À propos de cette page
Ce cours de histoire-géographie en première sur « La France des années 1930 et la crise du régime républicain » suit le programme officiel de histoire-géographie de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La France face à la Grande Dépression (1931-1935), L'instabilité politique de la IIIe République, La montée des ligues d'extrême droite, Le 6 février 1934 : une crise du régime ?. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en histoire-géographie.
Au programme
1 · La France face à la Grande Dépression (1931-1935)
2 · L'instabilité politique de la IIIe République
3 · La montée des ligues d'extrême droite
4 · Le 6 février 1934 : une crise du régime ?
5 · La riposte républicaine et la naissance du Front populaire
6 · Le gouvernement Blum et les réformes sociales (1936)
7 · L'échec et l'essoufflement du Front populaire (1937-1938)
8 · Bilan : la République fragilisée à la veille de la guerre
1La France face à la Grande Dépression (1931-1935)
La crise économique mondiale déclenchée par le krach boursier de Wall Street (octobre 1929) atteint la France avec retard, à partir de 1931, mais y dure plus longtemps qu'ailleurs. Ses effets sont profonds :
- Chômage : environ 800 000 chômeurs officiels en 1935 (sous-estimation réelle car les travailleurs agricoles et les étrangers ne sont pas tous comptés).
- Déflation : baisse des prix qui aggrave la dépression car les entrepreneurs anticipent des pertes.
- Baisse de la production industrielle : la production retombe au niveau de 1911.
- Crise agricole : effondrement des prix agricoles (céréales, vigne) qui ruine les campagnes.
Déflation. Baisse générale et durable des prix. En voulant réduire les dépenses, les États aggravent la récession : c'est le cercle vicieux déflationniste.
Les gouvernements successifs choisissent la politique de déflation (réduction des dépenses publiques, baisse des salaires des fonctionnaires) pour équilibrer le budget, à rebours des politiques de relance keynésiennes pratiquées aux États-Unis (New Deal de Roosevelt, 1933). Cette politique aggrave la misère sociale et l'impopularité du régime.
Attention ! La France ne dévalue pas le franc avant 1936, à la différence du Royaume-Uni (1931) et des États-Unis (1933). Cette rigidité monétaire pèse sur les exportations françaises.
2L'instabilité politique de la IIIe République
La IIIe République (1870-1940) repose sur un régime parlementaire où le Parlement détient l'essentiel du pouvoir. Mais cette configuration conduit à une grande instabilité ministérielle :
- Entre 1930 et 1934, la France connaît 11 gouvernements différents.
- Les coalitions au centre (radicaux, modérés) se font et se défont au gré des scandales et des votes d'investiture.
Instabilité ministérielle. Succession rapide de gouvernements sans majorité stable. Elle est une caractéristique structurelle de la IIIe République et limite l'action à long terme de l'État.
Les scandales financiers alimentent le discrédit des élites parlementaires. L'affaire Stavisky (1934) est la plus retentissante : Alexandre Stavisky, escroc ayant bénéficié de la complicité de personnalités politiques, est retrouvé mort dans des circonstances suspectes. Le scandale éclabousse des parlementaires radicaux et alimente la propagande antiparlementaire des ligues.
Exemple. Le radical Camille Chautemps, Premier ministre lors du scandale Stavisky, démissionne sous la pression de l'opinion le 27 janvier 1934.
Ces crises renforcent le sentiment populaire que la République est corrompue et incapable de gouverner, ouvrant un espace pour les mouvements antiparlementaires.
3La montée des ligues d'extrême droite
Les années 1930 voient se développer en France des ligues : organisations politiques paramilitaires qui rejettent le parlementarisme et se réclament d'un nationalisme autoritaire. Elles s'inspirent des fascismes italien et allemand, tout en conservant des spécificités françaises (attachement au catholicisme, à l'armée).
| Ligue | Fondateur / dirigeant | Caractéristiques | Membres (estim.) |
|---|
| Action Française | Charles Maurras | Royalisme, catholicisme, antisémitisme | ~60 000 |
| Croix-de-Feu | Colonel de La Rocque | Anciens combattants, nationalisme, ordre | ~500 000 (1936) |
| Jeunesses Patriotes | Pierre Taittinger | Antiparlementarisme, style fasciste | ~100 000 |
| Solidarité Française | François Coty | Fascisme explicite, chemises bleues | ~180 000 |
| Francisme | Marcel Bucard | Imitation directe du fascisme mussolinien | ~10 000 |
Ligue. Organisation politique non électorale, souvent paramilitaire, qui agit par des manifestations de rue, des services d'ordre et une propagande violente. Les ligues rejettent la démocratie représentative.
