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Graphes probabilistes et chaînes de Markov
Rappels sur l’arbre pondéré, les probabilités totales et les suites arithmético-géométriques ; chaîne de Markov à deux ou trois états, graphe pondéré et matrice de transition ; distribution πₙ₊₁ = πₙP et πₙ = π₀Pⁿ, coefficients de Pⁿ ; distribution invariante ; convergence à long terme et seuil.
À propos de cette page
Rappels : arbre pondéré et probabilités totales d’une étape à la suivante
Notation du chapitre. La lettre est réservée à la matrice de transition : on note la probabilité d’un événement et la probabilité de sachant (notée en 1re).
Probabilité conditionnelle (1re). Si : , donc .
Arbre pondéré. Les branches issues d’un même nœud ont des poids de somme ; la probabilité d’un chemin est le produit des poids rencontrés ; la probabilité d’un événement est la somme des probabilités des chemins qui y mènent.
Formule des probabilités totales. Si forment une partition de l’univers, de probabilités non nulles, alors .
D’une étape à la suivante. Un système est, à chaque étape , dans l’état ou dans l’état : les événements et forment une partition. Si et ne dépendent pas de , la formule des probabilités totales donne, avec : .
Suite arithmético-géométrique (Tle spé). Pour avec : le réel vérifie ; la suite est géométrique de raison ; donc , et si , .
Situation. Chaque jour de classe, Inès vient au lycée à vélo ou en bus. Si elle est venue à vélo un jour, elle reprend le vélo le lendemain avec la probabilité ; si elle est venue en bus, elle prend le vélo le lendemain avec la probabilité . Le jour , elle vient en bus. On note l’événement « Inès vient à vélo le jour », son contraire et ; ainsi .
Premiers termes. Le jour , Inès est en bus, donc . Avec l’arbre entre le jour et le jour : .
Relation de récurrence. et forment une partition ; d’après la formule des probabilités totales, , soit . Contrôle : , c’est bien .
Forme explicite. . La suite est géométrique de raison et de premier terme , donc . Comme , : à long terme, la probabilité qu’Inès vienne à vélo un jour donné se rapproche de .
Réflexe — Je dessine l’arbre entre l’étape et l’étape seulement (deux niveaux), avec et au premier niveau. J’additionne les deux chemins qui mènent à (probabilités totales), j’obtiens , puis j’applique la méthode de la suite arithmético-géométrique.
Attention — Les poids du second niveau sont des probabilités conditionnelles : , pas . Ce sont les branches issues d’un même nœud qui somment à (), pas les deux branches qui arrivent en ().
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Chaîne de Markov : graphe pondéré et matrice de transition
Chaîne de Markov. On observe un système aux étapes ; désigne l’état occupé à l’étape , pris dans un ensemble fini d’états (deux ou trois au programme). La suite de variables aléatoires est une chaîne de Markov (homogène) si la probabilité de passer de l’état à l’état ne dépend ni de , ni des états occupés avant l’étape :même si l’on connaît aussi . C’est l’absence de mémoire : l’avenir ne dépend du passé qu’à travers l’état présent.
Graphe pondéré associé. Les sommets sont les états ; on trace un arc de vers , de poids , dès que (une boucle si ). La somme des poids des arcs qui partent d’un sommet, boucle comprise, vaut .
Matrice de transition. Les états étant numérotés dans un ordre fixé, c’est la matrice carrée : la ligne correspond à l’état de départ, la colonne à l’état d’arrivée. Ses coefficients sont dans et la somme des coefficients de chaque ligne vaut .
État absorbant. Si , une fois en le système n’en sort plus : l’état est absorbant. Sur le graphe, une seule flèche part de : sa boucle, de poids .
Deux états. Hugo tire des lancers francs. On admet que la réussite d’un lancer ne dépend que du lancer précédent : après un lancer réussi (), il réussit le suivant avec la probabilité ; après un lancer raté (), avec la probabilité .
Dans l’ordre : . La boucle en porte , le complément à de . Lecture : est la probabilité de passer de à , c’est-à-dire de réussir un lancer juste après un échec.
Trois états, avec des zéros. Un robot aspirateur change de pièce chaque minute entre la cuisine , le salon et le bureau , selon le graphe ci-dessous.
Dans l’ordre : . Il n’y a pas d’arc entre et : . Chaque ligne somme à : , et . Les colonnes n’ont aucune raison de sommer à : la première donne .
Réflexe — J’écris l’ordre des états, puis je remplis ligne par ligne : une ligne = un état de départ et toutes les flèches qui en partent ; une flèche absente donne ; la boucle se complète par le complément à . Je contrôle que chaque ligne somme à .
