Lycée · 1ʳᵉ · Spécialité HGGSP
Les frontières au Moyen-Orient
Des tracés contestés entre héritage colonial, conflits et recompositions géopolitiques (programme de Spécialité HGGSP 1re)
À propos de cette page
Le Moyen-Orient : une région aux multiples définitions
Le Moyen-Orient est une notion géographique relative, dont les contours varient selon les auteurs. Au sens large, il englobe la péninsule arabique, le Croissant fertile (Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Israël/Palestine), l'Égypte, la Turquie et l'Iran. Au sens strict, on retient surtout les États riverains du golfe Persique et du Levant.
La région est au cœur de la géopolitique mondiale pour plusieurs raisons :
- Elle concentre une grande partie des réserves mondiales d'hydrocarbures (pétrole, gaz naturel).
- Elle est le berceau de trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam).
- Elle est traversée par des fractures ethniques (Arabes, Perses, Turcs, Kurdes, Berbères), religieuses (sunnites, chiites, chrétiens) et politiques.
L'héritage colonial : Sykes-Picot et le découpage artificiel
La Première Guerre mondiale brise l'Empire ottoman (1914-1918). Les puissances coloniales européennes, principalement la France et le Royaume-Uni, décident du sort de ses provinces arabes.
Ces frontières sont artificielles à plusieurs titres :
- Elles séparent des populations partageant la même langue, religion ou appartenance tribale.
- Elles réunissent dans un même État des populations antagonistes (ex. : sunnites, chiites et Kurdes en Irak).
- Elles reposent sur des lignes droites tracées à la règle sur des cartes, sans égard pour le terrain ou les communautés.
La déclaration Balfour (1917) complique encore la situation en promettant aux Juifs un « foyer national » en Palestine, alors même que le Royaume-Uni promet aux Arabes leur indépendance (accord Hussein-McMahon, 1915).
La création d'Israël et le conflit israélo-palestinien
Le conflit israélo-palestinien est un conflit territorial dont la question des frontières est au cœur depuis 1948. Il met en opposition deux nationalismes sur un même territoire : le sionisme (mouvement de retour des Juifs en Palestine) et le nationalisme palestinien.
| Date | Événement | Conséquence sur les frontières |
|---|---|---|
| 1947 | Plan de partage de l'ONU (résolution 181) | Deux États séparés ; Jérusalem sous administration internationale |
| 1948 | Création d'Israël + 1re guerre israélo-arabe | Israël contrôle 78 % de la Palestine ; exode de 700 000 Palestiniens (Nakba) |
| 1967 | Guerre des Six-Jours | Israël occupe la Cisjordanie, Gaza, le Sinaï, le Golan |
| 1973 | Guerre du Kippour | Status quo, mais processus de paix déclenché (Camp David 1978) |
| 1993 | Accords d'Oslo | Création de l'Autorité palestinienne, découpage en zones A/B/C |
| 2005 | Retrait israélien de Gaza | Gaza sous administration du Hamas depuis 2007 |
La question kurde : un peuple sans État
Les Kurdes (environ 30-40 millions de personnes) forment l'un des plus grands peuples du monde sans État propre. Ils sont répartis entre quatre États : Turquie (~18 millions), Iran (~8 millions), Irak (~6 millions) et Syrie (~2-3 millions).
Les Kurdes subissent des politiques d'assimilation forcée dans chacun des États qui les accueillent :
- Turquie : répression du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), considéré comme organisation terroriste.
- Irak : génocide par les armes chimiques sous Saddam Hussein (Halabja, 1988). Depuis 2003, la Région autonome du Kurdistan irakien bénéficie d'une large autonomie.
- Syrie : les Kurdes du Rojava (Nord-Est syrien) ont profité de la guerre civile pour créer une administration autonome (depuis 2012).
Les frontières de l'Irak et de la Syrie : entre fragmentation et recomposition
L'Irak et la Syrie illustrent la fragilité des États construits par le colonialisme. Leurs frontières n'ont jamais réellement correspondu à des identités nationales cohérentes.
L'Irak réunit trois grandes communautés :
- Les Arabes chiites (au sud, ~60 % de la population)
- Les Arabes sunnites (au centre et à l'ouest, ~20 %)
- Les Kurdes (au nord, ~20 %)
La chute de Saddam Hussein (2003) et l'intervention américaine ouvrent une période de chaos. L'État islamique (Daech) proclame en 2014 un « califat » à cheval sur l'Irak et la Syrie, effaçant la frontière Sykes-Picot. Si Daech est militairement vaincu en 2019, la frontière irako-syrienne reste très poreuse.
Les flux et les tensions dans la région
Les frontières du Moyen-Orient ne sont pas seulement des lignes sur une carte : elles organisent (ou bloquent) des flux humains, économiques et énergétiques.
| Type de flux | Enjeu | Exemple |
|---|---|---|
| Hydrocarbures | Contrôle des routes du pétrole et du gaz | Détroit d'Ormuz (20 % du pétrole mondial) |
| Migrations / réfugiés | Déstabilisation des États voisins | 4 millions de réfugiés syriens en Turquie |
| Commerce et contrebande | Fragilisation des États | Frontières poreuses Irak-Syrie, Libye |
| Flux idéologiques | Propagation de l'islamisme radical | Recrutement Daech via internet, franchissement de frontières |
Vers une recomposition des frontières ?
Depuis les années 2010, plusieurs dynamiques remettent en question la stabilité des frontières moyen-orientales :
- Le Printemps arabe (2010-2011) déstabilise plusieurs régimes et ouvre des guerres civiles (Syrie, Libye, Yémen).
- La montée de l'État islamique (Daech) entre 2013 et 2019 efface temporairement la frontière syro-irakienne.
- La région autonome du Kurdistan irakien organise un référendum d'indépendance en 2017 (92 % pour), refusé par Bagdad et la communauté internationale.
- Les Accords d'Abraham (2020) normalisent les relations diplomatiques d'Israël avec les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan, redessinant les alliances régionales.
- Le Moyen-Orient est une région aux frontières artificielles, héritées du colonialisme franco-britannique (accords Sykes-Picot, 1916).
- Ces frontières ignorent les réalités ethno-religieuses : Arabes, Perses, Turcs, Kurdes ; sunnites, chiites, chrétiens.
- Le conflit israélo-palestinien est au cœur de la géopolitique régionale depuis 1948 ; la question des frontières (ligne verte, territoires occupés) reste non résolue.
- La question kurde illustre la contradiction entre droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et intangibilité des frontières.
- Daech (2013-2019) a tenté d'effacer les frontières héritées ; guerres civiles en Syrie et en Irak fragmentent le territoire.
- Les frontières organisent (ou bloquent) des flux vitaux : hydrocarbures, migrants, idéologies.
- Des recompositions sont en cours : autonomie kurde, Accords d'Abraham, chute d'Assad (2024).
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