ou peu) le droit international humanitaire.
  • Ils ont des financements variés : dons de sympathisants, rançons, trafics (drogue, armes, pétrole).
  • Ils utilisent massivement Internet et les réseaux sociaux pour le recrutement et la propagande.
Attention ! Les sociétés militaires privées (SMP) constituent un phénomène croissant et inquiétant : des mercenaires professionnels embauchés par des États ou des entreprises pour mener des opérations militaires, souvent dans des zones de non-droit. Le groupe Wagner a notamment opéré en Syrie, en Libye, au Mali et en Ukraine.
5Les réponses étatiques aux guerres asymétriques

Face à des ennemis non étatiques et à des guerres sans front défini, les États ont dû adapter leurs stratégies militaires et juridiques.

Contre-insurrection (COIN) : doctrine militaire visant à éradiquer une insurrection armée en combinant opérations militaires ciblées, renseignement, actions de développement et conquête des « cœurs et des esprits » de la population locale.

Principales réponses militaires :

  • Frappes chirurgicales : utilisation de drones armés pour éliminer des chefs terroristes (programme américain de « targeted killing »). Controversé car il génère des victimes civiles (collateral damage).
  • Forces spéciales : unités d'élite déployées discrètement pour des raids, libérations d'otages, élimination de cibles de haute valeur (ex. : mort de Ben Laden, mai 2011).
  • Partenariat avec des forces locales : former et équiper des armées locales pour lutter contre l'insurrection (stratégie américaine en Afghanistan, au Sahel).

Réponses juridiques et sécuritaires :

  • Création du Patriot Act américain (2001) : extension des pouvoirs de surveillance des communications.
  • En France : lois antiterroristes successives (2014, 2017) et état d'urgence après les attentats de 2015.
  • Plan Vigipirate : dispositif français de vigilance et de protection contre la menace terroriste (niveaux : vigilance renforcée, urgence attentat).
Exemple. L'opération Serval (2013) puis Barkhane (2014-2022) au Sahel : la France a déployé des milliers de soldats au Mali, Niger et Burkina Faso pour lutter contre les groupes djihadistes (AQMI, MUJAO, GSIM). Malgré des succès tactiques, l'insécurité a persisté et la France a dû se retirer face à des coups d'État militaires.
6La « guerre contre le terrorisme » : bilan et limites

Après le 11 septembre 2001, le président américain George W. Bush déclare une « guerre contre le terrorisme » (War on Terror). Cette expression traduit une rupture conceptuelle : on traite le terrorisme non plus comme un crime à poursuivre en justice, mais comme une guerre à remporter militairement.

Les interventions militaires :

  • Afghanistan (2001) : intervention de l'OTAN pour chasser les talibans qui abritaient Al-Qaïda. Après 20 ans de guerre et plus de 100 000 morts civils afghans, les talibans reprennent le pouvoir en août 2021.
  • Irak (2003) : invasion américano-britannique sous prétexte d'armes de destruction massive (ADM) non trouvées. Le vide sécuritaire crée les conditions de l'émergence de Daech.
Attention ! La « guerre contre le terrorisme » a suscité de vives critiques : torture des prisonniers à Guantánamo et Abu Ghraib, utilisation de drones létaux sur des territoires sans déclaration de guerre formelle, violations du droit international. Ces pratiques ont parfois alimenté le recrutement terroriste.

Bilan mitigé de la « guerre contre le terrorisme » :

Succès relatifsÉchecs et limites
Mort de Ben Laden (2011)Daech naît sur les décombres de l'Irak dévastée
Démantèlement de réseaux Al-QaïdaMultiplication des franchises djihadistes dans le monde
Défaite territoriale de Daech (2019)Retour des talibans en Afghanistan (2021)
Renseignement international renforcéCoût humain et financier considérable (2 000 Mds $)
Concept clé. Le paradoxe de la contre-terrorisme : certaines opérations militaires anti-terroristes, en causant des victimes civiles et en humiliant des populations, peuvent alimenter le ressentiment qui nourrit le recrutement terroriste — produisant l'effet inverse à celui recherché.
7Terrorisme, médias et société

Le terrorisme entretient une relation particulière avec les médias. La formule du chercheur Brian Jenkins est souvent citée : « Le terrorisme est du théâtre ». L'objectif est de maximiser l'impact psychologique en touchant le plus grand nombre de personnes possible via la médiatisation.

L'effet multiplicateur des médias. Une attaque terroriste n'a de sens stratégique que si elle est diffusée massivement. Les médias amplifient involontairement le message terroriste. Les groupes comme Daech ont su exploiter les réseaux sociaux (Twitter, Telegram) pour produire et diffuser une propagande professionnelle.

Stratégies de communication des groupes terroristes :

  • Production vidéo professionnelle (Dabiq, Rumiyah : magazines de Daech en plusieurs langues).
  • Utilisation de l'internet et du darknet pour le recrutement et la coordination.
  • Mise en scène spectaculaire des attentats pour maximiser la couverture médiatique.

Conséquences sociales et politiques du terrorisme :

  • Islamophobie : amalgame dangereux entre islam et terrorisme djihadiste, conduisant à la discrimination des populations musulmanes.
  • Restrictions des libertés : lois de surveillance, état d'urgence, débat sur l'équilibre entre sécurité et libertés civiles.
  • Polarisation politique : instrumentalisation du terrorisme par des populismes d'extrême-droite.
Enjeu citoyen. Face au terrorisme, l'esprit critique est essentiel : savoir distinguer information, propagande et désinformation ; ne pas céder à la peur irrationnelle ni aux amalgames. C'est le sens du Plan national de prévention de la radicalisation (PNPR) et de l'éducation aux médias.
Exemple. Après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, certains médias ont diffusé en boucle des images de l'attaque, amplifiant le sentiment d'insécurité. Des débats ont émergé sur la pornographie de l'horreur et les responsabilités éthiques des médias en temps de crise terroriste.
À retenir
À retenir :
• Une guerre asymétrique oppose des belligérants aux capacités inégales ; le plus faible compense par des tactiques non conventionnelles (guérilla, terrorisme).
• Le terrorisme cible délibérément des civils pour créer la terreur à des fins politiques.
• Le terrorisme djihadiste transnational (Al-Qaïda, Daech) est la principale menace depuis le 11 septembre 2001.
• Les acteurs non étatiques (milices, SMP, guérillas) brouillent les frontières des conflits contemporains.
• La « guerre contre le terrorisme » (2001–) a produit des résultats mitigés : succès tactiques mais instabilité durable.
• Le terrorisme entretient un rapport stratégique aux médias : l'effet de terreur ne fonctionne que s'il est médiatisé.
Continuer ce chapitre
Autres chapitres
Bloqué sur ce chapitre ?

Cours particuliers de spécialité hggsp à Marseille, en présentiel ou à distance — un prof qui s'adapte à ton rythme et reprend ce qui coince.

Réserver un 1er cours → Voir les tarifs