Attention — est la probabilité d’aller de vers : part de l’état . Une matrice dont les colonnes somment à mais pas les lignes n’est pas une matrice de transition : c’est sans doute la transposée, écrite en inversant départ et arrivée.
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Distribution après n transitions : πₙ₊₁ = πₙP et Pⁿ
Distribution. La loi de s’écrit comme une matrice ligne : pour deux états (trois coefficients pour trois états). Ses coefficients sont positifs, de somme . est la distribution initiale.
Relation de récurrence. Pour tout : .
Théorème 1 (démonstration exigible). Pour tout , : c’est la distribution après transitions.
Théorème 2 (démonstration exigible). Le coefficient de est la probabilité de passer de l’état à l’état en transitions : . En particulier, est encore une matrice de transition : chaque ligne somme à .
Pourquoi (trois états). Les événements , et forment une partition. D’après la formule des probabilités totales, pour chaque état : (un terme où est simplement nul). C’est le produit de la ligne par la colonne de , donc le coefficient de .
Démonstration du théorème 1. Pour tout , on note : « ». Initialisation : et , donc est vraie. Hérédité : si pour un entier , alors par associativité du produit matriciel. Conclusion : par récurrence, pour tout .
Démonstration du théorème 2. Supposons que la chaîne parte de l’état : la distribution initiale a un en position et des ailleurs. Le produit est alors la ligne de . D’après le théorème 1, c’est : son coefficient est la probabilité d’être en à l’étape sachant le départ en , soit . Comme est une distribution, chaque ligne de somme à .
Calcul. Avec la matrice des lancers de Hugo, , et un premier lancer réussi, : , puis , de premier coefficient : .
: sa première ligne redonne (départ en ). Son coefficient , , est la probabilité de réussir un lancer sachant que le lancer tiré deux coups plus tôt a été raté.
Réflexe — La distribution est une ligne placée à gauche : . Pour un départ connu dans l’état , je lis directement la ligne de (à la calculatrice pour les grandes puissances). Je contrôle que la somme des coefficients vaut .
Attention — n’a pas de sens : une matrice carrée ne se multiplie pas à droite par une matrice ligne. Et le coefficient de n’est pas : alors que .
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Distribution invariante
Définition. Une distribution (matrice ligne à coefficients positifs de somme ) est invariante (on dit aussi : état stable) si . Si , alors pour tout : la loi de ne change plus.
Deux états. Pour avec , il existe une unique distribution invariante :Si , alors et toute distribution est invariante.
Trois états. On cherche . Le système fournit trois équations, mais elles sont liées : comme chaque ligne de somme à , leur somme se réduit à . On en garde deux et on ajoute la condition .
Démonstration (deux états). On pose , ce qui intègre la condition de somme. Le premier coefficient de vaut . L’égalité équivaut à , soit (le second coefficient donne la même équation, car les deux coefficients de somment à ). Comme : et .
Lancers de Hugo. et , donc et . Vérification : .
Robot aspirateur (trois états). Avec et , la première équation s’écrit , donc ; la troisième s’écrit , donc . Avec : , d’où , et . Vérification sur la deuxième équation, non utilisée : , c’est bien .
Réflexe — Deux états : je pose et une seule équation suffit. Trois états : deux équations de , plus , puis je vérifie avec la troisième. Je garde des fractions jusqu’au bout.
Attention — Sans la condition , le système a une infinité de solutions, dont : ce n’est pas une erreur de calcul, c’est la condition oubliée. Et l’on résout avec une ligne à gauche, pas avec une colonne.
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Évolution à long terme : convergence
Deux états : la suite des distributions. Avec et , la relation donne , soit : une suite arithmético-géométrique de raison (c’est ), de point fixe .
Propriété. Si (c’est le cas dès que tous les coefficients de sont strictement positifs), alors : tend vers , et la suite converge vers l’unique distribution invariante, quelle que soit . Les deux lignes de tendent alors vers cette distribution.
Cas exclus. Si , et la distribution ne bouge pas. Si , : le système change d’état à chaque étape et alterne entre deux valeurs, sauf si .
Trois états (résultat admis, rappelé par l’énoncé). Si , ou l’une de ses puissances, a tous ses coefficients strictement positifs, alors converge vers l’unique distribution invariante, quelle que soit .
Seuil. Avec la forme explicite, ou avec une boucle « tant que », on trouve le premier rang à partir duquel est proche de sa limite à une précision donnée.
