À propos de cette page
Ce cours d'enseignement scientifique en terminale sur « L'évolution comme grille de lecture du monde » suit le programme officiel d'enseignement scientifique de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : L'essentiel, Des structures anatomiques imparfaites, L'évolution des agents pathogènes, La résistance aux antibiotiques. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en enseignement scientifique.
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L'essentiel
L'évolution n'est pas seulement une histoire du passé : c'est une grille de lecture du monde actuel. Ses concepts expliquent l'anatomie des êtres vivants, y compris la nôtre, l'échec de certains traitements ou les effets de la pêche sur les poissons.
Évolution biologique : modification, au fil des générations, des caractères héréditaires d'une population. Elle résulte d'une variation génétique produite au hasard (mutations, brassage, transferts de gènes), triée ensuite par la sélection naturelle et par la dérive génétique (hasard de la reproduction).
Sélection naturelle : dans un milieu donné, les individus porteurs de certains caractères héréditaires survivent ou se reproduisent davantage ; ces caractères deviennent plus fréquents dans la population. Le facteur du milieu qui opère ce tri (prédateur, climat, médicament, filet de pêche…) est une pression de sélection.
Trois idées à mobiliser dans toute explication
1. La sélection trie des variants déjà présents : elle ne crée pas les mutations et n'anticipe rien.
2. Elle façonne des organismes suffisamment adaptés, héritiers de leurs ancêtres, et non des organismes parfaits.
3. C'est la population qui évolue, pas l'individu au cours de sa vie.
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Des structures anatomiques imparfaites
Certaines structures surprennent d'un point de vue fonctionnel : trajet inutilement long, croisement risqué, organe réduit sans fonction évidente. Elles s'expliquent mieux par l'histoire évolutive que par leur fonction.
Contrainte historique : une structure se construit par modifications successives d'une structure ancestrale. L'évolution « bricole » avec l'existant, sans jamais repartir de zéro, et chaque étape intermédiaire doit rester viable. Un défaut persiste quand le corriger exigerait des intermédiaires désavantageux.
Exemple — le nerf laryngé récurrent. Ce nerf, branche du nerf vague, commande les muscles du larynx. Au lieu d'y aller directement depuis l'encéphale, il descend dans le thorax, contourne l'aorte (à gauche) puis remonte jusqu'au larynx ; chez la girafe, le détour atteint plusieurs mètres. Chez les poissons, le nerf équivalent passe derrière une artère branchiale pour innerver un arc branchial : son trajet est direct. Chez les tétrapodes, le cou s'est allongé et le cœur est descendu dans le thorax ; le nerf, resté placé derrière le dérivé de cette artère, a été entraîné vers le bas.
| Structure | Particularité | Explication évolutive |
|---|
| Rétine des vertébrés | fibres nerveuses devant les photorécepteurs, tache aveugle | organisation héritée du mode de formation de l'œil chez les ancêtres |
| Muscles horripilateurs de l'être humain | « chair de poule » sans effet sur un pelage presque absent | hérités d'ancêtres mammifères au pelage dense |
| Yeux des poissons cavernicoles | yeux réduits, parfois recouverts de peau | vestiges d'ancêtres vivant à la lumière |
Structure vestigiale : structure réduite, sans fonction apparente ou avec une fonction différente de celle qu'elle a chez des espèces apparentées. Elle témoigne d'une parenté avec des ancêtres chez qui elle était pleinement fonctionnelle.
Compromis : un caractère est souvent soumis à des pressions de sélection opposées ; il résulte d'un équilibre, pas d'un optimum pour chaque fonction. Ex. : de très grands bois avantagent un cerf dans les combats entre mâles pour la reproduction, mais coûtent de l'énergie et gênent la fuite.
