À propos de cette page
Ce cours de spécialité hggsp en première sur « Les frontières au Moyen-Orient » suit le programme officiel de spécialité hggsp de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Le Moyen-Orient : une région aux multiples définitions, L'héritage colonial : Sykes-Picot et le découpage artificiel, La création d'Israël et le conflit israélo-palestinien, La question kurde : un peuple sans État. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en spécialité hggsp.
Au programme
1 · Le Moyen-Orient : une région aux multiples définitions
2 · L'héritage colonial : Sykes-Picot et le découpage artificiel
3 · La création d'Israël et le conflit israélo-palestinien
4 · La question kurde : un peuple sans État
5 · Les frontières de l'Irak et de la Syrie : entre fragmentation et recomposition
6 · Les flux et les tensions dans la région
7 · Vers une recomposition des frontières ?
1Le Moyen-Orient : une région aux multiples définitions
Le Moyen-Orient est une notion géographique relative, dont les contours varient selon les auteurs. Au sens large, il englobe la péninsule arabique, le Croissant fertile (Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Israël/Palestine), l'Égypte, la Turquie et l'Iran. Au sens strict, on retient surtout les États riverains du golfe Persique et du Levant.
La région est au cœur de la géopolitique mondiale pour plusieurs raisons :
- Elle concentre une grande partie des réserves mondiales d'hydrocarbures (pétrole, gaz naturel).
- Elle est le berceau de trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam).
- Elle est traversée par des fractures ethniques (Arabes, Perses, Turcs, Kurdes, Berbères), religieuses (sunnites, chiites, chrétiens) et politiques.
Définition. Le Croissant fertile désigne la bande de terres cultivables s'étendant de la Mésopotamie (Irak actuel) jusqu'à la côte méditerranéenne (Syrie, Liban, Israël/Palestine). Il fut le berceau des premières civilisations agricoles.
Astuce. Pour le programme HGGSP, le Moyen-Orient s'étend généralement de l'Égypte à l'Iran, et de la Turquie au Yémen. Retenez la carte mentale de la région avec ses États clés.
2L'héritage colonial : Sykes-Picot et le découpage artificiel
La Première Guerre mondiale brise l'Empire ottoman (1914-1918). Les puissances coloniales européennes, principalement la France et le Royaume-Uni, décident du sort de ses provinces arabes.
Les accords Sykes-Picot (1916). Accord secret franco-britannique qui divise le Proche-Orient en zones d'influence : la France obtient la Syrie et le Liban, le Royaume-Uni obtient l'Irak, la Jordanie et la Palestine. Ces lignes ignorent totalement les réalités ethno-religieuses et tribales locales.
Ces frontières sont artificielles à plusieurs titres :
- Elles séparent des populations partageant la même langue, religion ou appartenance tribale.
- Elles réunissent dans un même État des populations antagonistes (ex. : sunnites, chiites et Kurdes en Irak).
- Elles reposent sur des lignes droites tracées à la règle sur des cartes, sans égard pour le terrain ou les communautés.
La déclaration Balfour (1917) complique encore la situation en promettant aux Juifs un « foyer national » en Palestine, alors même que le Royaume-Uni promet aux Arabes leur indépendance (accord Hussein-McMahon, 1915).
Attention ! Les accords Sykes-Picot ne sont pas les seuls responsables des conflits actuels, mais ils ont posé des bases structurelles de fragmentation. D'autres facteurs (nationalisme, religion, ressources) aggravent les tensions.
3La création d'Israël et le conflit israélo-palestinien
Le conflit israélo-palestinien est un conflit territorial dont la question des frontières est au cœur depuis 1948. Il met en opposition deux nationalismes sur un même territoire : le sionisme (mouvement de retour des Juifs en Palestine) et le nationalisme palestinien.
| Date | Événement | Conséquence sur les frontières |
|---|
| 1947 | Plan de partage de l'ONU (résolution 181) | Deux États séparés ; Jérusalem sous administration internationale |
| 1948 | Création d'Israël + 1re guerre israélo-arabe | Israël contrôle 78 % de la Palestine ; exode de 700 000 Palestiniens (Nakba) |
| 1967 | Guerre des Six-Jours | Israël occupe la Cisjordanie, Gaza, le Sinaï, le Golan |
| 1973 | Guerre du Kippour | Status quo, mais processus de paix déclenché (Camp David 1978) |
| 1993 | Accords d'Oslo | Création de l'Autorité palestinienne, découpage en zones A/B/C |
| 2005 | Retrait israélien de Gaza | Gaza sous administration du Hamas depuis 2007 |
Ligne verte (armistice 1949). Frontière internationale de facto d'Israël, reconnue par la communauté internationale mais non par les colonies israéliennes en Cisjordanie. Les territoires au-delà sont considérés par l'ONU comme territoires occupés.
Exemple. Les colonies israéliennes en Cisjordanie (plus de 700 000 colons en 2024) constituent un enjeu majeur : elles fragmentent le territoire palestinien, rendant la création d'un État palestinien continu difficile.
4La question kurde : un peuple sans État
Les Kurdes (environ 30-40 millions de personnes) forment l'un des plus grands peuples du monde sans État propre. Ils sont répartis entre quatre États : Turquie (~18 millions), Iran (~8 millions), Irak (~6 millions) et Syrie (~2-3 millions).