Lancers de Hugo. et , donc , de point fixe . Premier lancer réussi : et , d’où . Contrôle : . Comme , : converge vers et les deux lignes de tendent vers cette distribution. Au bout de nombreux lancers, l’issue du premier n’a plus d’influence.
Seuil. Premier rang tel que : , soit . Or et ; comme la suite est décroissante, le premier rang est . Le programme ci-dessous donne le même résultat :
def seuil(s):
n = 0
x = 1
while x >= s:
x = 0.3 * x + 0.55
n = n + 1
return n
L’appel seuil(0.79) renvoie .
Sans convergence. Avec et : , , et ainsi de suite. La distribution est invariante, mais ne converge pas.
Réflexe — J’écris la relation sur le premier coefficient, avec , je trouve le point fixe, la suite auxiliaire et la forme explicite, puis je conclus avec . À trois états, je cite le résultat admis en vérifiant son hypothèse (coefficients strictement positifs).
Attention — Une distribution invariante peut exister sans que converge (exemple ci-dessus) : il faut vérifier l’hypothèse. À l’inverse, une raison négative n’empêche pas la convergence : oscille autour de en s’en rapprochant.
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Pour aller plus loin
Matrices. Produit, puissances et matrice identité : chapitre Définition et opérations. Les suites de matrices colonnes et leur état stable : chapitre Suites de matrices ; ici, la distribution est une matrice ligne et le produit se fait à droite.
Graphes. Graphe orienté, chemins et connexité : chapitre Vocabulaire et propriétés. Dans un graphe non pondéré, le coefficient de compte les chemins de longueur : chapitre Matrice d’adjacence et chemins ; ici, celui de est une probabilité.
Suites. Limite de et suites arithmético-géométriques : chapitre Limites de suites de spécialité. Probabilités conditionnelles et formule des probabilités totales : chapitre Probabilités conditionnelles de 1re.
Pour aller plus loin. Le classement des pages web par l’algorithme PageRank, décrit en 1998 par Sergey Brin et Lawrence Page, modélise un internaute qui suit au hasard un lien de la page où il se trouve ou, de temps en temps, saute vers une page quelconque : l’importance d’une page est son coefficient dans la distribution invariante. Le résultat admis à trois états se démontre dans l’enseignement supérieur.
Histoire. Le mathématicien russe Andreï Markov (1856-1922) a introduit ces chaînes en 1906 ; en 1913, il les a appliquées à la succession des voyelles et des consonnes dans Eugène Onéguine, le roman en vers de Pouchkine.
- Arbre entre l’étape et l’étape et probabilités totales : ; suite arithmético-géométrique : , géométrique de raison .
- Matrice de transition : = probabilité de passer de à ; ligne = départ, colonne = arrivée ; chaque ligne somme à .
- (probabilités totales), (récurrence) ; = probabilité de passer de à en transitions.
- Distribution invariante : et somme des coefficients égale à ; à deux états, .
- Deux états avec : , et converge vers la distribution invariante quelle que soit ; un invariant qui existe ne garantit pas la convergence.
Questions fréquentes
Comment obtenir une relation de récurrence avec un arbre pondéré ?
On dessine l’arbre entre l’étape n et l’étape n + 1 : au premier niveau aₙ et 1 − aₙ, au second les probabilités conditionnelles de passage. La formule des probabilités totales donne aₙ₊₁ = αaₙ + β(1 − aₙ), une suite arithmético-géométrique.
Comment écrire la matrice de transition d’une chaîne de Markov ?
On fixe l’ordre des états. La ligne i contient les probabilités de passer de l’état i vers chaque état, dans cet ordre ; une flèche absente donne 0 et la boucle se complète à 1. Chaque ligne somme à 1, pas les colonnes.
Comment calculer la distribution après n transitions ?
La distribution est une matrice ligne : πₙ₊₁ = πₙP, et par récurrence πₙ = π₀Pⁿ. Le coefficient (i ; j) de Pⁿ est la probabilité de passer de l’état i à l’état j en n transitions : c’est une démonstration exigible.
Comment trouver la distribution invariante d’une chaîne de Markov ?
On résout πP = π en ajoutant la condition « somme des coefficients égale à 1 ». À deux états, π = (x 1 − x) et une équation suffit : x = b/(a + b). À trois états, on garde deux équations du système et la condition x + y + z = 1.
La distribution d’une chaîne de Markov converge-t-elle toujours ?
Non. À deux états, elle converge vers la distribution invariante dès que 0 < a + b < 2, par exemple si tous les coefficients de P sont strictement positifs. Avec P = (0 1 ; 1 0), une distribution invariante existe mais πₙ alterne et ne converge pas.
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