Lycée · 1ʳᵉ · Histoire-Géographie
La France dans la Deuxième Guerre mondiale : collaboration et résistance
Thème 5 — La Deuxième Guerre mondiale : de la défaite de 1940 au régime de Vichy, de la Résistance à la Libération (programme de 1re générale)
À propos de cette page
La défaite de 1940 et ses conséquences
En mai-juin 1940, l'offensive allemande (opération Fall Gelb) contourne la ligne Maginot par les Ardennes. En six semaines, la bataille de France se solde par un désastre militaire : l'armée française s'effondre, Paris est déclarée ville ouverte et le gouvernement fuit à Bordeaux.
Le 16 juin 1940, le maréchal Philippe Pétain, héros de Verdun, devient président du Conseil. Il annonce à la radio qu'il faut « cesser le combat ». Le lendemain, depuis Londres, le général Charles de Gaulle lance un appel à la résistance (18 juin 1940).
Le 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs constituants à Pétain (569 voix pour, 80 contre). La IIIe République disparaît ; l'État français est proclamé.
Le régime de Vichy : la Révolution nationale
L'État français, dont le siège est à Vichy (ville d'eaux du centre de la France), est un régime autoritaire qui rompt avec les valeurs républicaines. Sa devise : « Travail, Famille, Patrie », en remplacement de « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Le régime supprime les libertés publiques, dissout les partis politiques et les syndicats. Pétain, doté d'un pouvoir personnel, incarne le mythe du « sauveur » et bénéficie d'une large popularité initiale liée au désastre de 1940. Le culte de la personnalité autour du Maréchal est omniprésent : portraits, chansons, défilés scolaires.
| Valeur rejetée | Valeur promue par Vichy |
|---|---|
| République parlementaire | Régime autoritaire centré sur Pétain |
| Laïcité | Retour à la morale catholique |
| Syndicalisme, partis politiques | Ordre corporatiste, hiérarchie sociale |
| Travail des femmes | Femme au foyer, mère de famille |
| Universalisme républicain | Nationalisme exclusif, antisémitisme légal |
La collaboration d'État
La collaboration désigne la politique délibérée de coopération du gouvernement de Vichy avec l'occupant nazi. Elle est officialisée lors de l'entrevue de Montoire (24 octobre 1940), où Pétain serre la main d'Hitler. Pétain déclare : « C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française (…) que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration. »
La collaboration prend plusieurs formes :
- Collaboration économique : la France fournit des matières premières, des biens industriels et agricoles à l'Allemagne. Les entreprises françaises travaillent pour l'effort de guerre allemand.
- Collaboration policière : la police française aide à arrêter les résistants, les communistes, les Juifs.
- Service du travail obligatoire (STO) : à partir de février 1943, des centaines de milliers de Français sont envoyés de force travailler en Allemagne pour pallier le manque de main-d'œuvre.
- Collaboration militaire : la Milice française (fondée en 1943 par Darnand) traque activement les résistants et les Juifs, parfois avec plus de zèle que les Allemands eux-mêmes.
La persécution des Juifs et des minorités
Vichy mène une politique antisémite de sa propre initiative, sans attendre les ordres allemands. Le premier statut des Juifs (3 octobre 1940) exclut les Juifs de la fonction publique, de l'armée, de la presse, du cinéma et de l'enseignement. Un deuxième statut (juin 1941) aggrave ces mesures.
Les rafles organisées avec la complicité de la police française constituent l'épisode le plus sombre :
- Rafle du Vél d'Hiv (16-17 juillet 1942) : 13 152 Juifs, dont 4 115 enfants, sont arrêtés par la police française à Paris et internés dans des conditions inhumaines avant d'être déportés vers Auschwitz.
- Au total, environ 76 000 Juifs sont déportés de France, dont 3 % seulement survivront.
Vichy persécute également les Roms, les francs-maçons, les homosexuels, les communistes et les opposants politiques.
