Légitimité, souveraineté et limites du pouvoir — programme de Philosophie Terminale (La morale et la politique)
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Lisez attentivement cet extrait, puis répondez aux questions de la consigne.
« Chacun est gouverné par sa propre raison et il n'est rien dont il ne puisse se servir pour se protéger contre ses ennemis. Il s'ensuit que dans pareille condition, chacun a le droit de faire tout ce que bon lui semble. Et donc, aussi longtemps que dure ce droit naturel de chacun sur toutes choses, nul, aussi fort et aussi sage soit-il, ne peut être assuré de vivre pendant le temps que la nature accorde ordinairement aux hommes pour vivre. De là, commandement ou règle générale de la raison : que chaque homme doit rechercher la paix, aussi longtemps qu'il a l'espoir de l'obtenir ; et quand il ne peut l'obtenir, il peut rechercher et utiliser les secours et les avantages de la guerre. »
Hobbes, Léviathan, ch. XIII, 1651
Consigne : Dégagez la thèse principale de ce texte, reconstituez la structure de l'argumentation et expliquez en quoi ce passage justifie la nécessité de l'État.
Exercice 1 — L'obéissance à l'État est-elle une obligation morale ?
Analyse du sujet. Le sujet interroge le fondement de l'obéissance : est-elle simplement un fait (on obéit par habitude, par peur) ou une obligation morale (on doit obéir) ? Il met en tension la contrainte factuelle et le devoir éthique, la légalité et la légitimité.
Problématique. Si l'État tire son pouvoir d'un contrat librement consenti, l'obéissance semble moralement obligatoire. Mais si la loi est injuste ou si l'État viole ses obligations, l'obéissance devient-elle elle-même immorale ? Autrement dit : obéir à l'État, est-ce toujours se conformer à sa conscience morale ?
Plan détaillé.
I. L'obéissance à l'État semble moralement obligatoire.
— Th. 1 : L'État garantit la paix sociale et la sécurité, conditions de toute vie morale (Hobbes : sans État, c'est la guerre de tous contre tous). L'obéissance est rationnellement nécessaire.
— Th. 2 : Si l'État repose sur un contrat (Rousseau), obéir à la loi c'est obéir à la volonté générale, c'est-à-dire à sa propre raison : c'est la liberté civile et morale.
— Th. 3 : Kant : désobéir violemment à l'État détruirait la légalité elle-même. L'usage public de la raison (critique) suffit ; la rébellion est moralement inadmissible.
II. Mais l'obéissance peut devenir immorale si la loi est injuste.
— Th. 1 : Locke : si l'État viole les droits naturels, le peuple a un droit de résistance légitime. L'obéissance à une loi illégitime n'est pas un devoir.
— Th. 2 : Thoreau, Gandhi, King : la désobéissance civile est moralement justifiée face à une loi injuste. Refuser d'obéir peut être un devoir moral supérieur.
— Th. 3 : Arendt (banalité du mal) : l'obéissance aveugle aux ordres de l'État peut conduire aux pires crimes. L'absence de pensée morale critique rend complice.
III. L'obéissance est une obligation conditionnelle, fondée sur la légitimité.
— Th. 1 : On n'est moralement obligé d'obéir qu'à un État légitime — qui respecte les droits, repose sur le consentement, soumet lui-même le pouvoir à la loi (État de droit).
— Th. 2 : La loi n'est moralement obligatoire que si elle vise la justice (Rawls : principe de différence) et non un simple rapport de force.
— Th. 3 : Il existe des limites universelles à l'obéissance (droits de l'homme, crimes contre l'humanité), posées par le droit international.
Ouverture. La question de l'obéissance conduit à celle de la participation démocratique : dans une démocratie, chaque citoyen contribue à élaborer la loi. La désobéissance reste légitime, mais la responsabilité de l'injustice est aussi celle du citoyen passif.
Exercice 2 — L'État peut-il tout légitimement exiger de ses citoyens ?
Analyse du sujet. Le sujet interroge les limites du pouvoir d'État. 'Légitimement' signifie : en droit, avec une justification morale et politique acceptée. Le sujet oppose donc la toute-puissance de l'État et les droits irreductibles des individus.
Problématique. Si l'État est créé pour garantir la sécurité et le bien commun, ses exigences semblent justifiées. Mais si elles empiètent sur des droits fondamentaux ou la conscience individuelle, ces exigences perdent leur légitimité. Où s'arrête le droit de l'État sur les personnes ?
Plan détaillé.
I. L'État peut légitimement exiger beaucoup de ses citoyens.
— Th. 1 : Hobbes : pour garantir la paix, les individus ont transféré tous leurs droits au souverain. L'État peut tout exiger dès lors qu'il assure la sécurité.
— Th. 2 : Le service militaire, l'impôt, l'obéissance aux lois sont des exigences légitimes car elles servent le bien commun (Rousseau : la volonté générale peut demander des sacrifices).
— Th. 3 : L'État a un droit de réquisition (état d'urgence, guerre) qui prime les intérêts particuliers.
II. L'État ne peut pas légitimement tout exiger : les droits naturels constituent une limite.
— Th. 1 : Locke : les droits naturels (vie, liberté, propriété) sont antérieurs à l'État. Celui-ci ne peut pas les supprimer sans perdre sa légitimité.
