À propos de cette page
Ce cours de ses (2nde) en seconde sur « Quelles sont les défaillances du marché ? » suit le programme officiel de ses (2nde) de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Le marché et ses limites : pourquoi parler de défaillances ?, Les externalités négatives, Les externalités positives, Les biens publics. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en ses (2nde).
Au programme
1 · Le marché et ses limites : pourquoi parler de défaillances ?
2 · Les externalités négatives
3 · Les externalités positives
4 · Les biens publics
5 · Les asymétries d'information
6 · Les réponses de l'État aux défaillances du marché
7 · Bilan : efficacité et limites du marché
1Le marché et ses limites : pourquoi parler de défaillances ?
Le marché est un mécanisme de coordination entre offreurs et demandeurs qui, dans un cadre de concurrence pure et parfaite, conduit à un équilibre dit efficace : les ressources sont allouées de façon optimale, sans gaspillage.
Définition. Une défaillance du marché (market failure en anglais) désigne toute situation dans laquelle le mécanisme de marché ne conduit pas à une allocation efficace des ressources. Le marché produit alors trop, trop peu, ou à un prix qui ne reflète pas le coût ou la valeur sociale réelle d'un bien ou service.
Les économistes distinguent trois grandes catégories de défaillances du marché :
- Les externalités (effets sur des tiers non pris en compte par le prix)
- Les biens publics (caractéristiques qui empêchent le marché de les produire en quantité suffisante)
- Les asymétries d'information (quand l'une des parties à l'échange est mieux informée que l'autre)
Astuce. Retiens le sigle E-B-A : Externalités, Biens publics, Asymétries d'information. Ces trois types de défaillances justifient une intervention de l'État dans l'économie.
2Les externalités négatives
Une externalité est un effet, positif ou négatif, qu'une activité économique (production ou consommation) exerce sur des tiers qui n'ont pas participé à l'échange, sans que cet effet soit pris en compte dans le prix du marché.
Définition. Une externalité négative est un coût imposé à des tiers sans compensation monétaire. L'activité qui génère cette externalité produit trop par rapport à l'optimum social, car elle ne supporte pas tous les coûts qu'elle engendre.
Exemples d'externalités négatives :- La pollution industrielle : une usine rejette des fumées qui dégradent la santé des riverains. Le coût de santé n'est pas payé par l'usine.
- La congestion routière : chaque voiture supplémentaire ralentit le trafic et impose un coût de temps à tous les autres conducteurs.
- Le bruit : un bar bruyant impose une nuisance aux voisins sans les dédommager.
Sur un graphique offre/demande, une externalité négative se traduit par un coût marginal social supérieur au coût marginal privé. Le marché produit donc une quantité $Q_m$ trop élevée par rapport à la quantité socialement optimale $Q^*$.
Attention ! Une externalité n'est pas un simple dommage quelconque : c'est un effet qui passe hors marché, c'est-à-dire qui n'est pas compensé par un prix. Si une entreprise pollue et paie des amendes à l'État, ce coût rentre dans ses comptes et cesse d'être une externalité au sens économique strict.
3Les externalités positives
À l'inverse, une externalité positive est un bénéfice procuré à des tiers sans que l'émetteur en soit rémunéré.
Définition. Une externalité positive est un bénéfice non monétaire transmis à des tiers. L'activité qui génère cette externalité produit trop peu par rapport à l'optimum social, car elle ne reçoit pas de rémunération pour les bénéfices qu'elle crée.
Exemples d'externalités positives :- La vaccination : se faire vacciner protège non seulement l'individu, mais aussi les personnes fragiles de son entourage (immunité collective).
- La recherche et développement : les innovations d'une entreprise peuvent être imitées par ses concurrents, qui bénéficient gratuitement de la connaissance produite.
- La formation : un salarié bien formé bénéficie à son entreprise, mais aussi à la société entière (productivité, citoyenneté).
Astuce. Pour mémoriser : externalité négative → marché surproduit (trop de pollution) ; externalité positive → marché sous-produit (trop peu de vaccins, de recherche, d'éducation).
4Les biens publics
Certains biens ont des caractéristiques qui empêchent le marché de les produire en quantité suffisante, voire de les produire du tout. Ce sont les biens publics.
| Caractéristique | Définition | Exemple |
|---|
| Non-rivalité | La consommation du bien par une personne ne diminue pas la quantité disponible pour les autres | Un phare maritime, la défense nationale |
| Non-exclusion | Il est impossible (ou très coûteux) d'empêcher quelqu'un de consommer le bien, même s'il ne le paie pas | L'éclairage public, la sécurité nationale |
Définition. Un bien public pur est à la fois non rival et non excluable. Ces deux propriétés créent le problème du passager clandestin : chacun a intérêt à ne pas payer en espérant que les autres le feront, ce qui empêche le marché de financer le bien.
Exemple. La défense nationale est un bien public pur : elle protège tous les citoyens en même temps (non-rivalité) et il est impossible d'exclure un citoyen de cette protection (non-exclusion). Aucune entreprise privée ne produirait ce bien car elle ne pourrait pas en faire payer tous les bénéficiaires.
À l'opposé, un bien privé est rival et excluable (une baguette de pain : si tu la manges, personne d'autre ne peut la manger, et le boulanger peut refuser de te la donner si tu ne paies pas). Entre ces deux extrêmes, il existe des biens de club (excluables mais non rivaux, ex : chaîne payante) et des ressources communes (rivales mais non excluables, ex : poissons en mer libre).