La Résistance intérieure
Dès l'été 1940, une minorité de Français refusent la défaite et s'organisent dans la clandestinité. La Résistance intérieure est d'abord embryonnaire et dispersée ; elle se structure progressivement.
Les principales formes d'action résistante :
- Presse clandestine : journaux comme Combat, Libération, Défense de la France diffusent une information libre et maintiennent l'esprit de résistance.
- Filières d'évasion : aident les prisonniers de guerre évadés, les aviateurs alliés abattus, les Juifs persécutés à fuir vers l'Espagne ou la Suisse.
- Sabotages et renseignement : destruction de voies ferrées, transmission d'informations aux Alliés.
- Maquis : à partir de 1943, les jeunes fuyant le STO rejoignent des groupes armés dans les zones rurales (Vercors, Glières, Limousin).
La Résistance se structure grâce à Jean Moulin. Envoyé par De Gaulle en France en 1942, il parvient à unifier les grands mouvements de la zone sud (Combat, Libération-Sud, Franc-Tireur) puis à créer le Conseil national de la Résistance (CNR), le 27 mai 1943. Jean Moulin est arrêté par la Gestapo le 21 juin 1943 à Caluire et meurt sous la torture.
La France libre et De Gaulle
Depuis Londres, le général Charles de Gaulle fonde la France libre. Reconnu par Churchill comme chef des « Français libres » le 28 juin 1940, il rassemble autour de lui les soldats, marins et aviateurs qui ont refusé l'armistice.
La France libre s'appuie sur l'Empire colonial : l'Afrique-Équatoriale française (AEF), sous l'impulsion du gouverneur Félix Éboué, rallie De Gaulle dès août 1940. Les Forces françaises libres (FFL) combattent sur tous les fronts : Bir-Hakeim (1942) en Afrique du Nord, campagne d'Italie, Normandie.
En 1943, De Gaulle s'installe à Alger et préside le Comité français de Libération nationale (CFLN), qui devient le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) en 1944. La France retrouve ainsi une légitimité internationale.
La Libération et ses enjeux (1944-1945)
Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie (opération Overlord), ouvrant le « second front » en Europe de l'Ouest. Le 15 août 1944, un second débarquement a lieu en Provence (opération Dragoon), avec notamment la 1re armée française du général de Lattre de Tassigny.
Paris est libéré le 25 août 1944 grâce à l'insurrection parisienne et à l'arrivée de la 2e division blindée du général Leclerc. La libération du reste du territoire s'étend jusqu'au printemps 1945. La capitulation allemande est signée le 8 mai 1945.
La Libération s'accompagne d'une épuration :
- Épuration sauvage (été 1944) : environ 9 000 collaborateurs sont exécutés sommairement, des femmes accusées de collaboration horizontale sont tondues en public.
- Épuration légale : tribunaux spéciaux jugent les collaborateurs. Pétain est condamné à mort (peine commuée en détention à vie) ; Laval est fusillé en 1945.
Le GPRF rétablit les libertés républicaines, accorde le droit de vote aux femmes (21 avril 1944) et met en place le programme du CNR (sécurité sociale, nationalisations). En 1946, la IVe République est proclamée.
- Juin 1940 : défaite, armistice, division de la France en zone occupée et zone libre.
- État français (Vichy) : régime autoritaire de Pétain ; devise « Travail, Famille, Patrie » ; Révolution nationale.
- Collaboration d'État : entrevue de Montoire, STO, Milice, statuts des Juifs, rafle du Vél d'Hiv (juil. 1942).
- Résistance intérieure : presse clandestine, maquis, Jean Moulin, CNR (27 mai 1943).
- France libre : De Gaulle à Londres, FFL, CFLN puis GPRF à Alger.
- Libération : débarquements de Normandie (6 juin 1944) et de Provence (15 août), Paris libre le 25 août, capitulation le 8 mai 1945.
- Épuration légale et sauvage ; droit de vote aux femmes (1944).
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