— Th. 2 : Les droits fondamentaux (Déclaration universelle des droits de l'homme, 1948) posent des limites inconditionnelles au pouvoir d'État.
— Th. 3 : L'État ne peut pas légitimement exiger qu'on commette des crimes contre l'humanité (Nuremberg) : la conscience morale est une limite supérieure.
III. La limite légitime des exigences de l'État réside dans le respect de la personne humaine et de la démocratie.
— Th. 1 : Arendt : l'État légitime respecte la pluralité humaine — il ne peut pas imposer une idéologie unique ni détruire l'espace public de délibération.
— Th. 2 : L'État de droit lui-même est soumis à la loi : il ne peut exiger que ce que la constitution et les droits fondamentaux autorisent.
— Th. 3 : Rawls : l'État ne peut légitimement exiger que des sacrifices conformes au principe de justice (dont le principe de différence).
Ouverture. La question de ce que l'État peut exiger renvoie à celle de la citoyenneté : dans une démocratie, les citoyens ne sont pas sujets passifs mais agents politiques qui définissent collectivement les obligations de la communauté.
Exercice 3 — La démocratie est-elle le meilleur régime politique ?
Analyse du sujet. Le sujet demande de comparer la démocratie à d'autres régimes possibles (aristocratie, technocratie, monarchie…) et d'évaluer si elle est effectivement la meilleure. 'Meilleure' : selon quel critère ? Justice, efficacité, liberté, bonheur ?
Problématique. La démocratie est généralement valorisée comme le régime du peuple et de la liberté. Pourtant, Platon la critique comme le règne de l'opinion et de la démagogie. La démocratie est-elle le meilleur régime en principe, ou seulement le 'moins mauvais' comme le dit Churchill, faute de mieux ?
Plan détaillé.
I. La démocratie est le meilleur régime car elle seule assure la liberté et la légitimité.
— Th. 1 : Rousseau : la démocratie est le seul régime où la loi repose sur la volonté générale ; on n'obéit qu'à la loi qu'on s'est prescrite — c'est la liberté politique.
— Th. 2 : La démocratie garantit des droits fondamentaux (liberté d'expression, de vote) que les autres régimes nient.
— Th. 3 : L'État de droit démocratique, avec la séparation des pouvoirs (Montesquieu), limite les abus de pouvoir mieux que tout autre régime.
II. Mais la démocratie comporte des limites et des risques propres.
— Th. 1 : Platon (La République) : la démocratie est le règne de l'opinion et de la démagogie ; le peuple, mal éduqué, peut élire un tyran ou prendre de mauvaises décisions.
— Th. 2 : La 'tyrannie de la majorité' (Tocqueville) : une majorité peut opprimer une minorité légalement. La démocratie ne garantit pas automatiquement la justice.
— Th. 3 : La démocratie contemporaine est menacée par le populisme, la désinformation, l'abstentionnisme et la captation du pouvoir par des oligarchies économiques.
III. La démocratie est le meilleur régime à condition d'être tempérée par le droit et d'être éclairée.
— Th. 1 : 'Le pire des régimes à l'exception de tous les autres' (Churchill) : la démocratie n'est pas parfaite, mais les alternatives (autocratie, technocratie) sont pires car elles suppriment la liberté politique.
— Th. 2 : Rawls : la démocratie doit être ordonnée par des principes de justice pour être légitime — suffrage ne suffit pas sans garanties pour les minorités et les plus défavorisés.
— Th. 3 : Arendt : la démocratie authentique repose sur un espace public réel de délibération, une culture politique de la pensée — elle est une conquête à entretenir, pas un acquis.
Ouverture. La question du meilleur régime débouche sur celle de l'éducation civique : Rousseau, Platon et Arendt s'accordent sur un point — la démocratie requiert des citoyens capables de penser par eux-mêmes. La philosophie politique est, en ce sens, une pédagogie de la liberté.
Exercice 4 — Explication de texte — Hobbes, Léviathan, chapitre XIII (1651)
Thèse principale. Dans l'état de nature, le droit naturel universel (chacun peut tout faire pour se conserver) aboutit à une insécurité radicale pour tous. La raison elle-même commande donc de rechercher la paix, et par conséquent d'accepter une institution politique capable de la garantir.
Structure argumentative.
Justification de la nécessité de l'État. Ce texte illustre le paradoxe de l'état de nature : la liberté absolue de tous conduit à l'insécurité absolue de tous. La raison, qui cherche la conservation, exige donc la paix. Or la paix durable n'est possible que par l'établissement d'un pouvoir coercitif commun — l'État — capable d'imposer la loi à tous. L'État n'est pas imposé de l'extérieur : il est une exigence de la raison elle-même.
Portée et limites. Ce raisonnement est puissant car il fonde l'État sur la raison et l'intérêt bien compris. Limite : le pessimisme anthropologique de Hobbes est discutable (Locke : l'état de nature n'est pas une guerre ; Rousseau : l'homme est naturellement bon). De plus, Hobbes justifie l'absolutisme — mais pourquoi un État absolu serait-il plus sûr qu'un État limité ?
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