Qu'est-ce que connaître scientifiquement ? Méthodes, modèles et limites du savoir scientifique (programme de Terminale)
Exercices corrigés, classés du plus simple au plus complexe. Cherche d'abord seul au brouillon, puis déplie la correction détaillée pour vérifier ta méthode et tes raisonnements.
Donnez pour chaque terme une définition philosophique précise, en une à deux phrases rédigées.
Méthode. Une définition philosophique isole le genre (la catégorie générale) et la différence spécifique (ce qui distingue la notion des notions voisines). On évite l'exemple seul, on rattache si possible le terme à son auteur ou à son contexte épistémologique.
1. La déduction. C'est le raisonnement qui part d'un ou de plusieurs principes généraux pour en tirer, par nécessité logique, une conclusion particulière : si les prémisses sont vraies, la conclusion l'est nécessairement. Elle va donc du général au particulier, à l'inverse de l'induction qui remonte du particulier au général. La déduction conserve la vérité mais n'apporte pas de connaissance nouvelle sur le monde ; l'induction étend le savoir mais sans certitude.
2. La corroboration. Chez Popper, une théorie est « corroborée » lorsqu'elle a résisté à des tentatives sérieuses de réfutation. La corroboration n'est pas une preuve : elle ne démontre pas la vérité de la théorie, elle indique seulement qu'aucune expérience n'a, jusqu'à présent, réussi à la réfuter. Une théorie corroborée reste provisoire et falsifiable.
3. L'expérience cruciale. C'est l'expérience décisive qui, en confrontant deux hypothèses concurrentes, permet d'en éliminer une au profit de l'autre selon que le résultat observé contredit l'une et s'accorde avec l'autre. Claude Bernard en fait un moment central de la méthode expérimentale : elle tranche entre des interprétations rivales d'un même phénomène.
4. La parcimonie. C'est la règle méthodologique selon laquelle, à pouvoir explicatif égal, on doit préférer la théorie qui mobilise le moins d'hypothèses et d'entités (« ne pas multiplier les êtres sans nécessité », rasoir d'Ockham). Ce n'est pas un critère de vérité mais un principe d'économie qui guide le choix entre théories également compatibles avec les faits.
Identifiez l'auteur de chaque thèse et, quand c'est possible, l'œuvre où elle est formulée.
Méthode. Repérer dans chaque énoncé le concept-signature de l'auteur (anything goes, sous-détermination, tissu/révisabilité, neutralité axiologique), puis le rattacher à l'œuvre canonique.
1. Paul Feyerabend, Contre la méthode (1975). Défendant un « anarchisme épistémologique », il soutient qu'aucune règle méthodologique unique n'a toujours été respectée par les grandes découvertes ; imposer une méthode unique serait stériliser la science.
2. Pierre Duhem (puis Quine : thèse Duhem-Quine). Un résultat expérimental négatif ne désigne pas quelle hypothèse est fautive, car c'est tout un faisceau d'hypothèses (théorie + hypothèses auxiliaires + théorie des instruments) qui est mis à l'épreuve. Les faits sous-déterminent donc le choix de la théorie.
3. W. V. O. Quine, « Les deux dogmes de l'empirisme » (1951). La connaissance forme un réseau (« tissu ») confronté à l'expérience en bloc (holisme de la confirmation) ; toute proposition peut être maintenue si l'on révise ailleurs, et aucune n'est absolument intangible.
4. Max Weber, Le Savant et le Politique (1919). Le savant peut étudier les valeurs mais doit s'abstenir de les imposer dans son analyse : c'est l'exigence de neutralité axiologique (Wertfreiheit), qui distingue la chaire de la tribune politique.
Pour chaque couple, formulez la distinction sur un critère précis et illustrez-la d'un exemple discriminant.
Méthode. Distinguer n'est pas opposer brutalement : on montre sur quel critère précis les deux notions diffèrent, puis on donne un exemple qui ne vaudrait que pour l'une.
1. Loi / théorie. Critère : le niveau de généralité et de fonction. Une loi est un énoncé décrivant une régularité constante entre phénomènes (loi de la chute des corps) ; une théorie est un ensemble structuré d'hypothèses et de concepts qui explique et unifie plusieurs lois (la mécanique newtonienne explique à la fois la chute des corps et le mouvement des planètes). La loi constate, la théorie rend raison.
2. Cause / corrélation. Critère : la relation de production. Une corrélation est une variation conjointe statistique de deux grandeurs ; une cause produit effectivement son effet. La consommation de glaces et le nombre de noyades sont corrélés (ils augmentent l'été), sans que l'un cause l'autre : la chaleur est la cause commune. Confondre corrélation et causalité est un sophisme fréquent.
3. Vérité formelle / vérité matérielle. Critère : l'objet du jugement. La vérité formelle (validité) tient à la correction logique de l'enchaînement, indépendamment du contenu : un raisonnement peut être valide à partir de prémisses fausses. La vérité matérielle tient à l'accord de l'énoncé avec les faits. « Tous les chats volent, or Félix est un chat, donc Félix vole » est valide mais matériellement faux.
4. Objectivité / certitude subjective. Critère : le fondement de l'assentiment. L'objectivité est ce qui vaut pour tout sujet, vérifiable par tous selon des procédures publiques (intersubjectivité). La certitude subjective est un sentiment intime de conviction, qui peut être ferme tout en étant erroné. Un délirant peut être absolument certain ; il n'est pas pour autant objectif.
