Collège · 5ᵉ · Histoire
L'essor des villes et du commerce au Moyen Âge
Marchands, foires et premières bourgeoisies
À propos de cette page
Pourquoi les villes renaissent (XI<sup>e</sup>-XIII<sup>e</sup> siècle)
Après les invasions, les villes d'Occident s'étaient vidées : vers l'an 1000, presque tout le monde vit à la campagne. Puis, en trois siècles, tout change. Les défrichements et les progrès agricoles produisent des surplus : les paysans peuvent nourrir d'autres gens qu'eux-mêmes, et la population double presque entre 1000 et 1300.
Ces surplus s'échangent : des marchés naissent au pied des châteaux, des abbayes, aux carrefours et aux ponts. Autour d'eux, artisans et marchands s'installent dans un bourg, souvent hors des vieux murs. Le bourg grossit, la ville renaît.
| Ville vers 1300 | Population (estimations) |
|---|---|
| Paris | environ 200 000 habitants, la plus grande d'Occident |
| Venise, Milan, Florence, Gênes | autour de 100 000 chacune |
| Bruges, Gand, Londres | de 40 000 à 80 000 |
| la plupart des villes | moins de 5 000 habitants |
À quoi ressemble une ville médiévale
La ville se reconnaît de loin à son enceinte : des murailles percées de portes, fermées la nuit, où l'on paie un droit d'entrée sur les marchandises. Quand la ville déborde, on bâtit de nouveaux faubourgs (foris burgus, « hors du bourg ») puis une nouvelle enceinte : Paris en reçoit une sous Philippe Auguste, vers 1190-1213.
- Les rues sont étroites, tortueuses, boueuses ; les maisons, en bois et à étages en surplomb, se touchent presque : les incendies sont fréquents et ravageurs. Paris commence à paver ses rues principales en 1186.
- Trois monuments dominent : la cathédrale (le pouvoir de l'évêque), le château ou palais (le seigneur), et le beffroi ou l'hôtel de ville (les bourgeois), avec sa cloche qui rythme le travail.
- Les halles abritent le marché ; chaque rue regroupe souvent un métier : rue des Tanneurs, rue de la Boucherie.
- Les ordres mendiants, franciscains et dominicains, s'installent en ville, où ils prêchent et enseignent ; les grandes villes fondent des universités : Bologne, Paris (vers 1200), Oxford.
Les grandes routes du commerce : Méditerranée, Champagne, mer du Nord
Le grand commerce relie deux pôles : au sud, les villes italiennes, qui vont chercher en Orient les produits de luxe ; au nord, la Flandre, qui fabrique les meilleurs draps de laine d'Europe. Entre les deux, les foires de Champagne.
| Espace | Villes | Ce qu'on y échange |
|---|---|---|
| Méditerranée | Venise, Gênes, Pise, Florence | épices, soie, coton, sucre, alun venus d'Orient ; draps et argent en retour |
| Flandre | Bruges, Gand, Ypres | draps de laine fabriqués avec la laine d'Angleterre |
| Mer du Nord et Baltique | Lübeck, Hambourg, Bruges, Londres, Bergen, Novgorod | bois, fourrures, cire, hareng, blé, sel — commerce de masse organisé par la Hanse |
Les foires de Champagne, carrefour de l'Europe
Aux XIIe et XIIIe siècles, marchands italiens et flamands se retrouvent à mi-chemin, dans les foires de Champagne. Elles se tiennent six fois par an dans quatre villes : Troyes (deux fois), Provins (deux fois), Lagny et Bar-sur-Aube. Chacune dure environ six semaines, si bien qu'il y a presque toujours une foire ouverte quelque part.
Le comte de Champagne les protège : il garantit un sauf-conduit aux marchands sur ses routes, nomme des gardes des foires qui rendent la justice, et se paie en taxes. Une foire se déroule dans un ordre fixe : installation, vente des draps, vente des cuirs, vente des marchandises au poids (épices, teintures), puis des journées de paiement où l'on règle les comptes.
À la fin du XIIIe siècle, les foires déclinent : à partir de 1277, les navires génois relient directement la Méditerranée à Bruges par l'Atlantique ; et le rattachement de la Champagne au royaume (1284) fait perdre aux foires leur protection particulière.
Marchands et banquiers : les nouveaux outils de l'argent
Transporter des sacs de pièces sur des routes peu sûres est dangereux, et chaque ville frappe sa propre monnaie. Les marchands italiens inventent donc des outils nouveaux.
| La lettre de change | un papier par lequel un marchand de Gênes ordonne à son correspondant de Bruges de payer une somme à un tiers : on voyage sans argent, et l'on change de monnaie du même coup |
|---|---|
| La compagnie | plusieurs associés mettent des capitaux en commun et partagent les bénéfices — et les pertes |
| La banque | du banco, la table du changeur ; les grandes familles de Florence (Bardi, Peruzzi) prêtent aux rois et aux papes |
| La comptabilité | les livres de comptes, tenus avec les chiffres arabes, permettent de suivre affaires et dettes |
Les métiers : apprentis, compagnons, maîtres
En ville, chaque activité est organisée en métier (on dira plus tard « corporation »), avec ses statuts écrits. À Paris, vers 1268, le prévôt Étienne Boileau rassemble les règlements d'une centaine de métiers dans le Livre des métiers.
Le métier fixe tout : la durée de l'apprentissage, les heures de travail (pas de travail de nuit, à la chandelle), la qualité des produits, les prix, le nombre d'apprentis par atelier. Des jurés, élus parmi les maîtres, inspectent les ateliers et punissent les fraudes. Le métier a aussi son saint patron, sa fête, sa caisse pour les veuves et les malades.
Les bourgeois conquièrent leurs libertés
La ville appartient d'abord à un seigneur — souvent un évêque — qui y lève des taxes et rend la justice. Les bourgeois, enrichis, veulent gérer eux-mêmes leurs affaires. Ils s'unissent par serment et obtiennent, par la négociation ou la révolte, une charte qui reconnaît leurs libertés.
| La ville de franchise | le seigneur garde le pouvoir, mais accorde des privilèges écrits : taxes fixées, liberté de commercer, justice encadrée |
|---|---|
| La commune | les bourgeois s'administrent eux-mêmes : ils élisent un maire et des échevins, lèvent des impôts, ont un sceau, une milice, un beffroi |
- XIe-XIIIe s. : les surplus agricoles et la hausse de la population font renaître les villes. Les bourgeois (habitants du bourg) vivent du commerce et de l'artisanat — mais les citadins restent ≈ 10 % de la population.
- La ville : enceinte, faubourgs, rues étroites en bois (incendies), cathédrale, beffroi, halles, ordres mendiants, universités (Paris vers 1200). Paris ≈ 200 000 habitants vers 1300.
- Deux pôles : l'Italie (Venise, Gênes : épices, soie) et la Flandre (Bruges : draps). Entre eux, les foires de Champagne (Troyes, Provins, Lagny, Bar-sur-Aube, 6 par an), protégées par le comte. Au nord, la Hanse de Lübeck.
- Outils des marchands : lettre de change, compagnie, banque, comptabilité. L'Église condamne l'usure. Marco Polo part en 1271.
- Les métiers : apprenti → compagnon → maître (chef-d'œuvre) ; règlements, jurés ; Livre des métiers (vers 1268).
- Les bourgeois obtiennent des chartes : ville de franchise (privilèges) ou commune (maire, sceau, milice, beffroi). Laon 1112. « L'air de la ville rend libre. »
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