Un organe complexe construit pas à pas : l'œil : une structure d'une étonnante complexité s'explique, elle aussi, par l'évolution. Chez des espèces actuelles, notamment des mollusques, on observe toute une gamme d'yeux : simple tache de cellules photoréceptrices, qui distingue seulement la lumière de l'obscurité ; cupule, qui indique la direction de la lumière ; œil « en trou d'épingle », sans cristallin ; œil à cristallin, qui forme une image nette. Chaque étape apporte un petit avantage sur la précédente : des variations apparues au hasard et favorables à la vision ont été retenues par la sélection naturelle, génération après génération, jusqu'à des yeux très adaptés. En 1994, Dan Nilsson et Susanne Pelger ont estimé, avec des hypothèses volontairement pessimistes, que quelques centaines de milliers de générations suffiraient pour passer d'une tache photosensible à un œil à cristallin.
Le programme distingue quatre façons d'interpréter une particularité anatomique humaine :
| Type d'explication | Exemple humain | Lecture évolutive |
|---|
| Contrainte historique | trajet du nerf laryngé récurrent sous la crosse aortique | disposition héritée d'ancêtres à branchies, conservée quand le cou s'est formé et que le cœur est descendu |
| Contrainte de construction | tétons chez l'homme | les ébauches des glandes mammaires se forment chez l'embryon des deux sexes ; utiles chez la femme pour l'allaitement, elles persistent chez l'homme, peu développées, comme sous-produit de ce plan d'organisation commun |
| Compromis sélectif | accouchements difficiles | selon l'hypothèse du « dilemme obstétrical », la bipédie a rétréci le bassin tandis que le cerveau, donc le crâne du nouveau-né, grossissait : le bassin résulte d'un compromis entre la marche et la naissance |
| Régression en cours | dents de sagesse | la face s'est raccourcie et l'alimentation actuelle, plus molle, sollicite moins les mâchoires : la dent manque souvent de place et reste incluse ; elle est même absente de naissance chez une partie des personnes, dans des proportions très variables selon les populations |
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L'évolution des agents pathogènes
Agent pathogène : micro-organisme ou virus capable de provoquer une maladie (bactérie, virus, champignon, parasite). Comme tout être vivant, il évolue, et souvent beaucoup plus vite que ses hôtes.
Pourquoi cette évolution est-elle si rapide ?
- Générations très courtes : dans de bonnes conditions, certaines bactéries se divisent en une vingtaine de minutes.
- Effectifs immenses : des milliards d'individus dans un seul organisme infecté, donc de nombreux mutants.
- Taux de mutation élevés, surtout chez les virus à ARN (grippe, VIH, coronavirus).
- Transferts horizontaux : les bactéries échangent des gènes, souvent portés par des plasmides, y compris entre espèces différentes.
Pressions de sélection sur un pathogène : défenses immunitaires de l'hôte (anticorps), traitements (antibiotiques, antiviraux), vaccination, conditions de transmission. Ex. : pendant la pandémie de Covid-19, des variants du SARS-CoV-2 plus transmissibles ou échappant en partie aux anticorps (Delta, puis Omicron) ont successivement remplacé les formes précédentes.
Évolution de la virulence : un pathogène doit se multiplier dans son hôte, mais aussi être transmis. Une souche qui tue son hôte trop vite peut être moins transmise : la sélection ne favorise donc pas toujours la virulence maximale, mais un compromis entre multiplication et transmission.
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La résistance aux antibiotiques
Antibiotique : molécule qui tue les bactéries ou bloque leur multiplication, en agissant sur des cibles propres aux bactéries (paroi, ribosomes…). Un antibiotique est sans effet sur les virus.
Comment une population bactérienne devient résistante
1. Avant tout traitement, quelques bactéries portent déjà un caractère de résistance, acquis par mutation aléatoire ou par transfert de gène.
2. L'antibiotique élimine les bactéries sensibles : c'est la pression de sélection.
3. Les résistantes survivent, se multiplient et transmettent le caractère à leurs descendantes.
4. La population devient majoritairement résistante et peut contaminer d'autres personnes.
Chez un patient traité à plusieurs reprises par le même antibiotique, la part de bactéries résistantes de sa flore augmente à chaque cure (données fictives) :
Antibiogramme : des bactéries du patient sont étalées sur une gélose où l'on dépose des disques imprégnés d'antibiotiques. Autour de chaque disque se forme une zone sans colonie ; on compare son diamètre à deux diamètres critiques : souche sensible (S) au-dessus du seuil haut, résistante (R) au-dessous du seuil bas, intermédiaire (I) entre les deux (depuis 2019, les biologistes disent plutôt « sensible à forte posologie » : l'antibiotique peut agir, mais à dose renforcée).