Les ligues se développent à la faveur de la crise économique et des scandales politiques. Leur antiparlementarisme radical les rapproche idéologiquement des fascismes européens, bien que leur hétérogénéité empêche une unification.
Attention ! Peut-on parler de fascisme français ? Les historiens débattent. Les Croix-de-Feu, la ligue la plus importante, sont souvent décrites comme nationalistes et autoritaires plutôt que fascistes au sens strict (pas de chef charismatique unique, refus de la violence de masse).
4Le 6 février 1934 : une crise du régime ?
Le 6 février 1934 est la journée la plus grave de la IIIe République depuis la Commune de 1871. Dans le contexte de l'affaire Stavisky et de la nomination controversée du préfet de police Chiappe, les ligues organisent une manifestation devant la Chambre des députés à Paris.
Déroulement
- Plusieurs milliers de manifestants (Croix-de-Feu, Action Française, Solidarité Française, anciens combattants) convergent vers la place de la Concorde.
- Des affrontements violents avec les forces de l'ordre (gardes mobiles) font 15 morts et plus de 1 000 blessés.
- Le gouvernement Daladier démissionne le lendemain (7 février), remplacé par un gouvernement d'«Union nationale» dirigé par Gaston Doumergue.
6 février 1934. Journée d'émeutes antiparlementaires à Paris. Elle est interprétée soit comme une tentative de coup d'État fasciste (interprétation de la gauche), soit comme une manifestation de mécontentement qui a dégénéré (interprétation révisionniste). Elle provoque la chute du gouvernement Daladier.
Exemple. Léon Blum, dirigeant socialiste, évoque le 6 février comme «la nuit où nous avons failli perdre la République».
Interprétations historiographiques
- Thèse de la tentative de coup d'État (Serge Berstein) : la coordination entre les ligues et la violence de la journée montrent un projet de renversement du régime.
- Thèse révisionniste (René Rémond) : il s'agit d'une émeute spontanée sans plan d'ensemble ; les ligues n'avaient pas les moyens d'un coup d'État.
Attention ! En dissertation ou analyse de document, il est important de mentionner le débat historiographique sur le 6 février. Le terme «tentative de coup d'État fasciste» est une interprétation, pas un fait établi.
5La riposte républicaine et la naissance du Front populaire
La menace représentée par les ligues provoque une réaction de la gauche. Les partis qui s'opposaient se rapprochent pour défendre la République.
Le tournant de 1934-1935
- 12 février 1934 : grève générale et manifestation unitaire de la gauche en réponse au 6 février, avec des cortèges communs socialistes et communistes pour la première fois depuis 1921.
- Juillet 1935 : signature du Pacte d'unité d'action entre la SFIO (socialistes) et le PCF (communistes).
- 14 juillet 1935 : grande manifestation du Rassemblement populaire à Paris, rassemblant radicaux, socialistes et communistes sous le slogan «Le pain, la paix, la liberté».
Front populaire. Coalition électorale et gouvernementale réunissant la SFIO (Léon Blum), le Parti radical (Édouard Daladier) et le PCF (Maurice Thorez), formée en 1935 pour s'opposer au fascisme et à la réaction. Le PCF soutient le gouvernement sans y participer directement.
Le programme commun du Front populaire (1936) prévoit : dissolution des ligues, défense des libertés républicaines, dévaluation du franc, semaine de 40 heures, nationalisation de la Banque de France.
Astuce méthode. Pour analyser la formation du Front populaire, reliez toujours le contexte international (montée du fascisme en Europe, directives de l'Internationale communiste / Komintern) au contexte intérieur français.
6Le gouvernement Blum et les réformes sociales (1936)
Aux élections législatives d'avril-mai 1936, le Front populaire remporte une victoire nette. Léon Blum (SFIO) devient Premier ministre le 4 juin 1936 — il est le premier socialiste et le premier juif à diriger le gouvernement français.