Attention ! « Bien public » ne veut pas dire « bien produit par l'État » ! C'est une définition économique (non-rivalité + non-exclusion). L'État peut produire des biens privés (eau, électricité dans certains pays) et des entreprises privées peuvent produire des biens quasi-publics (internet gratuit).
5Les asymétries d'information
Le fonctionnement optimal du marché suppose que les deux parties à l'échange disposent de la même information. En réalité, l'information est souvent inégalement répartie.
Définition. Une asymétrie d'information existe quand l'un des acteurs d'un échange possède une information que l'autre n'a pas. Cela peut conduire à des résultats inefficaces ou injustes.
L'économiste George Akerlof a illustré ce problème en 1970 avec son article sur le marché des « lemons » (voitures d'occasion défectueuses). Sur ce marché :
- Le vendeur sait si la voiture est en bon état ou non (il l'a conduite).
- L'acheteur ne le sait pas.
- L'acheteur propose donc un prix intermédiaire, ce qui pousse les vendeurs de bonnes voitures à quitter le marché.
- À terme, seules les mauvaises voitures sont proposées : c'est la sélection adverse.
Autres exemples d'asymétries d'information :- Assurance santé : l'assuré connaît mieux son état de santé que l'assureur → risque de sélection adverse (les malades s'assurent plus que les gens sains).
- Aléa moral : une fois assuré, un individu peut prendre plus de risques parce qu'il sait qu'il sera couvert. Ex : conduire moins prudemment après souscription d'une assurance auto.
- Relation médecin-patient : le médecin sait ce dont le patient a besoin mieux que le patient lui-même → le patient ne peut pas facilement vérifier si la prescription est utile.
Astuce — deux formes principales :
• Sélection adverse (ou anti-sélection) : l'asymétrie d'information existe avant l'échange et conduit à choisir le mauvais partenaire.
• Aléa moral (ou hasard moral) : l'asymétrie d'information apparaît après l'échange et modifie le comportement de l'une des parties.
6Les réponses de l'État aux défaillances du marché
Face aux défaillances du marché, l'État dispose de plusieurs instruments pour améliorer l'efficacité de l'allocation des ressources.
| Type de défaillance | Instrument de l'État | Exemple |
|---|
| Externalité négative | Taxe pigouvienne, réglementation, normes | Taxe carbone sur le CO₂, normes d'émission des voitures |
| Externalité positive | Subvention, production publique | Subvention à la recherche, école publique gratuite |
| Bien public | Production directe, financement par l'impôt | Défense nationale, éclairage public, routes nationales |
| Asymétrie d'information | Réglementation, labels, obligation d'information | Étiquettes nutritionnelles, diplômes reconnus, contrôle technique automobile |
Définition. La taxe pigouvienne (du nom de l'économiste Arthur Pigou) est une taxe sur une activité qui génère une externalité négative, fixée de façon à ce que le producteur internalise le coût social de son activité. Elle vise à faire coïncider le coût privé et le coût social.
Exemple. La taxe carbone est une taxe pigouvienne : elle renchérit le coût des activités émettrices de CO₂ afin d'inciter les entreprises et les ménages à réduire leurs émissions. En France, elle est intégrée dans la Composante carbone de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE).
Astuce. L'intervention de l'État ne garantit pas un résultat parfait : il peut y avoir des défaillances de l'État (réglementation inefficace, lobbying, coûts de gestion…). L'économie mixte cherche le bon équilibre entre marché et intervention publique.
7Bilan : efficacité et limites du marché
Le marché est un mécanisme puissant de coordination économique, mais il ne suffit pas toujours à lui seul à garantir l'intérêt général. Le tableau ci-dessous résume les situations où le marché réussit et celles où il échoue.
| Situation | Le marché est-il efficace ? | Pourquoi ? |
|---|
| Biens privés, concurrence | Oui (en théorie) | Le prix reflète le coût et la valeur sociale |
| Externalité négative | Non — surproduction | Le coût social est sous-estimé |
| Externalité positive | Non — sous-production | Le bénéfice social est sous-estimé |
| Bien public | Non — sous-production voire absence | Passager clandestin empêche le financement privé |
| Asymétrie d'information | Non — sélection adverse ou aléa moral | L'information inégale fausse les choix |
Exemple de synthèse. La pandémie de Covid-19 illustre plusieurs défaillances à la fois : externalité négative (la propagation du virus), bien public (le vaccin, dont les bénéfices profitent à tous), et asymétrie d'information (incertitude sur l'efficacité des traitements). Ces défaillances ont justifié une intervention massive de l'État (achats publics de vaccins, campagne de vaccination gratuite, réglementation sanitaire).
Attention ! Ne confonds pas inégalités et inefficacité. Le marché peut être « efficace » au sens économique (aucun gaspillage) tout en produisant des inégalités très fortes. La question des inégalités relève d'un autre champ de l'intervention publique (redistribution, justice sociale), distinct des défaillances de marché.
★À retenir
En bref — Les défaillances du marché :
• Une défaillance du marché est une situation où le marché n'alloue pas les ressources de façon efficace.
• Les externalités négatives (pollution, bruit…) conduisent à une surproduction ; les externalités positives (vaccination, éducation…) à une sous-production.
• Les biens publics sont non rivaux et non excluables : le marché ne les produit pas suffisamment à cause du problème du passager clandestin.
• Les asymétries d'information engendrent la sélection adverse (avant l'échange) et l'aléa moral (après l'échange).
• L'État corrige ces défaillances via les taxes (taxe pigouvienne), les subventions, la production publique et la réglementation.