Lycée · 1ʳᵉ · Histoire-Géographie
La France des années 1930 et la crise du régime républicain
Entre crise économique, ligues d'extrême droite et Front populaire — programme officiel de 1re, Thème 4 : Les régimes totalitaires et la Seconde Guerre mondiale
À propos de cette page
La France face à la Grande Dépression (1931-1935)
La crise économique mondiale déclenchée par le krach boursier de Wall Street (octobre 1929) atteint la France avec retard, à partir de 1931, mais y dure plus longtemps qu'ailleurs. Ses effets sont profonds :
- Chômage : environ 800 000 chômeurs officiels en 1935 (sous-estimation réelle car les travailleurs agricoles et les étrangers ne sont pas tous comptés).
- Déflation : baisse des prix qui aggrave la dépression car les entrepreneurs anticipent des pertes.
- Baisse de la production industrielle : la production retombe au niveau de 1911.
- Crise agricole : effondrement des prix agricoles (céréales, vigne) qui ruine les campagnes.
Les gouvernements successifs choisissent la politique de déflation (réduction des dépenses publiques, baisse des salaires des fonctionnaires) pour équilibrer le budget, à rebours des politiques de relance keynésiennes pratiquées aux États-Unis (New Deal de Roosevelt, 1933). Cette politique aggrave la misère sociale et l'impopularité du régime.
L'instabilité politique de la IIIe République
La IIIe République (1870-1940) repose sur un régime parlementaire où le Parlement détient l'essentiel du pouvoir. Mais cette configuration conduit à une grande instabilité ministérielle :
- Entre 1930 et 1934, la France connaît 11 gouvernements différents.
- Les coalitions au centre (radicaux, modérés) se font et se défont au gré des scandales et des votes d'investiture.
Les scandales financiers alimentent le discrédit des élites parlementaires. L'affaire Stavisky (1934) est la plus retentissante : Alexandre Stavisky, escroc ayant bénéficié de la complicité de personnalités politiques, est retrouvé mort dans des circonstances suspectes. Le scandale éclabousse des parlementaires radicaux et alimente la propagande antiparlementaire des ligues.
Ces crises renforcent le sentiment populaire que la République est corrompue et incapable de gouverner, ouvrant un espace pour les mouvements antiparlementaires.
La montée des ligues d'extrême droite
Les années 1930 voient se développer en France des ligues : organisations politiques paramilitaires qui rejettent le parlementarisme et se réclament d'un nationalisme autoritaire. Elles s'inspirent des fascismes italien et allemand, tout en conservant des spécificités françaises (attachement au catholicisme, à l'armée).
| Ligue | Fondateur / dirigeant | Caractéristiques | Membres (estim.) |
|---|---|---|---|
| Action Française | Charles Maurras | Royalisme, catholicisme, antisémitisme | ~60 000 |
| Croix-de-Feu | Colonel de La Rocque | Anciens combattants, nationalisme, ordre | ~500 000 (1936) |
| Jeunesses Patriotes | Pierre Taittinger | Antiparlementarisme, style fasciste | ~100 000 |
| Solidarité Française | François Coty | Fascisme explicite, chemises bleues | ~180 000 |
| Francisme | Marcel Bucard | Imitation directe du fascisme mussolinien | ~10 000 |
Les ligues se développent à la faveur de la crise économique et des scandales politiques. Leur antiparlementarisme radical les rapproche idéologiquement des fascismes européens, bien que leur hétérogénéité empêche une unification.
Le 6 février 1934 : une crise du régime ?
Le 6 février 1934 est la journée la plus grave de la IIIe République depuis la Commune de 1871. Dans le contexte de l'affaire Stavisky et de la nomination controversée du préfet de police Chiappe, les ligues organisent une manifestation devant la Chambre des députés à Paris.
Déroulement
- Plusieurs milliers de manifestants (Croix-de-Feu, Action Française, Solidarité Française, anciens combattants) convergent vers la place de la Concorde.
- Des affrontements violents avec les forces de l'ordre (gardes mobiles) font 15 morts et plus de 1 000 blessés.
- Le gouvernement Daladier démissionne le lendemain (7 février), remplacé par un gouvernement d'«Union nationale» dirigé par Gaston Doumergue.
Interprétations historiographiques
- Thèse de la tentative de coup d'État (Serge Berstein) : la coordination entre les ligues et la violence de la journée montrent un projet de renversement du régime.
- Thèse révisionniste (René Rémond) : il s'agit d'une émeute spontanée sans plan d'ensemble ; les ligues n'avaient pas les moyens d'un coup d'État.
La riposte républicaine et la naissance du Front populaire
La menace représentée par les ligues provoque une réaction de la gauche. Les partis qui s'opposaient se rapprochent pour défendre la République.
Le tournant de 1934-1935
- 12 février 1934 : grève générale et manifestation unitaire de la gauche en réponse au 6 février, avec des cortèges communs socialistes et communistes pour la première fois depuis 1921.