Les Accords Matignon (7-8 juin 1936)
Au moment même de la constitution du gouvernement, une vague de grèves avec occupations d'usines (plus d'un million de grévistes) paralyse le pays. Les négociations de Matignon aboutissent à des avancées sociales historiques :
- Augmentation des salaires de 7 à 15 %
- Reconnaissance du droit syndical dans l'entreprise
- Élection de délégués du personnel
Les lois sociales du Front populaire
| Réforme | Date | Contenu |
|---|
| Congés payés | Juin 1936 | 2 semaines de congés payés pour tous les salariés |
| Semaine de 40 heures | Juin 1936 | Limitation du temps de travail à 40 h/semaine |
| Convention collective | Juin 1936 | Négociation obligatoire entre syndicats et patronat |
| Dissolution des ligues | Juin 1936 | Dissolution légale des ligues fascistes (Croix-de-Feu devient PSF) |
| Office du blé | Août 1936 | Stabilisation du prix du blé pour protéger les agriculteurs |
Exemple. L'été 1936, des millions de Français partent en vacances pour la première fois grâce aux congés payés. Les trains spéciaux «trains de plaisir» sont créés pour cette nouvelle clientèle populaire — c'est une véritable révolution culturelle.
7L'échec et l'essoufflement du Front populaire (1937-1938)
Malgré ses succès sociaux, le Front populaire se heurte rapidement à de sérieux obstacles.
Les difficultés économiques
- La semaine de 40 heures et les hausses de salaires font monter les coûts de production, alimentant l'inflation.
- La dévaluation du franc (automne 1936) est insuffisante à relancer les exportations.
- La fuite des capitaux (les milieux d'affaires sortent leurs fonds de France) fragilise le franc.
- En février 1937, Blum annonce une «pause» dans les réformes pour rassurer les milieux financiers.
La question espagnole
En juillet 1936, la guerre civile espagnole éclate. Le Front populaire espagnol fait appel à Blum pour qu'il intervienne militairement. Mais la pression britannique, les divisions internes de la coalition (radicaux hostiles) et le risque d'entraîner la France dans la guerre poussent Blum à choisir la non-intervention. Ce choix provoque une rupture avec les communistes et une partie de la gauche.
La fin du gouvernement Blum
- Juin 1937 : le Sénat refuse de voter les pouvoirs spéciaux réclamés par Blum pour réformer la fiscalité. Blum démissionne.
- Le Front populaire se maintient formellement sous les gouvernements Chautemps puis un second gouvernement Blum (mars-avril 1938), avant d'être dissous de fait par Daladier qui revient à une politique plus conservatrice.
Astuce. L'échec du Front populaire s'explique par un faisceau de causes : économiques (inflation, fuite des capitaux), politiques (hostilité du Sénat, tensions au sein de la coalition) et internationales (guerre d'Espagne, montée des périls).
8Bilan : la République fragilisée à la veille de la guerre
En 1938-1939, la France présente les traits d'une démocratie affaiblie :
- Divisions profondes : la société française reste coupée entre une gauche marquée par l'expérience du Front populaire et une droite conservatrice et parfois antiparlementaire.
- Crise du moral : le discrédit des institutions, les scandales et l'incapacité apparente du régime à résoudre la crise économique alimentent le pacifisme et le défaitisme.
- La politique d'apaisement : le gouvernement Daladier signe les accords de Munich (septembre 1938) avec Hitler, livrant les Sudètes tchécoslovaques pour éviter la guerre. La France sacrifie un allié sous la pression hitlérienne.
Politique d'apaisement (appeasement). Stratégie diplomatique qui consiste à faire des concessions à une puissance agressive pour éviter la guerre. Pratiquée par la France et le Royaume-Uni face à l'Allemagne nazie dans les années 1930, elle est considérée rétrospectivement comme un échec.
Ces faiblesses expliquent en partie l'effondrement de la France en juin 1940 et le vote des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940, qui met fin à la IIIe République.
★À retenir
À retenir :
• La crise économique mondiale (1929) frappe la France à partir de 1931 : chômage, déflation, paupérisation.
• L'instabilité ministérielle et les scandales (affaire Stavisky) discréditent la IIIe République.
• Les ligues d'extrême droite (Croix-de-Feu, Action Française…) menacent le régime parlementaire.
• Le 6 février 1934 : émeutes des ligues — chute du gouvernement Daladier — débat historiographique sur la «tentative de coup d'État».
• La gauche répond par l'unité : naissance du Front populaire (SFIO + PCF + radicaux).
• Victoire électorale du Front populaire en mai 1936 : Léon Blum Premier ministre.
• Accords Matignon (juin 1936) : congés payés, semaine de 40 h, conventions collectives.
• Le Front populaire s'essouffle (1937) : inflation, fuite des capitaux, non-intervention en Espagne.
• La France entre dans la guerre (1939) divisée et affaiblie — terreau de la défaite de 1940.