À propos de cette page
Ce cours de spécialité hggsp en première sur « Formes de conflits armés aux XIXe-XXe siècles » suit le programme officiel de spécialité hggsp de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La guerre interétatique classique au XIXe siècle, L'émergence de la guerre totale (1914-1918), La Seconde Guerre mondiale : apogée de la guerre totale, La guerre froide : un conflit sans affrontement direct. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité hggsp.
Au programme
1 · La guerre interétatique classique au XIXe siècle
2 · L'émergence de la guerre totale (1914-1918)
3 · La Seconde Guerre mondiale : apogée de la guerre totale
4 · La guerre froide : un conflit sans affrontement direct
5 · Les guerres de décolonisation et conflits infra-étatiques
6 · Les conflits asymétriques et le terrorisme depuis 1990
7 · Droit international humanitaire et tentatives de limitation des conflits
1La guerre interétatique classique au XIXe siècle
Au XIXe siècle, la guerre est conçue comme un duel entre États souverains, régie par des conventions implicites qui distinguent nettement combattants et civils. Elle est limitée dans ses objectifs (modifier une frontière, imposer un traité de paix) et dans ses moyens.
Définition. Une guerre interétatique classique (ou conventionnelle) est un conflit armé qui oppose deux ou plusieurs États dont les forces armées régulières s'affrontent selon des règles codifiées par le droit international naissant.
Cette conception doit beaucoup au théoricien prussien Carl von Clausewitz (1780-1831), qui définit la guerre comme « la continuation de la politique par d'autres moyens ». Elle est un instrument rationnel au service d'un but politique précis.
Exemples. La guerre franco-prussienne de 1870-1871 illustre ce modèle : armées professionnelles, batailles décisives (Sedan, 1er septembre 1870), paix négociée (traité de Francfort, mai 1871) cédant l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne.
Parallèlement, le XIXe siècle voit naître les premières tentatives d'encadrement du droit de la guerre : Convention de Genève de 1864 (protection des blessés sur le champ de bataille), fondation de la Croix-Rouge par Henry Dunant.
À retenir. La guerre classique du XIXe siècle reste limitée dans ses objectifs et ses acteurs ; elle s'oppose à la notion de « guerre totale » qui émerge au XXe siècle.
2L'émergence de la guerre totale (1914-1918)
La Première Guerre mondiale (1914-1918) représente une rupture décisive dans l'histoire des conflits : elle inaugure la notion de guerre totale, théorisée a posteriori par l'historien allemand Erich Ludendorff.
Définition. La guerre totale est un conflit qui mobilise l'ensemble des ressources d'une nation (humaines, économiques, industrielles, psychologiques), abolit la frontière entre front et arrière, entre combattants et civils, et vise l'anéantissement (politique, économique, voire physique) de l'adversaire.
Trois dimensions caractérisent la guerre totale de 1914-1918 :
- Mobilisation totale : service militaire universel, économie de guerre (reconversion industrielle), travail des femmes dans les usines d'armement.
- Front et arrière indissociables : blocus économique imposé par la Royal Navy à l'Allemagne (pénuries alimentaires), bombardements de villes (Paris touché par les bombardiers et les obus de la « Grosse Bertha »).
- Propagande et mobilisation des esprits : la presse est censurée, l'ennemi est déshumanisé, le sacrifice est exalté.
Attention ! La guerre totale ne signifie pas l'absence de règles : les Conventions de La Haye (1899, 1907) sur le droit de la guerre sont en vigueur, mais leur application est souvent bafouée (gazs de combat, exécutions de civils).
Le bilan humain est sans précédent : environ 10 millions de militaires tués, auxquels s'ajoutent des millions de civils, victimes du conflit et de la grippe espagnole de 1918.
3La Seconde Guerre mondiale : apogée de la guerre totale
La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) pousse à son paroxysme les logiques de la guerre totale. Elle se distingue par plusieurs traits spécifiques.
1. L'idéologie au cœur du conflit. Le nazisme fait de la guerre une entreprise d'anéantissement racial : la Shoah (extermination systématique de 6 millions de Juifs d'Europe) illustre comment un régime totalitaire transforme la guerre en génocide. En URSS, la politique des Commissaires du peuple ordonne l'exécution des prisonniers politiques.
2. La guerre aérienne contre les civils. Le bombardement stratégique vise délibérément les populations : Blitz allemand sur Londres (1940-1941), bombardements alliés de Dresde (1945), bombes atomiques sur Hiroshima (6 août 1945) et Nagasaki (9 août 1945).
Définition. Le génocide est la destruction intentionnelle, en tout ou en partie, d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux (Convention de l'ONU, 1948).
3. L'occupation et la résistance. Les territoires occupés voient se développer des formes de résistance armée (partisans en URSS, maquis en France), brouillant la frontière entre combattants réguliers et irréguliers.
Bilan. La Seconde Guerre mondiale cause entre 50 et 80 millions de morts, dont une majorité de civils — renversement historique par rapport aux conflits du XIXe siècle où les pertes civiles étaient minoritaires.
4La guerre froide : un conflit sans affrontement direct
Après 1945, la rivalité entre les États-Unis et l'URSS prend la forme d'un affrontement indirect, qualifié de guerre froide (1947-1991) : les deux Grands ne s'affrontent jamais directement, mais s'opposent par pays interposés et par la course aux armements.
Définition. La guerre froide est un état de tension extrême entre deux blocs antagonistes (bloc occidental mené par les États-Unis vs bloc communiste mené par l'URSS) sans affrontement armé direct entre les deux superpuissances, rendu possible par la dissuasion nucléaire.