Multithérapie : si les résistances à plusieurs molécules apparaissent indépendamment, la probabilité qu'un même microbe résiste à toutes est le produit des probabilités. Ex. : 1 sur pour A et 1 sur pour B donnent 1 sur pour A et B à la fois.
Limiter les résistances : antibiotique seulement contre une infection bactérienne, à la dose et pendant la durée prescrites ; choix guidé par l'antibiogramme, avec un spectre aussi étroit que possible ; prévention des infections (hygiène des mains, vaccination) ; usage réduit en élevage — dans l'Union européenne, les antibiotiques sont interdits comme facteurs de croissance depuis 2006.
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Pratiques humaines et évolution
L'être humain est devenu une source majeure de pressions de sélection, volontaires ou non.
Sélection artificielle : l'être humain choisit les reproducteurs selon les caractères qui l'intéressent. Le chien descend du loup ; le maïs a été sélectionné à partir de la téosinte ; le chou, le brocoli, le chou-fleur et le chou de Bruxelles appartiennent à une même espèce.
Domestication, monoculture et biodiversité : le maïs est issu d'une seule domestication de la téosinte, dans le sud du Mexique, il y a environ 9 000 ans. En ne faisant se reproduire, à chaque génération, que quelques individus choisis, la domestication réduit la diversité génétique des populations domestiquées, un peu comme un effet fondateur. La monoculture, qui couvre de vastes surfaces d'une seule variété, accentue cette uniformité : toutes les plantes sont sensibles aux mêmes maladies et aux mêmes ravageurs. Ex. : au début du XIXe siècle, les paysans irlandais cultivaient surtout une variété de pomme de terre, la Lumper ; l'arrivée du mildiou en 1845 a détruit l'essentiel des récoltes et contribué à la Grande Famine (environ un million de morts), aggravée par la situation sociale et politique de l'île. Diversifier les variétés et faire alterner les cultures limite ces risques.
| Pratique | Pression de sélection | Évolution observée |
|---|
| Insecticides, herbicides | élimination des individus sensibles | insectes et plantes adventices résistants |
| Chasse aux trophées | prélèvement des mâles aux plus grandes cornes | cornes plus petites dans certaines populations de mouflons |
| Pêche intensive | capture préférentielle des plus grands poissons | reproduction plus précoce, à plus petite taille |
| Pollution industrielle | troncs noircis par la suie | forme sombre de la phalène du bouleau favorisée au XIXe siècle en Angleterre, puis en recul après la dépollution |
Évolution ou simple effet du milieu ? Un caractère peut changer sans évolution génétique (alimentation, température). Pour parler d'évolution, il faut montrer qu'il est héréditaire : par exemple, des descendants élevés dans des conditions identiques conservent la différence.
Des enjeux pour les sociétés : raisonner en termes d'évolution guide la médecine (usage raisonné des antibiotiques et des antiviraux), l'agriculture (alternance des pesticides, zones refuges) et la gestion des ressources (quotas de pêche, réserves).
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Méthodes
Méthode — Expliquer une particularité anatomique par l'évolution- Décrire la particularité et dire en quoi elle paraît peu efficace pour sa fonction.
- Rechercher la structure équivalente chez des espèces apparentées ou chez les ancêtres (fossiles, embryologie).
- Montrer comment des modifications graduelles de cette structure ancestrale ont conduit à l'état actuel.
- Conclure : héritage de l'histoire évolutive, compromis ou vestige — pas conception optimale.
Exemple rédigé. Pourquoi l'air et les aliments se croisent-ils dans le pharynx ?
Chez l'être humain, la trachée est située en avant de l'œsophage : l'air et les aliments passent par un carrefour commun, le pharynx, ce qui expose aux fausses routes. Une conception optimale séparerait les deux conduits. Or les poumons des vertébrés sont apparus, chez des ancêtres aquatiques, sous la forme d'une évagination de la face ventrale du tube digestif antérieur : les voies respiratoires sont branchées sur le tube digestif depuis l'origine. Les modifications ultérieures ont conservé ce branchement, car le supprimer aurait exigé une réorganisation complète. Le croisement est un héritage de l'histoire évolutive, compensé en partie par l'épiglotte, qui ferme le larynx pendant la déglutition.