- Juillet 1935 : signature du Pacte d'unité d'action entre la SFIO (socialistes) et le PCF (communistes).
- 14 juillet 1935 : grande manifestation du Rassemblement populaire à Paris, rassemblant radicaux, socialistes et communistes sous le slogan «Le pain, la paix, la liberté».
Le programme commun du Front populaire (1936) prévoit : dissolution des ligues, défense des libertés républicaines, dévaluation du franc, semaine de 40 heures, nationalisation de la Banque de France.
Le gouvernement Blum et les réformes sociales (1936)
Aux élections législatives d'avril-mai 1936, le Front populaire remporte une victoire nette. Léon Blum (SFIO) devient Premier ministre le 4 juin 1936 — il est le premier socialiste et le premier juif à diriger le gouvernement français.
Les Accords Matignon (7-8 juin 1936)
Au moment même de la constitution du gouvernement, une vague de grèves avec occupations d'usines (plus d'un million de grévistes) paralyse le pays. Les négociations de Matignon aboutissent à des avancées sociales historiques :
- Augmentation des salaires de 7 à 15 %
- Reconnaissance du droit syndical dans l'entreprise
- Élection de délégués du personnel
Les lois sociales du Front populaire
| Réforme | Date | Contenu |
|---|---|---|
| Congés payés | Juin 1936 | 2 semaines de congés payés pour tous les salariés |
| Semaine de 40 heures | Juin 1936 | Limitation du temps de travail à 40 h/semaine |
| Convention collective | Juin 1936 | Négociation obligatoire entre syndicats et patronat |
| Dissolution des ligues | Juin 1936 | Dissolution légale des ligues fascistes (Croix-de-Feu devient PSF) |
| Office du blé | Août 1936 | Stabilisation du prix du blé pour protéger les agriculteurs |
L'échec et l'essoufflement du Front populaire (1937-1938)
Malgré ses succès sociaux, le Front populaire se heurte rapidement à de sérieux obstacles.
Les difficultés économiques
- La semaine de 40 heures et les hausses de salaires font monter les coûts de production, alimentant l'inflation.
- La dévaluation du franc (automne 1936) est insuffisante à relancer les exportations.
- La fuite des capitaux (les milieux d'affaires sortent leurs fonds de France) fragilise le franc.
- En février 1937, Blum annonce une «pause» dans les réformes pour rassurer les milieux financiers.
La question espagnole
En juillet 1936, la guerre civile espagnole éclate. Le Front populaire espagnol fait appel à Blum pour qu'il intervienne militairement. Mais la pression britannique, les divisions internes de la coalition (radicaux hostiles) et le risque d'entraîner la France dans la guerre poussent Blum à choisir la non-intervention. Ce choix provoque une rupture avec les communistes et une partie de la gauche.
La fin du gouvernement Blum
- Juin 1937 : le Sénat refuse de voter les pouvoirs spéciaux réclamés par Blum pour réformer la fiscalité. Blum démissionne.
- Le Front populaire se maintient formellement sous les gouvernements Chautemps puis un second gouvernement Blum (mars-avril 1938), avant d'être dissous de fait par Daladier qui revient à une politique plus conservatrice.
Bilan : la République fragilisée à la veille de la guerre
En 1938-1939, la France présente les traits d'une démocratie affaiblie :
- Divisions profondes : la société française reste coupée entre une gauche marquée par l'expérience du Front populaire et une droite conservatrice et parfois antiparlementaire.
- Crise du moral : le discrédit des institutions, les scandales et l'incapacité apparente du régime à résoudre la crise économique alimentent le pacifisme et le défaitisme.
- La politique d'apaisement : le gouvernement Daladier signe les accords de Munich (septembre 1938) avec Hitler, livrant les Sudètes tchécoslovaques pour éviter la guerre. La France sacrifie un allié sous la pression hitlérienne.
Ces faiblesses expliquent en partie l'effondrement de la France en juin 1940 et le vote des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940, qui met fin à la IIIe République.
- La crise économique mondiale (1929) frappe la France à partir de 1931 : chômage, déflation, paupérisation.
- L'instabilité ministérielle et les scandales (affaire Stavisky) discréditent la IIIe République.
- Les ligues d'extrême droite (Croix-de-Feu, Action Française…) menacent le régime parlementaire.
- Le 6 février 1934 : émeutes des ligues — chute du gouvernement Daladier — débat historiographique sur la «tentative de coup d'État».
- La gauche répond par l'unité : naissance du Front populaire (SFIO + PCF + radicaux).
- Victoire électorale du Front populaire en mai 1936 : Léon Blum Premier ministre.
- Accords Matignon (juin 1936) : congés payés, semaine de 40 h, conventions collectives.
- Le Front populaire s'essouffle (1937) : inflation, fuite des capitaux, non-intervention en Espagne.
- La France entre dans la guerre (1939) divisée et affaiblie — terreau de la défaite de 1940.
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