La dissuasion nucléaire repose sur le principe de la Mutual Assured Destruction (MAD) : toute attaque nucléaire entraînerait une riposte garantissant la destruction mutuelle des deux adversaires. Cette logique paralyse un affrontement direct.
La guerre froide se traduit néanmoins par de nombreux conflits « périphériques » :
- Guerre de Corée (1950-1953) : affrontement armé avec intervention américaine et chinoise.
- Guerre du Viêtnam (1955-1975) : guérilla communiste soutenue par l'URSS contre les États-Unis.
- Crises de Berlin (1948-1949, 1961), crise des missiles de Cuba (1962) : confrontations au bord du gouffre.
Notion clé. La guerre froide invente de nouvelles formes de conflit : proxy wars (guerres par procuration), course aux armements, espionnage, guerres idéologiques.
5Les guerres de décolonisation et conflits infra-étatiques
La décolonisation (années 1945-1975) génère une nouvelle forme de conflit : la guerre de libération nationale, opposant une puissance coloniale à un mouvement indépendantiste qui utilise la guérilla.
Définition. La guérilla est une forme de combat irrégulier menée par des groupes armés non conventionnels, utilisant l'embuscade, la mobilité et l'ancrage dans la population civile pour compenser une infériorité militaire face à un adversaire régulier.
Exemples.- Guerre d'Indochine (1946-1954) : le Viêt-minh d'Ho Chi Minh bat l'armée française à Diên Biên Phu (mai 1954) par une stratégie de guerre populaire.
- Guerre d'Algérie (1954-1962) : le FLN utilise attentats et guérilla ; la France répond par des opérations de « pacification » et des pratiques de torture, soulevant des questions éthiques et juridiques durables.
Après la guerre froide, les conflits intra-étatiques (guerres civiles) dominent : guerres ethniques en ex-Yougoslavie (1991-1999), génocide au Rwanda (1994). Ces conflits mettent en cause la souveraineté des États et posent la question de l'intervention humanitaire.
6Les conflits asymétriques et le terrorisme depuis 1990
Depuis la fin de la guerre froide, une nouvelle forme de conflit s'impose : le conflit asymétrique, qui oppose des acteurs de puissance très inégale, souvent un État et un acteur non étatique (groupe armé, organisation terroriste).
Définition. Un conflit asymétrique est un affrontement entre des belligérants dont les moyens militaires, politiques et économiques sont très inégaux, ce qui contraint le plus faible à adopter des stratégies non conventionnelles (guérilla, terrorisme, cyberattaques).
Le terrorisme devient une forme majeure de violence politique. Les attentats du 11 septembre 2001 (New York, Washington) lancent la « guerre contre le terrorisme » proclamée par G. W. Bush. Al-Qaïda, puis Daech, illustrent l'émergence d'acteurs non étatiques transnationaux capables de menacer des États.
Exemples de conflits asymétriques récents.- Guerres d'Afghanistan (2001-2021) : les États-Unis et l'OTAN face aux talibans.
- Guerres en Irak (2003-2011) : puissance militaire américaine face à une insurrection irrégulière.
- Conflit israélo-palestinien : affrontements récurrents entre l'armée israélienne et des groupes armés non étatiques (Hamas, Hezbollah).
Attention ! Le terrorisme n'est pas une forme de guerre au sens du droit international : l'ennemi est délibérément non militaire (civils), ce qui constitue un crime de guerre. Ne pas confondre résistance armée et terrorisme.
7Droit international humanitaire et tentatives de limitation des conflits
Face à la violence croissante des conflits, la communauté internationale a progressivement construit un corpus de règles visant à limiter les effets de la guerre sur les civils et les combattants hors de combat : le Droit international humanitaire (DIH).
| Date | Texte / Organisation | Apport principal |
|---|
| 1864 | Convention de Genève | Protection des blessés et du personnel médical |
| 1899-1907 | Conventions de La Haye | Limitation des moyens et méthodes de guerre |
| 1945 | Charte des Nations Unies | Interdiction du recours à la force sauf légitime défense ou mandat du CS |
| 1949 | Conventions de Genève (4) | Protection des prisonniers de guerre et des civils en temps de guerre |
| 1968 | TNP (Traité de Non-Prolifération) | Limitation de la prolifération nucléaire |
| 1998 | Statut de Rome — CPI | Cour pénale internationale — crimes de guerre, génocide, crimes contre l'humanité |
Notion clé. Le DIH ne supprime pas la guerre : il vise à en humaniser l'exercice. Son application reste dépendante de la volonté des États et des acteurs non étatiques.
La tension entre souveraineté des États et protection des civils reste au cœur des débats contemporains : principe de Responsabilité de protéger (R2P, 2005), interventions humanitaires armées (Kosovo 1999, Libye 2011).
★À retenir
En bref :
• La guerre interétatique classique (XIXe s.) oppose des armées régulières avec des objectifs limités.
• La guerre totale (1914-1918, 1939-1945) mobilise toutes les ressources d'une nation et abolit la frontière civils/militaires.
• La guerre froide (1947-1991) : conflit indirect entre USA et URSS grâce à la dissuasion nucléaire.
• Les guerres de décolonisation et les guérillas introduisent des acteurs non étatiques et des méthodes irrégulières.
• Les conflits asymétriques et le terrorisme dominent depuis 1990 : acteurs non étatiques, stratégies non conventionnelles.
• Le Droit international humanitaire tente de limiter la violence de guerre mais son application reste fragile.