Méthode — Expliquer l'évolution d'une résistance à partir de données- Identifier la population concernée et la pression de sélection (traitement, pesticide…).
- Rappeler que les variants résistants existent avant le traitement (mutation aléatoire ou transfert de gène).
- Décrire le tri : survie et reproduction différentielles des résistants.
- Relier ce mécanisme aux chiffres du document, puis conclure sur l'évolution de la population.
Exemple rédigé. Un abcès contient bactéries, dont une sur résiste à l'antibiotique prescrit. Expliquer l'échec possible du traitement.
Nombre de bactéries résistantes avant traitement : . Ces 20 bactéries portaient la résistance avant toute prise : l'antibiotique ne l'a pas créée. Le traitement élimine les bactéries sensibles, c'est-à-dire la quasi-totalité de la population ; les 20 résistantes, libérées de la compétition, se multiplient et transmettent leur résistance à leurs descendantes. La population bactérienne de l'abcès devient résistante : le traitement échoue ; un antibiogramme permet alors de choisir une autre molécule.
Méthode — Lire un antibiogramme et choisir un antibiotique- Pour chaque antibiotique, relever le diamètre de la zone d'inhibition.
- Le comparer aux deux diamètres critiques : S si le diamètre est supérieur ou égal au seuil haut, R s'il est strictement inférieur au seuil bas, I sinon.
- Ne retenir que les antibiotiques classés S ; parmi eux, préférer celui dont le spectre est le plus étroit.
Exemple rédigé. Zone de 17 mm ; S si diamètre ≥ 19 mm, R si diamètre < 17 mm.
17 mm n'est pas strictement inférieur à 17 mm : la souche n'est pas classée R. Mais 17 mm < 19 mm : elle n'est pas S non plus. La souche est intermédiaire : cet antibiotique est à éviter tant qu'un antibiotique classé S est disponible.
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Pièges et erreurs classiques
« L'antibiotique rend les bactéries résistantes. » Faux : il ne provoque pas les mutations ; il sélectionne des variants résistants déjà présents.
« Les bactéries s'adaptent pour survivre. » Formulation finaliste : aucune bactérie ne change « pour » résister. Les résistantes, apparues par hasard, sont favorisées ; c'est la population qui évolue.
« Le patient est devenu résistant. » Non : ce sont ses bactéries qui le sont. Un organisme humain ne « s'habitue » pas à un antibiotique.
« Une structure vestigiale ne sert à rien. » Elle peut être réduite et avoir une autre fonction ; ce qui compte, c'est qu'elle témoigne d'une parenté.
« La sélection naturelle produit des organismes parfaits. » Elle agit sur l'existant, sous contraintes historiques et avec des compromis.
Antibiotique contre une infection virale. Il n'a aucun effet sur le virus et sélectionne des résistances dans la flore bactérienne du patient.
Confondre plasticité et évolution. Un changement observé chez des individus (taille, couleur) n'est une évolution que s'il est héréditaire et que sa fréquence change dans la population.
En bref
- L'évolution est une grille de lecture du monde : variation, sélection et héritage des ancêtres expliquent l'anatomie, les maladies et l'échec de certains traitements.
- Des structures imparfaites (nerf laryngé récurrent, carrefour pharyngé, tache aveugle) ou vestigiales témoignent de l'histoire évolutive : l'évolution bricole, elle n'optimise pas.
- Les pathogènes évoluent vite : générations courtes, effectifs immenses, mutations fréquentes, transferts de gènes.
- Un antibiotique ne crée pas la résistance : il élimine les sensibles et sélectionne les résistants préexistants.
- Antibiogramme, spectre étroit, multithérapie, prévention : on raisonne en évolutionniste pour préserver les traitements.
- Pesticides, chasse, pêche, pollution, domestication : les pratiques humaines sont des pressions de sélection.