Mettez au jour l'implicite de chaque affirmation, puis indiquez quel auteur ou quelle thèse du programme la contesterait.
Méthode. Un présupposé est ce qu'une affirmation tient pour acquis sans le dire. On l'explicite, puis on cherche la thèse qui le révoque.
1. Présupposé : la valeur scientifique d'une théorie se mesure au nombre de confirmations (inductivisme). Popper objecte que multiplier les confirmations ne prouve rien (le biais de confirmation guette) ; ce qui compte, c'est que la théorie ait pris des risques et résisté à des tentatives sérieuses de réfutation. Mille cygnes blancs ne prouvent pas « tous les cygnes sont blancs ».
2. Présupposé : le progrès scientifique est cumulatif, continu et linéaire. Kuhn conteste : la science avance par ruptures et révolutions de paradigme, séparées par des phases de science normale ; deux paradigmes successifs peuvent être incommensurables. Bachelard ajoute que le progrès se fait par rectification et rupture avec les savoirs antérieurs.
3. Présupposé : la réussite d'une prédiction démontre la vérité de la théorie (affirmation du conséquent). C'est un sophisme logique : du fait que H implique P et que P est observé, on ne peut conclure H (plusieurs théories peuvent prédire P). Popper : on ne prouve jamais, on corrobore au mieux. La thèse Duhem-Quine renforce ce point.
4. Présupposé : la révisabilité est une faiblesse qui ramène la science à l'opinion. Au contraire, Bachelard et Popper y voient sa force : la science se distingue précisément de l'opinion (doxa) parce qu'elle reconnaît ses erreurs et se corrige, là où l'opinion se croit définitive. La révisabilité est le signe de la rationalité critique, non de l'arbitraire.
Transformez chaque question en problème philosophique en montrant pourquoi la réponse n'est pas évidente et quelles thèses s'affrontent.
Méthode de la problématisation. On part de la réponse spontanée (thèse), on lui oppose une difficulté (antithèse), puis on formule la tension sous forme de question alternative qui sera le fil de la dissertation.
1. L'erreur a-t-elle une valeur dans la science ? Réponse spontanée : non — l'erreur est l'échec de la connaissance, ce que la méthode vise précisément à éliminer ; une science est faite de vérités, non d'erreurs. Difficulté : pourtant l'erreur réfutée fait avancer le savoir — Popper montre que la science progresse par élimination des hypothèses fausses ; Bachelard affirme que « la vérité scientifique est une erreur rectifiée » et que connaître, c'est connaître contre une connaissance antérieure. Problème : l'erreur n'est-elle qu'un obstacle à éliminer, ou bien un moment nécessaire et fécond du processus de connaissance, sans lequel il n'y aurait pas de progrès ?
2. Faut-il se méfier de ses sens pour connaître scientifiquement ? Réponse spontanée : oui — les sens trompent (illusions perceptives : le bâton brisé dans l'eau, le mouvement apparent du soleil) ; la science corrige le donné sensible par la mesure et la raison (Descartes, Bachelard et la rupture avec le sens commun). Difficulté : pourtant toute science empirique repose en dernier ressort sur l'observation et l'expérience ; sans données sensibles (même instrumentées), aucun test, aucune vérification possible. Problème : la connaissance scientifique doit-elle se défier des sens comme d'une source d'illusions, ou bien les sens, corrigés et armés d'instruments, demeurent-ils le fondement indispensable de tout savoir sur la nature ?
Lisez l'extrait puis répondez aux questions d'analyse, chacune en quelques phrases rédigées.
Méthode. On part de la thèse, on suit le mouvement de l'argumentation, puis on en mesure les enjeux et les limites par confrontation avec un autre auteur du programme.
1. La thèse. Claude Bernard refuse d'opposer l'expérience et la raison : les sciences de la nature reposent sur l'expérience, mais celle-ci n'a de valeur que travaillée par le raisonnement. La connaissance naît de leur collaboration, non de l'une sans l'autre. L'expérience seule est aveugle, le raisonnement seul est vide.
2. Observer / expérimenter. L'observateur « écoute » : il enregistre les phénomènes tels qu'ils se produisent naturellement, dans une attitude réceptive. L'expérimentateur « interroge » et « force » la nature : il intervient activement, provoque des conditions artificielles, fait varier les facteurs pour obtenir une réponse. L'image souligne le passage d'une passivité (recueillir) à une activité (questionner), qui est le propre de la méthode expérimentale.
3. L'initiative est dans l'idée. Bernard soutient que c'est une idée préalable (une hypothèse) qui décide quelle expérience tenter : sans idée directrice, on n'expérimente pas, on subit des faits épars. Cela s'oppose à l'empirisme passif (l'idée naïve d'un savant qui se contenterait d'accumuler des observations neutres) : l'esprit n'est pas une table rase, il anticipe, conjecture, puis met son idée à l'épreuve. On retrouve ici l'esprit de la démarche hypothético-déductive.
4. L'objection humienne. Hume rappelle que même rigoureusement conduite, l'expérience ne fonde jamais une loi universelle de manière certaine : du fait qu'un phénomène s'est toujours produit, rien ne garantit logiquement qu'il se reproduira (problème de l'induction). La confiance de Bernard dans la capacité de l'expérience à établir des lois se heurte donc à cette limite : la méthode expérimentale livre des résultats solides et probables, mais non des certitudes absolues — ce que Popper traduira par l'idée que la science corrobore sans jamais prouver définitivement.
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