Le traité de Sèvres (1920) prévoyait la création d'un État kurde autonome, mais le traité de Lausanne (1923), négocié par Mustafa Kemal (Atatürk), supprime cette promesse. Les Kurdes sont dès lors répartis entre plusieurs États.
Les Kurdes subissent des politiques d'assimilation forcée dans chacun des États qui les accueillent :
- Turquie : répression du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), considéré comme organisation terroriste.
- Irak : génocide par les armes chimiques sous Saddam Hussein (Halabja, 1988). Depuis 2003, la Région autonome du Kurdistan irakien bénéficie d'une large autonomie.
- Syrie : les Kurdes du Rojava (Nord-Est syrien) ont profité de la guerre civile pour créer une administration autonome (depuis 2012).
Astuce. La question kurde illustre le principe de contradiction entre droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (DPDP) et intangibilité des frontières (principe de la Charte de l'ONU). Ces deux principes entrent régulièrement en conflit.
5Les frontières de l'Irak et de la Syrie : entre fragmentation et recomposition
L'Irak et la Syrie illustrent la fragilité des États construits par le colonialisme. Leurs frontières n'ont jamais réellement correspondu à des identités nationales cohérentes.
L'Irak réunit trois grandes communautés :
- Les Arabes chiites (au sud, ~60 % de la population)
- Les Arabes sunnites (au centre et à l'ouest, ~20 %)
- Les Kurdes (au nord, ~20 %)
La chute de Saddam Hussein (2003) et l'intervention américaine ouvrent une période de chaos. L'État islamique (Daech) proclame en 2014 un « califat » à cheval sur l'Irak et la Syrie, effaçant la frontière Sykes-Picot. Si Daech est militairement vaincu en 2019, la frontière irako-syrienne reste très poreuse.
Attention ! La guerre civile syrienne (depuis 2011) a morcelé le pays : régime Assad au sud-ouest, zones kurdes au nord-est, poches rebelles, présence turque. La frontière syrienne avec la Turquie, Israël et le Liban est source de tensions permanentes.
Exemple. En décembre 2024, la chute du régime Bachar al-Assad ouvre une nouvelle phase de recomposition politique et territoriale en Syrie. Les frontières intérieures de fait remettent en question l'unité de l'État syrien.
6Les flux et les tensions dans la région
Les frontières du Moyen-Orient ne sont pas seulement des lignes sur une carte : elles organisent (ou bloquent) des flux humains, économiques et énergétiques.
| Type de flux | Enjeu | Exemple |
|---|
| Hydrocarbures | Contrôle des routes du pétrole et du gaz | Détroit d'Ormuz (20 % du pétrole mondial) |
| Migrations / réfugiés | Déstabilisation des États voisins | 4 millions de réfugiés syriens en Turquie |
| Commerce et contrebande | Fragilisation des États | Frontières poreuses Irak-Syrie, Libye |
| Flux idéologiques | Propagation de l'islamisme radical | Recrutement Daech via internet, franchissement de frontières |
Détroit d'Ormuz. Passage maritime entre l'Iran et la péninsule arabique, par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Son contrôle est un enjeu stratégique majeur dans les tensions Iran-États-Unis.
7Vers une recomposition des frontières ?
Depuis les années 2010, plusieurs dynamiques remettent en question la stabilité des frontières moyen-orientales :
- Le Printemps arabe (2010-2011) déstabilise plusieurs régimes et ouvre des guerres civiles (Syrie, Libye, Yémen).
- La montée de l'État islamique (Daech) entre 2013 et 2019 efface temporairement la frontière syro-irakienne.
- La région autonome du Kurdistan irakien organise un référendum d'indépendance en 2017 (92 % pour), refusé par Bagdad et la communauté internationale.
- Les Accords d'Abraham (2020) normalisent les relations diplomatiques d'Israël avec les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan, redessinant les alliances régionales.
Astuce. Pour le bac, retenez que les frontières au Moyen-Orient sont contestées à trois niveaux : international (frontières entre États non reconnues), interne (fragmentation des États multi-ethniques) et idéologique (projets islamistes ou nationalistes qui transcendent les frontières existantes).
Exemple. Le conflit à Gaza (depuis octobre 2023) illustre à nouveau la centralité de la question des frontières et du statut des territoires palestiniens dans la géopolitique régionale, avec des répercussions sur l'ensemble des relations israélo-arabes.
★À retenir
À retenir :
• Le Moyen-Orient est une région aux frontières artificielles, héritées du colonialisme franco-britannique (accords Sykes-Picot, 1916).
• Ces frontières ignorent les réalités ethno-religieuses : Arabes, Perses, Turcs, Kurdes ; sunnites, chiites, chrétiens.
• Le conflit israélo-palestinien est au cœur de la géopolitique régionale depuis 1948 ; la question des frontières (ligne verte, territoires occupés) reste non résolue.
• La question kurde illustre la contradiction entre droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et intangibilité des frontières.
• Daech (2013-2019) a tenté d'effacer les frontières héritées ; guerres civiles en Syrie et en Irak fragmentent le territoire.
• Les frontières organisent (ou bloquent) des flux vitaux : hydrocarbures, migrants, idéologies.
• Des recompositions sont en cours : autonomie kurde, Accords d'Abraham, chute d'Assad (2024).